CHAPITRE PREMIER
DE L’iSOMÉRIE DANS LES CORPS SIMPLES.
On a cherché à établir une distinction capitale entre l’allotropie et l’isomérie , mais cette distinction est illusoire, et si le mot allotropie a pu provisoirement être employé pour désigner un certain nombre de phénomènes que l’on a cru distincts, mais qui font en réalité partie du domaine de l'isomérie, une semblable distinction ne saurait être admise actuellement au point de vue des doctrines positives. Si l’on veut conserver le mot allotropie, il faut le définir avec M. Wurtz : «l’isomérie dans les corps simples. »
Pour justifier cette manière de voir, il suffit de remarquer que les corps simples nous présentent des cas d’isomérie précisément du même ordre que ceux que l’on rencontre dans les corps composés, qu’il n’y a là aucune différence fondamentale, ce qui justifie le Litre général de ce chapitre.
En effet, les corps simples peuvent présenter :
1° Des isomcries physiques. — L’étain cristallise
dans le premier système (Frankenheim) et dans le second système cristallin (Miller); le diamant cristallise en cubes , tandis que le graphite appartient au système hexagonal, mais il s’agit ici probablement d’une isomérie chimique. Plusieurs corps simples présentent des phénomènes de surfusion : le fer ordinaire et l’acier , le fer doux et le fer aimanté, etc., nous présentent des modifications qui doivent être rapportées à l’isomérie physique.
2° Des états 'polymériques . — La vapeur de soufre à 500° 11’est-elle pas trois fois plus condensée qu’à 850°; d’où il suit que la molécule de soufre, dans le premier cas, doit être considérée comme la réunion de trois petits atomes de soufre. Mais l’exemple le plus remarquable peut-être de polymérie dans les corps simples, est celui de l’ozone comparé à* l’oxyg’ène.
3° Peut-être des compositions équivalentes et des états métamériques. — Par exemple , plusieurs métaux , le cobalt et le nikel , le platine et l’or, etc., ont le même équivalent , et l’on peut concevoir qu’ils résultent de l’addition de générateurs différents. Mais je n’insiste pas sur ce point, voulant rester fidèle au principe que j’ai strictement suivi dans cette thèse : établir la théorie de l’isomérie sur des faits positifs, en dehors de toute conception vague et purement spéculative; ce qui ne signifie pas que les hypothèses soient à dédaigner; il faut u faire, mais il ne me paraît ni prudent de les
rejeter d’une façon absolue, ni adopter avec enthousiasme.
sans danger de les
4 Des états kênomeriques ou appartenant à l'isornérie proprement dite.
J ai déjà parlé des opinions émises par M. Ber- LlieloL sur les diverses variétés du soufre insoluble; le phosphore paraît également pouvoir exister sous deux formes dans ses combinaisons, etc.
Pour compléter ces idées générales, je vais passer rapidement en revue les principaux cas d’isomérie dans les corps simples, particulièrement ceux de J’oxygène, du soufre, du phosphore, du carbone.