‹ DE L'INTOXICATION SATURNINEChapitre 11 sur 24 · SANTO NE · texte numérisé non relu

SANTO NE

Le cœur est mou, il renferme du sang fluide qui a produit l’imbibition de l’endocarde; les orifices et leurs valvules sont normaux. Le tissu du myocarde est pâle; les fibres présentent peut-être une striation moins nette qu’à l’état normal, mais certainement pas de dégénérescence graisseuse.

Le cerveau est un peu ramolli. La température extérieure estde + 25° centigrades.

Il n'y à pas d’œdème cérébral manifeste, pas d'infiltration séreuse de la dure-mère, pas d'épanchement dans les ventricules ni dans la grande

cavité de l’arachnoïde.

— M. Esbach, qui avait fait l'analyse des urines pendant la vie du malade, à recherché et dosé le plomb contenu dans l’encéphale et dans le foie. Il a trouvé, pour le premier de ces organes, 0 gr. 006 ; pour le second, 0 gr. 036.

OBsEervaTION III

(Varior et Rémy, Journal de clinique el de thérapeutique infantile, 1894

Intoxication par un bloc de plomb de 8 gr. 60

Il s’agit d’un enfant, âgé de douze mois, bien développé et qui commençait à marcher, entré au dispensaire de Belleville, le 23 août.

L'accident était arrivé le 3 août. En jouant dans l'atelier de son père qui était typographe, il prit des blocs servant à former les traits d’imprimerie, en porta un à sa bouche et l’avala.

Durant cette quinzaine, l'enfant se montra grognon, somnolent et maigrit un peu. IL continua à téter régulièrement. Mais au bout de quinze jours, l'enfant commença à vomir, d’abord d’une manière intermittente, puis régulièrement et peu de temps après son absorption.

Au moment de l'examen, l’amaigrissement est considérable; celui du tronc et des membres est tel que la peau se plisse facilement entre les doigts ; le visage est très pâle et les yeux enfoncés ; l'abdomen est plutôt rétracté et l'on ne sent rien d’anormal à la palpation. Depuis plusieurs jours, la constipation est opiniâtre, mais la mère ne s’en étonne plus, puisque les vomissements sont incessants. Le pouls radial

est difficile à percevoir, mais régulier. Aucun phénomène convulsif ou paralytique ; pas de troubles de sensibilité cutanée appréciable.

On recherche le plomb dans les vomissements. M. Vaucheret rechercha la réaction de l’iodure de plomb. Il versa quelques gouttes d’une solution d’iodure de potassium dans le liquide vomi, qui était naturellement jaunâtre : un beau précipité jaune clair se montra par place.

L'expérience lut répétée sur un linge blanc imprégné de vomissements. Le même précipité jaune avec IK. Il n’y avait pas de doute, le corps étranger n’agissait pas seulement par sa masse, mais aussi par sa substance, et depuis trois semaines l'enfant subissait les atteintes de l’intoxication saturnine. Emaciation. Rétraction abdominale. Vomissements incoercibles. ;

L'intervention fut faite le 28 août. La nuit fut bonne, l’enfant tette et ne vomit pas. Mais le lendemain, à neuf heures, le docteur Nogin trouva l'enfant dans des convulsions généralisées, les bras agités de secousses brèves, les globes oculaires convulsés sous la paupière. A dix heures, l’enfant succomba.

Le bloc métallique marquait le papier en gris comme un crayon en

plomb. Son poids était de 8 gr. 60. La surface était d’un noir sale.

OBsERvATION IV

Cas de Trousseau

Les accidents plombiques ont pour origine des circonstances tout à fait insolites et qu’il est impossible de prévoir. C'est ainsi que Trousseau a raconté qu'il avait été appelé auprès d’un malade qui offrait tous les symptômes de la cachexie saturnine. Rien, ni dans la profession de cette personne ni dans sa manière de vivre, ne pouvait indiquer l’origine de cette affection dont la nature n’était pas douteuse. On fait examiner et analyser les aliments et les boissons dont cel homme faisait habituellement usage, eau, vin, bière, ete., le tout sans résultat. Un jour, pendant que Trousseau causait avec lui, il remarqua qu’il s'amusait à prendre un à un les petits grains de plomb dans son encrier (ces grains de plomb que quelques personnes mettent dans la

cuvette de leur encrier pour essuyer les plumes), à les porter dans sa

taf) ee bouche, à les mâcher et les aplatir. Après quoi, il les rejetait, recommençant ainsi indéfiniment ce petit manège.

Trousseau eut dès ce moment le mot de l’énigme. Pressé de questions cet homme lui fit l'aveu qu'il avait depuis longtemps cette habitude

dont il n'avait jamais songé à soupçonner les fâcheux effets. À rapprocher de ce cas :

4° L'observation de Lasègue, dont l'enfant présenta des accidents saturnins par suite de l'habitude qu'il avait contractée de passer dans sa bouche une plume préalablement égouttée et nettoyée sur des grains de plomb garnissant la rigole d’un encrier.

2 Le cas singulier d’un pêcheur qui retenait avec ses lèvres un des

plombs de son épervier au moment où le filet se déployait (D° Bourguet, de Graissessac).

OBsERvaTION V Bouteilles rincées avec des grains de plomb. Empoisonnement

Le Journal de chimie médicale rapporte un exemple d'empoisonnement causé par du vin contenu dans des bouteilles rincées avec le plomb et dans lesquelles des grains de ce métal ont été laissés par mégarde.

L'accident dont il s’agit est arrivé à l'établissement des Jésuites de Dôle. Une douzaine d'élèves, ayant quitté la ville sous la conduite d’un supérieur, se dirigèrent en promenade vers leur maison de campagne du mont Roland. Là, pour rafraîchir les jeunes gens, un domestique apporta une bouteille de vin. Huit d'entre eux qui en burent avec le supérieur ne tardèrent pas à être pris d’affreuses coliques et, trois heures après, le supérieur succombait. Cet épouvantable accident devrait ouvrir les yeux sur les inconvénients de l’emploi du plomb dans le nettoyage des bouteilles, inconvénients qu’on éviterait facilement en substituant à ce métal des grains de fonte qui peuvent, sans danger,

servir au même usage.

RSI

OBSERvVATION VI

(Ritter, /n Eléments de toxicologie, de Rabuteau, p. 613)

Consommation de gibier criblé de grains de plomb

Il s’agit d’un empoisonnement mortel de cinq personnes qui avaient mangé d’un civet de lièvre mariné pendant trois jours dans un mélange de vinaigre et de vin. On isola 17 grains de plomb du corps de l'animal.

L'analyse chimique du restant des aliments et des matières vomies décela des traces notables de plomb.

OBservaTION VII (British medical Journal, 1864)

Tuson, de l’Académie vétérinaire royale, écrit qu’au mois de mai trois vaches moururent avec des symptômes obscurs. En faisant l’autopsie, il trouva des fragments de plomb dans leur tube digestif et en particulier dans leur bonnet. On se rappela que les vaches étaient allées paître dans les champs situés près d’une cible de carabiniers. Dans l'herbe, on découvrit des fragments de plomb absolument semblables à ceux qu’on avait trouvés dans l'estomac de ces ruminants. Le plomb trouvé dans cet endroit est ce qu’on appelle «bullet-spray ». Quelquesuns de ces fragments avaient évidemment été avalés par les vaches et les avaient sans doute empoisonnées. Depuis la mort de ces trois vaches le propriétaire en a perdu deux autres dans les, mêmes circonstances. Les viscères d’une de ces deux vaches qui moururent furent envoyés à Tuson pour les analyser, et il lui fut facile de démontrer la présence du plomb, non seulement sur les tuniques de l’estomac et de l'intestin, mais aussi dans le foie et dans le rein.

D'autre part, nous apprenons, par le propriétaire des vaches, les symptômes observés une quinzaine de jours avant leur mort. Ces symptômes consistaient dans une grande perte de l'appétit, une soif

ardente, une forte, diarrhée, de la difficulté pour se remuer.

Les vaches n'étaient pas allées dans le champ où fut trouvé le plomb depuis le mois de novembre, ce qui fait supposer que ce métal avait

séjourné plusieurs mois dans leur estomac.

OBsERvATION VIIT (Lacassaanr, Précis de médecine légale, p. 693)

J'ai observé des symptômes très graves après l'ingestion de plomb en nature. C'était un terrassier de Sétif (Algérie) qui sur les conseils d’up de ses camarades avala une charge de grains de plomb (n° #) sous le prétexte « de se rincer et de se nettoyer comme une bouteille ». Les accidents commencèrent le cinquième jour : douleur épigastrique, constipation. Le septième jour, colique d’une violence inouïe, le malade se tordait sur des matelas placés à terre; on sentait une tumeur dans l’hypocondre gauche. Le visage s’altérait, il y avait refroidissement des extrémités et douleurs dans le ventre. Le huitième jour, le liséré se montre à la mâchoire inférieure, près des petites molaires, la constipation persiste, le ventre est très douloureux. Les coliques sont atroces, on craint que le malade ne succombe. Le lendemain, selle assez abondante, liséré très marqué, selles moins fortes. Le douzième jour, le malade n’a plus de coliques. On n’a pas trouvé de grains de plomb

dans les selles. Il quitte brusquement l'hôpital.

OBsERvATION IX

(Bacxker, An essai concerning the cause of endemical colic of Devonshire)

Dans le Devonshire et la Cornouaille, provinces d'Angleterre, les habitants souffraient de coliques saturnines. Devant plusieurs membres de la « Société royale des sciences de Londres », le docteur Backer, assisté de Saunders, professeur de chimie à Londres, put déceler ja présence de préparations saturnines dans ie cidre, à l’aide de suliure d’ammoniaque, de chaux et de potasse. Backer fit également évaporer 18 bouteilles de cidre, le résidu traité par les réactifs laissa découvrir le plomb métallique.

D'où pouvait donc venir le plomb métallique ? Comment le poison s’était-il introduit ?

Dans le Devonshire, on se servait de plomb métallique pour doubler et sceller les moulins et les pressoirs dans lesquels on écrasait les pommes, ainsi que les cuves destinées à recevoir leur jus. Les fermiers avaient l'habitude d'introduire un bloc de plomb dans les tonneaux pour retarder la fermentation acide et les aubergistes renfermaient leur cidre pétillant dans la crainte qu'il ne devienne acide. On voit donc la genèse de l’oxyde et de l’acétate de plomb, fournis aux dépens du métal par l'acide acétique du jus de pommes. Ces parcelles saturnines mélangées avec le cidre devaient nécessairement occasionner des

accidents.

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