OBSERVATION À
(D' Fourquet).
Abcès de la rate. Injection iodoformee. CAccidents consécutifs.
X..., âgée de 32 ans, couturière, nous fait appeler pour la variole. .
CAntécédents héréditaires. — Rien à noter ; père et mère morts à un âge avancé ; sœur bien portante.
CAntécédents personnels. — N'a jamais fait de graves maladies ; pas d’'habitudes alcooliques ; pas de syphilis.
Histoire de la maladie. — Le 8 février 1892, elle fait appeler le médecin pour une fièvre intense avec céphalalgie opiniâtre, rachialgie, et une éruption qui avait débuté par la face et le cou. La variole suit son cours régulier sans complications d'aucune sorte. La malade entrait en convalescence le 25 février, quelques jours plus tard.
5 Mars. — Apparition nouvelle de la fièvre avec frisson violent. La malade se plaint d’une douleur très vive, avec sensation de chaleur et de pesanteur dans l’hÿpocondre gauche. L'examen permet de constater une tuméfaction douloureuse dans la région splénique. Fièvre intense ; température matinale 3829, vespérale {o®r. Le pouls est dur et fréquent ; céphalalgie,.
4 Mars et jours suivants, même état sauf une exagération de la douleur, une tension plus grande dans l’hypocondre gauche. La tumeur splénique est du volume de la tête d’un fœtus. On fait une ponction et l’on retire 560 gr. d’un pus bien lié. Injection de glycérine iodoformée à 1 gr. pour 200 gr.
10 mars. — La malade a passé une bonne nuit. La fièvre a diminué. Température matinale 38° 2, vespérale 38°6. Le pouls est fréquent; céphalalgie violente.
Les jours suivants, l’état général de la malade s’améliore. Cependant la tumeur splénique ayant augmenté de volume, nous songeons à faire une deuxième ponction, le 15 mars. On retire 750 gr. de pus; nouvelle injection de glycérine iodoformée.
Trois jours après, la malade est prise. de vertiges avec
tendance à la syncope ; la fièvre s'est réveillée et la malade nous fait appeler dans la nuit du 18 mars.
Etat le 18 mars. — La malade est en proie à un accès de fièvre très vive. Température 388. Le pouls est à 1340 pulsations. Plusieurs crises de dyspnée très intense. L’examen de la région à l’hypocondre gauche ne nous révèle aucun phénomène particulier. La tumeur splénique -n’a pas augmenté de volume, pas de-tension de rénitence bien nette, pas de douleur à la pression. Croyant à la possibilité d’une infection purulente, nous interrogeons minutieusement tous les organes en particulier. Notre examen reste absolument négatif. Nous ordonnons une potion tonique anti-fébrile avec 4 gr. d'extrait mou de quinquina pour 1 gr. de sulfate de quinine.
19 Mars. — Dans la nuit, la malade a été tres agitée ; un délire violent s’est déclaré à 10 h. 1/2 jusqu'à 1 heure du matin. La malade parlait à haute voix, s'adressant à des êtres imaginaires, puis tombait tout à coup dans la prostration d’où elle ne sortait que pour verser d'abondantes larmes sur la mort de son mari et deses enfants qui étaient auprès d'elle.
20 Mars. — La malade est plus calme. Cependant elle est prise de nausées’ fréquentes et a rejeté à deux ou trois reprises quelques gorgées de mucosités. Elle a eu cinq: à six selles liquides et se plaint de coliques assez violentes.
L'examen de l'hypocondre gauche nous permet de constater que la région splénique n’est douloureuse ni spontanément ni à la pression. On remarque une éruption scarlatiniforme sur le cou, la face et le tronc. L'examen de la
gorge ne nous révèle ni angine pultacée, ni rougeur du
pe
pharynx. Le cœur bat rapidement, mais régulièrement ; pas de signes de myocardite; foie normal; urines diminuées d’abondance (1.080 gr.), légèrement albumineuses,. Rien aux poumons.
La malade a toute sa connaissance. Elle parle parfaitement et répond avec précision aux questions qu'on lui pose,
Température, 38°8. Pouls, 92.
21 Mars. — La plupart des accidents se sont amendés. L'éruption scarlatiniforme a en partie disparu ; la température est revenue à 3798. Le pouls a 74. L'amélioration se continue les jours suivants.
27 Mars.— La malade nous fait appeler de nouveau, car la région splénique est redevenue très douloureuse. On constate que le pus s’est de nouveau formé et on fait une ponction suivie d’une injection de glycérine iodoformée.
28 Mars. — La malade ne ressent plus de douleur dans l’hypocondre gauche; mais elle éprouve un malaise qui s'accompagne d’une tendance invincible au sommeil. Quelques crampes douloureuses dans les membres inférieurs.
29 Mars. — Dans la nuit, crises syncopales:; délire loquace ; mêmes symptômes que précédemment avec température élevée-(39°8) et accélération du pouls. Nausées, vomissements, diarrhée.
30 Mars. — Nouvelle éruption érythémateuse sur tout le corps. |
Nous incriminons l’iodoforme et nous le suspendons d’une façon absolue. Le pus s'étant reformé dans l’abcès, nous ouyrons largement, nous drainons et faisons des lavages boriqués jusqu’à la guérison complète, qui se fait
attendre quelques jours encore.