PRET, MR
Le nombre de calories nécessaires ne dépendrait pas du degré de corpulence, mais seulement de la taille, et, pour le calculer, on pourrait prendre le poids moyen des hommes de même taille suivant le tableau de Quetelet. Autrement dit, on pourrait attribuer à l’obèse un nombre de calories par kilogramme égal à celui de l’homme sain et de même taille. Pour notre malade, qui mesure 1"70 et qui devrait peser 67 kilogrammes, en admettant un chiffre moyen de 38 calories par kilogramme, nous aurions en tout 2.600 calories.
Comparons les chiffres des colonnes 3 et 4. Tant que ceux de la colonne 4 sont plus élevés que ceux de la colonne 3, on peut être à peu près certain que le corps a eu ses 2.600 calories et que l'organisme n’a pas souffert. S'il y a une différence considérable comme dans le régime A, c’est que la totalité de la perte de poids n’est pas une perte de graisse, surtout au début. L'organisme a perdu une quantité d’eau, nous l’avons prouvé expérimentalement, et nous le vérifions ici. Si la différence est minime comme dans le régime B et D, c’est que, ou bien il ‘y a eu perte d'albumine du corps (qui a une valeur thermique moindre que la graisse) ou bien il ya eu perte d’eau. D'ailleurs, il y a souvent les deux, car une forte perte de graisse s'accompagne presque toujours d’une certaine perte de muscles. Enfin si la différence est en sens contraire, comme dans le régime C bis, cela prouve que, de toutes facons, l'organisme n’a pas pu trouver ses 2.600 calories, que l’amaigrissement n’a pas été assez rapide pour suppléer à l'insuffisance de l'alimentation, et que, par conséquent, le nombre de calories est tombé au-dessous du nécessaire. Si la différence est petite, il est difficile d'en tirer une conclusion, car les chiffres que nous avons admis (notamment 38 calories par kilogramme) ont une part d’arbitraire, mais si, tout ayant été calculée au maximum, la différence est assez sensible, cela prouve que le travail de l'organisme (circulation, digestion, respiration) n'a pas pu s’accomplir dans des condi-
Pepe
tions normales, que l'organisme a souffert, que nous avons prescrit un traitement excessif qui, poursuivi longtemps, pourrait être dangereux.
La comparaison des colonnes 5 et 6 donne les mêmes résultats sous une autre forme. Lorsque les chiffres de la colonne 5 sont inférieurs à ceux de la colonne 6, cela prouve que, pendant le traitement, l'organisme a pu trouver par l'alimentation et les combustions internes, le nombre de calories qui lui est nécessaire. Négligeons le régime À qui est caractérisé par une grande perte d’eau, et examinons les régimes B et D. Pour ceux-ci l'écart des chiffres est à peu près du simple au double; la perte inévitable d’albumine museulaire a pu jouer un certain rôle, ainsi qu’une certaine perte d'eau. Dans les régimes Cet E les chiffres sont preque identiques, le traitement était donc à la limite de ce que l’on pouvait ordonner. Dans le régime C bis, la différence était en sens contraire; l'organisme a souffert et le traitement a été excessif.
En relisant l'observation du malade, nous voyons que les faits concordent avec les chiffres. Le régime C a été pénible, non pas au commencement (C) mais à la fin (C bis). On a dû le cesser parce que, malgré sa sévérité, le résultat n’était plus satisfaisant.
Le régime E a été dur et malgré le chiffre respectable de 1.450 calories fournies par l'alimentation, le résultat a été faible.
Les régimes B et D ont été très bien supportés. De plus le régime D malgré le grand nombre de calories fournies par l'alimentation a donné un résultat excellent.
Nous obtenons ainsi, pour l'appréciation d’un régime, un criterium fondé sur l'observation des premiers résultats :
Pour qu'un régime sévère puisse êlre confirmé sans inconvénent, \ faut que la perte de poids soil constamment plus grande que la quantité de graisse qu'il faudrait brûler pour fournir au
corps un nombre de calories qui additionné aux calories fournies par l'alimentation donnerait le total des calories reconnues indispensables pour l'entretien d'un individu sain et de même taille que le malade soumis au régime.
Ce nombre de calories indispensables pourrait être très approximativement évalué à 38 calories par kilogramme pour l’homme au repos.
2° Rôle des boissons. — En nous reportant au tableau de la page 52 nous voyons que l’eau n’a joué aucun rôle dans le succès du traitement. En effet la quantité d’eau maxima a été ingérée pendant le régime D, qui a été le meilleur, et cette quantité a été de 3.500 grammes, ce qui est relativement énorme.
De plus le malade n’a pas été rationné de boissons, aussi voyons-nous que, tout naturellement la quantité de celles-ci a varié en sens inverse de la quantité d’eau contenue dans les aliments. L'eau des aliments à varié dans des proportions très grandes; de 270 grammes dans le régime E, elle est montée à 2.000 grammes dans le régime D; une variation du simple à l’octuple n’est pas courante, mais une différence du simple au double passerait absolument inaperçue si l'attention ne se portait pas spécialement sur ce point. Au contraire, une variation du simple au double dans la quantité de boisson est déjà très notable, de sorte que, si on veut diminuer l’eau suivant la méthode d'OErtel ou de Schweninger, il faut, pour savoir ce que l'on fait, calculer avec soin le degré d’hydrata-
+ tation du régime alimentaire permis. Il est certain que bien souvent des malades auxquels on a limité la boisson ont compensé ce déficit sans s'en rendre compte par une alimen tation plus hydratée. De là probablement le désaccord entre les résultats observés. Quant à nous, dans nos expériences, nous n'avons pas essayé de diminuer l’eau, et les bons résul-
tats que nous avons obtenus avec des régimes très hydratés prouvent que cette diminution n'est pas nécessaire.
3° Rôle de l'exercice. — Nous ferons une dernière remarque très importante : Pendant les régimes À et B le malade était complètement alité; pendant le régime C il se levait; pendant les régime D et Eil travaillait assis et ne faisait par conséquent aucun exercice. S'il sortait une fois ou deux par semaine, il ne marchait pour ainsi dire pas. Nous avons donc parfaitement réussi, sans exercice, et il est même probable que ce grand repos, cet absence de dépenses, a beaucoup contribué à rendre supportable un régime qui, dans le cas contraire, serait devenu plus que pénible.
Deuxième observation'.— D... a commencé dès son jeune âge à être obèse. En 1871, lors de son tirage au sort, il fut réformé pour obésité, mais il venait de faire la guerre et il avait bien supporté la campagne. Il a commencé par être vendeur dans un grand magasin; c'est-à-dire qu'il se tenait toujours debout, puis, comme acheteur, il a circulé beaucoup ef, le plus souvent, il allait à pied faire ses achats; actuellement il a quarante-neuf ans et il est chef de rayon, de sorte que, encore maintenant, il n’est presque jamais assis. Il a toujours été bien portant, n'a jamais eu ni sucre, ni albumine, ni gravelle dans ses urines ; il n’a jamais eu aucune manifestation d’arthritisme; il commence a être chauve depuis peu de lemps.
Il a toujours eu un bon appétit régulier. Il faisait trois repas substantiels par jour, à sept heures du matin, miüi et sept heures le soir; il mangeait beaucoup de potage et absorbait beaucoup de liquide en mangeant, en moyenne un litre de liquide par repas. Dans l'intervalle des repas il prenait une moyenne de deux consommations par jour, apéritif ou alcool. La nuit il buvait souvent un verre d’eau.
Ses parents et son frère ne présentent rien de remarquable au: point de vue de l’obésité.