‹ De l'onanisme et des autres abus vénériensChapitre 11 sur 16 · TROISIEME INDICATION · texte numérisé non relu

TROISIEME INDICATION

Oter à ceux qui désirent et veulent se masturber le pouvoir de le faire.

La masturbation n'est possible qu'aux deux conditions suivantes : d'abord il faut une oceasionqm permette de s'y livrer en secret. Il faut

ensuite^ quand cette occasion est trouvée, qu'il y ait possibilité d'exécution. Ainsi donc, c'est en s'attaquant aux conditions de commodité, ou à celles d'exécution, que l'on peut empêcher l'onanisme, malgré les désirs et la volonté.

Les occasions d'onanisme se résument toutes en une seule, Visoleme?it. Tout ce qui n'est pas nécessaire, en fait de plaisir, étant importun, on veut être seul pour goûter des jouissances qu'on peut se procurer seul. A cette disposition que faut-il opposer? La surveillance, c'est-à-dire cette précaution qui fait que le jeune homme étant constamment observé , ou dans le cas de l'être, n'est jamais ou craint de n'être pas longtemps isolé. Exposé à chaque instant à être pris sur le fait , et conséquemment à la honte, aux reproches et aux corrections qui suivraient le flagrant délit, il s'abstient. La surveillance est donc un obstacle indirect aux désirs et à la volonté.

La surveillance doit particulièrement s'attacher aux jeunes gens quand ils sont dépouillés de leurs vêternens, comme au lit, au bain, ou aux latrines. Faites donc en sorte, vous dont le devoir est de garantir un jeune sujet, qu'il se couche, dorme et se lève sous vos yeux. Si ici a ne suffit pas, qu'il partage votre lit. Cette

mesure est souvent la seule qui puisse arracher certains sujets à l'onanisme. Dans les collèges, il ne doit y avoir ni chambres particulières, ni cellules : des dortoirs, de vastes dortoirs, où la surveillance ne dorme jamais, voilà ce qui convient. Une lampe, dont la lumière suffisante pour aider la surveillance soit cependant incapable de gêner le sommeil, doit y brûler pendant toute la nuit. Il faut que les maîtres , et généralement les personnes surveillantes, couchent dans ces dortoirs, et y fassent, à des heures non réglées, des inspections silencieuses. Pas de rideaux, ou du moins si on les adopte pour la décence , qu'ils soient disposées de telle sorte, qu aucune portion du lit ne puisse être soustraite à l'œil des surveillans. Le silence le plus parfait doit régner dans les dortoirs : tout ce qui empêche de dormir travaille pour l'onanisme. Là enfin , comme ailleurs, il faut que les heures du lever et celles du coucher soient calculées selon les âges , pour que les suspects ou les coupables ne soient jamais au lit que pour y goûter le sommeil.

Méfiez-vous d'un jeune homme qui va souvent et reste long-temps aux latrines. Celles où se trouvent plusieurs sièges se prêtent

moins à l'isolement. Toutefois des cloisons peu élevées doivent séparer chacun d'eux*, tant pour éviter les provocations que pour ménager la pudeur. Dans beaucoup de collèges, les portes des latrines sont ouvertes, à leur partie supérieure, de manière à ce qu'un adulte puisse voir ce qui s'y passe. Une précaution de même sorte est nécessaire pour la prison, lieu où les élèves cherchent communément en eux-mêmes des moyens de chasser l'ennui. Ai-je besoin d'ajouter que la surveillance doit suivre les jeunes gens jusqu'au bain.

L'onanisme s'exécute soit par l'action des mains et des cuisses sur les parties sexuelles, soit par le frottement de ces parties contre des corps extérieurs. Différens moyens ont été proposés pour empêcher ces divers genres d'exécution. Le plus simple de tous est d'obliger les enfans à tenir leurs mains hors du lit. Cette consigne, quand on peut la faire observer, suffît souvent, surtout chez les garçons. Après ce moyen, je n'en connais qu'un seul dont on puisse dissimuler le but; c'est l'application d'un cataplasme froid sur les parties sexuelles : je l'ai plus d'une fois conseillé. M. Pavet de Courteille a proposé l'usage de

chemises plus longues que le corps, et que Pou fermerait au-delà des pieds avec une coulisse * ; je doute que ce moyen puisse avoir une grande efficacité.

Ceux dont il me reste à parler sont essentiellement et ouvertement coërcitifs. En faire usage, c'est se constituer en lutte. Aussi ont-ils d'autant moins de chances de succès que les jeunes gens sont plus âgés, plus forts, et plus disposés à en braver l'emploi.

Des liens peuvent être appliqués sur les mains pour empêcher qu'elles ne se dirigent vers les parties sexuelles, ou sur les pieds pour maintenir l'écariement des cuisses. On peut encore mettre à l'enfant une camisolle fermée par derrière, et dont les manches, jointes l'une à l'autre, forcent les hras à rester sur la poitrine. Divers appareils ont été imaginés pour empêcher le rapprochement des cuisses. Il en est un qui se compose de morceaux épais de liège qu'on attache à la partie interne de chacune d'elles. Un autre consiste dans un morceau de bois , dont les extrémités ont la forme d'une enfourchure de béquille. On construit aussi des caleçons , dont l'ouverture est en arrière,

1 Hyg. des collèges , p, 36.

et qui servent à emprisonner la partie inférieure du tronc.

Des espèces de brayers, que les bandagistes appellent ceintures contre V onanisme , ont été imaginés pour préserver les parties sexuelles de tout contact extérieur. La pièce principale de ces appareils est en toile métallique, en argent ou en fer blanc : sa forme, qui est triangulaire pour les filles , représente , pour les garçons, une sorte de moule qui peut recevoir la verge et les bourses : des ressorts analogues à ceux des bandages herniaires , ainsi que des sous-cuisses , partent de cette pièce , et en maintiennent avec force l'application. Pour ajouter à la sûreté de l'appareil , on l'adapte quelquefois à un caleçon qui ne peut s'ouvrir par devant. L'efficacité de ces moyens pour les enfans très jeunes , faibles et dociles , ne saurait être mise en doute : l'expérience a prononcé à cet égard. Ce n'est pas à dire que les ceintures ne puissent être éludées; l'art du masturbateur, s'il s'exerce à les rendre vaines , y parvient presque toujours. Nous en avons rapporté plus d'un exemple. En voici un qui est de M. Reveiilé-Parise. Une petite fille de sept ans , et dont la santé se détériorait chaque jour, ayan t été prise en flagrant

délit d'onanisme, sa mère, loin de lui adresser le moindre reproche , lui fît comprendre qu'il était d'usage de mettre une ceinture d'une forme particulière aux jeunes filles de son âge. Cette ceinture, qui était bien faite et très exac-^ tement appliquée, ayant atteint son but, la santé de l'enfant se rétablit avec rapidité. On s'applaudissait d'avoir réussi, quand on vit les accidens reparaître avec plus de force que précédemment. Examen fait de la ceinture , on trouva qu'elle était intacte et nullement dérangée. Cependant on redoubla de vigilance, et on finit par découvrir la cause de la rechute. Cette petite fille était parvenue à se masturber au moyen d'une longue plume qu'elle glissait sous la ceinture avec une adresse vraiment infernale. Dès lors la mère ne quitta plus sa fille, ni le jour, ni la nuit, et , grâce à cette surveillance , la malade se rétablit entièrement x.

Les ceintures mécaniques ont, au surplus, des inconvéniens qui obligentà en restreindre beaucoup l'emploi. D'abord, on ne peut en faire usage dans les collèges , attendu qu'elles

» Revue médicale , avril 1828, p. 94

ne manqueraient pas d'y devenir l'occasion de railleries intolérables , ou l'objet d'une curiosité dangereuse ; ensuite elles entretiennent, dans les parties génitales, malgré tous les soins qu'on peut prendre , une chaleur, une irritation et une humidité continuelles. Les bords de la pièce principale peuvent aussi déterminer des excoriations et des entamures, même très profondes, comme nous en avons rapporté un exemple d'après M. Biett *; Cependant, je le répète, ces appareils ont très souvent été utiles , et on aurait tort de les négliger.

1 Voyez p. 428,

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