OBSERVATION XVIII
Collignon, Thèse de Paris, 1907-1908.
(Myxo-fibrome de l'intestin grêle). Obstruction intestinale par invagination consécutive d'unetumeur bénigne de l'intestin grêle.
Le 27 juillet 1907, M. Leuret, chirurgien-adjoint à l'hôpital St-Joseph, est appelé en consultation auprès de Mme I..., âgée de 45 ans.
Cette malade constipée habituellement et présentant depuis quelque temps des troubles digestifs vagues accompagnés d’amaigrissement progressif, avait été prise brusquement le 33 juillet de douleurs vives dans le ventre et de vomissements alimentaires.
On pensa d’abord à un embarras gastrique et on prescrit un purgatif ; le lendemain, les vomissements persistent, la constipation est 2bsolue. Le médecin propose alors une consultation avec un chirurgien qui n’est acceptée que le quatrième jour. M. Leuret voit la malade le
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matin. Le facies est bon ainsi que l’état général, le pouls et la température normaux.
Cependant les vomissements ont un aspect et une odeur fécaloïdes. Le ventre est uniformément ballonné et depuis quatre jours il n’a été rendu ni matières ni gaz.
Le toucher rectal et le palper ne donnent aucun renseignement. Etant donné l’âge de la malade, l’amaigrissement progressif, le diagnostic posé est celui d’obstruction intestinale par cancer. L’intervention n’est acceptée qu’à neuf heures du soir. Laparotomie latérale dans la fosse iliaque droite pratiquée par M. Leuret. Le cœcum est vide. L'opérateur remonte l'intestin grêle qui est vide jusqu’à 50 centimètres de la valvule, et à cet endroit il rencontre une invagination d’'environ 10 centimètres de long.
Aucune trace d’adhérences.
Par expression avec traction légère il réduit l’invagination et constate alors la présence d’une tumeur dure du volume d’une noix dont il pratique la résection suivie d’anastomose termino-latérale avec le bouton de Murphy.
Le lendemain matin, bon état général, pouls normal et bien frappé, température 370.
Pas de vomissements, mais absence complète de matières et de gaz, même avec la sonde rectale. Le soir, l’état général décline, le pouls s'accélère, la malade continue à ne rien rendre par l’anus. Craignant la reproduction d’un obstacle, quelques gouttes de chloroforme sont données à la malade qui permettent de constater que l'intestin est parfaitement perméable.
Pas de traces d’inflammation du péritoine, mais l'intestin est distendu par paralysie.
La malade meurt dans la nuit après avoir rendu des matières liquides par la sonde.
* L'examen anatomo-pathologique de la portion d’intestin réséqué fut confié à M. Lorrair, chef de laboratoire de l'hôpital St-Joseph, et voici la note communiquée par ce dernier :
«La pièce donnée à examiner est un fragment d’intestin grêle long de 7 centimètres.
L'intestin étant incisé suivant la ligne d'insertion du mésentère et ouvert on voit :
Une tumeur de forme régulièrement sphérique du volume d’une grosse noix, de 3 centimètres de diamètre environ et assez largement im-
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plantée sur l'intestin du côté opposé à l'insertion du mésenté .
Cette tumeur remplit complètement la cavité intestinale : on la sent très nettement à travers les parois de l'intestin, et il existe sur la surface externe de celui-ci, une légère saillie qui correspond au point d'implantation de la tumeur.
Sur les coupes, on constate qu'il s’agit histologiquement d'une tumeur conjonctive se rapprochant du myxo-fibrome.
La partie superficielle de la tumeur en contact avec la cavité intestinale est légèrement nécrosée et ne présente pas de revêtement épithélial. La muqueuse intestinale semble s'arrêter au pédicule qui sert de base d'implantation à la tumeur. »