CONSIDÉRATIONS PRÉLIMINAIRES
Il est cependant un moyen extrêmement simple de trancher extemporanément, et avec une approximation suffisante pour la pratique, la question indécise entre l'intégrité de la transparence estimée cumulativement avec celle de la sensibilité spéciale, d'une part, et de l'autre, l'état de la réfraction. Ce moyen est sous la main de tous; il consiste dans l'emploi de la carte percée du trou d'épingle.
Un trou d'épingle pratiqué dans une carte (on la choisira plutôt noire), et mis tout près de l'œil, ne donne passage qu'à de petits faisceaux cylindriques qui passent ou par l'axe même du système réfringent, ou du moins bien près de cet axe. Ces faisceaux ne sont donc point sensiblement déviés : l'appareil n'est pour ainsi dire plus un instrument de réfraction. Les images y sont nettes pour toutes les distances.
Dès lors un œil dont les qualités sont plus ou moins notablement amoindries, et dont le trou d'épingle n'améliore pas le fonctionnement, ne pèche pas par la réfraction; il y a lieu d'y suspecter la sensibilité rétinienne ou la transparence. C'est un cas d'ophthalmoscopie (1).
(1) L'exiguïté du pinceau lumineux qui pénètre dans l'œil par le trou d'épingle exige que l'épreuve ne soit faite que dans de belles conditions d'éclairage.
L'analyse différentielle qui précède étant faite, le trou d'épingle ayant amélioré la vision, soit de près, soit de loin, nous nous trouvons en présence d'une anomalie de l'une des trois dernières classes mentionnées plus haut (anomalies purement fonctionnelles) (§ 31). Les circonstances symptomatiques qui accompagnent les cas dans lesquels le trou d'épingle n'améliore en rien la vision (amblyopies et défauts de transparence) seront examinées plus loin (§§ 68 et suiv.).
§33. Aspects généraux des troubles purement fonctionnels. — Les malades chez lesquels le trou d'épingle améliore la vision se présenteront à nous sous les aspects suivants :
Le sujet y voit bien à distance, mais peu ou point de près.
Ou bien, c'est l'inverse; il peut lire, travailler sur des objets plus ou moins délicats; — mais il n'y voit que peu ou point de loin.
Enfin d'autres, dont les milieux sont transparents, dont les membranes sont saines (puisqu'ils y voient assez bien ou très-bien au trou d'épingle) n'y voient que confusément tant de loin que de près à l'œil nu.
On rencontre encore des malades qui jouissent, disent-ils, d'une excellente vue, les uns de près, les
autres de loin ; mais cette vue ne dure pas ; elle se trouble, se voile dans certaines circonstances. — des images se doublent, d'autres sont interrompues dans leur continuité; des apparences diverses se montrent devant eux, etc.; des douleurs se font sentir dans les yeux, autour des yeux, aux tempes, au front, au sinciput, etc., et cependant l'apparence extérieure des organes est magnifique (asthénopies) !
Quid? dans tous ces cas-là ?
Cherchons-le avec le lecteur.