L. DE WECKER
fixer le globe de l’oeil, arracher de ses adhérences anor males avec la capsule du cristallin ou même de la continuité de son tissu et de son insertion ciliaire, un lambeau de l’iris (Desmarres) , sans provoquer de réaction fâcheuse et avec pleine réussite, firent que, dans les publications récentes, on honora à peine d’une mention historique les anciens procédés d’iridotomie. Néanmoins, il ne pouvait échapper à des praticiens expérimentés et attentifs que des obstacles trés-sérieux s’opposent parfois à l’exécution de l’iridectomie et de l’iridorhexis ; qu’en pareil cas, un retour vers la simple incision d’autrefois pouvait présenter de plus grandes facilités opératoires et augmenter le nombre des cas se prêtant à une utile intervention. Ces obstacles proviennent d’une part de ce que l’iris contracte des adhérences tellement solides avec des produits exsudatifs ou néoplasiques tapissant sa surface postérieure, qu’il devient impossible ou même dangereux d’en attirer par une violente traction une portion au dehors de la plaie cornéenne pour l’exciser. D’autre part, il peut arriver que l’iris sensiblement atrophié fasse tellement corps avec les produits inflammatoires adhérents à sa face postérieure, que l’arrachement d’un lambeau se borne à entamer très-superficiellement ce diaphragme solide, sans rétablir nullement le passage aux rayons lumineux.
Il n’avait pas non plus échappé à l’observation qu’à la suite d’une perte de substance préalablement faite à l’iris, soit par une simple pupille artificielle, soit à l’occasion d’une extraction combinée, la nouvelle ouverture s’était bouchée par des produits inflammatoires, et que le diaphragme qui fermait alors complètement en arrière la chambre antérieure, se trouvait dans un état de tension très-accusé. Cette tension rendait les tentatives d’excision et d’arrachement dangeureuses et souvent infructueuses, tandis qu’en fendant avec un instrument tranchant le diaphragme résistant, constitué par l’iris et les produits inflammatoires, cette même
tension se montrait fort propice à la création d’une pupille artificielle suffisamment large, sans qu’on eût à craindre des épanchements de sang ou un tiraillement fâcheux sur le corps ciliaire, comme dans les autres procédés sus-mentionnés.
L’iridotomie fut remise en honneür par de Græfe, pour le cas où le cristallin avait été extrait ou absorbé à la suite d’un traumatisme, et lorsqu’en pareille circonstance l’excision ou l’arrachement de l’iris s’étaient déjà montrés insuffisants ou devaient l’être nécessairement. Mais ces tentatives de retour à l’ancienne pratique ne virent le jour que dans les dernières années de l’existence de de Græfe, et ce fut un malheur, car il n’est pas douteux que cet esprit si éminemment pratiqué n’en eût tiré une nouvelle méthode opératoire, lui qui avait saisi, avec tant de rapidité, ainsi qu’on pourra en juger plus loin, les avantages de l’iridotomie. Une mort prématurée a empêché de Græfe de donner un plus ample développement aux idées qu’il avait émises à ce sujet dans un court exposé adressé à l’un de ses élèves, M. Meyer (1).
» Dans les cas d’absence du cristallin, dit de Græfe, par suite de l’opération de la cataracte et d’exsudations rétroiridiennes très-développées, avec désorganisation du tissu de l’iris, aplatissement de la cornée et autres conséquences d’une irido-cyclite destructive, j’ai substitué à l’opération de l’iridectomie, qu’on pratique jusqu’à présent ordinairement sans succès, la simple iridotomie. Le procédé consiste à plonger un couteau à double tranchant, se rapprochant par sa forme d’un couteau lancéolaire très-pointu, à travers la cornée et les tissus de nouvelle formation,
[\) Traité des opérations c[ui se pratiquent sur l'œil. Paris, 111-4^^ p. 79. Il est intéressant de noter l’importance attachée, dans ces mêmes temps, à l’opération qui fait le sujet de ce travail, en nous reportant, dans l’ouvrage étendu de M. Meyer, à la remarque suivante sur l’iridotomie : (p, 81) (( applicable seulement, dit-il, aux cas d'absence du cristallin, l’iridotomie a été recommandée dernièrement par M. de Græfe pour certains cas déterminés d’occlusion de la pupille après l’extraction de la cataracte. » Ceci indique où en était l’iridotomie en 1871 .