‹ De l'intoxication saturnine chroniqueChapitre 8 sur 36 · CHAPITRE H · texte numérisé non relu

CHAPITRE H

I |er^ — Intoxication saturnine chronique. — Des premiers effets de l'imprégnation plombique sur l'organisme. — Son action sur le sang, le cœur et les vaisseaux.

Nous venons de voir comment le plomb est absorbé, par quelles voies, avec quelle lenteur favorisant plutôt la production d'un empoisonnement chronique que celle d'un empoisonnement aigu . Je vais chercher à montrer maintenant en quelques mots, quelle est la différence fondamentale existant entre l'intoxication chronique proprement dite, et ce que les auteurs ont avec Tanquerel appelé l'empoisonnement primitif. Je décrirai en second lieu les effets produits par le plomb sur l'économie, quand le saturnin s'est lentement imprégné de ce métal.

Dans le paragraphe premier du chapitre précédent, on a vu que le plomb absorbé par n'importe quelle voie, et mêlé momentanément au sang, se partage pour ainsi dire en deux portions distinctes. L'une est plus ou moins rapidement expulsée du sang par les divers émonctoires. L'autre se fixe dans les tissus et y forme une réserve de métal. Si la quantité de plomb amenée par l'absorption dépasse certaines limites encore du reste mal connues, l'élimination ne peut être assez rapide ; la fixation du plomb sur les éléments alburainoïdes qu'il trouve sur son passage, ne soustrait pas une quantité suffisante du métal pour débarrasser la masse du sang ; le plomb reste en excès dans tout le champ circulatoire : l'empoisonnement aigu a lieu.

Mais si la dose absorbée, comme c'est le cas dans l'intoxication saturnine chronique, est assez minime pour que, malgré l'élimination continue du plomb et malgré la fixation d'une certaine partie de ce métal sur les alburainoïdes effectuées , il ne reste dans le sang qu'une quantité insufflsante pour provoquer des

phénomènes réactionnels aigus sur les grands appareils organiques, une sorte d'équilibre peut s'établir et se maintenir; et pourvu que l'apport du poison soit régulier, son élimination journalière, sa fixation dans les tissus, sa présence dans le sang, seront maintenus dans un état d'équilibre instable pour ainsi dire, et la réserve de plomb d'une part, les molécules plombiques disséminées dans le sang de l'autre, pourront agir pour produire des accidents à évolution lente, qui sont surtout par excellence ceux de l'intoxication chronique.

Mais si, dans cet état, l'équilibre entre l'apport et l'élimination egt rompu par une introduction subite de masses considérables du poison, on verra se produire des épiphénomènes rap-? pelant de loin l'intoxication aiguë. Le type le plus fréquent de ces épiphénomènes est la colique saturnine (Lorain) qui, comme nous le verrons dans peu d'instants, peut se montrer à n'importe quelle période de l'intoxication saturnine, dès qu'une certaine quantité de poison, soit venue du dehors, soit déplacée de la ré-* serve des tissus, vient à repasser dans la masse du sang.

C'est donc à tort que Tanquerel des Planches a réuni sous le titre d'empoisonnement primitif tous les faits pathologiques qui touchent à h colique, puisqu'on peut voir un homme en proie à l'anémie gciturnine la plus confirmée, un saturnin cachectique, paralysé, prendre la colique quand il est immergé dans une Eltmosphère plus saturée de plomb qu'à l'ordinaire; ou même étant soustrait tout à fait aux émanations plombiques quand il a f^it des excès quelconques, alcooliques, par exemple, dont l'effet principal paraît être, soit de déplacer le plomb fixé dans les tissus et de le réintroduire dans le sang (Rosenthal), soit de diminuer brusquenient l'élimination journalière de plomb qui se fait continuellement che?^ les individus imprégnés par le poison, c'est-à-dire atteints de saturnisme chronique (Gubler).

A toutes les périodes de l'intoxication saturnine, on pourra donc observer les épiphénomènes aigus. La colique saturnine en est le type. Nous discuterons plus tard si l'encéphalopathie, dans ses trois formes principales, appartient ou non à ce môme ordre d'accidents,

La notion du saturnisme chronique est rendue plus claire, je pense, parles considérations qui précèdent. Étudions maintenant les eOets produits par l'introduction lente et ménagée du plomb dans l'économie.

Le plomb est dans le sang, non pas seulement au moment où se produit la colique saturnine, comme le croyait Tanquerel, mais tant que le saturnin chronique en absorbe, comme on le comprend du reste facilement ; seulement, en dehors des épiphénomènes aigus, il existe en très -petites quantités dans le fluide nourricier qui tend sans cesse à s'en débarrasser (Majer). Je vais étudier actuellement l'action des composés plombiques : 1° sur le sang lui-môme ; 2° sur le cœur et les vaisseaux sanguins, artères, capillaires et veines. Cette action devait naturellement nous occuper en premier lieu, puisque, en dehors des accidents locaux et directs liés à l'absorption, le sang est le premier tissu dont les éléments subissent l'influence de l'intoxication saturnine.

Les préparations salines et solubles de plomb sont loin d'avoir sur les éléments principaux du sang, les globules rouges, une action destructive analogue à celle des gallates alcalins, ou même des acides ordinaires. Elles sont loin de les détruire instantanément. On sait cependant depuis bien longtemps que le sang des saturnins chroniques présente une diminution notable dans la proportion des globules rouges (Andral et Gavarret, Hématologie, p. 82), et que d'autre part la fibrine du sang est légèrement augmentée (Pope). Cliniquementenfln, on sait depuis les travaux de StoU et de Haën, que l'individu atteint d'intoxication saturnine devient rapidement anémique. On peut donc soupçonner déjà qu'un des premiers phénomènes de l'intoxication saturnine chronique consiste dans une action destructive portant sur le sang.

Cette hypothèse est pleinement corroborée par les recherches récentes de mon ami L. Malassez. Ces recherches ont porté sur dix saturnins (1) soumis à l'action du plomb pendant un espace

(1) Je laisse volontairement de côté l'observation 8 de Malassez qui a évidemment trait à un empoisonnement rapide par le plomb chez un cérnsier.

de temps variant de quatre à trente années, et par conséquent atteints d'intoxication chronique confirmée. L'examen du sang a été fait d'après le procédé bien connu imaginé par Malassez, et les résultats portant toujours sur le sang des capillaires d'une même région, par conséquent comparables entre eux, sont résumés dans le tableau suivant.

No de l'observation.

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