IV . — Famille du carbone
Le carbone peut se présenter sous des états fort
différents les uns des autres, que l’on peut classer
ainsi : 1" Diamant; 2° Graphite; 3” Carbones amorplies.
(I) Loc. cil.
Le diamant, qui cristallise dans le premier système, peut être considéré comme le point de départ de toutes les autres variétés, qui n’apparaissent dès lors, en dernière analyse, que comme des états polymériques variés de ce corps.
En effet, le graphite, qui cristallise dans le système hexagonal, donne des combinaisons oxydées, très- curieuses découvertes et bien étudiées par M. Brodie (1), dans lesquelles le carbone, à l’état de graphite, y entrerait avec un équivalent égal à 66, c’est-à-dire avec une valeur onze fois plus considérable que celle du carbone, dans l’acide carbonique par exemple.
M. Berthelot, en partant non du graphite, mais du charbon de fusain purifié au rouge blanc, dans un courant de chlore, a obtenu par oxydation des corps humdes humoïdes à équivalents très-élevés.
Jè citerai encore, comme se rapportant au même ordre d’idées, les produits successifs de plus en plus condensés, obtenus par M. Gélis, en soumettant le sucre de canne à l’action graduelle de la chaleur : à la fin des transformations apparaît le carbone, représentant en quelque sorte le terme ultime des condensations polymériques successives.
Cette manière d’envisager la question rend fort bien compte, à mon avis, et des propriétés du carbone, et des singulières anomalies observées dans les diverses variétés de ce corps; enfin de cet autre fait que le charbon, en brûlant, dégage plus de
(1) Quaterly Journ. of the Chemical Society , t. XII, 1859.
chaleur que le diamant, d’où il suit que la transformation du carbone amorphe en diamant, si elle est un jour réalisée, sera accompagnée d’un dégagement de chaleur.
Au reste, les carbones amorphes, dégageant des quantités inégales de chaleur, et possédant des cha leurs spécifiques variables, répondent vraisemblablement à des états divers qui se rangeraient dans la kénomérie, au même titre que les soufres insolubles.
En résumé :
1° Le carbone présente un état défini, initial : le diamant;
2° Si les interprétations de M. Brodie sont exactes, le gTaphite ne présente pas vis-à-vis du diamant, une simple isomérie physique, mais une véritable isomérie chimique appartenant à la polymérie;
3° Les carbones amorphes ne sont vraisemblablement que des polymères de plus en plus condensés.
De même que le carbone, le silicium peut se présenter sous plusieurs états distincts :
1° Un silicium adamantin, que M. Deville a obtenu en faisant passer pendant longtemps du chlorure de silicium sur de l’aluminium fondu;
2° Un silicium graphitoïde, que l’on peut obtenir en grande quantité par le procédé de M. Woëhler;
3° Du silicium amorphe, tel qu’il a été obtenu pai Berzelius, en traitant un fluo-silicate alcalin par du potassium.
Semblablement, on connaît :
Un diamant do Bore, qui cristallise en prismes à base carrée et qui peut être assez dur pour rayer le diamant lui-même; il s’obtient en décomposant l’acide borique par l’aluminium à une haute température;
Un bore graphitoïde, cristallisant dans le troisième système comme le graphite, et que l’on obtient en soumettant .le chlorure de silicium à l’action de l’aluminium fondu;
Enfin du bore amorphe très-inflammable, mais perdant cette propriété par la calcination ; il s'obtient en traitant l’acide borique par le potassium.
Tous ces faits sont de la plus haute importance; ils ont été mis en lumière surtout par les beaux travaux de MM. Woëlher et H. Deville (1).
Conclusion : Le silicium et le bore présentent exactement les mêmes états isomériques que le carbone.