‹ De l'invagination dans la tuberculose intestinaleChapitre 4 sur 21 · OBSERVATION I · texte numérisé non relu

OBSERVATION I

Occlusion intestinale aiguë. — Laparotomie. — Invagination de l’Iléor. — Rupture de l'intestin et suture. — Mort. — Autopsie : Tuberculose pulmonaire, granulie périlonéale; ulcéralions tuberculeuses de l'iléon.

(Thèse d'Héritier. Lyon 1898-99)

Jean-Pierre B..., 40 ans, entré le 21 février 1899, salle Saint-Augustin, n° 51.

Père et mère morts à un âge avancé d’affections indéterminées.

Cinq frères et sœurs; trois sont morts : l’un alcoolique, Pautre d'affection inconnue, une sœur morte en couches.

Le malade dit n’avoir jamais présenté d’affections antérieures. Il exerce la profession de garçon de café et s’est assez fortement alcoolisé (en moyenne par jour : 8 absinthes, 2 petits verres, 4 bocks, 1 litre de vin).

Il tait remonter le début de son affection actuelle à deux mois. À cette époque, il souffrit de la gorge et se prit à tousser. La faiblesse générale l’obligea alors à interrompre son travail. Il y a un mois, il eut quelques hémoptysies. Dans l’après-midi du 18 février, il fut pris assez brusquement de coliques violentes et de vomissements. Les douleurs étaient irradiées à tout l’abdomen sans localisation spéciale; elles s’accompagnaient de rétraction des testicules. Les douleurs violentes et les vomissements ont persisté et, en même temps, s’établissait une constipation opiniâtre, absolue, car, au dire du malade, depuis le 18, il n’aurait émis ni gaz, ni matières. Les vomissements sont devenus très odorants.

Le malade affirme n’avoir jamais présenté pareils accidents antérieurement. Ses fonctions digestives s’accomplissaient bien. Il n’était sujet ni à la constipation, ni à la diarrhée.

A son entrée à l'hôpital, l’état général est mauvais. Le malade est affaibli; J’amaigrissement est notable; les yeux sont excavés; les extrémités et les téguments présentent du refroidissement. La température rectale : 36° 8.

Le pouls est lent, faible, misérable.

L’abdomen est un peu météorisé, assez tendu, sans toutefois présenter un développement très considérable.

A la palpation, tout l’abdomen est sensible à la pression et la paroi se tend, rendant difficile exploration. Toutefois, il semble que la pression soit plus douloureuse dans la fosse iliaque droite; mais, ici encore, la réaction de défense ne permet de constater qu’une perte de souplesse de la paroi.

À la percussion, pas de matité dans les flancs, pas de fluctuation.

Le foie ne dépasse pas les fausses côtes.

Les anneaux inguinaux et cruraux sont libres.

La langue est recouverte d’un épais enduit saburral.

Dans la journée du 21, les vomissements deviennent fécaloïdes.

Auscultation : au sommet gauche, en arrière, submatité, respiration rude, expiration prolongée; en avant, respiration un peu rude; au poumon droit, la respiration et la sonorité sont normales.

Cœur normal.

Pas d’œdème des jambes.

Urines : pas d’albumine.

22 Février. — Trois lavements à la glycérine restent sans effet et n’amènent que fort peu de matières.

23 Février. —— Etat général aggravé. Le malade passe dans le service de M. le docteur Jaboulay qui porte le diagnostic d’occlusion et décide l'intervention.

Laparotomie médiane : pas d’ascite; granulations nombreuses sur le péritoine. Le cœcum est rejeté dans l’hypocondre gauche. Les anses sont agglutinées. L’intestin présente une couleur violacée indiquant une tendance au sphacèle.

On trouve une invagination de 15 centimètres euviron,

siégeant sur l'intestin grêle à 20 centimètres avant son abouchement dans le cœcum. L’invagination est réduite; il se produit alors une rupture de l'intestin que l’on suture.

Le malade meurt quatre heures après l’opération.

Autopsie.— À l'ouverture de l'abdomen, on constate un semis de granulations tuberculeuses à la surface du péritoine pariétal et viscéral, Pas de brides. Il existe un peu de liquide contenant en dissolution des matières fécales. On déroule l'intestin et on l’ouvre. On constate alors que, sur une longueur de 15 centimètres environ, l'intestin présente une teinte ecchymotique, violacée, très marquée. Cette zone violacée se termine à 20 centimètres environ du cœcum. Sur la face interne de cette portion de lintestin, on voit deux ulcérations tuberculeuses peu profondes, de forme et de direction annulaires. L’une est à peu près entièrement cicatrisée; l’autre est en voie d’évolution. On retrouve, vers la partie inférieure de la zone ecchymotique, les points de suture réunissant les lèvres de la rupture intestinale survenue lors de l'opération. Il existe, en outre, plusieurs ulcérations dans la portion de liléon située immédiatement au-dessus de la zone ecchymotique.

Aux poumons, on trouve des granulations tuberculeuses disséminées et, en outre, au sommet gauche, quelques tubercules en voie de ramollissement au sein d’un tissu légèrement induré.

Le foie et la rate contiennent également quelques granulations tuberculeuses.

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