‹ De l'invagination dans la tuberculose intestinaleChapitre 3 sur 21 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Parmi les complications locales de la tuberculose intestinale, 1l en est une qui n’a pas encore été l'objet d'une étude suffisamment approfondie et dont les descriptions classiques ne font même pas mention; c'est l’invagination intestinale. Le premier, en 1901, M. Patel, chef de clinique chirurgicale à la Faculté de Lyon, insiste sur ces faits dans sa thèse inaugurale. «Il n’y a pas là, dit-il, une simple coïncidence, et ce mode d'exclusion doit être signalé au cours de la tuberculose de l'intestin grêle ».

C’est à peine si trois ou quatre observations publiées antérieurement à ce travail attirent l'attention de ce côté, et l’on est étonné du peüt nombre de cas que nous fournit la littérature médicale au sujet de cette complication de Îa tuberculose intestinale, si riche cependant dans

ses manifestations.

Hate

En 1899, Heritier, dans sa thèse, rapporte un cas d'invagination survenue au cours d’une tuberculose péritonéale opérée par M. Jaboulay, et dans lequel l'existence d’une tuberculose du péritoine pouvait seule expliquer la production de cet accident.

Dans La Province Médicale du mois de juin 1901, M. Cavaillon fait une communication au sujet d’un cas d’invagination complexe 1leocœco-colique, survenue au cours d'une tuberculose intestinale. M. Jaboulay, qui avait opéré ce malade, signale le même fait à la Société de chirurgie (juin 1901), et à la même séance, M. le médecin major Batut rapporte une invagination intestinale, survenue brusquement, chez un homme qui présentait d'autre part des granulations tuberculeuses de la muqueuse intestinale.

Murwedel cite un cas de Czerny dans lequel une invagination du ecœcum et du colon ascendant existait avec des lésions tuberculeuses ileocœcales. Flémer signale aussi deux cas de Czerny dans lesquels on trouva à la fois une invagination et une lésion tuberculeuse.

Enfin, dernièrement, au mois d'avril 1903, M. Llewellyn, de Liverpool, fait, dans The Lancet, une communication sur un cas d'invaginaton 1leo-colique associé à des ulcérations tuberculeuses intestinales, et il termine par ces mots : «Je ne puis trouver aucune mention d’ulcéra-

Are

tions tuberculeuses s’accompagnant d’invagination dans la littérature médicale ».

Nous nous sommes demandé si cette pénurie d'observations provenait surtout de la rareté de la lésion ou s’il était possible, du fait même que cette complication n'avait pas été signalée, que plusieurs cas du même genre aient pu passer inaperçus.

Il semble aussi que l’on puisse incriminer la facilité avec laquelle une invagination à peine constituée peut se réduire d’elle-même. Pour Cruveilhier et Camper, en effet, l’invagination temporaire serait une chose fréquente, souvent vite dissipée. Pour que la disposition vicieuse se fixe définitivement, il est nécessaire que, grâce à des inflammations, des brides se constituent ou que des ulcérations préformées s’accolent au hasard de la nouvelle situation. John Gay croit que beaucoup de faits publiés sous le titre de guérison d'iléus ont été, selon toute probabilité, des cas d’invagination terminés d’une façon favorable. Des faits analogues et donnés comme des cas d'iléus spasmodiques ou comme des cas d’étranglement par torsion, détruits au moment de la mort, se trouvent dans divers recueils {Abercrombie, Haberston), et à l’autopsie on trouvait des anneaux livides ou gangrenés, traces certaines d’une invagination.

Il ne faut donc pas se hâter de conclure, en

présence du petit nombre de faits observés jusqu’à ce jour, que l’invagination est une complication très rare de la tuberculose intestinale. Si l’on tient compte des cas où la lésion, n’existant que temporairement, a pu être confondue avec un spasme ou un rétrécissement organique, et si l’on fait intervenir aussi ceux où l’autopsie n’a pu être faite pour venir confirmer le diagnostic, on est en droit d'élargir le cadre nosologique de cette affection et de ne plus la considérer comme une rareté clinique.

Dans ce travail, nous nous proposons d’étudier ces cas particuliers d’invagination.

Il nous a paru préférable de reproduire tout d’abord les quelques observations qui ont servi de base à notre sujet.

I nous sera plus facile ensuite de faire l'étude des faits qui s'en dégagent.

Nous commencerons par étudier le mécanisme et l’étiologie de cette affection, et nous passerons en revue les différentes théories qui ont été proposées pour l'expliquer.

Dans un second chapitre, consacré à l’anatomie pathologique, nous rappellerons la constitution anatomique de l’invagination, et nous décrirons les lésions macroscopiques et microscopiques qu'elle présente dans le cas qui nous occupe.

Nous nous attacherons ensuite à décrire le

CA

tableau clinique qui caractérise cette grave maladie, et nous en donnerons les principaux symptômes, ce qui nous permettra d'établir le diagnostic.

Enfin, dans un dernier chapitre, nous envisagerons le traitement de l’invagination. Nous ne ferons que signaler les différents modes opératoires et nous nous étendrons plus spécialement sur leurs indications et leurs contre-indications.

Nous avons joint au chapitre d'anatomie pathologique deux planches qui se rapportent à l’'Observation III. Nous les devons à la bienveillance de M. le major Niclot.

An cours des différents chapitres qui suivent, nous avons fait de nombreux emprunts à la thèse de M. Patel. Qu'il veuille bien nous pardonner les longues citations que nous lui empruntons : sa compétence en la matière et notre inexpérience sont nos meilleures excuses.

Page 1