‹ De L'Occlusion Membraneleuse De La TrachéeChapitre 8 sur 26 · LE NE · texte numérisé non relu

LE NE

les tissus, telles que les gommes, les périchondrites et les chondrites, les lésions spécifiques entrainant la nécrobiose des tissus, doivent se trouver rarement à la base de la formation membraneuse. Aussi les voyons-nous manquer souvent, {tandis que les inflammations de nature autre que ces lésions se trouvent presque toujours au début de l’occlusion.

D'ailleurs, la lenteur de la marche ce l'affection semble bien indiquer que ce n’est pas par rétablissement d’un processus destructif, mais par un long travail d'organisation que la membrane oblitérante se développe.

Ajoultons que dans toutes les observations on a noté cette marche fort longue et lente de l’occlusion membraaeuse.

« Nous admettons bien volontiers, dit le docteur Lacoarret, que les épaississements de la muqueuse trachéale se montrent de préférence dans la tuberculose et la syphilis, qu'ils sont dus le plus souvent à la propagation des lésions du larynx à la trachée, mais il est possible, en dehors de tout état diathésique, de rencontrer un gonflement hypertrophique localisé à ce conduit. »

Et il rapporte, à l'appui de son dire, l'observation suivante :

OBSERVATION ( Docteur Lacoarret )

Laryngite hypertrophique sous-glottique. — Poussée aiguë

Mlle L..., âgée de 35 ans, qui nous est adressée par notre confrère, M. le docteur Candelon, vient nous consulter, le 28 mars dernier, pour un léger enrouement, mais surtout pour une dyspnée, dont elle est atteinte depuis quelques jours. Son père et sa mère sont en bonne santé ; elle est fille unique. Il n'existe dans sa famille aucun cas de tuberculose. Cette femme

Par SNQTEES

n'a janrais été sérieusement malade ; elle n’est ni strameuse, ni arthritique ; pas de traces de syphilis héréditaire ou acquise;

elle est seulement assez anémique. Sa menstrualion est régulière, elle n’a pas maigri, mais elle nous raconte qu’elle a une gorge et une poitrine un peu délicates et qu’elle s’enrhume assez facilement. Les rhumes n'ont cependant pas une durée

bien considérable et n'ont jamais déterminé de complications fâcheuses.

Il ya une quinzaine de jours environ, après s’être exposée au froid, elle s’enrhuma de nouveau. Elle eut de la fièvre ; mais, bien que la toux fût fréquente, elle put continuer à vaquer à ses occupations. Elle a remarqué, cependant, que depuis, lorsqu'elle se donne un peu de mouvement, quand elle marche vite ou qu’elle monte assez rapidement un escalier, sa respiration devient difficile. En dehors de ces diverses circonstances, la respiration reste assez aisée. Mais, quoique la bronchite ait à peu près disparu aujourd’hui et que la toux soit rare, la gêne de la respiration persiste, et c’est pour cela que la malade vient réclamer nos soins. |

Nous constatons d'abord que la voix présente un timbre légèrement voilé et que la respiration calme s'effectue facilement ; dans l'inspiration forcée, au contraire, il se produit un bruit de cornage très caractéristique. A l'examen du pharynx buccal, la muqueuse de l’arrière-gorge offre des caractères normaux. La déglutition, d’ailleurs, n’est pas et n’a jamais été douloureuse. Le laryngoscope nous permet de voir que le vestibule laryngé présente son aspect à peu près habituel. Les divers replis, la région aryténoïdienne, les bandes ventriculaires, out une coloration à peine un peu plus marquée qu'à l'ordinaire ; les cordes vocales ont peut-être une coloration un peu grisâtre, mais il n'existe, en somme, rien de bien spécial, rien qui dépasse les limites d'une laryngite catarrhale de faible intensité et qui puisse expliquer la dyspnée. Dans la respira-

tion ordinaire, les cordes s’écartent sans difficulté et leur mobilité est parfaitement conservée ; mais dans l'inspiration forcée, l’aspect de la glotte se modifie. La corde gauche, en s'effaçant, met à découvert une saillie de la muqueuse sousglottique d’une coloration rouge sombre, qui se continue profondément sur toute la moitié gauche de la trachée, et qui en haut semble faire corps avec la corde vocale elle-même, sans ligne de démarcation apparente.

Il semble, en effet, que la corde gauche, dans sa position d'inspiration forcée, s’est déplissée, et qu’en s’étalant elle est constituée sur un même plan par deux zones de coloration bien différente : l’une, l’externe, blanche, l’autre rouge, à bord interne arrondi, plus large à la partie postérieureet se perdant, au-dessous de la région inter-aryténoïdienne, sur la face postérieure de la trachée.

La ligne de séparation antéro-postérieure, entre ces deux rubans de teinte si différente, est absolument nette et bien tranchée. Du côté droit, on aperçoit, au-dessous de la corde vocale correspondante, mais à un centimètre au moins plus bas, une saillie globuleuse de la muqueuse trachéale, de coloration également rouge sombre, qui, venant à la rencontre de la tuméfaction qui occupe le côté gauche, réduit notablement le calibre du conduit. *

L’auscultation de la poitrine ne révèle rien de particulier, à peine quelques râles muqueux sans caractère. La toux est rauque et a un timbre étouffé.

La malade, que nous devions revoir huit jours plus tard, ne se rend pas à la consultation. Désireux, cependant, de connaître le résultat du traitement et la marche de la maladie, nous la prions de venir se faire examiner. Elle accède à notre désir (14 avril), et nous apprend que, se sentant bien et à peu près dans son état normal, elle n'a pas jugé utile de se rendre de nouveau auprès de nous.

noi

Voic.les résultats de l'examen laryngoscopique : les bandes ventriculaires et les cordes vocales présentent leur aspect ordinaire et ne paraissent être le siège d'aucune lésion ; le fonctionnement des diverses parties du larynx est absolument régulier ; la corde vocale gauche n'offre plus cette apparence de déplissement que nous signalions au moment de notre premier examen, le gonflement œdémateux sur lequel elle reposait a disparu, et la tumeur globuleuse qu'on remarquait à un centimètre environ au-dessous de la corde vocale droite s’est effacée ; mais la muqueuse sous-glottique, qui a repris une coloration rosée, reste épaissie et forme une sorte d’entonnoir à parois

lisses.

Il résulte de cette disposition qu’à un centimètre et demi ou deux centimètres environ de l’orifice glottique, se trouve un rétrécissement de la trachée qui, conservant à peu près ses: dimensions dans le sens antéro-postérieur, n'offre plus transversalement et dans le point le plus large, au centre, qu'un diamètre de cinq millimètres tout au plus. La section du conduit trachéal n’est plus représentée que par une sorte de fente allongée d'avant en arrière. Malgré cela, la respiration est facile, et la malade, se trouvant aussi bien qu'avant sa maladie, ne réclame plus aucun soin.

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