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DES MOYENS DE REPARATION RELATIFS AUX EXCES VÉNÉRIENS

En thérapeutique on procède de deux manières : tantôt, remontant, des symptômes à leur cause, on cherche à étouffer celle-ci dans l'organe où elle réside; tantôt, laissant le fond pour la forme , on ne s'occupe que des symptômes. Les mêmes procédés s'appliquent aux abus des organes générateurs, abus qui constituent , ainsi que nous l'avons vu précédemment ', une véritable maladie.

Ce qu'il y a de plus efficace pour dissiper le mal causé par ces abus est de les faire cesser. Généralement , on voit , quand on y est parvenu, l'ordre se rétablir avec une rapidité qui étonne. Aussi les moyens de préservation,

1 Voyez p. 102.

ceux-là qui frappent l'onanisme lui-même, et que nous avons exposés , sont-ils à mes yeux les meilleurs moyens de réparation. Par malheur, il arrive souvent , quand les excès ont été souvent répétés et long-temps prolongés, que les organes générateurs continuent sans provocation l'œuvre que l'onanisme avait commencée. C'est ainsi que les pollutions involontaires entretiennent et aggravent un épuisement et des maladies, qui sans cela auraient disparu. Dans ce cas , le traitement à fond, celui qui s'attaque au mal dans sa source, a encore une tâche à remplir, celle d'arrêter ces pollutions. Disons quelques mots sur les moyens d'y parvenir.

Les pollutions résultent presque toujours , ainsi que nous l'avons vu ( p. 336 ) , d'une phlegmasie des voies séminales analogue à celle dont l'urètre est le siège dans la blennorrhée. Ce fait , que les observations de M. Lallemand avaient indiqué, a été constaté anatomiquement , dans ces dernières années, tant par ce professeur que par M. de Madrid Davila1. Nous pouvons donc regarder le trai-

1 Dis sert? sur les pollutions involontaires , in-4% Paris, 1831.

lement de la spermatorrhée involontaire , comme ne devant être, à beaucoup d'égards, que celui d'un catarrhe chronique. Voici les moyens principaux que Ton a conseillés.

Il faut placer en tête les applications froides sur les parties sexuelles. L'eau pure, l'oxicrat et la glace , sont les réfrigérans qu'on a le plus employés. Pour faire ces applications , Cœlius Aurelianus employait des éponges , Wichmann se servait de linges, et Sainte-Marie, qui préférait la glace, d'une vessie de cochon. On a obtenu des succès nombreux par cet emploi topique du froid, et, pour mon compte, je l'ai vu réussir de la manière la plus complète. Les lavages et affusions des parties sexuelles avec des liquides froids, ont également , ainsi que les douches sur le périnée , été mis en usage. On a aussi recommandé les bains de siège et ceux de rivière, auxquels nous pouvons ajouter les bains de mer. M. Lallemand, qui repousse les lavemens trop chauds ou d'une température trop basse, pense que ceux qui ne seraient que frais pourraient être utilisés. (Thèse de M. Davila.)

D'autres bains, dont l'action est différente, ont été aussi employés par M. Lallemand : ce

sont les bains sulfureux. M. Davila qui les préconise beaucoup , propose de plus les bains aromatiques.

La cautérisation par la pierre infernale de la portion prostatique de l'urètre a été mise en usage et fortement vantée par M. Lallemand. Elle se pratique suivant un procédé que ce professeur a décrit dans son ouvrage sur les Maladies des Organes génito - urinai r es. Des exemples de guérison par ce moyen sont rapportés dans la thèse de M. Davila. Elle contient également le fait d'un jeune homme qui fut guéri d'une pollution diurne , par l'introduction dans l'urètre d'une sonde qu'on y laissa aussi long-temps que le malade put la supporter : c'est aussi à M. Lallemand que l'idée de ce moyen est venue. Cet habile chirurgien a encore employé l'acupuncture, et, dit-il , avec succès. Il a vu des malades qui , après une application d'aiguilles dans le périnée , entre la partie postérieure des bourses et l'anus , ont passé trois ou quatre mois sans éprouver de nouvelles pollutions. ( Thèse citée.)

Quelques praticiens ont obtenu des succès, en dirigeant leurs moyens vers le cervelet et la moelle épinière. Ayant parlé déjà de

ces tentatives l j nous n'y reviendrons pas.

Une foule de médicamens ont été administrés à l'intérieur contre les pertes de semence. Ceux qu'on a le plus vantés sont les martiaux et le quinquina, soit séparément, soit unis ensemble. L'eau ferrée , les oxides de fer, et surtout les eaux ferrugineuses, particulièrement celle de Spa , ont été souvent prescrits : Wlchmann donnait plusieurs verres de cette dernière eau tous les matins; il associait à ce moyen des préparations de quinquina.

M. Serrurier a rapporté un fait qui montre l'efficacité de cette association. Suivant M. Lallemand , le quinquina , et , en général , tous les médicamens qui contiennent du tannin , ne procurent jamais que des améliorations de courte durée. Beaucoup d'auteurs, au surplus , se sont élevés contre l'emploi des astringens et des toniques dans la spermatorrhée , leur attribuant, entre autres inconvéniens , celui, toujours très grand dans cette maladie, de causer la constipation.

Plusieurs substances narcotiques ont été aussi mises en. usage. Nous avons rapporté

Voyez p. 405 et 41 1.

j page 493) , d'après M. Angelot, un cas où là thridace a réussi. La belladonne pourrait également réussir. Chez un malade, dont M. Serrurier a parlé , l'opium paraît avoir causé une exaspération. Cependant, suivant M. Davila , les opiacés ont été prescrits avec succès : il redoute néanmoins la constipation que d'ordinaire ils occasionent.

On a encore vanté une foule de remèdes. Je citerai les acides minéraux, la limonade phosphorique , l'eau de chaux, certaines préparations saturnines, la magnésie, le cachou, la historié, l'ipécacuanha, la bénoite, etc. Les avantages que Ton a retirés du baume de copahu et du poivre cubèbes dans la blennorrhagie, n'indiqueraient -ils pas que ces substances pourraient être utiles dans quelques spermatorrhées ?

Quant aux règles de régime , comme toutes celles qu'on a prescrites rentrent dans ce que j'ai dit sur les moyens d'éviter ou de calmer le sens vénérien, et dans ce que je vais dire sur ceux de restaurer les individus épuisés par l'onanisme, je n'en parlerai pas

Le traitement dont il vient d'être parlé a pour bui <ic remédier à la maladie dont la

perte séminale est la conséquence. Voici maintenant un procédé qui agit en supposant physiquement à cette perte : il a été inventé par un officier de santé du département de la Sarthe , nommé A. J. Wender. Ce procédé consiste dans la compression du canal de l'urètre : on la pratique au moyen d'une pince faite avec un morceau de bois flexible, long de six à sept pouces, et de douze à dix-huit lignes d'épaisseur : après avoir été fendu par une de ses extrémités jusqu'à un nœud qui doit se trouver à l'autre , ce morceau de bois est ensuite évidé , ce qui le rend plus souple. Pour se servir de cette pince , on passe la verge entre ses deux branches , de manière qu'il y en ait une dessus et l'autre dessous; puis on rapproche les deux extrémités qu'on lie ensemble avec un cordon. De cette manière le pénis se trouve comprimé et légèrement gêné> ce qui suffit, dit Wender, pour éloigner toute sensation voluptueuse de cette partie et pour arrêter net la pollution1. Il a rapporté l'histoire détaillée d'une guérison

1 Essai sur les pollutions nocturnes produites par la masturbation, chez les hommes, et exposition d'un moyen simple et sûr de les guérir radicalement, in-8°, La Flèche, 1811.

olttenue par ce moyen et par des toniques convenablement administrés.

La pince de Wender doit avoir des inconvéniens de plusieurs sortes, et manquer souvent son but. Mérite-t-elle cependant tout le ridicule dont on s'est plu à l'entourer ? N'y a-t-il point des cas où elle pourrait être utile? Ne serait-elle pas susceptible de perfectionnement? Voilà des questions auxquelles , dans l'état actuel de la science , on ne pourrait répondre. M. Serrurier estime que l'idée de Wender pourrait être mise à profit , et M. Réveillé-Parise , qui s'élève contre le dénigrement dont la pince de ce chirurgien a été Fobjet, assure qu'il s'est servi deux fois d'elle, dans des cas de pollution , et deux fois avec succès l .

Maintenant que nous avons dit comment on doit s'y prendre pour atteindre le foyer du mal, c'est-à-dire les pollutions volontaires et involontaires, occupons-nous de leurs effets. De deux choses l'une : ou ces pollutions poursuivent leur ouvrage, ou bien l'économie est soustraite enQn à leur action. La première de ces suppositions est la moins favorable au succès. Le

1 Revue médicale , avril 1828, p. 04.

médecin ens'attaquant à des effets dont la cause agit toujours, livre une lutte inégale; il fait ce qu'on nomme en thérapeutique, une médecine de symptômes, et opère comme s'il cherchait à guérir une pleurésie ou une gastrite, sans s'occuper de la plèvre ou de l'estomac. Ce n'est pas, au surplus, une raison pour s'abstenir complètement: on peut encore, soit retarder les progrès du mal en lui disputant le terrain qu'il envahit chaquejour, soitcalmer quelque symptôme inquiétant ou douloureux. La position du médecin est bien meilleure quand il n'y a plus d'habitude qui détruise la santé, ou de pollutions qui remplacent l'habitude. Si le sujet est simplement détérioré ', la conduite à tenir est celle que nécessiterait une co?ivalescence ; s'il est atteint d'une maladie caractérisée, il faut lui prescrire le traitement que cette maladie exige. Au surplus, la différence que je viens d'établir entre le masturbateur coupable encore et celui qui s'est réformé, n'a de valeur que pour le pronostic. Les efforts du médecin n'auront pas chez l'un et chez l'autre une égale portée, mais leur direction devra être la même. Toujours il y aura lieu de remédier, soit à une détérioration, soit à une maladie.

On pense bien que je n'entreprendrai pas

d'indiquer ici les traitemens qu'il conviendrait d'opposer aux maladies si nombreuses que l'onanisme peut produire. La myélite, ladémence, l'amaurose, l'épilepsie,, etc., etc., qu'elles aient été ou non causées par cette habitude, exigent des moyens spéciaux qui sont indiqués dans les ouvrages où l'on traite de ces affections. Je n'ai donc à m'occuper que de cette consomption, de cet épuisement, de cette détérioration enfin, que nous avons décrite dans le troisième chapitre de notre première partie l.

La détérioration onanique vue d'ensemble présente deux phénomènes bien distincts:

1° la consomption de tout ce qui est force; 2° l'excitation de tout ce qui est sens. Ainsi donc restaurer les forces sans accroître, et même si l'on peut, en diminuant l'impressionnabilité générale , voilà les deux indications qu'il faut remplir.

Mais, avant de se mettre à l'œuvre, il faut bien se pénétrer de ceci, qu'elle ne peut être accomplie en quelques jours. Un mal qui ne s'est produit que peu à peu, ne saurait disparaii re que comme il s'est produit. Le médecin qui, voulant trop précipiter sa marche, emploirait

i Voyez )>. I 04 et suiv.

des médications ou un régime trop actif, userait promptement ses ressources , qui n'auraient servi au malade que pour le fatiguer.

C'est dans le régime alimentaire que les meilleurs moyens de réparation se trouvent : il faut rendre de la substance au corps, pour lui rendre des forces : or , comme il n'y a de choses qui nourrissent que celles que l'on digère , la première règle est de faire que toutes les conditions d'une bonne digestion soient, autant que possible, observées. Ces conditions n'ayant rien de spécial pour les masturbateurs, je n'en parlerai que sommairement, renvoyant, pour plus de détails, à ce que j'ai dit ailleurs sur ce sujet1. Ce qu'il faut considérer d'abord, c'est que chez les sujets détériorés par l'onanisme les fonctions digestives sont toujours altérées à un degré quelconque, ou, au moins, disposées à l'être. La moindre faute de régime peut aggraver considérablement cet état, ce qui est un mal en soi, et ce qui, de plus, peut ajouter de nouveaux obstacles à la réparation. Si donc il convient en toute circonstance d'observer rigoureusement les règles d'un bon ré-

1 Manuel d hygiène publique cl privée, etc. , elc. , Paris, 1827,

gime alimentaire, cette nécessité est plus impérieuse encore pour les masturbateurs.

Tout aliment qui est réfractaire à la digestion est mauvais, et doit être proscrit, quelle que soit l'idée qu'on se serait faite de ses qualités, à moins toutefois que cet aliment soit celui que le malade digère le moins mal. Cette règle, qui ne souffre pas d'exception, montre que tout ce qu'on a dit sur les alimens qu'il convient de permettre aux masturbateurs, n'a qu'une valeur relative. II faut donc, avant de prescrire un choix d'alimens, consulter les antécédens du malade , et, quand on a prescrit ce choix, se tenir toujours prêt à le modifier. Cette condition remplie, et, je le répète, elle est à mes yeux la première de toutes, il faut préférer, parmi les alimens qu'on peut choisir, ceux qui nourrissent le plus et qui excitentlemoins. Ainsilescondimens, substances qui, presque toutes, sont éminemment excitantes sans être nutritives, ne doivent être tolérées qu'autant qu'elles seraient une condition indispensable de digestion : leur usage doit, aureste, être restreint alors dans la plus étroite mesure. En opposition je mettrai le lait, qui nourrit beaucoup et n'excite pas: aussi chez tous les épuisés, et quelle que soit la cause de l'épuisé-

ment, est-ii un des alimens quis généralement, doivent avoir la préférence. Si la digestion du lait de vache est difficile , qu'on essaie le lait d'ânesse, et, au besoin, celui de femme, que plusieurs auteurs ont conseillé. Mais si cet alimentse laisse mal digérer, qu'on le défende; car alors au lieu de réparer, il nuit. La chair des jeunes animaux, particulièrement du veau, du poulet, serait bonne; mais celles de bœuf et de mouton vaudraient mieux encore, car elles contiennent, sous un moindre volume, plus de molécules nutritives. Rôties et grillées ces viandes valent mieux que bouillies. Le poisson frais est aussi, en général, un aliment convenable ; toutefois je n'entends parler que des espèces dont la digestion est facile, comme le merlan, la sole, la limande, etc., et qui peuvent se passer de ces sauces très relevées qui, dit-on, font manger le poisson. Les bouillons, particulièrement ceux de bœuf, de grenouille, de tortue, et les divers potages, doivent, toujours sous les conditions de digestibilité, être entremêlés aux alimens solides, et même les remplacer quand la digestion de ceux-ci ne peut plus se. taire.

Les substances farineuses, et particulièrement le pain, le riz, la pomme de terre, ..etc.

sont très convenables parce qu'elles réparent bien et excitent peu ; mais souvent on les digère mal. Quant aux légumes herbacés et aux fruits , on ne doit les conseiller que comme pis-aller et quand l'estomac ne veut supporter qu'eux.

Peu el souvent, voici, en ce qui concerne la division des alimens , la règle à suivre. Toujours votre malade aura pris trop d'alimens s'il atteint la satiété complète, ou s'il éprouve quelque gène, quelque incommodité après les avoir pris : le fractionnement de la nourriture doit arriver jusqu'à ce que rien de cela n'ait lieu. Quant au retour des repas , il ne doit être fréquent, que parce qu'ils sont petits : j'aime à donner le bouillon, soit chaud, soit plus souvent encore froid, par cuillerées, et comme on ferait d'une potion. Je ne saurais trop vanter les services que cette méthode

m'a rendus.

Les boissons nourrissent à peine, et, pour la plupart, elles excitent beaucoup. Celles qu'on donnerait dans l'intention d'augmenter les forces, n'atteindraient leur but que pour quelques instans ; elles excitent et ne réparent pas. Si le malade les prend pour apaiser sa soif, qu'il en prenne le moins possible ; car, elles

également, il faut qu'il les digère. Le plus souvent elles ne servent que pour aider à la digestion. C'est sous ce rapport que les vins peuvent être utiles : pour choisir entre eux, il faut consulter les précédens du malade, et, si je puis m'exprimer ainsi, tâtonner son estomac : les vins de Bordeaux sont ceux par qui Fessai doit commencer. Une règle générale domine , au reste , l'usage des boissons pendant le repas, c'est d'atteindre le but qu'on se propose avec la moindre quantité de boissons, au moindre degré de concentration possible. Les vins très chauds, les liqueurs, le café , le thé , etc. , ne devraient être permis qu'autant qu'ils seraient des conditions absolues de digestion. L'usage de l'eau de Seltz, et surtout de celle de Spa, peut être fort avantageux. Souvent les boissons très froides sont les seules qui conviennent à l'estomac.

Des médicamens ont été donnés dans le but, soit de tonifier l'économie, soit de rétablir les digestions. Les plus utiles de ces médicamens sont diverses préparations martiales, le quinquina et les amers. Je comprends la possibilité de rendre les fonctions digestives meilleures avec ces médicamens, et d'autres encore; mais ce nVst pas ici le lieu d'exposer la thérapeu-

tique des maladies qui s'annoncent par de mauvaises digestions. J'estime également qu'il ne peut y avoir que du profit à employer quel» ques toniques, surtout si on a le soin d'en ménager assez les doses pour qu'ils n'aient pas d'effet immédiatprononcé, et particulièrement pour qu'ils n'aient pas d'action topique trop forte sur l'estomac et les intestins. D'autres substances médicamenteuses sont encore administrées aux masturbateurs;mais comme elles ont pour objet de combattre les symptômes variés, ou les maladies nombreuses qu'ils présentent, nous ne pouvons nous en occuper.

Les bains très froids doivent, comme toute médication susceptible d'avoir immédiatement un effet intense, être défendus aux sujets épuisés par l'onanisme. Mais si les bains ne sont que frais, et surtout si on les prend soit dans une eau courante, soit dans la mer, ils peuvent rendre quelques forces à la constitution. Des frictions sèches ou aromatiques, soit sur les membres, soit le long de la colonne vertébrale, peuvent agir dans le même sens* J'en dirai au tant d'un exercice modéré : je dis modéré, car la fatigue userait encore les forces au lieu de les accroître, et pourrait provoquer ou hâter le développement d'une des

maladies que l'onanisme donne. Un air pur et sec, comme celui que l'on respire dans les pays de montagnes, pourrait aussi avoir une influence favorable, soit sur l'économie en général, soit sur les digestions.

FLN.

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