PREMIÈRE PARTIE
Plomb séjournant dans les voies digestives
Le plomb introduit à l’état métallique dans le tube digestif et y séjournant assez longtemps peut donner naissance à des composés toxiques et occasionner ainsi un empoisonnement dont tous les symptômes sont ceux du saturnisme chronique.
Devergie soutient que le plomb métallique ingéré n’est pas dangereux et il en donne pour preuve un cas où un chien en prit 3 onces sans être incommodé.
Orfila, reprenant l'expérience précédente, démontra que le plomb est dissous dans l'estomac et peut amener des accidents saturnins.
D'ailleurs, comment expliquer ces exemples multiples et journaliers d'intoxication professionnelle où le plomb métallique peut seul être mis en cause (polisseurs de caractères d'imprimerie, lapidaires, etc).
Tanquerel des Planches, d’autre part nous dit: « Il paraitrait bien étonnant que le plomb à l’état métallique ne püt occasionner d'accidents, lorsque toutes les substances dans lesquelles il'entre, n'importe sous quelle combinaison, ont la faculté de donner naissance à cet empoisonnement ». Il est vrai que ces exemples sont rares. Cependant, il semble bien qu'ils auraient dù être plus fréquents. On connait, en effet, la pratique bizarre employée autrefois, et que Van Helmont prescrivait par analogie dans la même affection. Les balles de plomb constituaient les fameuses pilules perpétuelles.
L'idée de combattre certains dérangements intestinaux à l’aide
Mie
de menu plomb est ancienne: Van Helmont a été des premiers à conseiller ce moyen contre le volvulus : « Neminem ileo perire, a-Lil dit, si globuli plombei sclopetarii deglutantur, ut sub pondere propellant impedimentum in intestinis hœrens » (De flatibus, p. 31). Sydenham cependant a bien compris que l’ingestion de plomb dans l'estomac pouvait avoir de graves conséquences : « Hœc, dit-il, parum conducere et noxam sœpe aut contemnendam inferre » (Opera medica, sect. I, ce. IV). Van Swieten (Com. in Bæœcah. intest. infl., p.959), Morgagni (lib. HT, epist. XXXIV, 13), Burserius (/nst. med. prat, vol. 8, p. 102) tiennent absolument le même langage et condamnent formellement l’usage d’un moyen aussi bizarre. On voit encore de nos jours son usage en honneur en France dans certaines classes du peuple. Mais s'ils n'étaient pas très fréquents, la raison en est bien simple ; dans le volvulus ou de deux choses l’une: ou le dénouement fatal ne permettait pas aux accidents de se manifester, ou la débâcle qui se produit lorsqu'il y a guérison, entraine tout au dehors avec les matières fécales.
Quelle est la genèse de tels accidents et sous quelle forme le plomb est-il absorbé ? Question bien difficile à résoudre et sur laquelle les renseignements font défaut. Comme sur tant d’autres questions la divergence d'opinions laisse encore planer de l’obscurité.
« Peut-être, dit Tanquerel des Planches, avant d’être absorbé par les vaissaux capillaires, est-il transformé à la surface des muqueuses en oxyde, sel, en un mot en un corps soluble. »
Pour Millon, c’est sous forme d’'albuminate ; d’après certains auteurs, de chlorure. Mais ce sur quoi on est d'accord, c’est que ce n’est qu'après avoir été dissout qu'il est absorbé : «Les préparations saturnines, ajoute le mème auteur, afin de pouvoir être absorbées et produire la colique ainsi que les autres maladies saturnines ont besoin, avant de pénétrer dans l'organisme, d’être dissoutes préalablement dans un liquide ou réduites en particules très ténues. »
Nous pouvons ajouter que plus la surface du corps étranger sera grande, plus facile sera son absorption, puisqu'il offre une