‹ De l'iridotomieChapitre 7 sur 17 · L. DE WECKER · texte numérisé non relu

L. DE WECKER

jusque dans le corps vitré, et à l’en retirer immédiatement en élargissant la brèche faite dans ces membranes plastiques, sans aggrandir la plaie de la cornée. L’expérience a démontré que ces membranes plastiques, réunies à l’iris atrophié et à la capsule du cristallin, ont assez de tendance à se rétracter, pour laisser ouverte, dans une certaine mesure, la plaie qu’on y a faite.

» Si, dans les procédés ordinaires d’iridectomie combinée avec la dilacération ou l’extraction des fausses membranes, la pupille artificielle a continué à se refermer, il faut attribuer ce fait à une trop grande violence, disposant immédiatement aux proliférations des tissus qu’on a touchés et qui sont doués, par le fait de leur structure, d’une irritabilité toute particulière. On sait que, même la réduction transitoire de la pression intra-oculaire qui suit l’évacuation de l’humeur aqueuse, suffit pour provoquer dans la chambre antérieure des hémorrhagies en s’opposant à l’exacte exécution des opérations pratiquées; mais c’est surtout l’irritation provoquée par l’action des pinces et le tiraillement des parties voisines qui doivent être accusés comme la cause dés insuccès dans les procédés ordinaires. La simple iridotomie, elle, représente pour ainsi dire un acte souscornéen et jouit de l’immunité des opérations sous-cutanées.

» J’ai aussi tenté de réduire la plaie de la cornée à un minimum, en me servant de petits couteaux falciformes introduits à travers les membranes plastiques, de façon à sectionner celles-ci d’arrière en avant. »

Nous reviendrons, dans la partie qui concerne les indications de l’iridotomie, sur cette appréciation judicieuse de notre maître. Faisons seulement remarquer ici que de Græfe opérait d’après deux des principales méthodes anciennes d’iridotomie: celle de Heuermann et celle de Gheselden lui-même.

Le procédé de Guérin ne tarda pas non plus à être mis en pratique, et cette fois ce n’était plus dans des cas d’absence du cristallin, mais dans l’intention bien arrêtée de créer

DE l’iridotomie.

une pupille optique au devant de la lentille restée en place. C’est Bowman qui, l’année derrière, fit, au Congrès de Londres, une communication à ce sujet.

Partant de ce fait acquis que, dans les cas de cataractes stratifiées où il existe une assez large zone transparente du cristallin, la pupille artificielle a tous les avantages sur la suppression du cristallin, notre estimé confrère proposa de pratiquer cette pupille artificielle par une incision des fibres circulaires qui constituent le sphincter de l’iris.

A cet effet, la pupille artificielle devant être placée en dedans, Bowman pénètre avec un très étroit couteau lancéolaire à peu près au milieu du rayon de la cornée qui correspond au diamètre horizontal de cette membrane. L’ouverture doit être assez grande pour livrer passage à un petit couteau mousse, large d’un millimétré, et qu’on introduit à plat, à travers le champ de la pupille, sous le bord pupillaire opposé à la section. La pointe mousse du couteau étant arrivée près de l’insertion de l’iris, on tourne le tranchant de l’instrument en avant, et, par un mouvement combiné de pression et de traction, on sectionne le sphincter de l’iris (1). Par l’écart des fibres circulaires, il se forme

(1) Voici comment cette opération est décrite par M. Soelberg Wells, dans la troisième édition de son précieux traité qui vient de paraître : « Through a small corneal opening made by a broad needle opposite the intended pupil, he introduces a very small knife, blunt at tlieend and back, as far as may be necessary through the pupil, between the iris andlens, and then, turning the edge forward, he incises the pupillaryedge to theextent required, using the cornea as a back-ground against which he eut. In doing tins, the posterior zurface of the cornea may be slightly incised, but any temporary nebula thince resulting soon disappears . The incision made in the iris gapes and formes the new pupil, which retains some mobility under varging light. The iridotomy or incision ofthe iris to produce an artificiel pupil for optical purposes may also be made with de Wecker’s new forceps scissors, which would, I think, be very useful for this purpose. »

Voir aussi la description de son procédé, donnée par l’auteur lui-même, dans : Compte-rendu du Congrès d' ophthalmologie de Londres ^ par Warlomont etDuwEz, 1873, éd. franç., p. 2(X).

L, DE WECKER.

une pupille artificielle qui constitue avec l’ancienne ouverture pupillaire un trou en forme de poire. Nous apprenons que M. Bowman pratique actuellement cette incision du sphincter iridien, non seulement dans les cas de cataractes stratifiées, mais aussi lorsqu’à la suite de la trépanation d’une cornée conique, l’opacité de la cicatrice est assez marquée pour troubler la vision (1).

M. Bowmann ne s’est pas dissimulé le grand inconvénient que présentait son procédé d’obliger l’opérateur à couper l’iris d’arrière en avant ; il est en effet impossible de limiter la section exclusivement aux fibres de l’iris et lé tranchant pénètre nécessairement à une profondeur variable dans le tissu cornéen. La membrane de Descemet est constamment entamée, et l’écartement de cette membrane vitreuse, très élastique, met le tissu propre de la cornée en contact prolongé avec l’humeur aqueuse : une opacité plus ou moins persistante en est la conséquence forcée. On produit donc une opacité dans la partie de la cornée qui est précisément en rapport avec la pupille artificielle nouvellement créée, et l’on diminue ainsi les avantages que l’iridotomie présente comparativement à d’autres procédés de corémorphose qui sont exempts de cet inconvénient.

La quatrième méthode principale d’iridotomie, pratiquée au moyen de ciseaux, celle de Janin, a été reprise par nous. Je me crois dispensé d’établir que ni de Græfe, ni Bowman, ni enfin moi-même, n’opérons de façon identique aux méthodes anciennes qui correspondent aux nôtres. Il est par exemple très différent d’ouvrir largement la cornée, comme le faisait Guérin, et de prendre un couteau pour faire des sections cruciales d’avant en arrière dans l’iris, ou d’avoir recours, comme Bowman, à un couteau mousse^, introduit à

(1) Notre ancien chef de clinique, M. Abadie, a fait cette iridotomie simultanément avec la trépanation du kératocône, et en a obtenu des résultats très favorables. (Voy. Société de Chirurgie, Séance du 30 juillet 1873).

DE l’iridotomie.

travers une étroite ouverture de la cornée, pour couper

d’arrière en avant. Tout autre chose est d’ouvrir comme 1

Janin la cornée par un large lambeau et de perforer l’iris

avec des ciseaux pointus, ou de pratiquer comme nous le ^

faisons une plaie très étroite, soit dans la cornée seule, soit

simultanément dans la cornée et l’iris, et d’introduire des l

ciseaux à pointes très mousses qui ne lèsent pas le cristallin

et ne doivent pas non plus, en l’absence de celui-ci, entamer f

le corps vitré. Néanmoins, nous croyons nous tenir dans les limites d’une stricte impartialité, en admettant quatre méthodes principales d’iridotomie, dues à l’initiative de Cheselden, de Heuermann, de Guérin et de Janin, et que de Græfe,

Bowman et nous avons reprises en les modifiant plus ou

moins sensiblement. Du reste on n’aura qu’à comparer

les descriptions pour se convaincre de la parfaite exactitude ^

de notre assertion (1) . \

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