De l'Iridotomie
Dans le cours de nos études en médecine, ayant ac-cordé une faveur toute particulière aux maladies des yeux, nous avons cru devoir puiser dans cette patholo-gie si intéressante le sujet de notre thèse.
Redoutant d'être confus, et de ne pas arriver à des conclusions précises et rigoureuses en abordant une ques-tion où dominent les généralités et les théories, nous avons accepté avec empressement d'écrire l'histoire de l'iridotomie que nous a proposé M. de Wecker. Notre oeuvre inaugurale aura ainsi l'avantage d'être bien limi-tée et d'offrir un intérêt de nouveauté pratique tout spé-cial.
M. de Wecker voudra bien recevoir ici nos plus sin-cères remerciements pour avoir facilité notre tâche en nous éclairant de ses savants conseils. Son expérience récente du sujet qui nous occupe, et la vulgarisation des succès relativement nombreux déjà obtenus par lui, feront bientôt, nous l'espérons, reconnaître comme indis-pensable et nécessaire l'opération de l'iridotomie dans des cas que nous énumérerons et discuterons dans le courant de cet écrit.
L'iridésis et l'iridectomie, qui lui succédèrent, et que l'on considérait comme les perfectionnements ultimes pour la création des pupilles artificielles, devront dès aujourd'hui lui céder, la première, une place définitive comme étant un moyen dangereux, et la seconde lui octroyer une partie de sa vertu antiphlogistique qu'elle croyait posséder exclusivement, tout en lui accordant une supériorité comme moyen optique dans de nom-breuses indications.
L'iridotomie doit donc reprendre droit de cité et exis-ter autrement que comme souvenir, ou opération faite incidemment ; nous essayerons de le démontrer.
Avant tout nous croyons devoir, dans un premier chapitre, donner un historique très-détaillé de la ques-tion et faire ainsi ressortir les causes pour lesquelles l'iridotomie, née en 1728, a si peu vécu. Les insuccès réitérés qu'éprouvèrent les premiers auteurs de l'opéra-tion expliquent son abandon précoce comme moyen pra-tique ; mais, d'un autre côté, l'acharnement et les efforts que firent certains praticiens pour perfectionner la méthode, prouvent que, malgré le peu de garantie de réussite qu'elle offrait on avait confiance dans le prin-cipe, et qu'on était persuadé qu'en améliorant l'instru-mentation, la forme de l'incision, on arriverait à des résul-tats meilleurs. Cependant tout n'était pas là ; les fausses connaissances anatomiques de l'oeil à l'époque où fut inventée l'iridotomie, sont pour une grande part dans les insuccès. Nous avons cru, en conséquence, devoir dé-buter, dans ce premier chapitre, par la citation de quel-ques passages de Haller, Jannin, Maître-Jean, qui repré- .sentent les idées admises en anatomie, à l'époque où fut faite cette opération pour la première fois.
Dans un second chapitre nous exposerons la méthode que M. de Wecker préconise, son manuel opératoire et le genre d'instrument qu'il a fait construire pour arriver à son but.
Dans une troisième partie, nous spécifierons les dif-férents cas qui réclament l'iridotomie, et, comme sanc-tion de ce que nous avançons, nous ferons suivre ce cha-pitre de plusieurs observations recueillies à la clinique du Dr de Wecker. M. le Dr Masselon, chef de clinique, nous permettra de lui donner ici un hommage public de notre reconnaissance pour la bienveillance avec laquelle il s'est toujours mis à notre disposition; c'est à lui que nous devons le dessin des trois gravures qui terminent notre thèse.
M. Abadie a bien voulu nous communiquer une obser-vation qui n'est certes pas la moins intéressante. Je le re-mercie de l'empressement avec lequel il me l'a offerte, con-tent qu'il a été de venir augmenter le nombre des succès obtenus par cette opération dont il est partisan, surtout lorsqu'elle est combinée avec la trépanation dans le traitement kératocone.
Nous avons tâché dans ce travail d'être aussi complet que possible; si cependant, malgré tous les soins que nous y avons mis, il présente quelques lacunes et quel-ques faits insuffisamment développés, nous prions nos juges de nous pardonner et de nous accorder toute leur indulgence.