DE L1SOMÉRIE DANS LES CARBURES D’HYDROGÈNE
L’étude des hydrogènes carbonés a une extrême importance, puisque l’on sait que de ces corps on peut faire dériver toutes les substances organiques par une suite de réactions systématiques. Ceci me paraît légitimer les détails peut-être minutieux dans lesquels je vais entrer, dans le but de ramener à la même théorie générale que j’ai présentée les faits relatifs à l’isomérie dans les carbures d’hydrogène.
L’étude de ces corps nous offre des exemples d’isomérie relatifs à la polymérie, à la métamérie, à la kénomérie, à l’isomérie proprement dite.
1° Polymérie. — Tout d’abord je ferai remarquer que, d’après la définition même de la polymérie, on ne peut s’attendre à voir les carbures forméniques Q2ojq2n + 2 qUj sont (]es composés complets, donner lieu, par des combinaisons entre eux, à la formation de polymères. C’est ce que l’expérience vérifie.
Il n’en est pas de même des carbures étliylé niques. Sérultâs d’abord, Mitscherlich ensuite, ont depuis longtemps étudié un exemple de condensation de ces carbures. Lorsqu’on traite l’alcool éthylique par de l’acide sulfurique; en même temps qu’une grande quantité d’éthylène G4 H4, il se forme une petite quantité d’un mélang'e de carbures d’hydrog’èné que l’on désigme sous le nom d’huile douce de vin. Ce mélang’e serait composé, d’après Mitscherlich, de deux polymères de l’éthylène :
C28H28 = (G'iHb7 C32JJ&2 = (C4H4)8
Les composés huileux que Ton obtient par F action du chlorure de zinc sur l’alcool ne paraissent être formés aussi que de composés du même ordres
Le propylène nous offre, dans cette même série éthylénique, l’exemple d’une semblable condensation, opérée directement. En effet, M. Berthelot a observé que, si on traite le propylène par une certaine quantité d’acide sulfurique concentré, le g’az s’absorbe rapidement en donnant de l’acide propysulfurique, homolog’ue de l’acide sulfovinique, et qui renferme la molécule propÿlique non condensée. Mais, si le liquide ainsi produit est abandonné quelque temps à lui-même, l’acide sirlfopropylique se détruit en quantité notable, et, par l’addition de l’eau, il se sépare un produit huileux qui est un mélang’e des deux carbures suivants :
Il est bon de remarquer qu’au fond cette condensation, bien qu opérée en partant du carbure isolé, est due à un mécanisme identique à celui qui a produit la transformation dans l’exemple précédent, puisqu’on fait entrer ici le corps générateur dans une combinaison, laquelle en se détruisant le reproduit dans des conditions favorables à la condensation. 11 y a plus; à mesure que l’on monte dans la série, à mesure que la molécule prend une complication plus grande, la mobilité de ses éléments devenant de plus en plus marquée, les polymères se forment dès lors avec plus de facilité. Les recherches de MM. Balard etBerthelot, sur la série amvlique, en offrent un exemple remarquable. D’après le dernier savant, l’amylène qui bout à 35° environ, traité par une certaine quantité d’acide sulfurique, donne lieu, comme le propylène, à la formation d’un liquide homogène contenant de l'acide amylénosulfurique; mais ici l’existence de cet acide n’est pour ainsi dire qu’éphémère, il se détruit trèsrapidement, et le liquide ne tarde pas à se séparer en deux couches: la couche supérieure est principalement constituée par du diarnylène C20 H20, bouillant à 160°. Si on traite à son tour par un excès d’acide sulfurique, le diarnylène, on peut le transformer en une série de polymères d’un ordre plus élevé, le triamylène C30H30, le tétramvlène C40!!4". On peut même obtenir un liquide bouillant au dessus du point d’ébullition du mercure; mais peut-être les corps qui le constituent sont-ils moins hydrogénés et répondent-ils à la formule (L,0H>0)n — 112.
Les composés que je viens de citer se rapportent à cet ordre de polymères que j’ai proposé de designer plus haut sous le nom de polymères peu juxtaposition.
Les carbures de la série de l’éthylène peuvent eux-mêmes être considérés comme les polymei es d’un carbure hypothétique, le méthylène .
Méthylène C2H2
Ethylène . (C2H2)2. C«H4 Propvlène. (C2H2)3. CCH6 Butylène . (C2H2p. C8H«
Amvlène . (C2H2)5. Ci°H10 Hexylène . (C2H2)6. C12H12
etc. ■ etc. etc.
Un certain volume de butylène, par exemple, renferme deux fois autant de carbone que le meme volume d’éthylène, etc. Dans cette manière de voir, ces corps seraient des polymères unitaires.
Toutefois il est essentiel de remarquer que ces carbures n’ont pas encore été transformés à l’état libre les uns dans les autres. S’il est permis de penser que cette transformation puisse plus tard être opérée, si même certains faits, tels que la production simultanée de plusieurs de ces carbures dans une même réaction chimique, la distillation des formi aies et des acétates, par exemple, peuvent être interprétés dans le sens d’une condensation du genre de celles qui nous occupent, la restriction précédente doit cependant être prise en considération.
Plus facilement encore que les carbures éthvléniques, les carbures acétyléniques G'2'1 H'2"-'2, son!
susceptibles de donner naissance à des polymères. Dans ses recherches récentes sur l’acétylène, JVJ. Berthelot a fait voir que, lorsqu’on soumet à 1 action de la chaleur de l’acétylène GUI2, ce gaz diminue de volume et produit par sa condensation :
4(C*H2) = Cieil» (styrol) ;
et même des produits polymères d’un ordre de condensation plus avancé qui se rapprochent des substances goudronneuses.
La benzine