CHAPITRE PREMIER
De la notion de contagion
\ Comment il se fait que l’isolement n’est pas encore partout appliqué. — L’encombrement et ses remèdes.
L’isolement a une importance capitale. C’est en fait à cette simple mesure pratique qu’ont abouti les laborieuses et savantes recherches et observations de Tannier, de Pasteur — PR ne parler que des Français.
Elle est la conséquence naturelle à l’hôpital, de la notion de contagion. Iei s'impose un mot d'histoire. On ne peut pas passer sous silence le mal que ses défenseurs ont eu pour la faire ‘pénétrer dans le monde médical et dans le public.
NorTioN DE coNTAGION. — Ce sont des accoucheurs anglais et américains qui,en 1846, onteu les premiers l'idée de cette notion. Il s'agissait de la fièvre dite puerpérale. L’américain Samuel Kueeland écrivait d’elle alors : « La fièvre puerpérale est contagieuse et transmissible par les habits, le linge, la lite-
rie, les médecins. »
L'année suivante, à la Maternité de Vienne, Sem-
A Ur
melweis notait ses célèbres expériences : On avait dû, pour des raisons d'histoire naturelle, séparer les: sages-femmes des étudiants et le chef de clinique d’alors constata bien vite que les étudiants qui sortaient de l’amphithéâtre contaminaient plus leurs accouchées que les sages-femmes qui ne quittaient pas l'hôpital. {1 pensa à la contagion, à la désinfection possible et ordonna le lavage des mains à Ja brosse et au chlorure de chaux.
. Mais tout cela se passail en Autriche et en Anau En France aussi bien qu ‘en Allemagne, des ablutions de ce genre firent sourire et les médecins rétentinnnistes continuaient à prétendre que celte fièvre provenail d'une métastase laiteux tandis que
les localisateurs s’en prenaient à la rétention des lochis. Dix années après, en 1856, les jeunes accouchées mouraieni encore, à l'hôpital, dans une proportion énorme de 1 sur 6. Tarnier, alors jeune interne à la Maternité écrivait :
« Je voyais des femmes entrer à l'hôpital bien porlantes, pleines de vie el vingt-quatre ou quarantehuit heures après, j'assistais à lear agonie. C'était un spectacle épouvantable. »
Il s'en inquiéta, en parla à ses maîtres d'alors qui lui répondirent « que cela avait toujours été et que cela serait Loujours ». Tarnier ne se : Hi pes pour battu et continua ses observations.
Après de longues statistiques et de nombreux ira vaux il concluail que les décès étaient moins forts en ville te ‘à l’hôpital ; que c’étail par l’eau, le linge, la
nu ATte
literie, les murs crasseux et les mains sales que cette contagion pouvait se faire et il en arriva à pratiquer l'Isolement de ses malades. Lui-même s’occupa des plus petits détails d'hygiène, quand on construisit à côté de la Maternité, d'abord le petit Pavillon qui porte son nom, puis les bâtiments qui devraient constituer une partie de la Clinique Baudeloque. Bien souventilse heurta aux architectesqui ne concevaient pas les hôpitaux sans festons et astragales, suivant son expression. Îl s'occupa aussi bien du cubage d'air que de la: perméabilité des murs ; du plafond que du plancher des salles, du sol, de l'air, de l’eau, de toutes ces minuties enfin qui sont nos seules armes pratiques actuelles contre la contagion. Ainsi c'est dès 1856 que Tarnier proposa son remède «l’Iso'ement» contre la contagion. Comment se fait.il que de nos jours cette mesure ne soit pas encore partout appliquée ?.
Essayons d’en donner les raisons.
L'EnNcomBegMENT est la première et la plus grave. Il y a trap de malades ; on ne sait pas où les caser, aussi accumule-t-on des lits dans les salles. C'est malheureusement vrai, l'encombrement est la plus grande plaie de nos hôpitaux.
Cependant il ne nous semble pas impossible — quelque grand que soit le mal — de réserver dans chaque hôpital tant de salles pour les tuberculeux, tant pour les grippés, tant pour les autres malades. Le mal certes, n’en existerail pas moins, mais côm-
bien serait-il moindre si une même et vaste salle
nr En
n’étaitencombrée quede tuberculeux, que de grippés, que de fiévreux.
D'autre part il eut été possible, lors de la dernière épidémie, de monter rapidement dans une cour, des barraques qui à la guerre étaient si vite installces. Ce qui. était possible alors pour des blessés peut l’être aujourd’hui pour des contagieux. Un peu d'initiative eût suffit ; mais il est bien certain que l'effort est moindre pour signer ‘une fiche de déclaration de décès. |
Les autres raisons. — Mais à côté de cette raison première qu esl l'encombrement, il y ena d'autres que nous devons signaler. Il en est une que nous tenons à rejeler tout de suite. Parlant de l’isolement, on entend dire souvent: « Ce sont Messieurs les Professeurs qui tiennent à avoir dans leurs salles un choix de malades afin de faciliter leur enseignement. » Or tous nos maîtres n’ont cessé de réclamer des salles spéciales pour les contagieux, les tuberculeux, les grippés soit dans leurs conférences ou dans leurs conversations privées.
La deuxième est « une maladie horrible et redoutable, perverse, maligne, épouvantable et mal plaisante et qui sera épidémiale, » Déjà Rabelais l’a prédite: Pas d'argent! pas de crédit! Vieilles raisons que chaque jour l’on entend pour excuser l’incurie, les travaux nouveaux impossibles. Que faire, sinon attendre et dormir? NE
La troisième enfin, que nous ne devons pas oublier, est la raison politique. Nous vivons dans un pays