‹ De l'iritis syphilitiqueChapitre 3 sur 16 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

CHAPITRE m

De la syphilis constitutionnelle.

On s'accorde généralement à donner le nom de diathèses aux maladies générales qui fournissent simultanément ou successivement des signes de leur existence sur différentes parties de l'économie, signes en tout semblables entre eux ou de même nature, et dépendant d'une seule et même cause.

Il s'ensuit que l'économie doit avoir subi une influence morbide quelconque, et que ses parties constituantes se trouvent dans une disposition telle que, sous Taction d^une cause secondaire et souvent en l'absence de toute cause sensible, elles manifestent leur manière d'être actuelle par des phénomènes en rapport avec la modification éprouvée par Torganisme dans son ensemble.

Parmi les diathèses, les unes sont innées, les autres sont acquises, et quelques-unes peuvent même reconnaître l'uiie et l'autre origine. Disons-le immédiatement, c'est ce qui se voit dans la syphilis que certains individus reçoivent par hérédité, que d'autres contractent par contagion.

Tous les auteurs ne rangent cependant point la syphilis parmi les affections diathésiques. Chomel exclut

la syphilis de leur nombre. Grisolle paraît admettre cette manière de voir; il. objecte que la syphilis, locale à son début, ne se généralise que par l'infection consécutive de réconomie, tandis que pour lui, les véritables diathèses semblent être générales dès leur naissance, n définit la diathèse « la répétition ou la dissémination de lésions, parfois diverses en apparence, mais identiques quant à leur nature, effectuée en vertu d'une force intérieure. »

Or, la syphilis constitutionnelle nous offre sous les attributs des affections diathésiques : manifestations diverses en apparence, mais identiques quant à leur nature; possibilité et même fréquence de récidive spontanée par l'effet d'une cause première qui n'a pas été chassée de l'organisme ; enfin transmissibilité par voie d'hérédité, et dans ce cas, affection générale dès le début.

Nous rangerons donc la syphilis parmi les diathèses et nous la défimrons :

« Une affection constUtUionnelle héréditaire ou acquise^ dont la cause constante et fatale se trouve da/ns Vindu/ration (Syphilioma) qui termine parfois le chancre ; affection, caractérisée par des lésions nombreuses, muUiformss, mais dans lesquMes on retrouve constamment Vinduration initiale qui en est le point de départ ; affection enfin de nature asthénique, spécifique, et ne guérissant qus sous rinflmnce d'un traitement spécifique dont le mercure est la base (1).

Cause de la syphilis. ~ Comme nous venons de l'énoncer dans la définition précédente, la syphilis, en dehors de l'hérédité, ne reconnaît qu'ime seule cause, c'est l'induration, mode de terminaison du chancre.

(1) Thiry, Traité cTophthalmologie, 2® partie, p. 221.

L'induration, nous le verrons tantôt, étant toute la syphilis, c'est d'elle que nous allons nous occuper, sans cependant entrer dans des détails qui nous seraient inutiles.

Les manifestations pathologiques consécutives au chancre, sont loin, d'être identiques chez tous les sujets. Ici, le chancre se borne à une action purement locale, respectant l'économie et n'entraînant à sa suite aucun accident d'infection généiule, c'est tout au plus s'il étend parfois son influence jusqu'aux ganglions , qui sont les aboutissants lymphatiques de la région affectée. Là au contraire, le chancre s'axîcompagne fatalement, dans un laps de temps variable, d'accidents constitutionnels qui envahissent tour à tour les différents systèmes de l'organisme, la peau, les muqueuses, les viscères, les os.

Cette différence radicale dans les effets pathologiques du chancre, ne dépend évidemment que d'une seule cause, du mode de terminaison de l'entité morbide qui leur a donné naissance, c'est-à-dire du chancre luitnême»

En effet, que nous apprend constamment l'observation clinique ? Là où l'action du chancre a été locale, là où il a laissé l'organisme indemne de toute manifestation générale, il s'est t^miné sur place, par cicatrice nette ; ou bien, par suite d'un travail réparateur trop actif, il s'est terminé par végétations^ véritables productions plastiques, simples et locales (1). Mais, dans l'un et l'autre cas, la guérison du chancre a enlevé toute idée de spécificité^ ce qui le démontre à l'évidence,

(1) Thiry, Affections Uennorrhagiques^ p, 165.

c'est rintégrité de la constitution du sujet qui a été affecté.

Là au contraire où le chancre a été suivie au bout d'un temps plus ou moins long, d'accidents constitutionnels caractéristiques, de syphilis enfin, le chancre s'est constamment terminé par le développement d'un néoplasme dur, spécifique, Vinduration.

Telle est toute l'explication de la symptomatologie observée à la suite de l'apparition du chancre. La terminaison indurée aboutit fatalement à la manifestation de la syphilis, tandis que tout autre mode de terminaison atteste la guérison définitive et complète du chancre, l'anéantissement de son individualité pathologique (1).

Ce sont là des faits auxquels l'observation a mainte^ nant donné la sanction du temps et de l'expérience. C'est à leurs contradicteurs, s'ingéniant à chercher leur explication dans des théories vagues et diffuses, que nous devons la confusion qui règne encore dans l'histoire delà syphilis constitutionnelle, tandis que comprise comme elle vient d'être exposée, elle est des plus simples et résulte de l'observation naturelle des faits.

L'induration une fois développée, le chancre cesse donc d'exister comme individualité pathologique ; l'économie jusque-là bien portante, est sous le coup de l'infection générale ; un principe toxique circule dans le sang et la syphilis existe (2).

(1) Thiry, Affections hlennorrhagiques, p. ItO.

(2) Nous citerons encore l'opinion de M. Ricord : « Lorsque iW duration s'est produite, Tinfection est accomplie. Si aucun traitement spécifique n'est prescrit, si la maladie est abandonnée à elle-' même, ce premier accident est nécessairement et fatalement suivi de symptômes propres à la syphilis (Leçons sur le chancre, p. 191)-

En effet, que se passe-t-il dans ces cas? Au bout dW îaps de temps variable, souvent du quatrième au sixième septénaire, fréquemment du second au troisième mois, apparaissent dans différents points de l'organisme des altéi^tions qui justifient parfaitement la nature diathésique de la syphilis. Très-diverses en apparence, elles sont identiques quant à leur nature, car toutes elles reproduisent le fibro-plasme spécifique qui en a été le point de départ.

La syphilis en effet, se généralise par l'absorption des éléments de l'induration (1). Constituant un élément pathologique nouveau, celle-ci va dès son apparition vicier, transformer tout l'organisme par absorption, et comme l'effet est toujours en rapport avec la cause, tous les accidents cachectiques de la syphilis constitutionnelle empruntent leurs caractères distinctifs à cette induration dont ils émanent (2), quelle que soit la fomie pathologique qu'ils revêtent, quels que soient les organes où ils se développent.

C'est là un fait de la plus haute importance et sur lequel nous devons tout particulièrement insister, car toute manifestation syphilitique reproduisant l'induration vérolique initiale, le diagnostic de ces manifestations se simplifie, et par la seule mais exacte observation des phénomènes qui s'offrent à nos sens, la lumière se fait là où il ne régnait que vague et confusion.

Telles sont les connaissances qui nous étaient nécessaires avant d'aborder l'étude de cette lésion syphilitique , la manifestation de la diathèse dans le voile

(1) Thiry, Ophthalmologie, 2* partie, p. 221.

(2) "thiry , Affections blennorrhagiques.j^. 171.

i.ù'iSi

indien. Ce qu'il nous importait d'établir, c'est que dans sa cause comme dans ses altérations, la syphilis est une et constamment identique , qnelB que soient les organes qu'elle affecte, les modifications qu'elle peut subir ne dépendant que des constitutions et des tissus afEectés.

Nous ajouterons quelques mots encore au siyet de la nature intime de l'induration, des éléments qui la constituent. Or, le microscope, les dissections, l'analyse chimique n'ont pu en pénétrer le mystère; tout ce que l'on sait, c'est que les tissus indurés sont constitués par un élément fibro-plastique analogue à celui que forme l'économie, en dehors de toute condition de spécificité.

Qu'en conclure? C'est que Is. spécificité d'une maladie ne peut s'apprécier sur le cadavre, ni sous la lentille du miscroscope, ni par le réactif du chimiste, mais bien seulement par l'observation clinique (I).

Voici d'après M. Robin les éléments histologîques que l'on rencontre dans l'induration :

1" Des traces de fibres du tissu ceUulaire avec quelques fibres élastiques cutanées; 2° une matière amorphe interposée à ces fibres; 3" des noyaux libres fibro-plastiques formant une partie considérable de la masse, et toujouro accompagnés d'une quantité au moins égale de cytoblastions; io on y voit aussi un certain nombre de corps fiisiformes fibro-plastiques (2).

M. le professeur Thiry a bien voulu nous communiquer aussi les détails suivants, sur l'examen microscopique de l'induration, analyse faite par M. le docteur Lenthier, alors son interne, et actuellement médecin à Solre-Bur-Sambre :

(1) Thiry, Qphthalmologie, 1" partie, p. 26.

(2) Polin, Pathologie externe, tome 1, p. 644.

1^ Analyse microscopique du tissu induré. — Le tissu de Finduration, vu en masse, c'est-à-dire dans la réuïiion intime et compacte de ses éléments anatomiques, ojBFre des granulations moléculaires élémentaires, des noyaux, beaucoup de fibres fusiformes simples, quelques fibres assez allongées, irrégulières, d'un très-petit diamètre et ne disparaissant point sous l'action de l'acide acétique. Un des essais rendit apparentes des fibres élastiques fines, bien déterminées, des faisceaux défibres de tissu conjonctif, mais il est probable qu'elles appartiennent à la muc^ueuse qui les renferme normalement. On ne rencontre que peu ou point de vaisseaux sanguins dans le tissu induré.

2o Analyse du suc contenu datais Vinduration. — Le morceau le plus dur de la tumeur indurée est fortement pressé afin d'en exprimer le suc;* celui-ci n'étant pas assez considérable, on dut le recueillir par le grattage avec le bistouri de la surface exsudante. Le liquide ainsi recueilli présente au miscroscope les éléments suivants : une partie de liquide plus ou moins abondante, une substance (granulations élémentaires) homogène, granuleuse, avec nucléoles; quelques petites gouttelettes de graisse, des noyaux solides très-peu abondants, quelques cellules irrégulières ayant la jlus grande ressemblance avec les cellules épidermiques qui constituent les squa mes. Des fibres de noyaux et par-ci par-là des vestiges de fibres élastiques fines, parfaitement reconnaissables; on rencontre aussi quelques fibres fusiformes (tissu fibro-plastique, 2® degré d'organisation). Après la réaction de l'acide acétique on aperçoit mieux les noyaux granuleux ovoïdes dont le diamètre se rapproche de celui des globules sanguins.

n est permis de conclure de la composition micros-

copique de l'induration, qu'elle est essentiellement constituée par du tissu fibro-plastique plus ou moins développé.

La réunion intime des éléments histologiques donne à l'induration sa dureté remarquable. Elle crie plus ou moins sous le bistouris qui l'entame et ne se laisse que très-difficilement diviser par les aiguilles à dissection. L'acide acétique ne diminue en rien cette cohésion.

FiG. 1. — Analyse microscopique du tissu induré y l**" essai,

a, a\ a", représentent le tissu de l'induration vu en masse, c'està-dire la réunion intime et compacte de ses éléments analomiques qui sont des granulations moléculaires élémentaires, des noyaux, beaucoup de fibres fusiformes simples, et quelques fibres assez allongées^ irrégulières, d'un très petit diamètre et ne disparaissant point sous Factivité de l'acide acétique.

On y aperçoit peu ou point de vaisseaux sanguins.

FiG. 2. — Même analyse, 2« essai.

On aperçoit des fibres élastiques fines bien déterminées, dés faisceaux de fibres de tissu conjonctif, mais il est probable qu'elles appartiennent à la muqueuse qui les renferme normalement.

FiG. 3. — Analyse du suc contenu dans rinduration» Voir l'explication à la page 33.

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