‹ De l'onanisme et des autres abus vénériensChapitre 5 sur 16 · SYMPTÔMES ET MALADIES RÉSULTANT DES EXCES VÉNÉRIENS · texte numérisé non relu

SYMPTÔMES ET MALADIES RÉSULTANT DES EXCES VÉNÉRIENS

Les organes génitaux, quand ils sont à l'état d'abus, se trouvent exactement dans les mêmes conditions que s'ils étaient malades. Dans ce cas, en effet, ils sont en dehors de l'état régulier, car ils agissent quand la santé voudrait qu'ils fussent en repos. Lorsqu'on les considère alors, soit en eux-mêmes, soit dans leur action sur le reste du corps , on voit qu'ils se comportentexactementainsiqueleferaientdes organes passés à l'état morbide : ils sont comme s'ils étaient atteints d'une affection intermittente, ayantdes accès distincts, lesquels se répètent plus ou moins selon les provocations du masturbateur. L'état local de ces organes n'est d'abord que celui qu'ils offrent pendant l'acte vénérien; mais plus tard ils peuvent présenter des altérations diverses qui survivent aux ac-

ces , comme on voit des tissus se modifier , s'altérer de plus en plus , si la cause qui les avait rendus malades continue d'agir sur eux. L'état général des masturbateurs est aussi parfaitement analogue à celui qu'on observe dans les maladies. Chez eux, les organes génitaux sont le foyer de symptômes divers et le point de départ d'une foule de maladies. Les symptômes ne se montrent d'abord que pendant Y accès, ou pendant les heures qui le suivent; puis, ils se prolongent davantage et les intermissions finissent par devenir moins franches, moins complètes, par ne plus être que de simples rémissions : enfin, arrive un moment où le mal est tout-à-fait continu , où les pollutions ne marquent plus que comme des exacerbations pourraient le faire. Telle est la marche ordinaire des symptômes de cette affection , que l'on pourrait nommer génitale. Mais souvent il arrive qu'un des désordres dont l'appareil reproducteur est le foyer , prend , en vertu des dispositions individuelles, un caractère plus déterminé que les autres , et acquiert une sorte d'indépendance. Ce désordre devient alors plus qu'un symptôme , devient une maladie véritable qui sera chez les uns une phthisie, chez d'au-

très une myélite, une épilepsie', une amaurose , etc. , etc. C'est ainsi qu'on voit une plaie qui d'abord n'avait déterminé que du malaise, delà fièvre et autres symptômes dont le sort était intimement lié au sien , se compliquer ensuite d'une gastro-entérite, d'un tétanos , ou de toute autre maladie , ayant dans le cadre nosologique une place déterminée. La pollution volontaire , quand elle devient nuisible , doit donc être considérée à la fois comme une affection , ayant ses symptômes , et comme une cause de maladies. Nous allons l'étudier sous ce double rapport , dans deux sections différentes. La première sera consacrée à la description des symptômes de cette pollution-, dans la seconde, nous exposerons les maladies qui peuvent en être la suite.

§ I. Symptômes spéciaux des excès ve'ne'riens.

Avant de procéder à la description de ces symptômes, je ferai deux remarques. La première, c'est que les résultats des excès vénériens ont avec ceux des pollutions involontaires une analogie telle , que je défierais qu'on trouvât des différences essentielles entre le tableau des uns et celui des autres. La seconde, c'est que les effets généraux des pollutions , qu'elles

aient été ou non provoquées, ont aussi une ressemblance très marquée avec ceux que détermine la destruction lente d'un organe, ceux, par exemple , qu'on observe dans la phthisie pulmonaire, le cancer utérin, les grandes suppurations, les diarrhées chroniques, etc. Ainsi donc , les résultats de la masturbation et du coït sont les mêmes que ceux de la spermatorrhée involontaire , c'est-à-dire , d'une maladie non équivoque des organes génitaux, et que ceux de plusieurs autres maladies graves ayant des sièges variés. Ces analogies ne suffiraient-elles pas pour prouver que nous avons pu considérer avec fondement , comme une maladie véritable , Fétat où sont momentanément jetés les organes générateurs, lorsqu'on en fait abus.

Un des effets les plus constans des pollutions excessives , est l'amaigrissement. Ce symptôme se montre plus ou moins rapidement et va plus ou moins loin, mais il existe généralement à un degré quelconque. On peut le considérer comme une des circonstances par lesquelles les masturbateurs ressemblent le plus aux phthisiques, aux diarrhériques et en général aux individus affectés d'une maladie grave et prolongée. Plus

d'une fois il est arrivé d'attribuer aussi l'amaigrissement qui résulte de l'onanisme , à une croissance trop rapide , et réciproquement. Ce symptôme frappe d'autant plus chez certains masturbateurs , qu'on le voit se prononcer de plus en plus malgré une faim insatiable et des digestions encore faciles. Combien faut-il qu'elle soit grande l'influence que les organes génitaux, mis à l'état d'abus, exercent sur la nutrition , pour que la substance du corps se perde ainsi, malgré les conditions réputées les plusfavorables à son accroissement! C'est chose commune de voir des masturbateurs, que leur déplorable habitude a jetés dans le marasme le plus complet : leur corps, réduit à sa charpente osseuse, offre une image anticipée de l'état où la mort le mettra probablement bientôt. Plusieurs parties, comme les lombes, les fesses et les extrémités inférieures, se font souvent remarquer plus que les autres par leur émaciation. M. Sainte-Marie qui a noté ce fait, l'attribue , non sans raison 5 ainsi que l'affaiblissement que ces mêmes parties présentent alors, à un état morbide de la moelle épinière1. Mais ce qui n'est pas moins remarqua-

1 Traduction de la dissertation de Wichmann sur la pollution diurne , 1 8 ! 7 , p . 12.

ble que la rapidité de l'amaigrissement, c'est la facilité avec laquelle l'embonpoint renaît chez la plupart des masturbateurs quand ils se font trêve, en suspendant leurs manœuvres. Toutefois , il est des individus qui restent , toute leur vie , grêles et desséchés , par suite de l'abus qu'ils ont fait d'eux-mêmes pendant leur jeunesse.

D'ordinaire les forces suivent l'embonpoint et diminuent ou reviennent en même temps que lui. La faiblesse ne se montre d'abord qu'après l'acte, mais ensuite elle se prolonge davantage et le sujet se procure des pollutions nouvelles, alors qu'il n'a point encore retrouvé les forces qu'il avait précédemment dissipées. Le matin il ne quitte son lit qu'avec peine : pendant le jour , fatigué, engourdi, il est paresseux, indolent, et n'aborde plus qu'avec mollesse les occupations dans lesquelles il déployait toute sa vigueur. S'il monte un escalier, s'il gravit une élévation, son cœur bat avec force et sa respiration devient haletante. Cet affaiblissement, si la cause qui le produit ne cesse d'agir, peut s'accroître jusqu'au degré le plus effrayant. On voit des masturbateurs dont le tronc entraîné par le poids de la tête et celui de la poitrine, se courbe

comme dans la vieillesse ; qui ne peuvent rester debout , leurs membres abdominaux étant devenus incapables de les porter; qui, au moindre mouvement, éprouvent des vertiges, des défaillances, et qu'on voit finir par achever ce qui leur reste d'existence, dans un fauteuil ou un lit dont ils ne peuvent sortir. Plusieurs auteurs ont avancé que l'affaiblissement est plus ou moins considérable suivant la situation qu'on donne au corps pendant l'acte vénérien et selon le mode d'accomplissement de ce dernier. « Corporis agitatio in coeundo, instar canum , magis nocet , dit Sanctorius, quam seminis emissio. Hœc solum viscera ; Ma omnes nervos et viscera defaligat J. » Le même auteur dit encore : « Usas coitus stando lœditmascalos et eorum pe?spiratum diminuit'*. » Tissot a émis une opinion analogue. « Quand on perd ses forces , dit-il , par deux moyens à la fois , l'affaiblissement augmente bien considérablement 3. .l'avouerai que je n'attache qu'une importance médiocre aux circonstances dont il

Aphor. XXXI V, seet. vt.

JpJtor. XL, sect. vi.

Secl. vin.

vient d'être parlé , sans toutefois les considérer comme entièrement indifférentes. Je regarde comme plus fondée l'observation faite par M. Sainte-Marie, et dont j'ai déjà parlé, que la partie inférieure du corps présente souvent un affaiblissement plus prononcé que le reste , à cause de l'état ou la moelle épinière peut être jetée à la suite des pollutions.

Ainsi que l'embonpoint , les forces reviennent ordinairement avec assez de rapidité , quand le masturbateur se réforme. Mais il y en a, et le nombre en est grand, qui conservent pendant toute leur vie une débilité profonde, ce qui les rend inhabiles à une foule de travaux. Rien n'est plus ordinaire que de rencontrer dans la pratique des individus qui se plaignent d'être incapables de tout effort physique , et qui demandent au médecin de leur rendre des forces. Eh bien, qu'on les questionne : presque tous avoueront qu'ils ont fait dans leur jeunesse abus de l'onanisme. Quelques uns même n'attendent pas qu'on les interroge, pour s'accuser de leurs anciens excès , et les dénoncer comme la cause de leur débilité actuelle. Le plus grand nombre cependant remonte moins haut pour chercher son origine , ou même ne songe pas à la pénétrer; ils restent en paix avec

eux-mêmes, et leur ignorance mériterait peutêtre qu'on la respectât, s'ils n'étaient ou ne pouvaient devenir pères , et s'il ne fallait exciter leur vigilance à l'égard de leurs enfans. Ainsi donc il est constant que les abus vénériens peuvent causer non seulement une faiblesse passagère, mais encore un épuisement véritable susceptible de se prolonger autant que la vie. L'amaigrissement et la perte des forces ne sont pas les seuls signes de l'espèce de consomption qui mine sourdement le masturbateur: des symptômes nombreux viennent indiquer qu'une sorte d'adynamie frappe toutes les fonctions. C'est le visage qui, au lieu de présenter ce ton vermeil qui atteste une circulation active , est pâle , sans fraîcheur, ou d'une teinte jaunâtre,terreuse> plombée, livide : c'est la décoloration des lèvres, le cercle bleuâtre qui entoure les yeux, le gonflement œdémateux des paupières : c'est encore la mollesse et la flaccidité des chairs , la faiblesse et la petitesse du pouls: ce sont des sueurs abondantes qui, au moindre mouvement, ou pendant le sommeil, mouillent le front, la poitrine et la paume des mains: c'est, chez quelques sujets, une bouffisure œdémateuse, particulièrement des mains et des pieds : ce sont enfin les signes

d'une atonie générale, auxquels une fièvre lente, une véritable fièvre hectique , vient quelquefois sejoindre, comme pour témoigner que l'économie ne cède pas sans réagir au mal qui la détruit.

Je devrais peut-être attendre pour parler du trouble des digestions , effet presque constant des abus vénériens, qu'ayant achevé la description des symptômes de la spermatorrhée volontaire, j'en fusse à l'exposé des maldHies qui en sontla conséquence. Les digestions, en effet, ne sont dérangées alors que parce que les organes digestifs sont malades , que parce qu'ils sont affectés de dyspepsie , de gastrite , d'entérite , etc. ; mais leurs dérangemens sont tellement ordinaires après les pertes de semence, que je me crois autorisé traiter ces dérangemens comme des symptômes. Les excès vénériens peuvent affecter les organes digestifs de plusieurs manières : d'abord, en troublant la digestion, s'ils ont lieu pendant sa durée ; c'est un fait dont nous avons parlé précédemment I: Nous aurions pu alors ajouter que lorsqu'on se hâte trop de manger après un

: \oyrz p. 85.

excès de masturbation ou de coït , il est rare que la digestion soit bonne. Cette remarque n'avait pas échappé à Sanctorius , qui en a fait un si grand nombre de bonnes. Cibus copiosor solito, dit-ii , post immoderatum coitum , interimeret, nisi succederet aliqua ciborum corrupteia *. Les excès vénériens peuvent encore affecter l'appareil digestif autrement que par le trouble direct de ses fonctions. Cet appareil est lié d'une manière tellement intime à toutes les parties du corps humain, qu'il n'en est aucune qui pourrait souffrir à son insu. Si donc il est peu d'états morbides qui ne troublent les fonctions digestives, pourraient-elles rester intactes quand l'appareil générateur est devenu le foyer d'une foule de symptômes ? Assurément non : aussi ces fonctions prennentelles une part, et une large part, aux désordres qui sont la conséquence ordinaire des excès dont nous traitons.

Un exercice modéré des organes génitaux peut exciter l'estomac, rendre l'appétit plus vif et les digestions plus rapides. C'est pourquoi les jeunes gens qui commencent à se mas-

Jph. , xxxij, sec t. vj,

turber ou à faire usage des femmes, sont ils fréquemment tourmentés par un besoin insatiable d'alimens , qui les porte à manger presque sans cesse, ce qui frappe d'autant plus, que la maigreur et la faiblesse arrivent de même , ou ne cessent d'augmenter. Mais un tel état de choses ne saurait durer long-temps; aussi des signes nombreux viennent-ils bientôt montrer que les excès vénériens peuvent agir sur l'appareil digestif d'une autre manière qu'en rendant l'appétit plus vif et les digestions plus aisées.

L'appétit, en effet, ne résiste pas long-temps aux excès de masturbation : il diminue , d'abord, puis il disparaît et finit souvent par faire place au dégoût le plus prononcé pour toute espèce d'alimens : chez quelques sujets il devientirrégulier, bizarre; d'autresleconservent, et ce sont ceux-là peut-être qu'il faut plaindre le plus, car il survit aux digestions. « J'ai conservé l'appétit , écrivait un masturbateur à Tissot, mais c'est un malheur, puisque j'ai des douleurs d'estomac dès que j'ai»mangé et que je rends tout ce que je mange. » Beaucoup de masturbateurs éprouvent des douleurs semblables après le repas. Chez d'autres, c'est un sentiment d'oppression, de ^êne9 dans la

région épigastrique. Il en est chez lesquels ce sont des tiraillemens qui simulent un besoin d'alimens : ce symptôme s'observe particulièrement chez les filles qui sont devenues leuchorréiques , par suite de leurs pratiques secrètes. D'autres fois , la face et particulièrement les pommettes présentent, après le repas, une rougeur d'autant plus remarquable qu'elle contraste avec leur pâleur habituelle ; souvent alors aussi les rnasturbateurs ont la tête pesante , des vertiges , des bouffées de chaleur à la face, etc. Il en est chez qui des rapports , des éructations témoignent , longtemps encore après la sortie de table, de la lenteur des digestions: ou bien encore le ventre est tendu, balonné, gonflé de vents. Des alimens que précédemment on digérait sans peine , ne peuvent plus passer ; le cercle de ceux parmi lesquels on peut choisir , se rétrécit chaque jour. On a vu des rnasturbateurs qui s'étaient mis en cet état, s'adonner aux liqueurs fortes dans l'espoir trompeur de réveiller leur appétit, d'exciter leurs digestions et de rétablir leurs forces. Des vomissemens répétés, une douleur habituelle de ventre, une fièvre lente, sont aussi des symptômes fréquens de l'altération profonde des organes

digestifs. Le canal intestinal est, chez beaucoup de sujets, plus impressionnable que l'estomac aux excès vénériens. Une constipation opiniâtre chez les uns , du dévoiement et des borborygmes chez les autres , sont les signes ordinaires de l'affection de ce canal. MM. Fournier et Bégin parlent d'un jeune homme qui éprouvait presque constamment, après les excès de coït, des coliques fortes suivies d'une diarrhée abondante et d'un ténesme insupportable. Le repos, les boissons gommeuses , l'usage des alimens farineux et d'une petite quantité de vin rouge, dissipaient bientôt ces accidens qui le jetaient quelquefois dans un état alarmant de langueur et de faiblesse *. Hoffmann a rapporté un exemple analogue. J'ai plus d'une fois rencontré de pareils effets. Un jeune homme à qui j'ai donné des soins en 1S32, est mort, à la suite d'excès de masturbation , d'une diarrhée que rien ne put arrêter. Ce malheureux , bien que réduit au dernier degré de consomption, se livrait encore, aussitôt qu'on le perdait de vue, à sa déplorable habitude. Au surplus

1 Diction. desScienc. me'd., art. Masturbation, p. 115.

la diarrhée , ou plutôt les ulcérations intes^ tinales qui en sont alors la cause , se montrent ordinairement chez les masturbateurs , comme chez les phthisiques , quand ils atteignent le dernier degré de la consomption. C'est ainsi qu'un jeune homme de 19 ans, livré depuis son enfance à la masturbation, mourut il y a quelques années, à l'Hôtel-Dieu. La surveillance la plus active , les moyens mécaniques les plus sévèrement administrés n'avaient pu mettre obstacle à ses fatales manœuvres. Le dévoiement vint se joindre à ses pertes habituelles de semence et il périt trois mois après son entrée à l'hôpital, dans un marasme complet *.

Beaucoup d'auteurs ont répété, d'après Hippocrate 2 , que les individus affectés de consomption par suite d'excès vénériens, n'ont pas de fièvre. C'est une erreur : ils meurent alors, ainsi que je l'ai déjà dit, dans un véritable état de fièvre hectique que motive suffisamment l'état des divers organes et particulièrement celui de l'appareil générateur. Je pourrais en citer de nombreux exemples; en

1 Nouvel. Bibl. me'd. Septembre 1827.

a De morbis, lib. II , c. xlix , Fc-ës, p. 479-

voici un rapporté par le docteur Federigo : « J'ai connu, dit-il, une femme qui, depuis plusieurs années, était atteinte d'une grande faiblesse et avait perdu tout-à-fait l'appétit. Une fièvre lente du soir l'avait réduite à une extrême maigreur ; ses yeux étaient enfoncés et pâles ; elle éprouvait une chaleur très pénible à la peau, et ne pouvait se tenir debout qu'avec beaucoup de peine; un écoulement très abondant augmentait de plus en plus la faiblesse; elle était parvenue à un degré de marasme très avancé. Tous les remèdes les plus actifs, par exemple, les martiaux, les décoctions de quinquina avec le lait, les eaux de Recovaro, furent inutiles. Elle finit ses jours ayant été réduite à la plus déplorable con-. somption. J'eus beau la questionner relativement à sa manière de vivre, pour découvrir la cause de cette maladie, je ne pus y réussir: seulement , un mois avant de mourir , elle m'avoua, les larmes aux yeux, qu'elle-même avait contribué à sa propre perte en se livrant, presque constamment, depuis plusieurs années, à une faiblesse secrète et meurtrière lï »

1 Traduction italienne des Observations de M. Portai sur la matière et le traitement de la phthisie pulmonaire.

Ajoutons que M. de Sainte-Marie, ayant cherché plus souvent la pollution diurne involontaire dans les maladies de langueur, du moment qu'il eut connu la dissertation de Wichmann , découvrit qu'un grand nombre de fièvres lentes nerveuses étaient entretenues par cette affection ' .

Après ce que nous avons dit de l'action que les organes génitaux exercent sur le système nerveux, même quand ils ne sont qu'à l'état d'éveil ou de repos, on ne s'étonnera pas de nous entendre avancer que c'est dans ce système qu'il faut chercher les affections qui résultent le plus fréquemment de l'abus de ces organes. En effet, les lésions du mouvement, du sentiment ou de l'intelligence , c'est-à-dire des facultés dont le système nerveux est le siège ou le foyer, sont réellement les conséquences les plus ordinaires de la masturbation et en général des excès vénériens. Déjà nous avons fait le tableau de la diminution graduelle de la faculté locomotive chez les masturbateurs. Celle de sentir présente des phénomènes bien différens , elle s'exalte d'autant plus que la première s'épuise davantage. Au surplus c'est un

1 Loc. cit., p. 7 .

fait non contesté, que ces deux facultés sont généralement en raison inverse l'une de l'autre. Cet accroissement de la susceptibilité peut s'opérer à tout âge par suite d'excès vénériens ; mais il se fait avec bien plus de facilité chez les jeunes gens , c'est-à-dire à cette époque de la vie où la manière de sentir prend les caractères qui devront , plus que tous les autres , constituer le tempérament. Aussi, l'impressionnabilité excessive qu'offrent en général les masturbateurs, n'estelle pas de ces symptômes passagers qui surviventpeu à leur habitude : bien loin de là ; elle se prolonge long-temps après que celle-ci a disparu et fait le tourment d'une foule d'existences entières. Combien de gens de tout âge qui se plaignent d'avoir, comme ils disent, le genre nerveux d'une extrême mobilité. Quelques uns n'ignorent pas, et c'est pour eux une source non interrompue de regrets, qu'ils ne doivent cela qu'à eux-mêmes. Interrogez les autres, la plupart avoueront les excès de leur jeunesse. Rarement j'ai manqué les occasions nombreuses qui se sont offertes à moi de vérifier ce que j'avance ici , et presque toujours les réponses qui m'étaient faites confirmaient les conjectures que j'avais formées. Il est rare

que ces individus n'éprouvent pas un malaise, une douleur, une incommodité quelconque: leurs indispositions peuvent varier à l'infini, subir les mutations les plus promptes et les plus nombreuses, mais toujours, ou presque toujours, ils sont indisposés d'une manière ou d'une autre. Cela se conçoit aisément; tout ce qui est influence a prise sur eux : le froid , le chaud , le sec , l'humide , la pluie, l'orage, les alimens, les boissons, l'exercice , le repos, la veille, en un mot tous les modificateurs trouvent en eux une organisation constamment prête à les sentir avec excès. L'acte vénérien surtout, cette source première de leur impressionnabilité, leur cause des incommodités qui les obligent à des privations continuelles. Un jeune homme de 22 ans, auquel je donnais des soins il y a quelques mois, me racontait avec un sentiment profond de tristesse les incommodités sans cesse renaissantes qu'il devait à l'onanisme. Voici à peu près la relation qu'il m'a faite : je la rapporte parce qu'elle offre un tableau assez fidèle de l'état où le système nerveux se trouve chez la plupart des sujets qui ont fait abus de la masturbation.

« C'est à 16 ans , me disait-iî , que de per-

fides conseils m'instruisirent à me masturber? ce que je fis , pendant quelques années , avec une sorte de fureur. Bientôt ma santé s'altéra, je perdis mes forces, mes digestions ne se firent plus, je sentais dans l'estomac une chaleur, des douleurs continuelles; ma gorge était en feu, j'avais de l'enrouement, et j'éprouvais des malaises de toute sorte. Les avertissemens qu'on me donna, et plus encore le délabrement de ma santé, me firent prendre la résolution de renoncer à mon habitude. Ma situation ne tarda point à devenir meilleure, je me rétablissais chaque jour ; mais en même temps mes désirs se réveillèrent, et je retombai dans mes précédentes fautes. La même cause ramena les mêmes effets, et j'abandonnai de nouveau l'onanisme, me promettant bien de n'y plus revenir. Il v a deux ans au moins de cela, et j'ai tenu parole. Par malheur, cette fois, ma santé ne s'est pas rétablie comme la première, et je n'ai cessé d'éprouver, quoiqu'à des degrés moindres , toutes les souffrances que je vous ai décrites. De plus, je suis devenu tellement sensible , que tout m'incommode ; le moindre changement de temps, et surtout l'orage, me font le plus grand mal. Je ne saurais dire, au surplus, quelle est la température qui

me convient le mieux, car je ne me trouve bien ni quand il fait froid, ni quand il fait chaud. Quant aux femmes, elles m'inspirent peu de désirs . cependant il m'est arrivé à de longs intervalles d'avoir commerce avec elles ; ce n'était alors que lentement et avec peine que je mettais fin à la tâche que je m'étais imposée, et ensuite j'étais malade, pendant plusieurs jours, de la même manière qu'à l'époque où je me masturbais le plus. Je sens à chaque instant des douleurs, des élancemens et comme des secousses dans les membres ; quelquefois aussi j'éprouve, mais rarement, des douleurs dans le dos. J'ai presque toujours aussi des maux d'estomac et souvent des coliques. Quant âmes digestions, quoique moins mauvaises que précédemment , elles sont encore loin d'être bonnes ; il n'y a qu'un petit nombre d'alimens que je puisse me permettre , et je ne pourrais prendre, sans en être fortement incommodé, la plus petite quantité de vin , de liqueur ou de café. » Tel est le récit que me fit ce jeune homme '.j'ajouterai qu'il ressentait, pour la moindre cause , une émotion profonde ; qu'il avait l'air triste, était ennuyé de lui-même et sans cesse poursuivi du souvenir de ses anciens excès. Je l'ai revu plusieurs fois depuis >

et j'ai lieu de croire que l'exactitude avec laquelle il se conformait à mes conseils améliorera sa santé.

Ce sujet, pourra-t-on me dire , est un hypochondriaque : je suis loin de le contester. Mais qu'est-ce que l'hypochondrie , sinon une susceptibilité excessive , plus toutes les incommodités qui en sont la conséquence et le dérangement des fonctions digestives? Aussi tous les auteurs qui ont parlé de cette maladie et de l'hystérie, qui lui ressemble à tant d'égards , ont-ils rangé les excès vénériens parmi leurs causes les plus fréquentes. Je pourrais citer en témoignage Tissot I , MM. Louyer- Villermey2, Fodéré 3, Foville 4, et beaucoup d'autres. M. Oppenheim, médecin du grand-visir, attribue la fréquence de l'hypochondrie et de l'hystérie , chez les orientaux , à l'abus qu'ils font des plaisirs 5. Pinel donne

1 Onanis., sect. iij et iv.

7 D'ict. des Sciences méd. , art. Hypochondrie , p. \l\tS, et Hystérie, p. 2 34.

3 Même Dict., art. Mariage, p. 29.

4 Dict. de Med. et de Chirur. pratiques, art. Hystérie, p . 281 .

5 Essai sur l'état de la médecine et sur les maladies endémiques dans la Turquie dÀsie et d'Europe. Hambourg, 1833.

l'histoire d'un hypochôndriaque qui , à l'âge de la puberté, s'était abandonné à des excès de masturbation qui avaient été suivis de pollutions involontaires fréquentes l. Ailleurs il a parlé encore d'un cas analogue 2 ; et au surplus il n'est pas de praticien qui ne puisse en citer plusieurs.

L'affection du système nerveux, chez les masturbateurs , ne consiste pas seulement dans un accroissement de la susceptibilité; elle s'annonce encore par une multitude de symptômes, tels que des douleurs , des malaises, des sensations , des spasmes de toute sorte. M. Angelot a rapporté l'observation d'un jeune homme affecté d'une spermatorrhée continuelle qui , entre autres phénomènes, présentait une irritation nerveuse telle, qu'il sentait vibrer tout son corps au moindre bruit3. Certains sujets éprouvent des douleurs dans les membres, comme s'ils avaient été meurtris de coups; d'autres sont sujets à des céphalalgies très intenses , à des douleurs lombaires qui se reproduisent à chaque pollution; ou bien ce sont des douleurs plus ou moins

1 Nosog. philos., 4e édit., t. III, p. 81 .

* Id.y p. 207.

3 Annales de la me'd. physiol. , août , 1 82ft.

vagues , quelquefois fixes , qui se font sentir sur le trajet des nerfs et ressemblent beaucoup à des névralgies. Plus tard nous verrons que des affections douloureuses de diverses nature ont été la conséquence plus ou moins directe des excès vénériens. Des sensations d'engourdissement, de formication, etc*, peuvent aussi en être la suite; quelques sujets éprouvent des crampes qui d'abord ne se font sentir que pendant l'acte vénérien , mais qui se répètent ensuite dans d'autres momens. Les spasmes , les contractures et généralement les mouvemens convulsifs qu'on observe souvent chez les masturbateurs, sont généralement le résultat d'affections graves des centres nerveux, affections dont nous parlerons bientôt. «Un accident très fréquent et qui ne m'a jamais trompé sur sa nature, dit Georget, ce sont des palpitations de cœur accompagnées de gêne dans la respiration, de légers étouffemens 1. » Il dit encore que des syncopes, des tremblemens partiels ou généraux se manisfestent à la moindre contrariété, et souvent sans sujet, chez les masturbateurs. Ces remarques sont pleines de vérité : j'ajouterai seulement que les palpr-

1 Physiologie du système nerveux , t. Ier.

tations, les étouffemens survivent quelquefois pendant de longues années à l'onanisme , et qu'on voit assez souvent les syncopes , les tremblemens, les extases, etc., se montrer pendant l'acte vénérien ou immédiatement après.

Le cœur et l'esprit ne souffrent pas moins que le corps , des excès de masturbation. Il suffirait, pour n'en pas douter, de se rappeler ce que nous avons dit relativement à la puissance que les organes génitaux exercent, dans l'état physiologique , sur les idées et les sentimens1. Généralement, lé besoin que le masturbateur de profession éprouve de dissimuler des goûts, une habitude, qu'on trouve au moins ridicules et vils ,- le rendent taciturne et peu expansif ; ses regards, loin de chercher ceux des autres, semblent les fuir; il aime la solitude , évite le monde , y est embarrassé , mal à l'aise et presque honteux. L'air qu'il y apporte pourrait quelquefois passer pour de la timidité , je dirais presque de l'innocence , s'il ne changeait tout-à-fait d'allure , quand se trouvant avec des masturbateurs avoués, il n'a plus de contrainte à se faire. C'est à ce besoin

1 Voyez le chap. Ier.

de dissimulation, a cette inquiétude dont Ponaniaque est continuellement obsédé , que Montègre attribuait surtout la différence qui existe entre l'abus de soi-même et celui du coït sous le rapport de leurs inconvéniens I : mais ce tourment moral est loin, comme nous allons le voir, d'être le seul qui affecte le masturbateur.

En effet, il éprouve habituellement un sentiment réel de tristesse et d'ennui dont sa physionomie est empreinte, et qui est la conséquence naturelle du malaise, de la fatigue qu'il ressent toujours. Il est triste comme on l'est quand on souffre, quand on est faible et qu'on se sent défaillir. Cette honte intérieure, à laquelle on se soustrait difficilement quand on se livre à des actions réputées mauvaises, doit contribuer aussi à augmenter sa mélancolie, sa tristesse. J'en dirai autant de ses efforts secrets, et trop souvent infructueux, pour échapper à un penchant qu'il commence à redouter. Mais les pires, peut-être, des sentimens qui le tourmen tent, sont le regret et le remords. L'épuisement où il s'est jeté, les souffrances qu'il éprouve, la mort qu'il aperçoit, le jettent

» Dict. des Sciences med., art. Continence ', p . 100.

souvent dans le plus affreux désespoir. îl se rappelle cette époque où, plein de santé, il ne connaissait pas encore l'onanisme ; il se rappelle, pour les maudire, ceux-là qui lui ont donné les premières notions de ce vice; la honte qu'il ressent, les avœux qu'il a dû faire, l'impuissance, l'exténuation où il se trouve; ses maux, ses craintes, tout cela, il aurait pu l'éviter. Artisan de toutes ses misères, il ne cesse de se les reprocher. Ce qu'on lui a dit pour l'arracher à sa funeste habitude , ce qu'il a lu, il se le rappelle, et se grossit encore ce qu'il s'en rappelle. Tout ce qu'on lui a prédit, il le sent, et il en sent bien plus qu'on ne ne lui en a prédit. Cette fin qu'on lui annonçait , il la considère comme proche , inévitable. Son père, sa sœur, ses amis, tout ce qu'il aime, il va falloir leur dire adieu. Encore si je pouvais conserver la vie, se dit-il quelquefois; la conserver, fût-ce au prix de mille douleurs ! On y tient si fort à cet âge où l'on a devant soi tant d'avenir ! Qu'on se figure maintenant avec ces regrets , ces craintes , le désespoir que je viens de décrire, un masturbateur tellement dominé par son insatiable habitude , qu'il ne peut s'y soustraire. Ce mal qu'elle lui a fait , la fin qu'elle lui pré-

pare , il les connaît et peut-être se les exagère, cependant il continue d'accroître l'un et de rapprocher l'autre, ne pouvant s'en empêcher. Je n'imagine pas de position morale plus affreuse que celle où se trouve un tel individu.

On conçoit que des masturbateurs, tourmentés d'un présent et d'un avenir qui ne leur apparaissent que sous des couleurs sombres et ordinairement chargées , ont pu vouloir mettre une fin criminelle à leurs angoisses : c'est effectivement ce qui est quelquefois arrivé. «Je ne crois pas, écrivait un onaniaque à Tissot, que jamais créature humaine ait été affligée d'autant de maux que je le suis. Sans un secours particulier de la providence, j'aurais bien de la peine à supporter un fardeau si pesant. » Quelques uns n'ont pas eu ce courage. M. Esquirol a vu souvent la masturbation jeter dans la mélancolie et conduire au suicide h. M. Orfila range aussi parmi les causes occasionellesdece genre de mort, «le dégoût physique et moral, l'apathie intellectuelle, sans espoir de guérison, qui suivent souvent l'abus préma-

1 Dirt. des Scienc. rned. , arl. Folie , p. 191, <:t même uuvrage, ai I. Suicide , p. 249.

turé des jouissances de toute sorte »'. » Assurément s'ils avaient connu les ressources de la nature, ceux-là qui se sont abandonnés à un tel acte de désespoir; s'ils avaient été, comme nous , témoins de la rapidité avec laquelle la santé se répare, quand la masturbation ne travaille plus à la détruire ; s'ils avaient eu dans la puissance médicatrice du temps la foi qu'elle mérite, ils auraient vu leurs maux se dissiper, leurs forces revenir, et ils n'auraient pas brisé une existence qui pouvait être encore longue et bonne. Le fait que nous allons rapporter, prouvera mieux , au surplus , que tout ce que nous pourrions dire, combien ils auraient tort les masturbateurs qui se hâteraient de désespérer de leur avenir.

Un gentilhomme âgé de vingt-quatre ans , et un des plus beaux hommes que j'aie vus, dit M. Sainte-Marie, s'enferma, pour échapper à la conscription qui l'atteignait , dans un château isolé, sous la garde d'un vieux domestique qui avait la confiance de sa famille. Là, pour tromper l'ennui de la solitude, il se livrait avec fureur à la masturbation: après trois ans de cette réclusion forcée et de

' Leçons de médecine légale , p. 733.

dangereux excès, il reparut dans le monde avec un visage pâle, défait, souffrant, et une maigreur que Ton attribuait à l'isolement extrême dans lequel il avait vécu. On s'empressa de le marier pour le dédommager, par un établissement agréable et avantageux , du long ennui qu'il avait souffert ; mais ses forces le trahirent dès la première nuit de ses noces : il se leva le lendemain, plein de honte et de confusion, n'ayant pu, comme dit Montaigne, estrenner la coache nuptiale. Il en conçut un mépris de lui-même qui, bientôt, dégénéra en un sombre et profond désespoir. Un jour, au sortir de table, il avala une assez forte dose d'arsenic; mais cette substance fut rejetée, l'instantd'après, avec les alimens qu'il avait pris. Il vint alors à Lyon pour y chercher une mort qu'il croyait plus digne de sa naissance et de son rang. Il s'attacha pendant quelques jours aux pas d'un fameux spadassin, la terreur des maîtres d'armes, et trouva le moyen de l'insulter, n'ayant d'autre but que de perdre, l'épée à la main, une vie qui lui était devenue odieuse. Le sort des armes en décida autrement : quoique faible et languissant, il blessa son adversaire, et ce léger avantage changea tout-à-coup sa résolution. Il comprit que la

vie n'est pas toute composée de défaites et d'humiliations ; il désira de vivre, et c'est dans cette disposition d'esprit plus favorable au succès, qu'il vint me consulter. L'impuissance qu'il m'accusait ne me parut que la moindre des choses dans son état; je découvris facilement qu'elle n'était que le symptôme d'une consomption dorsale bien commencée. Je lui ordonnai un traitement qui consistait particulièrement dans Femploi de la glace pilée prise à l'intérieur, de douches glacées le long de la colonne vertébrale , et dans la diète lactée. Après trois mois de ce traitement, le malade offrait les signes les moins équivoques d'une santé parfaitement rétablie. Il quitta Lyon, et alla rejoindre sa famille qu'une si longue absence avait plongé dans les plus vives inquiétudes. J'apprends en ce moment ( mars 1817) qu'il est le plus heureux des époux , et que sa femme l'a rendu trois fois père depuis sa guérison J .

Indépendamment des effets intellectuels et morauxdontnousvenonsdeparler, l'onanisme produit souvent un affaiblissement très marqué de l'intelligence et particulièrement de la

1 Traduct. de Wichmann , p. 9t

mémoire. Des jeunes gens qui avaient précédemment donné des témoignages non équivoques d'une certaine vivacité d'esprit et d'aptitude à s'instruire, deviennent, après s'être livrés à cette habitude, lourds, comme hébétés et incapables de toute application : il est évident que cet état transitoire qui succède immédiateà l'acte vénérien est devenu continuel , parce qu'on ne lui permet pas de se dissiper d'une manière complète. Cet affaiblissement des facultés intellectuelles ne doit pas être toujours regardé comme étant sans remède : en effet, il n'est pas rare de voir ces individus retrouver plus ou moins complètement leur intelligence primitive , quand l'habitude qui l'avait affaiblie cesse d'agir avant que la détérioration soit profonde et ancienne. Nous pourrions rapporter un certain nombre d'exemples en témoignage de ce retour. Le plus remarquable^ assurément, est celui d'une idiote a qui le docteur Graefe, de Berlin, rendit l'intelligence par l'amputation du clitoris. Nous donnerons plus loin ce fait intéressant dans toute son étendue. Malheureusement la simple cessation de l'onanisme ne suffit pas toujours pour que les traces de son passage parviennent à s'effacer complètement, et on voit beaucoup d'individus

conserver pendant toute leur existence une certaine faiblesse d'esprit qu'ils doivent aux excès de leur jeunesse. C'est un fait que les médecins peuvent très souvent vérifier.

L'affaiblissement des facultés intellectuelles ne s'arrête pas toujours au point que je viens d'indiquer : il peut aller jusqu'à l'idiotie, l'abrutissement le plus complets. Presque toujours alors , le cerveau ou ses dépendances sont profondément lésés , ce qu'annoncent divers symptômes, comme la perte de la vue , de Fouie, des accès convulsifs, la paralysie, etc. C'est, à n'en pas douter, le cas où se trouvait un individu dont M. Serrurier a rapporté l'histoire, et que la masturbation avait réduit à un état d'imbécillité si complet 5 qu'il satisfaisait à toute place aux besoins qu'il éprouvait1. J'en dirai autant d'un idiot que Pinel a eu long-temps sous ses yeux dans les infirmeries de Bicêtre. C'était un sculpteur, âgé de 28 ans , qui avait été précédemment épuisé par des excès d'intempérance et les plaisirs de l'amour. Il restait presque toujours immobile et taciturne, ou bien, par intervalle, .il

laissait échapper un rire niais et stupide. Nulle

1 Die t. des Scienc. me'd. . art. Pollution.

expression dans les traits de la figure , nul souvenir de son état antérieur. Il ne manquait jamais d'appétit, et l'approche seule des ali-r mens , mettait enjeu les organes de la mastication. Il restait toujours couché, et a fini par tomber dans une fièvre hectique, qui est devenue mortelle }'..

Ce qui mérite d'être remarqué chez les masturbateurs qui tombent dans l'idiotie, c'est que tandis que les sens externes et l'intelligence diminuent, la sensibilité génitale ne fait que s'accroître. Toutes les facultés semblent s'être confondues en une seule, dont les proportions deviennent d'autant plus grandes que les autres serappetissent davantage. Cette marche inverse qu'on retrouve dans tous les cas d'idiotie produits par l'onanisme, est surtout remarquable dans un fait observé à l'hôpital Saint - Louis par M. Alibert. Le sujet de cette observation est une paysanne âgée de vingt -deux ans dont l'occupation habituelle était de garder les moutons. La solitude où vivait cette fille favorisa chez elle le développement de l'onanisme. Elle se cachait dans les broussailles et les en-

Nosog, phi/. , t. II l , p. 127.

droits les plus retirés, pour satisfaire à son malheureux penchant. Deux ans s'écoulèrent pendant lesquels on voyait progressivement ses facultés intellectuelles s'affaiblir ; bientôt elle devint comme stupide, mais en même temps le sens vénérien acquérait le plus haut degré d'exaltation. Les choses même en vinrent à ce point, qu'elle tomba dans une espèce de nymphomanie pour laquelle on la conduisit à l'hôpital . Cette malheureuse offrait le scandale perpétuel d'une sorte de mouvement automatique qu'elle n'était point maîtresse de réprimer, quelques reproches qu'on lui adressât. La tête, la poitrine, la moitié supérieure de son corps enfin , était d'une excessive maigreur, tandis que l'autre moitié présentait un embonpoint remarquable. La vue, et à plus forte raison, le contact d'une personne qui n'était point de sonsexe, suffisait pour provoquer en elle un état qui se terminait bientôt par une pollution. On pouvait, en touchant cette fille, agiter toute sa personne et la mettre en convulsion, comme on met en activité les ressorts d'une horloge. Alors cette malheureuse offrait, pendant une demi-heure environ, un tableau que M. Alibert compare à celui des convulsionnaires de

Saint-Médard. Cet état ne fit que s'accroître, et cette fille, vu le scandale qu'elle causait, dut être rendue à ses parens 1 .

Les alternatives d'excitation et d'affaissement que le cerveau éprouve pendant et après l'acte vénérien, sont-elles la seule cause de l'affaiblissement des facultés mentales chez les masturbateurs ? L'état habituel de leur esprit ne contribuerait-il pas aussi , comme Tissot et plusieurs autres l'ont pensé, à ce fâcheux résultat? C'est ce dont je ne doute pas. Le joug que l'onanisme impose à ceux qui s'y abandonnent complètement est tel , qu'ils tournent continuellement dans un cercle d'idées dont ils ne peuvent sortir. Toute leur étude se borne à détourner les regards des autres et surtout à se rappeler tous les souvenirs , à se créer toutes les illusions dont ils nourrissent leurs sens : ce que leur esprit a de force est consacré à ces seuls objets. Dissimuler et jouir , ils ne veulent et ne pourraient rien de plus. Négligées pour une seule , privées de culture, les facultés intellectuelles doivent rester imparfaites, ou même, si je puis m'exprimer ainsi, s'atrophier. .Je com-

1 Dtàt. des Sêienc. me'â. , t. \XXYl , p. 582.

prends très bien encore que les besoins qui naissent d'un tel état de choses , peuvent, en raison des obstacles que leur satisfaction rencontre de la part des personnes avec lesquelles on vit , et que l'on devrait chérir le plus , peuvent, dis-je, aider au développement despenchans les plus mauvais. N'en a-t-il pas été ainsi chez une jeune fille dont nous allons, d'après M. Parent-Duchatelet, rapporter l'effrayante histoire?

Cette fille, dont les premières années s'étaient passées chez son aïeule, femme respectable et pleine de religion , avait environ sept ans quand elle revint chez sa mère. Pendant les premiers mois qui suivirent son retour, on remarqua qu'elle était triste , ne s'amusait pas comme on le fait à cet âge et ne caressait jamais ni son père ni sa mère : son embonpoint se perdait avec rapidité, et l'on cherchait en vain la cause de cet amaigrissement, quand un jour quelques questions, peu explicites cependant, lui ayant été adressées , elie fit connaître au grand étonnement de sa mère, en termes très clairs, qu'elle n'ignorajt rien des choses dont ont lui parlait. Immédiatement elle raconta elle-même que depuis l'âge de quatre ans elle s'amusait

constamment, chez sa bonne maman, avec des petits garçons de dix à douze ans ; que ce qui la rendait si triste depuis qu'elle était avec sa mère , était de ne plus avoir les mêmes occasions, mais qu'au surplus elle y suppléait toute seule. Les parens désespérés cherchèrent à déraciner ce funeste défaut; on employa les raisonnemens , les caresses , les petits présens , on lui donna tous les vêtemens qu'elle désirait, des médecins furent appelés , on eut recours aux pratiques religieuses ; tout fut inutile: l'enfant portait les mains sur soi, jusque dans le sommeil.

Mais un penchant horrible, bien plus horrible encore, ne tarda pas à se manifester. Cette petite fille fut prise du désir de voir ses parens mourir et même de leur donner la mort! Ce désir elle l'exprimait avec une franchise épouvantable, ainsi que ses regrets d'avoir manqué les occasions de le satisfaire ; aussi se promettait-elle bien de saisir avec empressement celles qui pourraient se présenter désormais. Avoir les hardes et l'argent de sa mère , puis aller ensuite avec les hommes , étaient les seuls motifs qu'elle donnait à ses affreux désirs. Bientôt les choses en vinrent à ce point que les parens durent à leur sûreté, de s'enfermer chaque nuit, leur fille n'ayant poinl

dissimulé l'intention qu'elle avait de les assassiner pendant leur sommeil. La surveillance que ses habitudes avaient rendue nécessaire se trouvant ainsi interrompue, cet enfant put s'abandonner à elles sans contrainte. Aussi ni manquât-elle : c'était le seul de ses goûts qu'elle pouvait satisfaire. Elle ne pleurait, ne riait jamais , ne s'amusait de rien; assise toute la journée sur une très petite chaise , les mains croisées , elle portait les mains sur elle aussitôt que sa mère lui tournait le dos. Les châtimens ne réussirent pas mieux que les présens et les caresses. Son père , un jour, l'attacha avec une courroie au pied du lit pendant une demiheure : elle ne versa pas une seule larme et lui répondit froidement : « les coups ne me font rien, vous me couperiez le col que je ne changerais pas. » Tous ces faits donnèrent lieu à une enquête juridique d'où sont extraits les détails que nous venons de rapporter l.

Assurément il y avait chez cette jeune fille des penchans qui n'étaient le résultat que de son organisation; jamais elle n'avait eu d'attachement , même pour sa bonne maman qui l'avait élevée , et qu'elle aurait tuée aussi pour

annales d'hygiène et de me'd. légale , janvier 1832

avoir ses hardes, ce qu'elle n'essayait pas de cacher. Ce n'était pas précisément le désir de tuer qui la dominait , mais celui d'acquérir un objet désiré. Un jour, pendant qu'un homme la questionnait, elle regardait attentivement une épingle précieuse qu'il avait à sa chemise; interrogée , elle convint qu'elle tuerait bien ce monsieur pour avoir son épingle. Je ne doute pas que sa passion pour les jouissances vénériennes ne résultât primitivement aussi d'une disposition organique ; jamais elle n'avait été poussée à ces jouissances par des hommes ou par des femmes ; dès l'âge de quatre ans elle cherchait des petits garçons et s'amusait avec eux; ce n'est que depuis le moment où elle fut privée deux, qu'elle se livra avec fureur à l'onanisme; pour elle cette pratique n'était qu'un pis-aller, elle aurait aimé bien mieux les petits garçons, ainsi qu'elle le disait formellement ; car avec le désir de tuer ses parens pour avoir leurs effets, celui que dans la conversation elle manifestait le plus volontiers, était de s'amuser avec des petits garçons ou des hommes , et même avec son interlocuteur, s'il était un homme.

Or, je le demande, cette exaltation primitive d'un sens que la masturbation exaltait chaque

jour davantage , était-elle propre à modérer une disposition qui faisait regarder l'homicide comme le meilleur moyen de satisfaire certains désirs? Cet état de malaise, de fatigue, qui est habituel chez les individus qui se livrent continuellement à l'onanisme, était-il capable d'éveiller chez cette jeune fille les sympathies qui unissent chaque individu à ses semblables, de rendre quelque force à des liens qu'elle était toujours prête à rompre? lui était-il possibled'aimerdesparensavecqui elle ne pouvait satisfaire les besoins qui l'obsédaient, et dont tous les soins s'appliquaient à contrarier ses désirs? L'irritation qu'elle devait éprouver sans cesse de ne pouvoir s'abandonner complètement à ses goûts vénériens, ne réagissait-elle point sur ses autres penchans? Les obstacles qu'elle rencontrait ne contribuaient-ils pas à ne lui laisser voir autour d 'el le que des ennemis? Dominée par un sens impérieux, étaitelle en état d'écouter et de comprendre ce qu'on pouvait lui dire pour modifier ses mauvaises inclinations ? Ne se trouvait-elle pas dans un cas analogue à celui des animaux qui , précédemment doux et faciles, deviennent dangereux et méchans quand ils passent à l'état de rut? Cet exemple, enfin, ne prouve-t-il pas

que des déviations de caractère peuvent résulter de l'onanisme, que de bons sentimens peuvent être altérés par cette habitude , ou tout au moins qu'elle peut en féconder de mauvais?

Une dépravation morale d'une autre espèce peut résulter de l'abus de la masturbation, L'esprit , habitué à chercher le plaisir dans un certain cercle d'idées , dans une série toute particulière de sensations, ne peut plus en trouver ailleurs» Les jouissances de l'onanisme sont alors les seules que le masturbateur puisse éprouver. L'union des sexes n'a plus d'attrait pour lui : il ne s'y livre qu'avec répugnance, et place les sensations qu'elle lui apporte bien au dessous de celles que ses pratiques solitaires lui procurent. Le sens génital, le pouvoir de procéder à l'acte vénérien et de procréer, subsistent; seulement des goûts dépravés ont pris la place des goûts légitimes. Tissot considère cette perversion comme plus fréquente chez les femmes que chez les hommes; il rapporte qu'une femme avoue , dans la collection du docteur Bekkers, que cette manœuvre avait pris tant d'empire sur ses sens, qu'elle détestait les moyens légitimes d'amortir l'aiguil-

Ion de la chair. Je crois , plutôt, que s'il existe des femmes qui préfèrent la masturbation au coït, c'est parce que les résultats sensuels de ce dernier sont généralement fort incertains pour elles. Au surplus , Tissot n'excluait pas le sexe masculin du genre de dépravation dont il vient d'être parlé : même cet auteur rapporte l'histoire d'un homme qui , instruit à l'onanisme par son précepteur, éprouva, dans les premiers temps de son mariage , un dégoût si prononcé pour les rapports naturels qui en sont la conséquence, que l'angoisse de cette situation, jointe à l'épuisement causé par ses manœuvres , le jeta dans une profonde mélancolie , qui céda cependant à l'usage de divers remèdes1.

Un fait, qui a été publié par M. Alibert, a beaucoup d'analogie avec ceux qui précèdent. Voici comment cet auteur s'exprime : « Un jeune homme, élevé dans une pension, contracta dans son enfance l'habitude de l'onanisme. Le livre que Tissot a écrit sur ce sujet ayant été mis entre ses mains , l'effraya sans le corriger entièrement. Cette lecture le porta néanmoins à plus de modération , et il ne se

1 JJOnan. , sect. v.

livra a la triste volupté de la masturbation qu'à de longs intervalles, et lorsqu'il y était excité par des désirs très violens. Cette attention fit que son tempérament ne s'altéra pas , demeura robuste , et que ses facultés morales conservèrent toute leur énergie : mais l'affreuse habitude qu'il avait contractée empêcha qu'il ne se développât en lui le moindre germe du penchant qui attire un sexe vers l'autre. Parvenu à trente ans, ses sens n'avaient jamais été émus par la vue d'une femme, et n'étaient vivement provoqués que par de vaines images, ou des fantômes que lui créait son imagination déréglée. Il avait de bonne heure étudié le dessin, et il s'en était toujours occupé avec ardeur. La beauté des formes de l'homme dans ce beau idéal des peintres , que la nature n'a jamais réalisé , le frappa, et finit par lui inspirer une émotion extraordinaire, une passion vague et bizarre, dont il disait , lui-même, ne pouvoir se rendre compte , et sur laquelle il répugnait à s'appesantir. Il est nécessaire , néanmoins ,' d'avertir que cette passion n'avait aucun rapport avec les goûts des Sodomisteset qu'elle ne pouvait être provoquée par l'aspect d'aucun homme vivant. Telle était la situation > aussi étrange

qu'accablante, dans laquelle se trouvait cet individu, lorsqu'il réclama mes conseils. Il n'offrait alors, je le répète, à l'extérieur , aucun symptôme physique d'impuissance; il était sain et bien constitué , et n'avait point été, à cet égard, maltraité par la nature ; mais il avait tellement travesti l'usage de ses dons, qu'il ne connaissait plus de moyens pour les ramener «à leur véritable but. Le malade , d'ailleurs , connaissait et sentait vivement son état. « Il n'est aucun effort, m'écrivait-il, que « je ne fusse prêt à faire, pour sortir de mon « ignominieuse situation , pour arracher de « ma pensée les infâmes images qui viennent « l'accabler malgré moi; elles m'ont privé «jusqu'ici des jouissances légitimes que pro- « cure l'union des deux sexes , et de la faculté « dont jouissent les plus vils animaux de re- « produire les animaux de leur espèce ; je « me meurs de chagrin et de honte. »

« Pour ce qui me concerne , je ne vis dans cette maladie qu'une perversion de l'appétit vénérien, et je pensai que l'indication la plus urgente était de replacer dans son vrai type la nature dévoyée. En effet, l'individu était très robuste à l'époque où il me consultait ; d'ailleurs, comme je l'ai dit, la beauté des

formes idéales de l'homme excitait en lui des sensations voluptueuses, à l'approche desquelles les organes de la génération s'érigeaient et éjaculaient ; ce qui devait faire présumer un état réel d'énergie dans les forces radicales de son économie. Il n'y avait donc ni destruction , ni altération essentielle dans la sensibilité physique; mais plutôt fausse direction de cette faculté de l'organisme. Voici, en conséquence, le traitement que je proposai. J'ai déjà dit que l'individu dont il s'agit , aimait passionnément le dessin, et qu'il s'appliquait à ce genre d'occupation avec cette ardeur dévorante quidistingueles grands peintres , et qui est le plus sûr garant du succès. J'exigeai de lui qu'il fît une étude approfondie des formes du sexe féminin pour les reproduire par son talent. Il lui en coûta , sans doute , de rompre la chaîne de ses habitudes , et de renoncer à l'Apollon du Belvéder, pour la Vénus de Médicis : mais peu à peu la nature, plus forte que tous les penchans factices, reprit ses droits. Dès qu'il fut parvenu à préférer des bras faibles , mais gracieux , a des bras musculeux et redoutables; dès qu'il se plut à contempler l'élégance des formes et la mollesse des contours , alors sa guérison corn-

mença à s'opérer : après s'être fait un modèle imaginaire , il le chercha dans le monde physique. Il fallut du temps, de la persévérance; mais il se rétablit entièrement *. »

§ II. Maladies qu'on a vues re'sulter des excès vénériens.

Il est peu de maladies qui n'aient été observées à la suite des excès vénériens : je doute même qu' ily en ait que ces excès n'aient le pouvoir de causer. L'influence des organes génitaux est si grande et s'étend d'une manière si complète à tous les points de l'organisme, que celui-ci ne saurait receler quelque disposition morbide un peu avancée, qui pût échapper à son action. Capable de féconder tous les germes de maladies qu'il rencontre , l'abus des organes générateurs a dû épuiser la liste de celles que le corps humain est susceptible d'offrir. Aussi ne doit-on pas s'étonner de voir l'indication des excès vénériens revenir comme une formule obligée quand on fait l'énumération des causes, directes ou indirectes, de la plupart d'entre elles. Assurément on serait embarrassé quelquefois pour

' Nouveaux élémens de ihérap eu tique, , etc., 3e édit . , t. II , p. 55.

justifier cette indication par des témoignages positifs, car tout ce qui est n'a pas été vu, et la science écrite ne représente pas tout ce qu'on a vu; mais comme on sait qu'une influence forte n'a besoin que de se trouver en présence d'une disposition morbide pour en faire une maladie, laconnaissance de ce fait suffît seule pour autoriser à placer les excès vénériens, dont la portée nuisible est si grande, parmi les causes productives de la plupart des affections du corps humain.

Généralement les maladies qui sont la suite de cette cause ont un cachet spécial qui ne vient pas seulement de ce que, dans un grand nombre de cas, elle continue d'agir lorsqu'elles se sont développées, et de la sorte en dérange le cours; mais qui résulte encore, et surtout, delà présence, au milieu de leurs symptômes , de ceux qui appartiennent en propre aux excès vénériens. Que par suite de ces excès un individu soit affecté de phthisie, d'épilepsie, d'une maladie chronique du cerveau, de la moelle épinière, d'une carie vertébrale, etc., etc., il présentera, indépendamment des symptômes particuliers de ces diverses affections, les signes de comsomption dont nous avons parlé et qui sont la conséquence ordinaire de l'abus prolongé de la mas-

turbation ou du coït; il sera maigre, desséché, épuisé de force ; il aura les yeux caves, cernés, la physionomie triste et honteuse; ses digestions seront mauvaises, il souffrira de douleurs vagues, aura des tremblemens, des spasmes divers ; son intelligence s'affaiblira , il offrira enfin une réunion plus ou moins complète des phénomènes que nous avons décrits comme syptômes généraux des excès vénériens. Dans ces cas il existe, à proprement parler, une complication de la maladie spéciale qu'ils ont produite, et de cette autre maladie que constitue, ainsi que nous l'avons vu précédemment, l'abus des organes générateurs H Ce sont en même temps les effets généraux de cet abus, tels qu'on peut les rencontrer chez tous ceux qui en sont victimes, et les caractères spéciaux de maladies qui auraient pu naître de toute autre cause. Voilà surtout ce qui donne à celles-ci la physionomie particulière qu'elles offrent chez les masturbateurs : il faudrait que chez eux on pût élaguer tout ce qui n'appartient pas à ces maladies, pour qu'elles se présentassent avec la forme qu'elles ont ordinairement chez les autres individus. Le praticien qui ne serait pas pénétré de la connais-

1 Voyez p. 105.

sance de ces faits, sur lesquels on ne trouve rien de précis dans les auteurs, serait exposé à des méprises qui pourraient l'entraîner à commettre des fautes graves de pronostic et de traitement.

Les exemples d'individus morts Rapoplexie, soit du cerveau, soit du cervelet, pendant le coït, sont loin d'être rares. On conçoit en effet que s'il existe une disposition marquée à cette maladie, que si elle est imminente, le désordre que l'acte vénérien introduit dans la circulation et la respiration , peut immédiatement la faire éclater. C'est ce qui est arrivé plus d'une fois pendant la digestion d'un copieux repas -. La plupart des vieillards qui ont été frappés de mort pendant le coït l'ont été par l'apoplexie : aussi les auteurs ont-ils généralemement placé les excès vénénériens parmi les causes de cette affection. Je citerai Cœlius Aurelianus 2, Aretée 3, Lomnius 4, Tissot 5, Pinel6, MM. Cruveil-

1 Voy. p. 84.

1 Lib. III , cap. y.

3 Lib. I , cap. vij.

4 Comment, de sanitate luendâ , p . m . 37. ' Onan. , se et. vij.

" Nosop. phiL ,i. 111 , p. 62, 2e édil.

hier *, Londe2, etc. Henry Van-Hers parle d'un homme de quarante ans qui fut atteint d'apoplexie entre les hras de sa femme pendant la première nuit de ses noces. Cette attaque ne dut pas être forte, puisqu'elle céda sans peine à un traitement commencé le cinquième jour: mais le malade, furieux d'amour [Jiirem amorù ), s'étant livré à de nouveaux excès, fit une rechute quelques jours après sa guérison et mourut 3. Hoffmann a rapporté un exemple semblable. C'est celui d'un soldat qui, se livrant au coït avec ardeur, tomba mort avant de l'avoir achevé. On reconnut à l'ouverture du corps qu'un épanchement de sang s'était fait dans le cerveau 4. Un cas analogue se trouve dans l'ouvrage de M. Serres, sur Fanatomie comparée de cet organe. C'est celui d'un homme de trente-deux ans, qui fut frappé d'apoplexie pendant le coït , et après avoir bu plus que de coutume. Aux symptômes des apoplexies violentes se joignait l'érection du pénis, phénomène qui persista jusqu'aux approches

1 Dict. de méd. et de chirurg. pratiq. , art. Apoplexie » p. 221.

? Nouv. élément d'hyg, , t. I , p. 108.

3 Obscrv. méd, , lib, 1.

•t De morb. ex nim. vener., § 11.

de la* mort. Le cerveau était sain, mais le lobe médian ducervelet portait les traces d'une vive irritation ; la substance cérébelleuse était brisée en plusieurs endroits, et de petits foyers sanguins étaient creusés le long du processus vermiculaire supérieur l .

Chez certains individus, l'apoplexie est venue si peu de temps après les excès vénériens, qu'on a pu raisonnablement penser qu'ils avaient contribué à son invasion. Ainsi un maître-d'hôtel , âgé de quarante-neuf ans, dont M. Andral a rapporté l'histoire, tombe dans la rue en sortant d'une maison dans laquelle il venait de se livrer à la débauche. Conduit immédiatement à la Maison royale de Santé, il y meurt bientôt. A l'ouverture de son cadavre, deux foyers apoplectiques sont trouvés , l'un dans l'hémisphère droit ducervelet et l'autre dans l'hémisphère gauche du cerveau 2.

Il se fait dans le coït une congestion de sang si prononcée vers cet organe , que l'on peut présumer avec fondement qu'un pareil état de choses, s'il se répète fréquemment, peut prédisposer à une attaque d'apoplexie , laquelle se décide tôt ou tard sous l'action de causes

' Clinique médicale , t. Y, p. GG8 • 2è édit. , 1833

diverses. Ce qu'il y a de positif, c'est qu'on rencontre souvent cette affection chez des individus qui ont pour habitude de se livrer avec excès aux plaisirs vénériens. M. Serres rapporte le fait d'un homme qui ne s'épargnait pas ce genre de plaisirs, et qui fut frappé d'apoplexie après une journée passée au cabaret. Il mourut deux jours après, ayant présenté entre autres symptômes l'érection de la verge et une éjaculation spermatique abondante. L'autopsie cadavérique montra , comme dans les cas précédens , une apoplexie du cervelet . Un fait analogue a été rapporté par M. le docteur Guiot : c'est celui d'un homme de cinquante-deux ans, très adonné auxfemmes,etqui, après plusieurs congestions cérébrales, fut pris d'une véritable manie ; ses organes génitaux étaient très développés et il avait des pollutions fréquentes. Une dernière congestion avec hémiplégie lui donna la mort en douze heures. Parmi les symptômes qu'il offrit on remarqua l'érection du pénis et des mouvemens comme automatiques de masturbation. A l'ouverture du cadavre un foyer apoplectique fut trouvé dans le cervelet l. Des lésions profondes et chroniques ont été,

1 Bibl.mèd. , novembre 1827

beaucoup plus souvent que des maladies aiguës, observées dans l'encéphale des masturbateurs. J'ai publié, en 1817 », l'observation d'un arachnitis chronique qui paraissait dû à cette cause. Le malade était un garçon âgé de sept ans , entré à l'hôpital des Enfans au commencement de l'année précédente. Cet enfant, qui s'était adonné beaucoup à la masturbalion, était ordinairement pris de mouvemens convulsifs pendant cet acte : il finit par tomber dans un véritable état d'idiotie. Sa répugnance pour toute espèce d'exercice était extrême, et il restait dans un état presque continuel d'immobilité; ses forces s'affaiblirent, ses membres s'atrophièrent , et enfin il fut subitement frappé d'une cécité presque complète. L'ouïe et généralement les sens internes et externes présentèrent aussi un affaiblissement considérable. On employa, mais en vain , le galvanisme et d'autres moyens. Ce malade mourut, et, à l'ouverture de son cadavre, on trouva une inflammation très marquée de la portion des méninges qui suit le trajet du sinus longitudinal supérieur. La superficie

1 Examen des différentes formes que peut prendre la phlegmasie des méninges; dissert., in-40..

du cerveau parut aussi enflammée à quelques assistans. Chez un autre malade, dont M. Desruelles a rapporté l'histoire dans un mémoire sur les effets de îa masturbation , la maladie existait dans la substance même du cerveau. Il y avait paralysie du bras gauche avec convulsions du bras droit et des muscles de la face. A l'ouverture du cadavre , un abcès enkisté fut trouvé dans l'hémisphère du cerveau opposé à la paralysie et correspondant aux membres convulsés F.

Des altérations chroniques ont été fréquemment rencontrées dans le cervelet des onaniaques. Elles ont été-signaîées par les uns comme cause , par d'autres comme effet de l'onanisme. Mais alors même que dans quelques cas ces altérations auraient été le principe de cette habitude , ce fait, en montrant le lien qui unit les organes génitaux et le cervelet , ne ferait que rendre plus probable l'influence qu'ils peuvent exercer sur celui-ci. Effectivement ; quand on voit la maladie d'un organe porter le désordre dans les fonctions d'un autre , on peut assurer que le résultat inverse est possible ; c'est une sorte de solida-

Recueil pcriod. de la soc, de mëd. de Paris ; avril 1822,

rite qu'ils peuvent payer tour à tour. Au sur* plus il serait impossible de discerner , dans la plupart des cas dont nous parlons, laquelle, de l'affection du cervelet ou de la masturbation , a précédé l'autre. La seule chose bien positive est leur coïncidence, et cette dernière s'est montrée trop fréquemment pour ne pas mériter beaucoup d'attention. Nous allons en rapporter quelques exemples.

Une fille livrée de bonne heure aux plaisirs vénériens , se prostitue afin de satisfaire ses désirs, ce qui ne l'empêche pas de se livrera toutes les manœuvres de la masturbation, pour suppléer à l'insuffisance de ses cohabitations journalières avec les hommes : enfin elle tombe dans la nymphomanie. Honteuse ellemême de son état , elle supporte que l'on brûle le clitoris, ce qui n'a aucun résultat avantageux. Enfin elle meurt , et l'on trouve une irritation chronique avec induration du lobe moyen du cervelet. De petits foyers à bords calleux indiquaient qu'une phlegmasie existait depuis long-temps dans cet organe 1.

Gall a rapporté l'histoire d'un garçon de treize ans qui se livrait avec fureur à l'ona-

1 Serres, Inc. cit., p. G06.

nisme , et chez lequel on trouva une suppuration qui avait envahi les deux tiers du cervelet *.

Un jeune homme de dix-neuf ans se livrait depuis son enfance à la pratique de la masturbation, avec une telle opiniâtreté, que les moyens mécaniques les plus sévèrement administrés ne purent vaincre cette funeste habitude. On eut même l'idée de pratiquer des scarifications sur' la verge, afin d'entraver par la douleur les mouvemens auxquels il se livrait sans cesse. Toutes ces tentatives furent vaines, et ce malheureux jeune homme, épuisé tant par des pertes continuelles de semence, que par un dévoiement opiniâtre , mourut , trois mois après son entrée à l'Hôtel-Dieu , dans le marasme le plus complet. Il avait souvent éprouvé des accès épileptiformes. A l'ouverture de son cadavre, on trouva dans son cervelet une tumeur encéphaloïde, du volume d'une noix , et qui avait subi un commencement de ramollissement 2.

Une fille âgée de dix ans, adonnée à la masturbation et d'un caractère sombre, se plai-

1 Traité des fonctions du cerveau, l. III, p. 314; éd. in-8°.

2 Nouv. billiot. méd. ; septembre 1827.

gnait depuis quatre mois d'éprouver des douleurs vives à la tête. Ces douleurs s'accrurent, et à ce point, que pendant les trois dernières semaines de sa vie, elles arrachaient à cette malheureuse des cris aigus : enfin on la conduisit à l'hôpital des Enfans. Les seuls renseignemens qu'on obtint, avec ceux que je viens de donner , c'est que la malade était alitée depuis douze jours, qu'elle avait eu des vomissemens bilieux suivis de somnolence, que depuis trois jours elle cessait de parler, ou ne répondait que très difficilement , et qu'elle portait continuellement sa main à sa tête qui était renversée en*arrière. Ses derniers jours furent marqués par un état comateux , un peu de strabisme et la dilatation des pupilles. L'autopsie cadavérique offrit une inflammation avec infiltration purulente de l'arachnoïde à la partie supérieure du cervelet. 11 y avait des tubercules et un ramollissement blanc dans la substance de cet organe l,

M. Combette a rapporté un cas, qui, je crois, n'a pas d'analogue, de destruction complète du cervelet, chez une fille de onze ans, qui se livrait habituellement à la masturba-

1 Pat en. Essai sur V encéphalite , 18 1 G, |>. 25.

lion. Ccl organe était remplacé par une membrane gélaliniforme , tenant à la moelle alongéepar deux pédoncules d'une substance semblable. Les parties génitales de cette jeune fdle portaient des traces évidentes de son habitude. On pouvait facilement introduire le doigt dans le vagin; la membrane hymen n'existait pas ; les grandes lèvres étaient d'un rouge vif et paraissaient avoir été fréquemment irritées. Tout ce qu'on put savoir sur les antécédens de cette malade , qui mourut à l'hôpital des Enfans en 1831 , se réduit à quelques faits peu précis. Il paraîtrait qu'elle était venue au monde saine et bien conformée, quoique grêle , et que son développement physique et intellectuel ne s'était opéré que d'une manière lente et fort imparfaite. Lors de son entrée à l'hospice des Orphelins , où elle fut admise comme enfant abandonné, le 13 janvier 1830, elle était faible et rachitique, avait très peu d'intelligence et paraissait indifférente à tout ce qui l'environnait. C'était difficilement et avec hésitation qu'elle répondait aux questions qui lui étaient faites. Ses jambes , quoique très faibles, lui permettaient encore de marcher , mais elle se laissait tomber très souvent. Elle jouissait de tous ses sens et ne

manquait pas d'appétit. Son état empira pendant les mois suivans , et elle finit par être forcée de garder continuellement le lit. Ses traits, alors, annonçaient une constitution détériorée et offraient un air de stupeur ; elle était morne, abattue, n'accusant ni plaisir, ni douleur, et ne parlant jamais , si ce n'est pour répondre oui ou non, aux questions qu'on lui adressait. Constamment elle était couchée sur le dos , tenant sa tête inclinée à gauche et pouvant à peine remuer les jambes. Un dévoiement continuel vint se joindre aux symptômes que je viens d'exposer, et la malade mourut quinze mois après son entrée à l'hospice, dans un état d'épuisement complet. Quel rôle a joué la masturbation dans ce cas ? a-t-elle été la cause ou le résultat de l'affection qui a désorganisé le cerveau? Ce qu'on peut affirmer, c'est que cette habitude a joué un rôle, et que celui-ci n'a pu être que grand l .

Aux faits qui viennent d'être exposés il serait aisé d'en joindre beaucoup d'autres où l'affection de la masse encéphalique , bien qu'elle n'ait point été constatée par l'autopsie

1 Revue médicale ; avril I 83 1

cadavérique, était cependant évidente : ainsi, dans le cas que nous allons rapporter, d'après M. Serrurier, les convulsions épileptiformes , la perte de la vue et la destruction des facultés intellectuelles, indiquaient assurément qu'une lésion profonde existait dans le cerveau. « Je me rappellerai toujours avec un sentiment pénible , dit cet auteur , le tableau affreux que m'offrit un jeune militaire à la suite de masturbations fréquentes , et de pollutions nocturnes qui se répétaient avec plus de violence et d'abondance à chaque accès d'épilepsie. Il avait une telle habitude de la masturbation que, dans le moment même de l'accès,, il tiraillait sa verge à ce point qu'elle s'alongeait de près de dix pouces et ressemblait à un simple ligament. Ce jeune homme était dans le marasme le plus complet; sa vue était entièrement éteinte : réduit à une imbécillité complète, il satisfaisait partout où il se trour vait aux besoins de la nature ; son corps exhalait une odeur particulièrement nauséabonde ; il avait la peau terreuse , la langue vacillante , les yeux caves , toutes les dents déchaussées , et les gencives couvertes d'ulcérations qui annonçaient une dégénérescence scorbutique. Cet état durait depuis six

mois, lorsqu'enun ce malheureux succomba après avoir lutté long-temps contre une mort qui ne pouvait être pour lui que le terme heureux de ses longues souffrances l. »

On a pu remarquer, dans l'observation qu'on vient de lire, à côté des symptômes de l'affection cérébrale , les signes de cet épuisement, de cette cachexie que présentent les individus arrivés par l'onanisme au dernier degré de détérioration : un état semblable va se présenter dans le cas suivant, dont nous empruntons à Tissot l'épouvantable histoire. Ici l'affection encéphalique , à en juger par le renversement de la partie postérieure du cou, et les douleurs violentes que le malade éprouvait dans cette partie , paraissait avoir son siège dans le cervelet , la moelle alongée, ou dans les portions de l'arachnoïde qui les avoisinent. ••

« L. D , horloger, dit Tissot , avait été

sage, et avait joui d'une bonne santé jusqu'à l'âge de dix-sept ans. A cette époque, il se livra à la masturbation , qu'il réitérait tous les jours , souvent jusqu'à trois fois. L'éjaculation était toujours précédée et ac-

' Dict. des Sciences me'd. , ai*l. Pollution, p. 114.

compagnée d'une légère perte de connaissance et d'un mouvement convulsif dans les muscles extenseurs de la tête, qui la retiraient fortement en arrière, pendant que le cou se gonflait extraordinairement. Il ne s'était pas écoulé un an, qu'il commença à sentir une faiblesse extraordinaire après chaque acte. Cet avis ne suffit pas pour le retirer du bourbier ; son ame, déjà toute livrée à ces ordures , n'était plus capable d'autres idées , et les réitérations de son crime devinrent chaque jour plus fréquentes , jusqu'à ce qu'il se trouva dans un état qui lui fit craindre la mort. 9

« Il était sage trop tard ! Le mal avait déjà fait tant de progrès qu'il ne pouvait plus être guéri ; et les parties génitales étaient devenues si irritables et si faibles, qu'il n'était plus besoin d'un nouvel acte ,**de la part de cet infortuné, pour faire épancher la semence. L'irritation la plus légère procurait sur-lechamp une érection imparfaite, qui était immédiatement suivie d'une évacuation de cette liqueur, ce qui augmentait journellement sa faiblesse. Le spasme qu'il n'éprouvait auparavant que dans le temps de la consommation de l'acte, et qui cessait en même temps,

était devenu habituel , l'attaquait souvent sans aucune cause apparente , et. d'une façon si violente, que pendant tout le temps de l'accès , qui durait quelquefois quinze heures et jamais moins de huit , il éprouvait dans toute la partie postérieure du cou , des douleurs si fortes , qu'il poussait ordinairement, non pas des cris, mais des hur lemens : il lui était impossible, pendant tout ce temps-là, d'avaler rien de liquide ou de solide. Sa voix était devenue enrouée, mais je n'ai pas remarqué qu'elle le fût davantage dans le temps de l'accès. Il perdit totalement ses forces , et fut obligé de renoncer à sa profession : incapable de tout. , accablé de misère, il languit presque sans secours pendant quelque mois , et d'autant plus à plaindre qu'un reste de mémoire, qui ne tarda pas à s'évanouir, ne servait qu'à lui rappeler sans cesse les causes de son malheur, et à l'augmenter de toute l'horreur des remords.

« Ayant appris sa situation, je me rendis chez lui ; je trouvai moins un être vivant qu'un cadavre gisant sur la paille, maigre, pâle , sale , répandant une odeur infecte , presque incapable d'aucun mouvement. Il

perdait souvent par le nez un sang pale et aqueux; la bave lui sortait continuellement de la bouche. Attaqué de la diarrhée , il1 rendait les excrémens dans le lit, sans s'en apercevoir ; le flux de semence était continuel ; ses yeux chassieux, troubles, éteints, n'avaient que la faculté de se mouvoir ; le pouls était extrêmement petit , vite et fréquent ; la respiration très gênée , la maigreur excessive , excepté aux pieds qui commençaient à être œdémateux. Le désordre de l'esprit n'était pas moindre; sans idée, sans mémoire, incapable de lier deux phrases, sans réflexion, sans inquiétude sur son sort, sans autre sentiment que celui de la douleur, qui revenait avec tous les accès, au moins tous les trois jours : être bien au dessous de ta brute, spectacle dont on ne peut concevoir l'horreur ! L'on avait peine à reconnaître que ce malheureux avait appartenu autrefois à l'espèce humaine. Je parvins assez promptement, à l'aide de remèdes fortifians, à détruire ces vioîens accès spasmodiques,qui ne le rappelaient si cruellement au sentiment que par les douleurs. Content de l'avoir soulagé à cet égard, je discontinuai des remèdes qui ne pouvaient pas améliorer son état. Il m au-

Km

rut au bout de quelques semaines, en juin 1757, œdémateux par tout le corps *. »

Dans un cas qui a été rapporté par Bouteille d'après Lasserverie, ancien chirurgien de l'hôpital général de Lyon, la plupart des symptômes résultant de l'affection cérébrale existaient dans le côté droit du corps , et conséquemment indiquaient une affection du côté opposé du cerveau. Le sujet était une jeune fille de douze ans , d'une constitution faible et irritable , fort peu développée encore, sans doute à cause de l'habitude énervante de l'onanisme qu'elle avait contractée depuis plusieurs années, sans que la vigilance d'une mère attentive ait pu l'en détourner. A peine remise d'une indisposition (c'était en décembre 1805) qui avait cédé facilement à quelques remèdes ,. cette jeune fille éprouva une grande frayeur , qui eut d'autant plus d'influence sur elle, qu'elle était d'un caractère très sensible ; sensibilité , dit Lasserverie, qu'avait augmentée l'état de faiblesse introduit dans tout le système nerveux par l'onanisme. Immédiatement après, elle fut prise de légers mouvemens convulsifs dans le pied et le bras droits , aç-

1 L'Onanisme , secl. iv.

compagnes d'une douleur assez incommode au genou et à la plante du pied de la même extrémité. Malgré l'emploi de divers moyens , le mal ne fit que s'accroître, et bientôt il ne fut plus possible à la malade de porter les alimens à la bouche, tant son bras était agité. L'appétit était variable et le pouls régulier. Tantôt, et contre son ordinaire, la malade était taciturne; d'autres fois elle avait des saillies d'une gaîté vive et folle : on remarquait aussi en elle une suite d'idées incohérentes, et il arrivait souvent qu'un flux abondant de larmes, accompagné de sanglots , survenait sans cause connue , ou pour la plus légère contrariété.

De la céphalalgie et des vertiges se firent sentir ensuite, mais ils cédèrent promptement. Plus tard , la vue et l'ouïe du côté droit s'affaiblirent considérablement: en même temps, la douleur de la plante du pied, du genou et d'une partie de la main droite , devint plus intense , et la difficulté de marcher s'accrut.

Après diverses alternatives, le mal parut s'amender un peu. 11 y eut une suspension des mouvemens convulsifs ; l'intelligence , la mémoire revinrent comme avant la maladie ; mais la vue et l'ouïe restèrent dans le même étal. Ce fut alors qu'on employa un traitement

actif dans lequel l'électricité, administrée de toutes les manières, remplit le principal rôle. La malade finit par guérir complètement. Aije besoin de faire remarquer que, suivant toute probabilité , la frayeur fut seulement ici V occasion qui provoqua le développement d'une maladie déjà préparée de longue main par l'onanisme1.

La forme convulsive , épileptique , est une de celles qu'affectent le plus souvent les maladies cérébrales produites par la masturbation : on le conçoit aisément , si Ton considère que ce qui se passe pendant l'acte vénérien a , comme nous Pavons vu 2, l'analogie la plus frappante , avec un accès d'épilepsie : aussi les anciens appelaient-ils le coït, épilepsia brevis. Il serait inutile de rassembler ici les témoignages nombreux qu'on trouve dans les auteurs relativement à l'influence de l'onanisme comme cause d'épilepsie. Cette influence est un fait dont tous parlent et sur lequel il n'y a point de dissidence. é\ussi me bornera i-je à rapporter comme exemples un petit nombre d'observations.

Traili de la thorec ; in-8", 1810, p. 352. Page 30.

Il est des individus quioffrent une susceptibilité si grande, et qui portent en eux une disposition telle à l'épilepsie , qu'ils en ont un véritable accès chaque fois qu'ils se livrent à l'acte vénérien. Didier avait connu un marchand de Montpellier , qui se trouvait dans ce cas. Un fait analogue a été rapporté par Galien. Henri Van-Hers , Tissot, Hoffmann, Haller et une foule d'auteurs ont parlé de cas semblables , dont , au surplus, les exemples sont très fréquens. On observe pareille chose, même chez les animaux. M. Alph. Menard avait un chien d'arrêt de forte taille et très robuste qui était atteint d'épilepsie toutes les fois qu'il s'accouplait. Les accès étaient caractérisés par la coïncidence des convulsions et de la perte de connaissance; leur durée était variable et toujours en rapport avec l'ardeur de l'animal: il n'éprouvait d'ailleurs rien de pareil, hors de l'accouplement 1.

L'épilepsie survient quelquefois immédiatement après les excès quila causent. Cole,cité par M.Esquirol, a rapporté l'exemple d'une femme qui, trois jours après son mariage, devint épileptique : mais le plus souvent l'abus des

1 Revue médicale: mais 1825.

jouissances agit avec lenteur, et en préparant le corps à une épilepsie que lui-même, ou toute autre cause, font éclater. M. Esquirol raconte qu'un jeune homme âgé de douze à treize ans, s'étant livré de bonne heure à la masturbation, devint, de fort et robuste qu'il était, d'une susceptibilité extrême : à quinze ans il fut pris d'accès d'épilepsie. Ces accès coïncidaient avec le premier quartier de la lune, et ils éclataient tout à coup : le malade était renversé , poussait un cri et était pris de convulsions générales; ses yeux ouverts et fixes étaient injectés ; ses pupilles étaient très dilatées, et, l'accès passé, il demeurait accablé de fatigue pendant le reste de la journée. Ge jeune homme était, au reste , comme la plupart des masturbateurs, d'une susceptibilité extrême, se chagrinant et se fâchant pour le plus léger prétexte. Un traitement convenable parvint, après six mois, à diminuer les accès ; au bout d'un an ils ne se renouvelaient plus. On pouvait croire ce jeune homme guéri , lorsque le plaisir de revoir sa mère, dont il était séparé depuis deux ans, lui fît faire une rechute : on revint aux moyens précédemment employés , et le succès fut le même. Depuis, ce jeune homme s'est livré au commerce et à beaucoup voyagé : ses

nerfs se sont fortifiés ; il s'est marié à vingtsept ans et a continué de jouir d'une bonne santé *.

Un fait non moins intéressant m'a été communiqué par un de nos praticiens les plus distingués, M. le docteur Goupil. Un petit garçon était revenu de nourrice, à l'âge de dixhuit mois, avec l'habitude de la masturbation. Les parens attachèrent d'abord peu d'importance à ce défaut : cependant, à deux ans, survinrent quelques accès épileptiformes caractérisés par la perte de connaissance , les convulsions des muscles du visage et des yeux, la raideur des membres , et quelquefois la chute de l'enfant. Ces accès se rapprochèrent de plus en plus et M. Goupil fut consulté. Le malade avait alors trois ans et demi et ne cessait de se livrer à sa mauvaise habitude : il était constamment triste, morose et comme hébété. M. Goupil , qui ne fut pas d'abord averti de la cause de cette affection , employa divers médicamens qui échouèrent. Mieux instruit, il conseilla des moyens mécaniques. On appliqua pendant les nuits une espèce de corset dont

1 Dict. des Scienc. med. , art. Epilepsie , p. 322.

les manches courtes , mais très larges , étaient solidement réunies et fixées par leurs extrémités de manière à maintenir les bras croisés au devant de la poitrine : pendant le jour on se contentait d'une grande surveillance. Ces moyens ne réussirent qu'incomplètement, le malade parvenant encore à se masturber malgré eux. Alors M. Goupil lui fit porter un caleçon lacé par derrière et muni par devant d'un appareil en argent destiné à renfermer les parties génitales et percé seulement d'une ouverture pour l'écoulement des urines. Ce nouvel obstacle ne répondit pas à tout ce qu'on en attendait , et l'enfant parvenait encore de temps à autre à mettre en défaut et l'appareil et la surveillance. Néanmoins comme ce n'était que très rarement, l'embonpoint revint ainsi que la force et la vivacité. Les accès d'épilepsie s'éloignèrent peu à peu et ensuite ne revinrent plus. Aujourd'hui , cet enfant est âgé de neuf à dix ans, jouit d'une santé parfaite, et sauf un affaiblissement notable de la mémoire, il ne conserve aucune trace de ce qui lui est arrivé.

Ces deux faits montrent à quel point l'ordre tend à se rétablir, quand la cause qui le trou-

Liait n'agit plus. Le suivant , qui avait été communiqué par Zimmermann à Tissot, rendra le même témoignage ; mais il fera voir en même temps combien un retour aux habitudes qu'on avait abandonnées peut détruire rapidement tout ce qu'on avait obtenu de bien à la suite de cet abandon.

J'ai vu, dit Zimmermann, un homme de vingt-trois ans, qui devint épileptique, après s'être affaibli le corps par de fréquentes masturbations. Toutes les fois qu'il avait des pollutions nocturnes, il tombait dans un accès d'épilepsie complet : la même chose lui arrivait après la masturbation dont il ne s'abstenait point , malgré les accidens qu'il éprouvait et tout ce qu'on pouvait lui dire. Quand l'accès était passé, il ressentait des douleurs très fortes aux reins et autour du coccix ; cependant ayant enfin cessé cette manœuvre pendant quelque temps , les pollutions disparurent et j'espérai même le guérir de l'épilepsie dont les accès ne se montraient déjà plus. Il avait repris ses forces, Pappétit, le sommeil, et une très belle couleur, après avoir ressemblé à un cadavre : mais étant revenu à ses masturbations, qui étaient toujours suivies d'une attaque, il eut enfin des accès dans les rues mêmes,

et on le trouva mort un matin , dans sa chambre , tombé hors de son lit et baigné dans son sang l.

Une autre affection convulsive, la danse de saint Guy, a été quelquefois aussi causée par l'onanisme. Marc Ant. Petit en a publié un exemple qui lui avait été communiqué par le docteur Morelot et que voici : Une jeune fille de huit ans tomba dans un état de maigreur inquiétant; les membres inférieurs étaient agités par des mouvemens extraordinaires qui se communiquèrent bientôt aux membres supérieurs ; l'impossibilité de se servir des uns et des autres devint absolue; l'agitation était excessive dans les muscles de la face et des yeux ; la malade ne pouvait rester dans son lit , et on était obligé de la tenir continuellement dans un grand fauteuil fermé devant elle. Le médecin qui la soignait pensa que cette danse de saint Guy devait être attribuée à la présence des vers , et donna , mais sans succès , des moyens propres à les expulser. Consulté à cette époque, le docteur Morelot crut reconnaître les effets d'une mauvaise habitude : il se convainquit bientôt de son existence. Quel-

1 L' onanisme, sect. n.

quelques conseils , une grande surveillance de la part des parens , l'usage des bains froids, du musc et du camphre, procurèrent une guérison radicale *.

Yl aliénation des facultés mentales est souvent le symptôme dominant des maladies du cerveau produites par des excès de masturbation et de coït. Déjà nous avons parlé de l'idiotie 2 : mais cette altération de l'intelligence est loin d'être la seule que l'on observe à la suite de ces excès. Ils peuvent causer toutes les espèces de folie : c'est ce que démontrent les relevés statistiques faits par plusieurs auteurs dans les maisons d'aliénés : et cependant ces relevés sont loin de présenter, sous ce rapport, l'expression complète de la vérité. Tant de circonstances se réunissent , ainsi que M. Esquirol l'a fait observer 3, pour entraver la recherche des causes de l'aliénation mentale, que celle dont nous parlons doit, comme les autres, et plus encore peut-être, être restée souvent ignorée des médecins. Suivant l'habile observateur qui vient d'être nommé , la

1 Tombeau du mont Oindre, poème par M. A. Petit.

2 Voyez p. 134.

3 Annales d'hyg. publ. , avril 1829, p. 121.

manie est, de toutes les formes de l'aliénation mentale, celle que les excès vénériens produisent le moins souvent. Il ajoute que les maniaques, pendant la durée de leurs accès, se livrent moins, en général, que les autres aliénés à la masturbation, mais qu'aussi, lorsqu'ils s'y abandonnent, cet acte doit être considéré comme un symptôme fâcheux, attendu qu'il constitue, pour peu qu'il se renouvelle, un obstacle insurmontable à la guérison ; qu'il hâte la chute des forces , et finit par jeter les malades dans un abrutissement stupide, la phthisie, le marasme et la mort x.

La démence est peut-être le genre de folie qu'on observe le plus souvent après la masturbation. J'ai vu un exemple remarquable de cette maladie sur un jeune homme de vingt ans qui, s'étant livré à tous les excès de cette habitude pendant plusieurs années, perdit peu à peu, et sans pouvoir se le dissimuler, ses facultés mentales; prit ses plus proches, ses meilleurs parens en aversion , et finit par tomber dans l'état de démence le plus cornplet. La fréquence relative de cette forme de

Dict. des Scient- . mc'd . , I. XXX, p. 452.

l'aliénation mentale, chez les masturbateurs, a été signalée en France par M. Esquirol , et en Norwége par M, Holst1. La mélancolie a souvent aussi la même origine : c'est un fait que Pinel et M. Esquirol ont noté.

Une remarque intéressante de ce dernier auteur, c'est que la paralysie, ce funeste symptôme qui complique si souvent toutes les variétés de la folie , particulièrement la monomanie et la démence, s'observe surtout chez les aliénés qui se sont livrés à l'onanisme , ou aux autres excès vénériens 2. Cette remarque est confirmée par ce double fait que la paralysie est beaucoup moins fréquente chez les femmes que chez les hommes , et que la masturbation produit beaucoup moins d'aliénations mentales chez elles que chez ces derniers. Ainsi sur 256 individus admis à la maison de Charenton pendant les années 1826, 1827 et 1828, on acompte 44 hommes dont la folie pouvait être attribuée à la masturbation ou au libertinage, tandis que trois femmes seulement se sont trouvées dans le même cas. Ledocteur Holst a constaté, pour

1 Annales d'hygiène pub l. , décembre 1830, p. 357 » Idem, avril 1829, p. 121 et 146.

les aliénés de la Norwége, un pareil rapport entre les deux sexes. Que Ton ne considère pas néanmoins ce rapport comme étant d'une exactitude absolue, caries femmes étant en général fort réservées dans leurs aveux , on peut croire, et c'est la pensée de M. Esquirol , que la masturbation reste beaucoup plus souvent ignorée chez elles que chez les hommes. Un fait constant, c'est qu'un vingtième des aliénées de la Salpétrière se compose de filles publiques tombées , pour la plupart , dans la démence et la paralysie. Ajoutez que la masturbation est beaucoup plus souvent une cause de folie chez les riches que chez les pauvres l : or, il est remarquable qu'à la maison de Chàrenton, où l'on ne reçoit que des personnes d'une condition aisée, il y a proportionnellement plus de sujets paralysés qu'à Bicêtre, dont la population se compose d'hommes appartenant aux classes les plus pauvres de la société 2.

Il suffit de considérer les phénomènes qui accompagnent et suivent ordinairement l'acte

1 Dict. des Scienc. méd. , t. XV 1 , p. 179. 1 Annales d'hy g. , xxs\\\ 1829, p. 147.

vénérien pour pressentir que la moelle épinière a dû souvent être affectée par suite des abus de cet acte. L'agitation, les contractions involontaires des muscles, particulièrement de ceux qui environnent le bassin, et le spasme tétanique dont ils sont pris au moment de l'éjaculation; les crampes qui fréquemment l'accompagnent; le sentiment général de douleur, de fatigue, de brisure, de faiblesse qui la suit, sentiment toujours plus prononcé dans les lombes et les parties inférieures du corps qu'ailleurs , indiquent assez l'impression profonde que la moelle épinière éprouve alors , la part qu'elle prend à tout ce qui se passe. Cette participation est encore démontrée par divers faits pathologiques et par le résultat d'expériences dont je parlerai quand il sera question de l'influence que les affections de la moelle épinière exercent comme cause d'excès vénériens.

Les symptômes locaux de l'affection de la moelle, chez les masiurbateurs , consistent dans des sensations diverses et plus ou moins vives que les malades ressentent le long de la colonne vertébrale. Ces sensations ne se montrent d'abord qu'après l'acte vénérien ; ensuite elles se prolongent et finissent par devenir

continuelles. Le plus souvent c'est une douleur sourde, plus incommode que vive, qui oblige le malade, quand il est assis ou debout, à changer souvent de posture, et qui ordinairement est moins prononcée, ou même se dissipe,quand il est horizontalement couché. D'autres fois, c'est une formication; les malades croient sentir, dit Hippocrate, qui Je premier a noté ce symptôme, comme «les fourmis qui descendent de la tête, le long de l'épine J . Quelquefois ces sensations ont un caractère spécial que chaque malade exprime à sa manière : ainsi un homme qui , depuis deux ans , se livrait matin et soir au coït, se plaignait à moi de poussemens qu'il éprouvait à chaque instant entre les épaules ; il comparait cette sensation à celle qu'aurait causée un poing fortement appuyé. D'autres disent que c'est comme un nœud qu'ils ont dans le dos. Les douleurs rachidiennes sont quelquefois 1res vives; il y en a d'atroces: les lombes sont particulièrement la région de la colonne épinière dont se plaignent le plus souvent les masturbaleurs et les individus affectés de pollutions.

C'est la fréquence des sensations diverses

' De morbis , lib. II , scct. v, n° tO.

dont nous venons de parler , chez les personnes épuisées par les excès vénériens, qui a fait donner les noms de consomption , de phthisie dorsale ; de tabès dorsalis , à l'état qu'ils présentent alors.

Les autres symptômes de l'affection de la moelle épinière se composent de douleurs plus ou moins vives , de sensations plus ou moins prononcées de* froid , d'engourdissement et de formication dans les membres, particulièrementdans les membres inférieurs; de crampes, d'un tremblement continuel, ou de mouvemens convulsifs dans ces parties; de leur rétraction par suite de contractures, ou de leur raideur tétanique ; de l'affaiblissement graduel de la moitié inférieure du corps etenfin de la paraplégie. Nous allons retrouver ces symptômes, joints à divers autres effets de la masturbation, dans les observations qui vont être rapportées.

Ce sont les douleurs des extrémités et des lombes qui ont dominé chez un individu dont M. Serrurier a parlé en ces termes. « Un malade auquel je donnais des soins fut réduit au marasme le plus complet à la suite de pollutions nocturnes , déterminées par des excès vénériens. J'administrai le traitement le plus fortifiant, le plus tonique; je le variai sous

toutes les formes, mais le malade éprouva un dégoût général et succomba après quatre mois de douleurs affreuses dans les lombes et les articulations^.* Il y avait selon toute apparence, dans ce cas, une affection de la partie lombaire de la moelle ou de ses membranes. Une maladie analogue existait probablement chez un homme dont Hatté a publié l'observation, et qui fut atteint, à lasuited'excèsdansle coït, d'un lombago qui alternait avec un état de satyriasis 2. LTaffectiondelamoëlleépinièren'estpasdouteusenon plus dans le cas suivant rapporté par Vanswieten : J'ai employé inutilement, dit-il, pendant trois ans, tous les secours de la médecine pour un jeune homme qui s'était attiré par la masturbation des douleurs vagues, étonnantes, générales , avec une sensation tantôt de chaleur, tantôt d'un foid très incommode par tout le corps, mais surtout aux lombes. Dans la suite ces douleurs ayant un peu diminué, il sentait un si grand froid dans les cuisses et dans les jambes, quoiqu'au toucher ces parties parussent conserver leur chaleur naturelle, qu'il se

1 Die t. des Scienc. me cl. , art. Pollution, p. 124. 7 Ane. Journal fk jnc'd., I. II, p. 109.

chauffait continuellement auprès du feu, même pendant les plus grandes chaleurs de l'été. J'admirai surtout, pendant tout ce temps, un mouvement continuel de rotation des testicules dans le scrotum, et le malade éprouvait dans les lombes la sensation d'un mouvement semblable qui lui était très à charge1. Etait-elle parfaitement saine , la moelle épinière , chez ce masturbateur qui écrivait à Tissot : J'ai les nerfs extrêmement faibles, mes mains sont sans force, toujours tremblantes et dans une sueur continuelle. J'ai de violens maux d'estomac, des douleurs dans les bras, dans les jambes, quelquefois aux reins et à la poitrine, etc., etc. 2? Persuadé au surplus, d'après un grand nombre d'observations, que la plupart des douleurs nommées rhumatismales sont névralgiques, et qu'un très grand nombre de névralgies tiennent à une affection de la moelle épinière , j'estime qu'il y a lieu de soupçonner cette affection toutes les fois qu'on les rencontre chez des masturbateurs.

Le cas suivant , rapporté par le docteur

« Jphor. 586, t. II, p. 46.

2 L'Onanis., secl. iv.

Bertini de Turin, présente comme symptôme principal le tremblement convulsif des membres inférieurs. La maladie éclata , comme il arrive souvent , sous l'influence d'une cause accidentelle ; mais quand ceci eut lieu le sujet présentait depuis long-temps des symptômes d'une affection de la moelle , et il est évident que c'est à la masturbation que l'on doit rapporter leur origine.

Le malade était âgé de vingt-huit ans et d'un tempérament lymphatico-bilieux. A l'âge de douze ans il s'était adonné à la masturbation, et avait commencé dès lors à éprouver des tremblemens dans les bras et dans les jambes , des vertiges et des douleurs de tête : il persista dans cette coupable habitude jusqu'à l'âge de vingtdeux ans. Au commencement d'août 1824 il fut atteint d'une fièvre tierce pour laquelle il ne fit aucun traitement. Le 20 du même mois, ramassant du bois dans la Sesia et suant beaucoup , il fut près de se noyer : aussitôt il éprouva un sentiment de terreur suivi de froid, de spasmes, de vertiges, de douleur de. tête avec soif, aversion pour les alimens, difficulté de respirer, sensation d'oppression dans la région sacro-lombaire, constipation, douleurs et Iremblemens dans les extrémités inférieures.

Ces derniers symptômes devinrent tels que le malade ne pouvait rester droit sans appui. Dans cet état il fut conduit à l'hôpital de Vercelli où on lui fit en peu de jours onze saignées, et où on lui administra des drastiques, le tout sans succès. Un mois après il sortit de l'hôpital, et depuis, son état s'empira à ce point que ce malheureux, réduit a demander l'aumône, était un objet de commisération publique. Le 18 octobre, époque où il fut soumis à l'observation du docteur Bertini, il présentait les symptômes suivans : Il n'avait ni fièvre, ni douleurs à la tête , ni dérangement, soit dans les facultés intellectuelles, soit dans l'appareil digestif; mais il existait une sensation douloureuse dans les deux côtés de la région sacrolombaire, sensation qui augmentait par lapression de ces parties. Le malade se plaignait, en outre, d'une espèce de fourmillement dans les jambes et dans les pieds, parties qui étaient affectées d'un tremblement continuel , lequel s'étendait au reste du corps : l'agitation était si grande que le malade ne pouvait rester en repos dans son lit ni se tenir droit sans appui. On appliqua aux deux côtés de la région lombaire vingt-cinq sangsues qui tirèrent environ douze onces de sang. Le tremblement dimi-

nua aussitôt , et bientôt le malade put se lever et se promener dans la salle sans bâton ni secours. Dès ce moment il n'éprouva ni douleurs, ni tremblement, et il sortit de l'hôpital huit jours après. Le docteur Bertini l'a revu depuis dans un état de santé parfait l.

La forme tétanique des maladies delà moelle épinière a été rarement observée à la suite de l'onanisme. Tissot en a vu un exemple sur un jeune homme : le mal avait commencé par une raideur du col et de l'épine ; il gagna successivement tous les membres, et le malade ne pouvait, quelque temps avant sa mort, avoir d'autre situation que celle d'être couché à la renverse dans un lit, sans pouvoir remuer ni les piedsnilesmains. llétaitincapablede toutmouvement, et ne pouvait prendre d'alimens qu'autant qu'on les lui mettait dans la bouche. Il vécut plusieurs semaines dans ce triste état, et mourut, ou plutôt s'éteignit, presque sans souffrance 2.

La paralysie qui est la conséquence d'une

1 Revue médicale , décembre 1825.

1 Onanisme, se cl. iv.

myélite ou de toute autre affection de la moelle a été beaucoup plus souvent rencontrée que le tétanos chez les masturbateurs. Le plus souvent elle se borne aux parties inférieures du corps; mais, si le siège de la maladie est dans la portion cervicale du prolongement rachidien, la paralysie peut affecter les quatre membres. C'est ce qui s'est présenté chez un jeune homme couché dans les salles de M. Dupuytren en septembre 1 833.

Cejeune homme avait vingt ans, s'était adonné sans frein à la masturbation, et la maladie qu'il présentait ne pouvait être attribuée à une autre cause. Il y avait déjà deux ans que cette affection durait quand le malade entra à l'Hôtel-Dieu. L'invasion de la paralysie avait été brusque comme un coup de foudre : le sujet avait été privé de tous ses mouveraens d'une manière subite. Les muscles du col euxmêmes étaient paralysés et la tête tombait dans tous les sens : depuis quelque temps néanmoins le malade avait recouvré la faculté de la soutenir. La paralysie des quatre membres avait aussi offert des variations, diminuant et augmentant d'une manière alternative. Lors de l'entrée du malade , elle n'était pas égale des deux cotés ; aussi avait-il la faculté d'imprimer

quelques mouvemens à son bras gauche, chose qui lui était complètement impossible pour le côté droit. Au surplus, tous les membres , inférieurs et supérieurs, étaient dans un état d'atrophie presque complet : cependant cet état était plus avancé dans ceux du côté droit que dans les autres. Un grand nombre de moyens avaient été employés sans succès chez ce malade; on allait essayer les purgatifs et les moxas au moment où cette observation a été publiée. M. Dupuytren faisait observer à ses élèves que le siège delà myélite répondait, chez ce jeune homme, aux vertèbres cervicales, et qu'il suffisait , pour qu'elle causât une mort instantanée, qu'elle montât un peu et s'étendît jusqu'à l'origine du nerf diaphragmatique. Il regardait la rage de masturbation dont ce malade avait été possédé comme la cause probable de cette myélite et, par suite, d'une atrophie des racines antérieures des nerfs spinaux l.

La désorganisation occupait aussi une portion élevée de la moelle, dans le cas suivant que j'emprunte à Tissot :

Un homme de 40 ans qui avait fait beaucoup d'excès en femmes et en vin , réclama les

ÏMnce t le française , 14 septembre 1833, p. 339.

secours de ce savant médecin en février 1760. La maladie de cet homme avaitcommencé, plusieurs mois auparavant, par une faiblesse dans les jambes qui le faisait chanceler comme s'il avait trop bu : il tombait, même en se promenant dans la plaine ; ne pouvait descendre que difficilement des degrés, et n'osait presque plus sortir de son appartement : ses mains tremblaient beaucoup, et il ne pouvait écrire quelques mots qu'avec beaucoup de peine , encore les écrivait-il très mal : mais il dictait aisément, quoique sa langue, qui n'avait eu jamais une bien grande volubilité, offrît déjà plus d'embarras dans ses mouvemens. Sa mémoire, au surplus, le servait bien, et la seule chose qui pût faire soupçonner quelque lésion dans ses facultés mentales , c'est qu'il était moins attentif au jeu de dames, et que sa physionomie était assez changée. Il avait de l'appétit et dormait bien; mais il avait un peu de peine à se tourner dans son lit. On employa successivement un grand nombre de moyens qui n'empêchèrent pas le mal de faire des progrès, lesquels cependant furent peu rapides, car le malade vécut encore plusieurs années. Quelques mois avant sa mort, il ne pouvait plus se soutenir sur ses jambes et il

avait perdu la faculté de mouvoir seul ses bras et ses mains. L'embarras de la langue augmenta et il perdit tellement la voix qu'on ne pouvait l'entendre qu'avec beaucoup de peine. De même que dans le cas précédent, les muscles érecteurs de la tête la laissaient continuellement tomber sur la poitrine. Il avait toujours de l'inquiétude dans les reins; le sommeil et l'appétit diminuèrent successivement, et la digestion finit par devenir très difficile ; il survint aussi de la fièvre et de l'oppression. Le malade passait tout le jour et une grande partie de la nuit sur un fauteuil, le corps penché en arrière, les jambes étendues sur une chaise, la tête tombant à chaque instant sur la poitrine, et ayant toujours auprès de lui, une personne debout, sans cesse occupée aie changer d'attitude, à lui relever la tête, à lui donner des alimens , du tabac, à le moucher et à écouter attentivement tout ce qu'il disait: pendant les derniers jours de sa vie il fut réduit à prononcer des lettres qu'on inscrivait à mesure pour en former des mots. Ce fut alors seulement que ce malheureux fit à un de ses amis la confidence de la cause à laquelle il attribuait tous ses maux : c'était la masturbation. Il s'y était abandonné depuis plusieurs

années et l'avait pratiquée aussi long-temps qu'il l'avait pu, bien qu'il sentit croître ses maux à mesure qu'il s'y livrait. Or, qu'on remarque bien que cet homme , quand il s'est suicidé de la sorte , était dans la force de l'âge, avait quarante ans »,

Ce cas nous a montré la paralysie bornée d'abord aux membres abdominaux, s'étendant plus tard aux parties supérieures du corps. Nous allons trouver une progression analogue dans le fait suivant rapporté par M. Olivier (d'Angers) .

M... , d'un tempérament sanguin , d'une constitution assez robuste , doué d'un caractère gai et d'une imagination très vive , avait toujours joui d'une bonne santé jusqu'à l'âge de dix-sept ans , époque où il eut le malheur de s'abandonner à la masturbation. Alors il devint languissant et s'affaiblit chaque jour. Ayant été distrait de sa fatale habitude , ses forces revinrent insensiblement , et un régime convenable acheva de lui rendre en peu de temps sa première vigueur. A vingt ans, il s'aperçut d'un affaiblissement assez marqué dans les mouvemens de l'articulation du pied

1 L'Onanisme y sec t.

droit ; mais cette affection ne persista pas. Ensuite il eut deux blennorrhagies dont la dernière se prolongea pendant plusieurs mois.

A vingt-cinq ans^ il se livra de nouveau à la masturbation , et des accidens analogues aux premiers ne tardèrent pas à paraître : en outre, les extrémités inférieures devinrent plus faibles : parfois aussi la sensibilité de la peau était obtuse et même nulle, mais elle reparaissait bientôt. Quelques moyens ayant été employés , la faiblesse des membres diminua un peu : M... pouvait marcher pendant trois quarts d'heure sans se reposer, mais il lui était impossible de rester debout plus long-temps , sesjambes,qui étaient sensiblement amaigries, refusant de le soutenir. Il existait une constipation habituelle , et , depuis la dernière blennorrhagie , l'excrétion de l'urine était douloureuse.

Après être restée stationnaire pendant quelques années , cette affection prit plus de gravité : le malade avait alors vingt-neuf ans. A cette époque , la paraplégie devint complète ; il ne pouvait plus marcher, ni même se soutenir sur des béquilles : souvent les membres inférieurs étaient engourdis ; l'un et l'au tre bras étaient de temps en temps aussi le siège d'une

insensibilité semblable, et, parfois, le sens du toucher était obtus. L'amaigrissement avait augmenté; l'excrétion de l'urine était souvent involontaire , et la constipation était habituelle. Un traitement conseillé par Halle , et consistant surtout en frictions cantharidées et en douches sur le rachis , produisit une certaine amélioration ; mais, dès l'année suivante, le mal fit des progrès nouveaux , la sensibilité des deux mains diminua , et il survint de la difficulté dans les mouvemens de celle du côté droit.

Dix-huit mois après, la paralysie des membres inférieurs devint complète. Ils offraient un degré de chaleur moindre que celui du reste du corps ; cependant , chose remarquable, l'eau froide qu'on y appliquait y produisait presque une sensation de brûlure. Le bras droit, ainsi que l'avant-bras et la main de ce côté, étaient souvent le siège d'un sentiment de fatigue : les mouvemens y étaient moins libres, et le malade éprouvait quelquefois de la difficulté à écrire. Le membre du côté opposé n'était nullement affecté. De plus, la maladie de vessie qui existait depuis plusieurs années s'était encore accrue.

La paralysie, pendant les années suivantes,

ne cessa de (aire des progrès lents, il est vrai, mais continuels. Le bras du côté droit perdit tout mouvement, Pavant-bras se fléchit sur lui et garda cette position. Plus tard , les doigts devinrent raides, crochus, et peu à peu leur flexion augmenta tellement, que l'on fut obligé de placer un tampon de linge dans la paume de la main pour empêcher les ongles de s'enfoncer dans la peau. Il survint aussi un phénomène bien singulier : on n'avait qu'à frotter légèrement la partie interne des cuisses, pour que les membres s'étendissent brusquement, comme par l'effet d'une secousse galvanique, puis ensuite ils reprenaient leur première position qui était une demi-flexion permanente.

La paralysie gagna enfin le membre supérieur gauche qui, jusque là, en avait été exempt. En même temps , la respiration devint plus difficile , la voix plus faible , la parole plus pénible ; de sorte que te malade était comme essoufflé quand il parlait quelques instans. Ces divers symptômes, et ceux qui ont été précédemment décrits, acquirent peu à peu une intensité considérable, et, au moment où cette observation fut écrite, le malade vivait encore, mais dans un

état cligne de pitié. Des douleurs très vives étaient survenues dans le côté droit, les membres étaient fréquemment agités de secousses convulsives, la constipation était opiniâtre, les urjnes s'écoulaient involontairement: d'ailleurs, les facultés intellectuelles étaient restées intactes, et le malade, qui avait alors cinquante ans, prouvait toujours, par une conversation facile et agréable , qu'il n'avait rien perdu de la gaîté de son caractère , malgré l'état malheureux dans lequel il était réduit depuis tant d'années l.

La partie inférieure de la moelle était seule affectée chez un individu dont Tissot a cité le cas en ces termes. « Un habile chirurgien me parlait un jour d'un homme qui , livré par une espèce de goût singulier aux venus du plus bas étage, et ne les connaissant guère que dans les coins des rues et debout , tomba dans un épuisement accompagné des maux de reins les plus cruels et d'une atrophie ou dessèchement des cuisses et des jambes, jointe à une paralysie de ces parties , qui paraissait être une suite de l'attitude dans laquelle il s'était

1 Traite de la moelle e'pinière , etc. , 2# édition, t. II, p. 694.

livré à ses sales voluptés. Il mourut après avoir gardé six mois le lit dans un état également propre à exciter la pitié et l'effroi *. » Dans un autre cas rapporté par Weszpremi , il y avait en même temps affection de la moelle épinière et du cerveau. Le malade, qui avait trente ans, se plaignait de sentir de temps en temps des douleurs le long de l'épine du dos , surtout quand il se courbait pour prendre quelque chose; ses jambes étaient si faibles qu'il pouvait à peine être debout une minute. Sa mémoire était considérablement affaiblie et il paraissait stupide : sa vue s'était aussi considérablement obscurcie et sa maigreur était extrême. Cet homme après avoir long-temps dissimulé la cause de son mal , finit par l'avouer en rougissant; un traitement de quelques mois parvint à le rétablir a.

Le mal ne se borne pas toujours à la moelle épinière et à ses membranes : assez souvent il arrive qu'il s'étend aux parties voisines , et particulièrement aux vertèbres. Alors cellesci se détruisent et les symptômes de la ma-

' L'Onanis. , sect. viij.

1 Oberv. me'd. , trajecti, 1756. Celte dissertation est insérée dans le tome VI , Des disputât ionct de Haller,

ladie décrite par Pott, et qui a conservé le nom de cet auteur, se manifestent. L'influence de la masturbation sur la partie osseuse de la colonne vertébrale n'avait pas échappé à Sabatier. « Ce que j'ai vu de plus terrible et de plus fréquent à la suite de l'onanisme, écrivait-il à M. A. Petit, ce sont les nodosités de l'épine : mon opinion a toujours été régardée comme dénuée de fondement, attendu la grande jeunesse des malades; mais j'étais instruit par des aveux récens que plusieurs s'étaient rendus coupables avant la sixième année *. » Ce fait signalé depuis par Boyer dans ses LeçQns 2, n'est plus aujourd'hui contesté; seulement on n'a pas encore remarqué le rapport qui existe entre la carie du corps des vertèbres chez les masturbateurs et l'affection de la moelle ou de ses membranes : on ne s'est pas aperçu que cette dernière précède toujours la carie, et que celle-ci n'est jamais, dans ce cas; que le résultat de l'extension de la maladie primitive. Les faits qui vont être rapportés prouveront évidemment, ce que j'avance ici.

1 M. A. Petit. Tombeau du mont Cindre , etc.

% Leçons Sur les maladies des os, 1803, t. I, p. 344.

L. E. G...., âgé de vingt-un ans, tourneur, d'un tempérament lymphatique, d'une constitution grêle et délicate, adonné à la masturbation depuis son enfance, éprouva, au commencement de février 1825, une douleur légère à la région épigastrique , des digestions laborieuses et de la constipation : en outre, depuis quelque temps , il avait de la gêne dans la respiration, déterminée par des palpitations que la marche et surtout la montée d'un escalier augmentaient beaucoup.

Lors de son entrée à l'hôpital de la Pitié , le 28 avril 1825, ce jeune homme offrit d'abord tous les symptômes d'une hypertrophie des cavités gauches du cœur : à ces phénomènes, qui diminuèrent au bout de quelques jours, succédèrent des signes d'entérite et de péritonite, lesquels furent attribués à un excès d'alimens. Pendant la durée de cette dernière affection , le malade se plaignait d'une faiblesse insolite dans les membres abdominaux. Ces accidens étant dissipés, et alors que l'on s'attendait à voir le malade entrer en convalescence, une paraplégie complète se déclara ; le malade ne pouvait remuer ses jambes : cependant la sensibilité s'y était conservée; même, a mesure que le mouvcmcnl se perdait, elle parut s'ac-

croître, car le malade jetait des cris lorsqu'on le touchait, où que Ton changeait déposition les membres inférieurs. Bientôt la vessie se paralysa, et il fallut faire usage de la sonde, ce qui détermina l'inflammation de cet organe. Une escarre large et profonde, suivie d'ulcération, mit à nu toute la partie postérieure du bassin : dès lors les accidens s'aggravèrent de plus en plus, et le malade succomba le 11 août, six mois environ après l'apparition des premiers symptômes.

Quand on ouvrit son corps on trouva un tubercule ramolli à la surface de l'hémisphère droit du cerveau. Le corps de la troisième vertèbre dorsale était légèrement altéré. La portion correspondante de la dure-mère offrait une dégénérescence comme cancéreuse qui s'étendait depuis le corps de la troisième vertèbre dorsale jusqu'à la cinquième cervicale. Le corps de toutes les vertèbres , en rapport avec cette altération , était blanchâtre, un peu inégal, ramolli à un faible degré. Le tissu de la moelle épinière offrait un ramollissement, surtout au niveau de la septième vertèbre cervicale et des trois premières dorsales. Le ramollissement occupait les cordons antérieurs dont la couleur était d'un blanc grisâtre, Les cordons

postérieurs étaient légèrement ramollis; mais au niveau seulement des trois premières vertèbres dorsales. Les poumons étaient sains, crépitans; le droit contenait supérieurement un petit tubercule ramolli. Cœur sain; son volume était normal, les cavités gauches avaient leur ampleur et leur épaisseur ordinaires. On trouva aussi des traces de phlegmasie dans le péritoine, les intestins et la vessie1.

Dans cette observation , le mode de production de la carie vertébrale est en quelque sorte pris sur le fait : cette carie n'est encore qu'à son commencement, les vertèbres ne sont que très superficiellement affectées r et* elles ne le sont que dans ceux de leurs points qui correspondent aux portions malades de la dure-mère et de la moelle ; il n'y a encore aucun des symptômes locaux de la maladie de Pott; point d'affaissement de la colonne vertébrale , point de gibbosité \ cependant la paraplégie s'est montrée comme dans les cas ou ces altérations existent; elle résultait donc du ramollissement de la moelle et de la dégénérescence de ses membranes :

» Cette observation a été publiée par M. Serres, dans le Journal de physiol. expe'ritn., juillet 1825.

encore quelques temps et plusieurs apophyses épineuses s'étant déviées, on l'aurait attribuée aux commencemens et aux progrès de cette déviation. Ces rapports entre l'état de la moelle et celui des vertèbres ont été remarqués déjà par plusieurs auteurs. M. Latour père, dans un mémoire inséré parmi ceux de la Société médicale d'émulation *, a cherché à établir que la paraplégie, dans la maladie de Pott, résulte d'une altération primitive de la moelle. M. Janson a émis depuis une opinion analogue 2. Des observations ont été aussi publiées par M. Louis, qui laissent peu de doutes à cet égard 3.

Une circonstance du fait précédent , qui mérite d'être signalée, consiste dans la gêne de la respiration , les palpitations et autres symptômes qui avaient fait croire à une maladie du cœur. Cependant cet organe fut trouvé parfaitement sain à l'ouverture du cadavre: or, de pareils phénomènes s'observent très souvent, ainsi que nous l'avons déjà dit 4 chez les

1 Sixième année.

* Compte rendu, sur le grand hôpital de Lyon, elc . , etc . , 1822

3 Mémoires et Recherches \ etc. , 1826, p. 410.

4 Vovcz p. 125.

masturbateurs. On aurait donc grand tort de les considérer toujours comme des signes d'une altération organique du cœur et des

gros vaisseaux.

Dans le fait qui suit, l'altération des vertèbres a été plus loin que dans le précédent ; il y a eu gibbosité vertébrale , mais celle-ci a été précédée de la paraplégie et des autres symptômes de la myélite. Ce fait a été publié par M. Dalandeterie1.

Un cordonnier, âgé de vingt-quatre ans, doué d'une bonne constitution , et qui avait joui d'une santé constante, ayant contracté l'habitude de la masturbation vers l'âere de seize ans, s'y livra avec une telle fureur, qu'il répétait souvent cet acte jusqu'à six et huit fois par jour. Ses forces ne tardèrent pas à diminuer considérablement, ainsi que l'embonpoint, la chaleur générale et la coloration de la peau.

Après une interruption causée par une maladie aiguë , le malade reprit sa fatale habitude avec le même emportement : elle finit par le réduire à un tel état de faiblesse , de langueur et de décoloration , qu'on l'exempta sans hési-

T Journal fie. tnrr/. chir. <l jihmm. , t. XX Vil , p. 367

ter au service militaire, auquel il était appelé par la conscription.

Peu de temps après, ce jeune homme, qui jamais n'avait offert de symptômes de scrophules, présenta des engorgemens scrophuleux aux aines , aux aisselles et des gonflemens avec carie à plusieurs phalanges des doigts. En même temps survint un phénomène assez extraordinaire et qui mérite d'être noté : les cheveux qui étaient précédemment châtains tombèrent et revinrent avec peine, lentement, de couleurs mêlées, sans consistance et souvent hérissés. Ils reprirent après deux coupes leur première couleur.

Le malade persévérant dans l'onanisme, tomba enfin dans le plus grand abattement et fut obligé de garder continuellement le lit. C'est alors que des symptômes évidens de myélite vinrent se joindre à tous les signes de détérioration qui viennent d'être énumérés : ce malheureux perdit peu à peu l'usage des membres inférieurs qui , après avoir présenté d'abord de la faiblesse et de la disposition à s'entrecroiser pendant la progression, s'amaigrirent et devinrent incapables d'exécuter le moindre mouvement. Il fallait remuer

et tourner le malade dans son lit , attendu qu'il était incapable de s'y mouvoir lui-même. Les articulations des pieds et des genoux devinrent raides, inflexibles, et il se fit aux jambes une rétraction telle , que le talon était entraîné vers le jarret d'une manière permanente, et <jue l'extrémité seule des pieds touchait le sol quand on voulait mettre le malade debout. La sensibilité n'était pas moins altérée dans les membres inférieurs que le mouvement ; ils étaient froids, engourdis, et on pouvait les pincer fortement sans y causer la moindre douleur. La langueur générale augmentant toujours fut portée bientôt à son plus haut degré. Il y avait de l'anorexie, de la dyspepsie, des flatuosités, des borborygmes, des tiraillemens douloureux d'estomac, des sueurs nocturnes, etc., etc. A cette époque le malade quitta une femme avec laquelle il vivait depuis un an, et qui, ayant peu de penchant pour le coït, le provoquait sans cesse à se masturber. Les érections étaient fréquentes, douloureuses, de peu de durée, et se terminaient toujours par un flux plus ou moins abondant de mucosité urétrale, peut-être aussi d'humeur prostatique , ou même d'une semence très dé layée. Dans les éjaculations provoquées mr

nueliement il ne venait plus, au lieu de sperme, qu'un sang à demi caillé, noirâtre ou jaunâtre; Il en sortait, quelquefois, jusqu'à une cuillerée : ces éjaculations s'accompagnaient toujours de douleurs et étaient suivies d'une grande prostration.

Le malade était depuis quelques temps dans ce triste état, quand il éprouva pendant plusieurs jours une sensation analogue à celle qu'auraient produite des fourmis en descendant le long du dos. Il ressentit dans la même région une douleur gravative et fatigante, qui s'étendait jusque dans les côtes et les lombes. Ces symptômes se dissipèrent, mais on vit paraître, à la partie inférieure de la région dorsale, une tumeur dure, peu volumineuse d'abord, mais qui graduellement acquit le volume du poing, et ne cessa de s'accroître que lorsque le malade s'abstint définitivement de se masturber. Cette tumeur était évidemment formée par la courbure du rachis et la saillie de trois apophyses épineuses.

Un traitement composé de moxas et de remèdes anti-scrophuleux ; un régime convenable et surtout la cessation de l'onanisme pour lequel le malade avait fini par concevoir non seulement du dégoût, mais une sorte

d'horreur-, déterminèrent en trois mois une amélioration notable. La force, la chaleur et la sensibilité se rétablirent dans les membres abdominaux : le malade put marcher au moyen de béquilles, même il put se tenir debout pendant quelques instans, et faire plusieurs pas sans leur secours. Tel est l'état où il se trouvait quand l'observation a été publiée.

Dans ce fait, remarquable à plus d'un égard, on voit les symptômes de myélite précéder la courbure du rachis, et se dissiper ensuite, bien que celui-ci n'ait point recouvré sa rectitude primitive. Ainsi l'affaiblissement des membres inférieurs, leur engourdissement, leur rétraction, puis leur paralysie, précédèren t d'un temps fort long cette douleur passagère que le malade ressentit dans le dos et après laquelle la gibbosité commença à se montrer. D'autre part, ces membres recouvrèrent la sensibilité, la force et le mouvement, que la gibbosité était toujours la même. Celle-ci n'a donc pu être la cause de la paraplégie , puisqu'elle en avait été précédée et qu'elle lui a survécu. Le développement de symptômes en apparence scrophuleux, chez un homme âgé de plus de vingt ans, qui jusque là n'avait rien présenté d'analogue; et dont les parens avaient

été exempts de scrophnles ; la chute des cheveux, l'affection des voies séminales et en général l'état des parties génératrices, e te», etc., faits sur lesquels nous reviendrons plus tard, concourent aussi à donner beaucoup d'intérêt à cette observation.

Nous verrons encore dans le cas suivant, et qui, comme celui qui précède, est de M. Dalandeterie , un exemple de carie vertébrale chez un masturbateur.

Un cuisinier âgé de 45 ans, actuellement d'un tempérament dégénéré , mais ayant joui toute sa vie d'une santé robuste, usait de la masturbation, quoique sans excès remarquables. Il commença à ressentir, dix-huit mois avant l'époque où le fait a été publié, des douleurs et de la faiblesse dans les lombes, des coliques assez fréquentes suivies de déjections brunes, et d'une constipation opiniâtre ; des flatuosités fatigantes se joignirent à ces symptômes: il survint aussi dans la hanche gauche une douleur qui augmentait ou diminuait avec les flatuosités.

Le malade, malgré les progrès de ces symptômes, continua de se masturber. La faiblesse et la douleur des lombes se propagèrent dans les membres abdominaux et s'accrurent à un

point tel, qu'il fut obligé d'abandonner son état, et de garder constamment le lit; il ne pouvait se coucher que sur le côté gauche, mais ses mouvemens dans cette position était encore assez faciles *, La diminution de la chaleur générale, la couleur blafarde de la peau, la mollesse et la flaccidité des chairs, la faiblesse, l'abattement, l'insomnie, l'amaigrissement, l'anorexie, la constipation, etc., se joignirent aux symptômes dont il vient d'être parlé.

Dans le même temps, le malade s'aperçut pour la première fois qu'une tumeur dure, indolente et grosse comme un petit œuf de poule, s'était formée à la partie inférieure de la région dorsale. Cette tumeur, qui n'augmenta pas depuis , résultait manifestement de la saillie des apophyses épineuses, et conséquemment d'une courbure que le rachis avait éprouvée par suite, sans doute , d'un ramollissement du corps des vertèbres.

A peu près à la même époque, il se développa à la partie inférieure du sternum , une tumeur dure , indolente et sans altération de

1 11 est évident qu'il y avait un commencement de paralysie du membre abdominal gaucbe.

la couleur de la peau; elle acquit graduellement le volume d'une noix, abcéda, s'ouvrit et prit les apparences d'un ulcère scrophuleux. Les ganglions lymphatiques du cou, qui s'étaient tuméfiés pendant quelque temps, revinrent de suite à leur état naturel. Un traitement semblable à celui qui se trouve relaté dans l'observation précédente , eut le même résultat f les forces , la chaleur, l'appétit et le sommeil revinrent; enfin le malade put marcher avec des béquilles, et même s'en passer pendant quelques momens.

Cette observation est trop peu circonstanciée pour qu'on y suive bien la filiation des symptômes ; toutefois je ferai remarquer qu'un de ceux qui se montrèrent les premiers consistait dans des douleurs névralgiques qui, des lombes, s'étendaient dans les membres inférieurs. Or, comme ce symptôme appartient à l'irritation de la moelle ou de ses membranes, bien plus qu'à leur compression, il y a lieu de penser que cette irritation a dû précéder la courbure du rachis. Chez ce malade, au surplus , comme chez le précédent , l'affection de la moelle a eu d'autant moins de peine à provoquer la destruction du corps des verte-

bres qu'une disposition à la carie, disposition que l'onanisme avait assurément fécondée , s'était manifestée en même temps dans plusieurs os.

Le fait que nous allons rapporter, d'après Meyrieu , présente trop peu de détails pour pouvoir intervenir d'une manière quelconque dans la question qui nous occupe, celle de savoir comment la carie vertébrale se produit chez les masturbateurs ; mais il est intéressant en ceci, qu'il montre que le mal peut s'étendre jusqu'aux parties molles qui tapissent ou avoisinent les vertèbres affectées.

L,..., âgé de vingt-deux ans, ancien garçon épicier, taille médiocre, poitrine étroite, n'avait jamais joui d'une bonne santé, surtout depuis six ans, époque de son entrée dans les prisons de Bicêtre, où il s'était livré aux plus dégoûtantes manœuvres avec les autres détenus. Dans le courant de janvier 1819, il fut pris d'engourdissement général , avec toux fréquente et expectoration muqueuse : ces symptômes étaient de temps en temps accompagnés de légers mouvemens fébriles.

Admis à l'infirmerie le premier février, il se plaignait, en outre des symptômes dont il vient

d'être parlé, d'une douleur violente à la partie postérieure du cou; on observait un léger gonflement au niveau de la première et de la deuxième vertèbre cervicale, et la pression y était douloureuse : la tête penchée sur le côté gauche, restait immobile, les membres thoraciques et abdominaux étaient engourdis , et la déglutition était douloureuse. (Frictions locales résolutives, vésicatoires, moxas).

Le quinze février une hémoptysie se manifesta et céda en deux jours à l'usage des saignées et des astringens. Cependant la maladie vertébrale faisait graduellement des progrès, à Tencontre de l'affection de poitrine qui, elle ; semblait se ralentir. Au mois de juillet la paralysie des membres thoraciques était complète; celle des membres abdominaux ne le devint qu'au mois d'août. La tête à cette époque était absolument immobile : quant à la phthisie elle paraissait n'être encore qu'au deuxième degré. Enfin, un jour, le malade mourut tout à coup d'un mouvement imprimé à sa tête, pendant qu'on lui administrait des soins de propreté.

Ouverture du cadavre. Les parties molles de la région postérieure du cou étaient dégénérées en une substance blanchâtre et lardacée ;

le condyle droit de l'occipital était carié ; il y avait aussi une carie profonde de la partie supérieure de la masse latérale droite de la première vertèbre, et de Papophyse odontoïde. Les ligamens transverses et odontoïdiens étaient dégénérés, ramollis, et le prolongement rachidien présentait une espèce d'étranglement résultant de la compression causée par la partie postérieure gauche du rebord du trou occipital : il y avait en effet une véritable luxation de cet os sur la première vertèbre. Le cerveau était intact, le poumon droit tuberculeux et très petit; celui du côté gauche était également tuberculeux, mais il avait plus de volume : quelques traces d'inflammation existaient au péritoine *.

Dans les cas précédens la carie vertébrale n'a pas été accompagnée d'abcès par congestion. L'observation suivante, qui a été publiée par Lévêque Lasource, nous présentera ce symptôme , qui est si ordinaire dans cette maladie.

N. O.... s'était livré, depuis l'âge de douze ans jusqu'à celui de dix-huit, à la mas.turb.a-.

1 Bulletin de la société méd. du département de l'Eure , octobre 1821.

tion, sans que la déformation de sa colonne vertébrale et les accidens qui l'accompagnèrent pussent le faire renoncer à cette funeste habitude. Reçu à l'hospice de la Charité en 1806, ce malade, outre une gibbosité bien prononcée, avait un abcès par congestion à la partie supérieure et interne de la cuisse. Deux cautères ayant été appliqués sur les côtés de la saillie des vertèbres , furent mis en pleine suppuration ; mais il n'en résulta aucun effet avantageux : quant à l'abcès, on lui fit successivement plusieurs ponctions. Ce jeune homme, qui était voué à une mort certaine , sortit de l'hôpital, de sorte qu'on ne put constater les altérations organiques qui devaient résulter de sa maladie *.

Le même auteur a rapporté un autre fait dont la terminaison fut plus heureuse 2.

Un enfant, âgé de sept à huit ans, adonné à la masturbation, fut reçu à la Charité pour une gibbosité avec paralysie des membres inférieurs. Pendant un mois de séjour qu'il fit dans cet hôpital, on lui appliqua autour de la tumeur plusieurs cautères, dont on entretint

1 Journal de med. chir, et phar., I. XVII, p. 261 ? Jd., p. 128.

la suppuration. On lui fit prendre aussi intérieurement des remèdes toniques et fortifians. Il sortit parfaitement guéri de la paralysie et des autres symptômes occasionés par l'affection de la moelle, mais conservant la difformité qui résultait de la saillie formée par les apophyses épineuses des vertèbres. Trois ans après, cet enfant qui s'était corrigé de sa malheureuse habitude, n'avait pas éprouvé de rechute.

Nous avons vu dans plusieurs des observations précédentes des contractures permanentes des membres résulter, chez des masturbateurs, d'affections de la moelle épinière. M. G uersent admet en outre la possibilité de contractures essentielles, c'est-à-dire qui ne résulteraient pas d'une maladie des centres nerveux. Suivant ce praticien, ces sortes de contractures s'observent surtout chez les enfans grêles, chétifs, nerveux, et qui sont agacés par des habitudes vicieuses comme celle de la masturbation x . Le fait suivant a été regardé par lui comme un exemple de cette affection.

1 Gazette médicale , février \832.

D. E..., âgé de cinq ans et adonné à la masturbation, après avoir passé une partie de l'hiver à l'hôpital des Enfans pour des engorgemens scrophuleux au cou, fut envoyé à la campagne au retour du printemps. Il y était depuis environ trois mois , lorsqu'il fut pris tout à coup d'une contracture des extrémités inférieures. Examiné le 5 juillet, il n'accusait de douleur ni à la tête, ni au rachis : les voies digestives étaient en très bon état ; la circulation ainsi que la respiration n'offraient pas de trouble appréciable; les muscles des extrémités inférieures présentaient un état de rigidité permanent; la tension était cependant plus marquée dans les adducteurs , car le malade tenait constamment les genoux croisés. On ne remarquait aucune espèce de déviation dans la colonne vertébrale. Divers moyens furent employés , et sauf une légère amélioration qui parut produite par le sous-carbonate de fer, ils n'eurent aucun succes. On pouvait avec les mains étendre et fléchir les jambes et les cuisses du malade, mais il lui était impossible, soit de les étendre lorsqu'elles étaient fléchies, soit de les fléchir, quand elles étaient étendues. La guérison de cet enfant s'opéra d'une manière assez singu-

lière : il était dans l'étal qui vient d'être décrit , lorsqu'au commencement de septembre il fut pris des prodromes d'une rougeole. La contraction des extrémités inférieures se dissipa en même temps que parut le mouvement fébrile ; l'éruption rubéolique parcourut régulièrement sa marche , et la contraction ne revint plus. Ainsi cette maladie, qui avait résisté à plusieurs moyens réputés efficaces , disparut devant une autre maladie. La nature , pour me servir de l'expression de Hahnemann , avait fait spontanément de l'allopathie.

La perte ou l'affaiblissement des sens externes, particulièrement de l'ouïe et de la vue , quand ces états sont la suite des excès vénériens, résultent souvent, comme on a pu le voir dans plusieurs des observations que nous avons précédemment données, d'une maladie de l'encéphale. C'est probablement dans cette organe que l'altération principale eut lieu chez un vieillard dont parie M. Réveillé Parise : Cet homme avait commis la faute de vouloir vivre avec une jeune italienne dont le tempérament était en tout celui d'une messalinc. Il paya cette

imprudence d'une cécité qui se déclara en huit jours, et fut suivie de mort *, Mais il arrive souvent aussi que l'œil seul est malade , que du moins l'état pathologique qu'il présente n'est accompagné d'aucun symptôme indiquant une affection quelconque du cerveau ou de ses membranes. Beaucoup de libertins présentent seulement une irritation de la conjonctive et du bord libre des paupières : c'est une sorte d'ophtalmie chronique ; ils ont les yeux rouges, larmoyans, chassieux, fatigués, douloureux, et ils ne peuvent se livrer, surtout le soir, à un travail qui exigerait, comme la lecture , qu'ils fixassent attentivement un objet. D'autres fois une douleur vive et profonde atteste qu'indépendamment des parties externes de l'œil, l'intérieur de cet organe est le siège d'une irritation très vive. Hoffmann dit en avoir vu plusieurs exemples : il cite celui d'un jeune* homme qui avait fait un grand abus de la masturbation depuis l'âge de quinze ans jusqu'à celui de vingt-trois. Il tomba, dit cet auteur, dans une si grande faiblesse de tête et des yeux, que souvent ceux-ci étaient saisis de

2 Hygiène oculaire , 1816, p. 167.

violens spasmes dans le temps de l'émission de la semence. Dès qu'il voulait lire quelque chose il éprouvait un étourdissement semblable à celui de l'ivresse ; la pupille se dilatait considérablement, et il ressentait dans l'œil des douleurs excessives. Les paupières étaient très pesantes et se collaient ensemble toutes les nuits : les yeux étaient toujours baignés de larmes, et il s'amassait à leurs deux angles, qui étaient très douloureux , beaucoup d'une matière blanchâtre x. Ces irritations, surtout quand elles se fixent au dedans de l'œil , peuvent être suivies de la perte de la vue. Le docteur Juengken, professeur de clinique ophtalmologique à la Faculté de Berlin, et qui a publié un très bon ouvrage sur les maladies des yeux 2, indique, en parlant de Famaurose par suite de la masturbation, une forme toutà-fait particulière que prend la pupille , et qui ne se rencontre, suivant ce professeur distingué , que chez les individus qui se livrent habituellement à ce vice. La pupille dans ce cas cesse d'être centrale, est déplacée en haut, mais sans avoir perdu sa rondeur; seulement

■ Consulta, cent. 2 el 3 , cas. 103, t. 111, p. 293. a Berlin t 1832.

la partie supérieure de l'iris paraît plus étroite et comme rétractée sur son bord ciliaire. Ce symptôme a déjà été signalé par M. le docteur Sichel dans certaines ophtalmies scrophuleuses l ; il existe alors un véritable iritis. La photophobie , c'est-à-dire l'aversion plus ou moins grande pour la lumière résultant de la douleur que celle-ci occasione dans l'œil , a été indiquée par M. Sanson comme précédant quelquefois l'amaurose causée par des pertes séminales trop fréquentes 2.

Tous les auteurs s'accordent à mettre les excès vénériens , et particulièrement ceux de masturbation , au nombre des causes de la cécité par amaurose. Ils sont tellement unanimes sûr ce point, que je n'en citerai particulièrement aucun, vu qu'il faudrait que je citasse tous ceux qui ont traité de cette maladie. Généralement aussi ils s'accordent à regarder l'amaurose, chez les masturbateurs, comme le produit de l'épuisement causé par les pollutions soit diurnes, soit nocturnes. Béer et

• Propositions générales sur V ophtalmologie, etc., in-8°. , Paris, 1833.

a Dict. de médecine et chirurgie pratique, art. Amaurose , p. 95.

plusieurs autres assimilent même sous ce rapport les pertes séminales à celles d'autres liquides. : ainsi cet auteur met les excès vénériens, particulièrement ceux d'onanisme, à côté du choléra, de la diarrhée, etc., etc., comme cause d'amaurose x. C'est probablement aussi l'idée d'un épuisement qui a fait dire à Scarpa qu'on pouvait en général regarder comme incurables les amauroses résultant des abus prématurés de la masturbation et du coït2. Ce prognostic peut être prononcé, je crois, sur la plupart des amauroses; mais je doute qu'il soit beaucoup plus applicable à celles qui résultent des abus génitaux qu'aux autres. M. le docteur Buzzi a rapporté avec quatre autres exemples de guérison d'amaurose , celui d'un individu chez lequel elle avait été produite par la masturbation. Elle céda cependant à l'abandon de ses mauvaises habitudes, à l'usage modéré d'un vin généreux et à la diète lactée 3.

Le docteur Rognetta dans un mémoire sur

1 Malad. des yeux , t. II, p. 449, § 51. 9 Cours des malad. des yeux , p. 382.

3 Annali universali dimedicina, Luglio , 1829; et Revue med. , décembre 1829.

les causes de l'amaurose S insiste beaucoup sur cette opinion que l'onanisme produit cette maladie en épuisant la sensibilité du corps humain. Il compare cette habitude à la caducité : rien, dit-il, n'énerve davantage la machine que les émissions trop fréquentes de semence, surtout quand elles sont provoquées par la main ; le spasme qui les accompagne jette le corps dans toutes les infirmités de la vieillesse ; alors la rétine et le nerf optique perdent graduellement leur faculté sensitive, qui finit par s'éteindre ; enfin les masturbateurs subissent , dès leur jeunesse , le même sort que ces vieillards décrépits qui terminent leur existence avec cette perte de la vue que l'on appelle amaurose sénile. M. Rognetta ajoute qu'il a par devers lui plusieurs cas d'amauroses qui avaient été rebelles à tous les moyens, et qui ne reconnaissaient d'autre source que la laxaria manuensis. Il rapporte l'observation d'un jeune jésuite âgé de dixneuf ans, natif de Palerme, qui était attaqué d'un affaiblissement considérable de la vue : ce malheureux jeune homme avait contracté l'habitude de se masturber jusqu'à sept fois

1 Revue médicale, décembre 1832.

par jour ; il aimait éperdument aussi la pédérastie. M. Rognetta lui conseilla d'abandonner complètement sa coupable coutume, et de retourner dans son pays prendre les bains de mer.

M. Sanson aussi a placé les pollutions volontaires et involontaires parmi les causes asthéniqaes de l'amaurose; cependant il regarde les pollutions comme pouvant déterminer préalablement l'irritation de la rétine x. Il les assimile au surplus, comme beaucoup d'autres auteurs, à toutes les pertes abondantes de liquides. Le cas suivant a été considéré par lui comme une amaurose asthénique produite de cette manière. Un clerc de notaire , âgé de vingt-quatre ans, éprouvait, depuis un an, un affaiblissement progressif de la vue. Il avait beaucoup travaillé de nuit , à la lampe , et il attribuait son mal à cette cause ; mais il en existait une autre bien plus évidente , et qui avait , au moins , contribué au développement de son amaurose. Elle consistait dans les excès que ce jeune homme avait commis, soit avec les femmes , soit en se masturbant. Des maladies vénériennes qu'il avait contractées ,

1 Dict. de me'd. et de chirurg. pratiq. , art. Amaurose „ p. 05 et 98.

avaient pu concourir aussi à ce triste résultat. La pupille était dilatée , l'iris immobile , l'œil parfaitement clair, et on pouvait voir à travers la pupille la rétine d'une couleur mate. Un traitement anti- vénérien, des purgatifs, des vomitifs , des vésicatoires autour de l'orbite , etc. , etc. , ne produisirent aucun effet *. A mon avis, la cécité amaurotique étant, ainsi que je l'ai dit ailleurs2, moins une maladie qu'un symptôme, c'est-à-dire que la conséquence d'un assez grand nombre de maladies , n'est pas plus , chez les masturbateurs , le résultat d'un épuisement , d'une asthénie , que ne le sont l'affaiblissement et la paralysie des extrémités inférieures , quand il y a une maladie de la moelle spinale. Qu'importe, au surplus , le mode suivant lequel la vue se perd chez les masturbateurs? le plus essentiel à savoir, et ce qui n'est que trop vrai, c'est qu'ils peuvent la perdre. Ceux-là surtout doivent redouter ce malheur, dont la vue se troublé beaucoup pendant l'acte vénérien , et qui restent quelques instans comme éblouis après la fin de cet acte. Ainsi on pouvait prédire l'amaurose à une fille publique dont parle

T Lancette française , 15 octobre 1831, p. 242. * Nouvel. BibL méd., décembre 1829, p 399.

Hoffmann, et dont la vue s'obscurcissait toutes les fois qu'elle avait commerce avec un homme. Elle finit, en effet, par la perdre entièrement K. Il est rare , au surplus , que la vue se perde tout à coup; d'ordinaire elle s'affaiblit peu à peu , et le masturbateur, s'il est capable de comprendre cet avertissement, peut, en abandonnant à temps ses mauvaises habitudes, conserver ce qu'elle possède encore de vigueur ; même quelquefois il peut récupérer ce qu'elle en avait déjà perdu.

L'affaiblissement et la perte de îa vue , ainsi que les autres affections de l'œil dont il vient d'être question , ne sont pas les seules qu'il puisse présenter par suite des excès de mas turbation ou de coït. Les muscles destinés à mouvoir cet organe peu vent subir aussi l'action fâcheuse de cette cause. Lorry est , je crois , le premierauteurqui ait noté ce fait. Les yeux, ditil, sont plutôt affectés de mouvemenseonvulsiis et spasmodiques que de cécité après les excès vénériens. Il désigne particulièrement le strabisme comme pouvant en être la suite2. Nous avons rapporté plus haut, d'après Hoffmann,

1 De rnor/>. ex nïm. tlenèr., § 26.

3 Comment* sur les aph. xviij et xix , de Sanvlorius.

l'observation d'un jeune homme dont les yeux étaient saisis de violens spasmes au moment de l'émission de la semence. M. Démours a observé des faits analogues. La masturbation, dit-il, porte sa funeste influence sur les nerfs optiques , et d'une manière plus particulière sur les nerfs moteurs de l'œil: il avoue n'avoir pu trouver la raison de cette circonstance qui paraît l'avoir frappé l. Le même auteur, énumérant , dans un autre passage, les causes diverses de la paralysie partielle des muscles de l'œil, range avec elles les excès vénériens.

Déjà nous avons parlé des douleurs plus ou moins vagues dont les masturbateurs sont fréquemment affligés 2 : nous avons parlé aussi de celles qui sont la conséquence d'une maladie de la moelle épinière 3. J'ai lieu de croire , d'après ce que j'ai vu, et d'après les observations faites par plusieurs auteurs , surtout en Angleterre, que le nombre des douleurs qui se rattachent à une affection de ce centre nerveux, est beaucoup plus considé-

1 Précis sur les maladies des yeux , 1821, p. 444. 1 Voyez p. 124.

3 Voy. p. 182.

rable qu'on ne le pense. Il n'est pas douteux pour moi que la plupart des douleurs dites rhumatismales , particulièrement celles qui affectent le tronc et les membres, sont névralgiques, et qu'une irritation de la moelle ou de ses membranes est le point de départ du plus grand nombre de ces névralgies. Je ne veux pas dire que le prolongement rachidien soit toujours affecté alors comme dans ces myélites qui amènent la paralysie et la mort; j'estime seulement qu'il est malade d'une manière quelconque, et que ces douleurs, communément si fortes, souvent si générales, quelquefois avec, mais le plus souvent sans tuméfaction, qui se font sentir sur le trajet des nerfs, sont la conséquence ordinaire de cette affection. Il n'est donc pas étonnant que l'acte vénérien , lui qui excite d'une manière si vive le système nerveux, qui a une action si décidée sur la moelle épinière, ait souvent prédisposé à des douleurs névralgiques ou rhumatismales, causé directement ou accru ce genre de douleurs. Il est bien positif, et un grand nombre d'auteurs , particulièrement F. Hoffmann, en ont fait la remarque , que les personnes qui, pendant leur jeunesse, se sont livrées à l'onanisme, sont plus que d'autres

sujettes aux douleurs dont nous parlons «. L'acte vénérien, même lorsqu'on n'en fait qu'un usage modéré, est ordinairement, quand déjà elles existent, une cause de leur exacerbation. Souvent j'ai vu des accès de névralgie venir immédiatement après le coït. C'était assurément une affection de cette sorte qu'éprouvait ce mastui bateur qui écrivait a Tissot qu'il ressentait au visage, quand il se livrait à l'onanisme , une douleur semblable à celle que l'application d'un grand nombre d'épingles y aurait causée2.

Il n'est pas rare non plus de voir des individus qui avaient un grand nombre de fois bravé impunément les causes ordinaires du rhumatisme , devenir vulnérables à ces causes après des excès vénériens. M. Villeneuve rapporte qu'un scieur de pierres, qui, exposé depuis un temps fort long à toutes les intempéries atmosphériques , n'en avait éprouvé aucune incommodité , fut attaqué d'un rhumatisme assez intense, après des excès inaccoutumés dans les plaisirs de l'amour. Il parle aussi d'un charretier qui, après avoir long-temps et im-

1 Die t. des Scierie, me'd. , t. XLYIIÎ , p. 444.

2 VOnan., secl. iv.

punément couché dans une écurie étroite et humide, fut attaqué de rhumatisme l'hiver qui suivit son mariage x. M. Saucerotte a vu un cas semblable. Il s'agit d'un homme qui avait constamment bravé les intempéries des saisons, auxquelles l'exposait sa profession , et qui fut attaqué de rhumatisme après un excès de femmes et de boisson. Ajoutons que le même auteur a établi, dans le mémoire où ce fait est rapporté, que le rhumatisme dit musculaire n'est qu'une variété de la névralgie; or, parmi les preuves qu'il en donne, il fait valoir celle-ci, qu'une foule d'auteurs, parmi lesquels il cite Bar thez, Scudamore, Chaussier, MM. Olivier (d'Angers) et Ferrus, ont placé en même temps les excès vénériens parmi les causes des névralgies et celles des rhumatismes 2.

La plupart des auteurs ont considéré ces excès comme une des causes prédisposantes de la goutte. On peut croire que cette opinion était celle d'Hippocrate , d'après les deux aphorismessuivans : Eunuchiîieque podagra laborant,

1 Diction, des Se icuc . med., arl, Rhumatisme , p. 444,.

2 Nouv. hibtiot. med. , août 1827.

neque caluescant i. Puer podagra non tentatuv anle venereoram usum 2. Sydenham regardait aussi l'usage excessif et immodéré des plaisirs vénériens comme une des choses qui rendent sujet à la goutte 3. M. Guilbert, tout en faisant observer que la goutte , même héréditaire , n'est une maladie ni de l'enfance , ni de la jeunesse, estime cependant que les excès vénériens peuvent l'amener avant le temps où, d'ordinaire , elle se montre 4. M. Roche s'est élevé contre cette opinion. Suivant lui les excès vénériens ne peuvent provoquer que des attaques de goutte. Voici, au reste, comment il s'exprime :

« Jusqu'à quel point les excès vénériens et la masturbation contribuent-ils à faire naître la goutte? A entendre les gens du monde, et même les médecins , voici la source la plus féconde de cette infirmité, et, cependant, sur quels faits repose une pareille opinion? Sur ce que plusieurs goutteux ont été des libertins dans leur jeunesse? mais combien de

1 Aphor. , sect. ti et Aphor. xxvm.

2 Id. Aphor. xxx , Foès.

3 Med. pratiq., traduct. de Jault (1799), p. 534:

4 Die t. des Scicnc. med., art. Goutte, p. 143.

gens chastes , même parmi nos prélats , éprouvent les tourmens de cette cruelle maladie? D'un autre côté, ne voit-on pas autant et plus d'hommes adonnés au libertinage dans les classes pauvres que parmi les riches, et pourtant la goutte les épargne en général. Enfin , c'est chez les jeunes gens qu'on observe le plus souvent le vice honteux de l'onanisme, et nous avons déjà dit que la goutte était une maladie de l'âge viril et delà vieillesse. C'est donc d'après une observation superficielle et incomplète qu'on a attribué à cet ordre de causes une part d'influence qu'il n'a pas et ne saurait avoir dans la production de la goutte. Ici, sans aucun doute, on a commis encore l'erreur que j'ai déjà plusieurs fois signalée : on a vu survenir fréquemment les attaques de goutte à la suite des excès vénériens ou de la masturbation, et on en a conclu que ces causes concouraient puissamment au développement de la maladie elle-même. Gourmandise et bonne chère, voilà, je ne saurais trop le répéter , les vraies, les uniques sources de la podagre ; sobriété, frugalité, voilà ses meilleurs préservatifs '. »

' Dict. de Med. et de Chirur. pratiques, art. Arthrite, p. 435

Cette dernière phrase montre clairement d'où vient l'opinion franchement exclusive de M. Roche. Il est évident qu'il n'a été conduit à nier la part qu'on avait attribuée aux excès vénériens dans la production de la goutte, que pour soutenir avec plus d'avantage une thèse qu'il s'était faite. Assurément M. Roche n'aurait pas dit qu'il y a plus d'hommes adonnés au libertinage dans les classes pauvres que parmi les riches, s'il n'eût été préoccupé du désir de prouver que la bonne chère est, à l'exclusion de toute autre cause , celle de la goutte. Je conçois parfaitement qu'on affir^me que telle manière de vivre prédispose à la goutte plus que tout autre; ainsi j'admettrai, avec tous les auteurs , que cette maladie se montre surtout chez les individus dont la nourriture est ordinairement abondante et forte; mais, ce que je conçois moins, c'est que l'on nie l'action possible de certaines influences, celle, par exemple, des excès vénériens.Quant à moi, pénétré de la vaste étendue qu'a le possible, et de l'incertitude de ses limites, je préfère admettre, avec tous les auteurs, que les excès vénériens peuvent, comme une foule d'autres causes connues ou non , prédisposer à la goutte. Cette opinion me pa-

raît, plus que celle qui a été soutenue par M. Roche avec son habileté ordinaire, conforme à la logique et à la vérité.

Nous voyons au surplus que cet auteur distingué regarde les excès génitaux comme nuisibles aux goutteux; c'est aussi l'opinion de tous ceux qui ont écrit sur cette affection. L'usage des plaisirs vénériens ne doit être permis aux goutteux que rarement, dit Barthez, car ils doivent s'abstenir des plaisirs vifs, dont l'excès affaiblit et épuise \ L'auteur d'un traité de la goutte, Coste, est beaucoup plus formel. Les goutteux, dit-il, doivent choisir entre laisser leur femme tranquille, et guérir de la goutte, ou bien continuer de les caresser et rendre leur mal tout-à-fait incurable. Chaque fois qu'un goutteux voit une femme, il ajoute, s'il est jeune, une nouvelle racine à sa maladie, et s'il est vieux, il creuse un pied carré de sa tombe 2. Cette opinion est bien différente de celle de Pietsch , qui a soutenu que la goutte provenait de la résorption d'un sperme mal élaboré, et retenu parla continence dans les vésicules séminales 3.

1 Traité des maladies goutteuses , 1802, t. Ier, |>. 192

2 Traité prat. de la goutte , 17 08, chap. IV.

3 Bxmunz. Maladies goutteuses , l. !ri , p. 3-»-

Les excès vénériens peuvent-ils déterminer des affections hémorroïdales? A défaut de faits précis pour répondre à cette question, on peut dire qu'il y a lieu de présumer que ces excès peuvent contribuer au développement de ces affections, et surtout des exacerhations auxquelles elles sont sujettes. C'était l'opinion de Montègre : il admettait que la débilité nerveuse qui résulte de l'abus des organes génitaux , favorise en générai les mouvemens fluxionnaires, mouvemens qui, cbez les hommes sujets aux hémorroïdes, ont lieu de préférence vers elles : il admettait aussique chez les femmes qui ont des tumeurs hémorroïdales, soit dans le rectum, soit dans le vagin , les abus de coït pouvaient exciter directement l'inflammation de ces tumeurs *. Montègre, au surplus, redoutait davantage encore pour les hémorroïdaires, l'excès de continence que celui contraire; il pensait que l'irritation qu'une continence outrée cause dans les vésicules séminales et les parties voisines, peut provoquer un paroxisme hémorroïdal ; aussi regardait-il l'acte vénérien comme générale-

1 Dlct, des Sciences méd. , art. Hémorroïdes , p. 508

ment utile, quand il ne sort pas de certaines limites, aux personnes affectées d'hémorroïdes K Je ne ferai qu'une seule remarque sur cette opinion : c'est que si l'irritation des voies séminales peut s'étendre aux parties voisines, les excès vénériens qui , plus fréquemment que la continence produisent cette irritation, doivent aussi amener plus souvent l'inflammation des tumeurs hémorroïdales. C'est aussi ce qu'a pensé M. Bégin, qui a rangé parmi les causes directes des hémorroïdes : « les excès dans les plaisirs vénériens , excès qui s'accompagnent toujours d'un état d'orgasme et de réplétion vasculaire, non seulement dans l'appareil génital, mais encore dans toutes les parties qui sont en connexion avec lui, et spécialement dans la région inférieure du rectum, qui reçoit les mêmes vaisseaux que le col de la vessie, la prostate et les vésicules séminales chez l'homme, ou la matrice et le vagin chez la femme2. »

On pourrait croire, d'après l'action profondément énervante de la masturbation qu'elle

1 Idem , p . 6 1 4 .

'' Dict. de mrd. et chirurg. pratiques , t. IX, |>. 450.

doit provoquer ou favoriser chez les jeunes sujets qui s'y abandonnent , le développement des scrophules; cependant on ne trouve dans les auteurs que peu de témoignages à l'appui de cette conjecture, et il est assez rare de rencontrer dans les nombreuses histoires de masturbateurs qui ont été publiées , des accidens scrophuleux. Certes il serait absurde de conclure d'un tel silence que la coïncidence de ces symptômes et des effets ordinaires de l'onanisme n'a jamais lieu , ou que cette habitude est impuissante à féconder , à exagérer une disposition aux écrouelles ; mais il faut aussi reconnaître que si la masturbation était une cause active de cette maladie, ce fait eût été noté plus souvent.

Certaines circonstances paraissent , au surplus , indiquer que l'onanisme doit être peu favorable au développement des scrophules. D'abord il amaigrit les membres, les dessèche, les prive enfin de ces fluides blancs qui abreuvent généralement les chairs des scrophuleux : puis, tandis que chez ceux-ci la sensibilité est comme engourdie et l'impressionnabilité peu vive , il tend toujours et ne réussit que trop bien à les exciter. Ajou-

tez qu'un des effets les plus ordinaires de l'action des organes génitaux , lorsque la puberté arrive, est la disparition des engorgemens et des autres symptômes scrophuleux , s'il en existe. Quelquefois, il est vrai, le développement normal de l'appareil générateur provoque, chez les pubères, la tuméfaction des ganglions lymphatiques du col, des aisselles et surtout des aines, mais ces ganglions sont douloureux dans ce cas , et présentent une sorte d'état inflammatoire analogue à celui qu'on cherche quelquefois à y développer quand ils sont affectés d'engorgemens scrophuleux. Cabanis a bien décrit ce qui se passe alors : « Du moment, dit-il, que l'évolution des organes génitaux commence, il se fait un mouvement général dans tout l'appareil lymphatique; les glandes des aines , celles des mamelles , des aisselles, du cou, se gonflent; souvent elles deviennent douloureuses. Ce n'est pas seulement chez les filles que les glandes mammaires acquièrent alors un volume plus considérable; je les ai vues nombre de fois former, chez les jeunes garçons, des tumeurs qui paraissaient inflammatoires : assez souvent aussi je les ai vues prendre pour telles pardes médicastresignorans. Pourl'ordinaire,

cet accident cause de l'inquiétude à ceux qui l'éprouvent, mais leur inquiétude est moins causée par la douleur ( qui ne laisse pourtant pas quelquefois de gêner beaucoup les mouvemens du corps ) , que par l'influence de cette activité nouvelle, que l'ébranlement général du système imprime alors à l'imagination1. » Cet état du système lymphatique serait plutôt, comme on le voit, antithétique qu'analogue, à ce qu'on observe dans les scrophules. Il suffit au surplus de comparer les eunuques aux individus qui ont passé par une puberté vigoureuse , pour voir de suite que l'action des organes génitaux est peu propre à favoriser le développement de cette affection.

L'acte vénérien détermine souvent aussi des gonflemens ganglionnaires, mais ils ne ressemblent pas plus que ceux qui naissent sous l'influence de la puberté aux engorgemens scrophuleux. « Le premier essai des plaisirs vénériens , dit encore Cabanis , est souvent nécessaire pour compléter le développement des organes qui en sont le siège : aussi le gonflement général de toutes

1 Rapports du physique au moral de l homme > 1802, t. I, p. 339.

les parties où se trouvent situées des glandes, notamment celui du sein et de la face antérieure du cou, est-il souvent la suite de cette vive commotion. Les caractères qui manifestent ce gonflement sont beaucoup plus remarquables chez les femmes : ce n'est donc pas sans quelque raison, peut-être, que les anciens médecins, et même quelques modernes, ont donné le gonflement subit du cou, chez les jeunes filles , pour un signe de défloration. Mais ils ont eu tort d'en faire un signe général et certain : il n'est assurément ni l'un ni l'autre. » Si l'acte vénérien peut produire une pareille excitation dans le système lymphatique, elle doit-être plus manifeste encore quand un des points de ce système est déjà enflammé. C'est ce que confirme un fait consigné par Lordat, dans le bulletin de la société des sciences de Montpellier. Il s'agit d'une jeune femme dont les glandes jugulaires s'étant tuméfiées et abcédées peu de jours après son mariage, augmentaient ou diminuaient de volume selon qu'elle souffrait les embrassemens de son mari ou les évitait l. Ainsi donc si l'on considère les organes générateurs soit pen-

! 5 > i mas. Principes de physiologie , t. IV, p. 409.

dant la période aiguë de leur développement, soit quand ils procèdent à l'acte vénérien, on voit qu'ils étendent leur action sur l'appareil lymphatique comme sur les autres , mais d'une manière qui paraît inverse de celle qui est réputée favorable au vice scrophuleux.

Cependant on a vu des accidens analogues à ceux que cause ce vice, résulter avec évidence d'abus vénériens. Deux faits que nous avons rapportés précédemment d'après M. Dalandeterie en sont des exemples l : le premier est relatif à un jeune homme de vingt-quatre ans 5 dont la santé avant qu'il se livrât à la masturbation avait été constante, et dont les parens, autant qu'on en pouvait juger d'après ses rapports, n'avaient jamais été atteints de scrophules, même n'avaient offert aucune prédisposition à cette maladie. ïl lui survint d'abord de l'engourdissement dans le petit doigt de la main droite et l'annulaire de la main gauche, avec craquement et gonflement des articulations , puis il se forma dans ces parties des tumeurs que l'on considéra comme scrophuleuses et qui ne tardèrent pas à être suivies d'ulcération et de carie : le malade n'y

Voyez p. 203 et 208.

éprouvait point de douleur, il y ressentait seu* lement un prurit incommode. Les ganglions lymphatiques des aines et des aisselles étaient dans un état de gonflement permanent et le corps de plusieurs vertèbres devint, comme nous avons vu, le siège d'une carie.

L'autre sujet, qui avait quarante-cinq ans, présentait déjà une myélite et une carie vertébrale avancées, lorsqu'on vit se former à la partie inférieure du sternum, une tumeur dure, indolente, sans altération de la couleur de la peau, qui acquit graduellement le volume d'une noix, abcéda et dégénéra en un ulcère d'apparence scrophuleuse. Cet ulcère était blafard, indolent, et versait un pus ichoreux; ses bords étaient d'un rouge violet, tuméfiés , durs, et il y avait adhérence des parties molles à l'os subjacent. Les ganglions lymphatiques du col se tuméfièrent pendantquelques temps, mais ils revinrent ensuite à leur état naturel. M. Dalandeterie ajoute que ces deux observations ont été prises parmi plusieurs autres faits semblables ou analogues ; aussi considèret-il la carie vertébrale comme ayant été, alors, la conséquence d'un principe scrophuleux dont l'onanisme avait provoqué la manifestation.

Cependant, si nous analysons bien les faits

qui viennent d'être cités, nous y trouverons moins une maladie scrophuleuse , à la naissance de laquelle l'âge des sujets se prêtait d'ailleurs fort peu, qu'une affection tuberculeuse, c'est-à-dire une maladie qui peut se développer à tout âge : il est clair pour moi que des tubercules se sont développés dans les phalanges, chez le premier malade, et dans l'épaisseur du sternum, chez le second; que ces tubercules se sont ramollis, ont suppuré, et que c'est delà sorte que se sont formés les ulcères d'apparence scrophuleuse que ces individus ont présentés. Il est probable que pareille chose a eu lieu dans les vertèbres dont le corps s'est détruit , car il est à noter que des observateurs distingués, particulièrement Delpech, ont regardé la maladie de Pott , comme une affection tuberculeuse du corps de ces os *. Les observations de M. Dalandeterie prouveraient donc seulement que l'onanisme est favorable au développement des tubercules. Malheureusement elles ne sont pas les seules, comme on va le voir, qui établissent ce fait.

La phthisie tuberculeuse est effectivement

1 Voyez son ouvrage sur l'orthomorphie , Paris, 1829.

une des maladies que la masturbation cause le plus souvent. L'acte vénérien, cette puissance à laquelle la vie intérieure des tissus n'échappe sur aucun point, dont l'action sur les organes respiratoires est si manifeste, et qui , pour me servir des, expressions de M. Rullier, semble agiter et froisser les poumons », intervient chez la plupart des masturbateurs, précisément à cet âge où la poitrine s'élargit en tous sens, et que la phthisie pulmonaire semble affectionner le plus. « Combien de jeunes personnes , dit Portai dans son ouvrage sur la Phthisie pulmonaire, n'ont pas été victimes de leur malheureuse passion ! Les médecins en voient tous les jours qui restent imbécilles , ou tellement énervées au physique et au moral, qu'elles ne traînent plus qu'une malheureuse existence; d'autres périssent dans le marasme, et plusieurs d'une vraie phthisie pulmonaire. » Dans un autre ouvrage, le même auteur rapporte l'exemple d'une personne de dix-sept ans, adonnée à la masturbation et qui fut victime de cette maladie. Cette jeune personne, dont la taille était fluette et qui, dans l'espace d'un an, avait prodigieu-

■ Dict. des Sciences me'd. , ail. Geniïàc, p. 13t.

sèment grandi, se courba si rapidement qu'en moins de six mois elle était devenue très bosT sue : des crachemens de sang survinrent et elle périt phthisique l. « Il résulte des faits les plus nombreux et les mieux constatés, disent MM. IJournier etBégin, que les personnes qui s'abandonnent à l'onanisme, sont presque toujours remarquables par le développement incomplet de leur thorax, et par la promptitude avec laquelle l'exercice le plus léger rend, chez elles, la respiration difficile et précipitée; presque tous ces individus contractent, soit des catarrhes chroniques, soit des affections plus profondes de l'organe pulmonaire, et finissent par périr dans un état complet de phthisie2. M. Broussais met également au nombre des causes de la phthisie pulmonaire, « les spasmes erotiques de quelque manière qu'ils soient excités 3. »

Cette affection est de toutes les maladies* graves et bien déterminées qui résultent de

1 Observât, sur la nature et le trait, du rachitisme , 1797, p. 224.

2 Die t. des Scienc. me'd. , art. Masturbation , p. 116.

3 Histoire des phlegmasies ou inflammations chroniques * 2eédit., t. Il, p. 119.

l'onanisme, celle que j'ai le plus fréquemment rencontrée. Parmi les exemples que je pourrais citer, je choisirai celui d'un jeune homme plein d'espérances, que j'ai vu succomber en 1833. Placé, a la suite d'un concours, et aux frais du gouvernement , dans une école publique, ce jeune homme, qui avait seize ans, et dont la santé était précédemment parfaite, ne tarda pas à devenir pâle, languissant, et à s'amaigrir, bien que son appétit restât bon , et que ses digestions fussent excellentes. Ayant eu quelques soupçons , et les ayant manifestés au malade ainsi qu'à d'autres personnes qui pouvaient les éclaircir, je dus croire, d'après les réponses qui me furent faites, que l'élongation trop rapide du corps était la seule cause de l'état qu'offrait le malade, état, au surplus, qui s'éloignait si peu de la santé, que le jeune homme lui-même assurait ne rien avoir et se porter très bien. Je me bornai, en conséquence, à lui conseiller de faire pins d'exercice et de suivre un régime alimentaire plusfortifiant. Cependant, l'amaigrissement et la décoloration, continuant de s'accroître, donnaient de vives inquiétudes aux païens de ce jeune homme. J'avais beau interroger un à un tous ses organes, je n'en trouvais aucun qui

me présentât quelques signes d'affection, et qui pût me rendre compte de l'état général du sujet. Mes premiers soupçons revenaient alors ; mais les questions que je faisais étaient suivies des mêmes réponses. Le malade, qui avait eu sous les yeux l'exemple de son jeune frère , à qui la masturbation avait failli coûter la vie, paraissait même profondément pénétré du danger de cette habitude. Cependant il continuait de s'affaiblir, et à ce point qu'un jour, après un exercice plus fort que de coutume, il tomba en défaillance: en même temps survint une petite toux sèche à laquelle cependant le malade ne fit d'abord que peu d'attention. C'était le premier symptôme qui indiquât l'affection spéciale d'un point de l'économie. Bientôt cette toux devint plus fréquente, et je pus reconnaître , au moyen de l'auscultation, que la respiration n'était pas complète au sommet d'un des poumons. C'est en ce moment que , pressé de questions, le malade fit à son père Paveu de sa déplorable habitude. Il l'avait contractée au collège, ne cessait de s'y livrer depuis deux ans, et bien plus encore dans les derniers temps. Rien ne lui fut dissimulé des dangers qu'il* courait : parens , amis , médecin , lui tinrent le langage le

plus propre à lui faire abandonner ses ma» nœuvres secrètes; des livres sur l'onanisme furent mis entre ses mains: on essaya enfin d'éveiller en lui, de toutes les manières, le sentiment de la conservation : tout ceci le frappa de terreur, mais la puissance de l'habitude était si forte chez lui, qu'il ne cessa complétementde se masturber que plus tard, alors que la phtbisie avait fait déjà des progrès très grands. Successivement des cavernes profondes se creusèrent dans les poumons ; l'expectoration devint franchement purulente et d'une abondance excessive; les sueurs nocturnes, la diarrhée, arrivèrent, et le malade mourut dans l'état le plus affreux de marasme et d'épuisement.

J'ai donné mes soins , en 1829, a un jeune homme de vingt-un ans, qui mourut d'une manière bien plus rapide. Il avait toujours joui d'une santé excellente, et jamais ses parens n'avaient offert de signes de phthisie. S'étant marié à une veuve fort jolie , ils s'abandonnèrent ensemble aux plus grands excès de coït; en même temps ils se livraient, pendant de longues veilles, à un travail assidu dont ils ne pouvaient se décharger sur personne. La femme, qui avait sept à huit ans de

plus que son mari, résista bien à ce concours d'excès ; il n'en fut pas de même pour lui. Bientôt il lui survint de la toux , et quelques traces de sang se montrèrent dans ses crachats. Consulté , j'avertis le malade des dangers qu'il courait s'il ne changeait de manière de vivre. Mes conseils ne furent pas écoutés, et, peu de temps après , survint un crachement de sang d'une abondance et d'une opiniâtreté telles y qu'en huit jours , et malgré le traitement le plus actif, il conduisit ce jeune homme au tombeau.

Assurément il était phthisique aussi, le jeune homme dont Tissot parle en ces termes: « Il était venu à Montpellier pour faire ses éludes ; des excès de cette infamie (l'onanisme) le jetèrent dans Pétisie , et je me rappelle que sa toux était si forte et si continuelle, que tous ses voisins en étaient incommodés. On le saigna fréquemment , dans la vue sans doute d'abréger ses souffrances. Une consultation lui ordonna d'aller prendre des bouillons de tortue chez lui (il était, si je ne me trompe, Dauphinois) et lui promit une guérison complète : il mourut deux heures après «. »

1 lï Onanisme , sect. vit.

Au surplus , il en est de la phthisie comme de la plupart des autres maladies que la masturbation détermine. C'est surtout en fécondant, en développant des dispositions spéciales, que cette habitude les cause. Aussi, le masturbateur né de parens phthisiques, dont la poitrine est étroite, qui a le cou long, les membres grêles, ou celui encore qui présente des symptômes de scrophules , est-il plus exposé qu'un autre à être atteint de phthisie pulmonaire. C'est dans ce dernier cas que se trouvait un jeune homme dont Rozier a rapporté l'observation. Ce sujet était évidemment scrophuleux , et plusieurs membres de sa famille l'avaient été avant lui. Cependant, et bien qu'il fût placé dans des circonstances assez peu favorables à sa santé, elle resta passablement bonne jusqu'à l'âge de dix-huit ans, époque où, à la suite d'une contusion, il s'établità une de ses jambes un ulcère qui fut long à se cicatriser. Depuis sa guérison, il jouissait d'une santé parfaite, était vif, fort et intelligent, lorsqu'à vingtcinq ans il contracta l'habitude de se masturber; bientô'. il éprouva de l'oppression, de la toux, et quoique sa poitrine continuât de s'affecter de plus en plus, et qu'il n'ignorât

point les dangers de l'onanisme , il ne discontinua pas de s'y livrer. Plusieurs médecins furent consultés , mais il se garda bien de leur parler de sa funeste passion. L'affection des poumons s'accrut, le sommeil se perdit, la fièvre hectique survint, les pommettes prirent une couleur vive qui ne leur était point ordinaire, et l'expectoration rejeta en abondance des crachats grisâtres etpurulens. C'est alors que le malade se décida à un aveu. Rozier lui dit, pour le détourner de son fatal penchant , ce qu'il trouva de plus touchant et de plus persuasif, mais ce fut vainement. La consomption et la phthjsie ne cessèrent de faire des progrès; arriva un moment où il était impossible au malade de dire deux paroles, de faire deux pas, de se livrer au moindre mouvement sans être suffoqué. Enfin, ce malheureux mourut après trois ans de maladie, et ne s'étajit pas corrigé l.

Déjà nous l'avons dit plusieurs fois , la respiration éprouve des lésions fréquentes chez les masturbateurs. Souvent ils ont l'haleine courte, s'essoufflent au moindre exercice, sont

1 Des Habitudes secrètes ou de t Onanisme chez les femmes , etc. , 1825, 2e édit. p. 31.

sujets aux étouffemens, etc., etc. Ces accidens, dont l'existence ne s'explique pas toujours par celle d'une altération organique soit du cœur, soit des poumons, finissent par prendre, chez quelques individus , les caractères attribués à V asthme nerveux. Les auteurs qui ont traité de cette maladie ont tous classé les excès vénériens parmi ses causes les plus fréquentes. « Les individus d'un tempérament nerveux y paraissent plus' spécialement disposés, dit M. Ferrus; mais l'influence de certaines habitudes vicieuses , telles que la masturbation, l'abus des plaisirs vénériens chez les jeunes sujets, les excès de table chez les vieillards, etc., concourent aussi puissamment que les prédispositions individuelles à la production de cette maladie \. » M. Jolly a tenu un langage à peu près semblable. « Les excès vénériens , la masturbation , dit ce médecin distingué, ont paru, dans quelques cas, produire l'asthme, et s'il y a de l'exagération dans l'idée de beaucoup d'auteurs , relativement à cette influence , on en conçoit sans peine la réalité, quand on se représente les effets de l'orgasme

1 Dictionnaire de médecine, '2° <!<lit., 1833, art. Asthme , 1». 253.

vénérien sur la circulation pulmonaire1. » Il est de fait, et l'observation journalière en fournit des preuves nombreuses, que les asthmatiques sont, en général, des individus qui ont, comme on dit , usé beaucoup de la vie. Il suffit , au surplus , de considérer que l'accès d'asthme, qu'il soit ou non provoqué par une lésion organique , consiste, dans un spasme soit de la glotte, soit, comme le pensent MM. Reisessen et Cruveilhier, des ramifications bronchiques , pour admettre que les excès vénériens ont dû souvent préparer ou provoquer cette affection.

Ce que je dis de l'asthme, peut s'appliquer aux maladies du cœur et des gros vaisseaux. Il est impossible que les répétitions fréquentes d'un acte qui rend si forts, si fréquens , si tumultueux les mouvemens du cœur, n'ait pas souvent produit ou accru des dilatations anévrysmatiques de cet organe, l'épaisissement de ses parois ou d'autres maladies, soit de son parenchyme , soit des vaisseaux qui en partent ou s'y rendent. Aussi l'abus

• Diclionn. de médecine cl chimrg. pratiques, nrl. Asthme , p. 600.

de la masturbation et des plaisirs de l'amour a-t-il une des premières places sur toutes les listes qu'on a dressées des causes de ces affections. Plus d'une fois j'ai rencontré des dilatations du ventricule gauche du cœur, qui avaient évidemment cette origine. «Dans quelques cas, disent MM. Four nier et Bégin, des palpitations et même des lésions considérables du cœur et des gros vaisseaux, n'ont reconnu d'autre cause, chez des sujets que la vigueur de leur constitution a fait résister pendant un temps assez considérable à la pratique destructive de l'onanisme, et qui ont pu, malgré leurs excès, atteindre un âge très avancé l. » Cette dernière remarque est particulièrement d'une grande justesse. Il s'en faut de beaucoup que les maladies dont nous parlons soient aussi prochainement mortelles , que généralement on le croit : on peut quelquefois vivre avec elles long-temps , aussi longtemps peut-être qu'on eût vécu , si on avait pu s'y soustraire. Ajoutons que les principaux symptômes des maladies du cœur peuvent exister sans que cet organe ait matériellement subi la moindre altération : on en peut voir

1 Die t. des Sciences mcd., art. Masturbation, p. 116.

un exemple remarquable dans une des observations que nous avons précédemment rapportées : le malade éprouvait depuis quelque temps de la gêne dans la respiration, ainsi que des palpitations, qui augmentaient beaucoup pendant la marche, et surtout quand il montait un escalier; ces symptômes avaient un caractère siprononcé lorsqu'il entra àrhôpital,qu'on crut voir en lui tous les signes d'une hypertrophie des cavités gauches du cœur. Quatre mois après son entrée , ce malade mourut des suites d'une myélite , et à l'ouverture du cadavre on trouva le cœur parfaitement sain, ayant son volume normal, et ne présentant rien que d'ordinaire dans l'étendue de ses cavités et l'épaisseur de leurs parois x.

Parmi les maladies du cœur qui peuvent être causées par les excès vénériens, il en est une qui a été particulièrement signalée par M. Blaud, médecin à Beaucaire. Cet excellent observateur pense que le coït trop fréquemment répété prédispose aux concrétions polypiformes du cœar\ suivant lui, cet acte agit, soit en affaiblissant les forces motrices de cet organe qu'elles surexcitent momentanément

1 Voyez p. 199.

a un degré extrême, soit en déterminant l'accumulation exagérée, et par conséquent la stagnation du sang dans les cavités cardiaques. Ce dernier fait lui paraît démontré par Poppression, la congestion céphalique etdes palpitations qui accompagnent le coït I.

Si les excès vénériens peuvent déterminer des maladies du cœur, à plus forte raison ils peuvent accroître celles qu'ils ont causées, ou qu'ils rencontrent. Ils peuvent aussi , en déterminant la rupture d'un anévrisme, être suivis d'une mort immédiate ; mais ayant déjà parlé de ce genre d'effets, je n5y reviendrai pas 2.

Le rachitisme, et surtout les déviations de la taille, ont été mis par beaucoup d'auteurs au nombre des effets ordinaires des jouissances prématurées. Nous avons rapporté, d'après Portai, l'exemple remarquable d'une jeune fille qui, livrée à tous les excès de la masturbation, devint bossue, puisphthisique : la courbure de la colonne vertébrale avait fait

1 Mémoire sur les concrétions fibrineuses polypiformes dans les cavités du cœur. — Revue médicale , décembre 1833.

2 Voyez p. 1 34.

en six mois des progrès rapides ; La poitrine était comme enfoncée à la partie inférieure du sternum ; il y avait un grand creux à la région épigastrique, tandis que le bas-ventre était très saillant T. Le même auteur a observé d'autres exemples semblables: « J'ai vu, ditil, quatre à cinq de ces créatures infortunées qui se sont courbées vers l'âge de quinze à dix-huit ans, de manière que le dos faisait la plus grande convexité , et que le bas-ventre paraissait rentré dans la poitrine; les extrémités des os longs, surtout celles qui forment les coudes et les genoux, s'étaient extraordinairement gonflées ; les jambes s'étaient déjetées en dehors ; leurs muscles étaient à peine développés ; leurs yeux étaient creux, leur visage pâle, blanc, et leur voix aiguë : on eût dit, si l'on eût voulu juger de leur âge par le développement de leur corps, qu'elles n'avaient pas plus de douze ans ; elles étaient d'une faiblesse extrême, tant pour le physique que pour le moral, et sont devenues imbécilles long-lemps avant leur mort. 2 Le doc-

« Vovez page 243.

2 Observât, sur la nature et le trait, du rachitisme , 1797, p. 22.

leur Richard, cité par M. À. Petit, a vu aussi une déformation considérable des côtes , qui résultait de l'onanisme 1. Tissot mettait cette habitude au premier rang parmi les causes du rachitisme 2. M. Louyer Villermey regarde aussi l'onanisme et les pollutions involontaires comme une source très active des déviations de la taille 3. Cependant M. le docteur Laguerre , fondateur du bel établissement orthopédique de la rue blanche, et l'un des hommes qui ont le plus vu de rachitiques, m'a dit que cette habitude ne lui avait été signalée comme cause d'incurvation rachidienne qu'une seule fois.

On a aussi avancé que les jouissances trop précoces peuvent arrêter le corps dans 'son travail d'élongation, et conséquemment empêcher la taille de s'élever à la hauleur où elle aurait dû parvenir. Je suis loin de contester la possibilité d'un tel résultat; seulement je dirai que j'ai vu nombre de fois des masturbateurs effrénés grandir avec une incroyable rapidité, malgré leurs excès et tous les si-

1 Tombeau du mont Cindre , voir les noie»

2 L'onanisme, seet. v.

i Die t. des Scienc. med., l. L1V , p. 20 i.

gnes d'une détérioration profonde. Je ferai remarquer aussi qu'il résulte des recherches de MM. Villermé et Quetelet, que généralement la taille moyenne de l'homme est moins élevée dans les campagnes que dans les villes, où cependant la masturbation exerce de préférence ses ravages Pi On peut d'ailleurs remarquer, en comparant le progrès en poids à celui en longueur, pendant les vingt premières années, que le développement des organes génitaux exerce bien plus d'influence sur la masse du corps que sur sa hauteur. Ainsi depuis l'âge de quatre ans jusqu'à celui de quinze ou seize , l'alongement se fait annuellement dans des proportions qui restent à peu près les mêmes, tandisque de douze à dix-huit ans, c'est-à-dire pendant la période de la puberté , l'augmentation annuelle du poids est quadruple de ce qu'elle était dans les années précédentes 2. Ces raisons n'autoriseraient-elles pas à penser que, si les excès prématurés ont une action sur la starture de l'homme, cette action est moins grande qu'on ne l'a cru ?

Indépendamment du rachistisme dont il

1 Annales d'hygiène et de me'd. légale , juillet 1831 .

2 Voyez p. 26.

vient d'être question, et de la carie, des tubercules dont nous avons parlé précédemment , les os peuvent-ils être affectés de quelque autre maladie par suite des excès vénériens? Le seul cas dont, à ma connaissance, on pourrait se servir pour répondre à cette question, est celui que nous avons rapporté d'après M. Serrurier (p. 182), d'un homme que des pollutions nocturnes et des excès vénériens avaient réduit au marasme le plus complet. Cet homme présenta une circonstance digne de remarque et dont je me suis réservé de faire mention ici. Ayant essayé , peu de jours avant sa mort, de passer quelques heures assis , dans un fauteuil, pour se délasser du séjour fatigant du lit, il se fractura lefémur droit dans sa partie moyenne au moment ou il essayait de croiser la cuisse droite sur la gauche. La maladie si rare, qu'on a nommée friabilité des os, pourrait-elle aussi être déterminée par les excès dont nous traitons?

Ces excès , surtout s'ils s'accompagnent de ceux que l'on commet à table, ou s'ils ont lieu dans des circonstances défavorables l peuvent

1 On trouvera ces circonstances indiquées j>, 53 à 10!.

être suivis, non seulement d'affections chroniques, mais de maladies aiguës et particulièrement de fièvres de mauvais caractère. Ce résultat des jouissances excessives est fréquent, et il n'y a pas de médecin qui n'en ait observé des exemples. Dès la plus haute antiquité il était connu : on trouve dans Hippocrate l'histoire d'un jeune homme de Mélibée qui, après s'être livré à des excès avec les femmes et le vin, fut pris de tous les symptômes d'une fièvre typhoïde *. Bartholin a vu un nouveau marié qui fut attaqué, après des excès conjugaux, d'une fièvre aiguë avec un grand abattement, des défaillances, des nausées, une soif immodérée, des rêvasseries, etc., etc. ; ce malade guérit sous l'influence du repos et de quelques toniques. Hoffmann, qui rappelle ce fait, parle aussi d'un homme qui ne se livrait jamais à des excès vénériens sans être pris d'une fièvre d'accès, laquelle durait plusieurs jours 2. Tissot a vu en 1761 et 1762, deux jeunes hommes très forts, très vigoureux, qui furent attaqués, l'un le lendemain,

1 De morbis vulgarïbus, lib. III, sect. vu. — Eger, decimussextus.

a De morb. ex nim. vener. , § 20, 21.

l'autre la seconde nuit de leurs noces, sans aucun frisson, d'une fièvre très forte, avec un pouls vite et dur, des rêveries, beaucoup de légers mouvemens convulsifs et une inquiétude insoutenable ; un d'eux avait beaucoup de soif et pouvait à peine uriner. Tissot pensa d'abord que l'excès du vin pouvait avoir quelque part aux accidens que présentèrent ces deux individus, mais il fut pleinement dissuadé, au moins pour l'un des deux. Leur guérison, au surplus, fut très prompte, circonstance qui, jointe à l'époque de la maladie et à ses caractères, n'a laissé à Tissot aucun doute sur sa cause l.

Sauvages admet , d'après Dellon ( Voyage aux Indes orientales), un typhus des gens épuisés. Les Portugais appellent les malades atteints de cette maladie esj ?al fados. « L'épuisement causé par l'usage non modéré des plaisirs vénériens, dit cet auteur, est une maladie très commune parmi les Indiens; c'est une espèce de fièvre continue, dans laquelle le pouls est tantôt fort et plein, tantôt tout à coup faible et presque inperceptible. Les urines sont fort rouges, mais transparentes ; la

1 L Onanisme , srri. iv.

peau est sèche et chaude, l'insomnie, les nausées, une soif violente tourmentent le malade l . Tous les auteurs au reste qui ont écrit sur les maladies des pays chauds, ont mis Pacte vénérien trop souvent répété parmi les causes de ces affections typhoïdes , qu'ils ont nommées fièvre ardente, causus, fièvre jaune, etc.2. Dans nos climats on a vu souvent des fièvres muqueuses , ataxiques , adynamiques , etc. , enfin des maladies aiguës fort graves , résulter d'excès de coït ou de masturbation 3.

Si le satyriasis et la nymphomanie ont été considérés comme des maladies rares, cela tient seulement à ce qu'on a trop rétréci le sens de ces dénominaions , à ce qu'on ne les a pas appliquées a des cas nombreux qui cependant ont avec ceux pour lesquels on les a réservées , l'analogie la plus profonde. Géné-

1 Nosologie me'thod. , traduct. de Nicolas , t. I , p. 416.

a Poissoni>ier'DespériÈres. Trait, des fièvres de Saint-Domingue , p. 9 , 1 7 80.

Ca.mpet. Trait, prat. des malad. graves des pays chauds , 1802, p. 84.

Devese. Trait, de la fièvre jaune , 1820, p. 112 el 1 13.

5 Pixel. Nosog. phil. , t. 1 , 4e édit.

ralement , on n'a regardé comme satyriaques et nymphomanes que les individus qui, poussés irrésistiblement à la copulation , se livrent , pour obtenir satisfaction , aux actions les plus indécentes et aux provocations les plus directes. Envisagées de la sorte, les maladies dont nous parlons doivent en effet être peu fréquentes; aussi la plupart des praticiens ne les ont-ils jamais rencontrées. Mais si on ne veut voir dans le satyriasis et la nymphomanie qu'un état exagéré de rut, par lequel on est despotiquement conduit à désirer et à pratiquer déraisonnablement non le coït seulement, mais F acte véftérien, quel qu'en soit le mode , alors la scène s'élargit , et ces affections méritent d'être placées parmi celles que l'on observe le plus souvent.

Cette manière de les envisager est celle que nous adopterons : pour nous les masturbateurset les masturbatrices effrénés sont aussi bien des satyriaques et des nymphomanes que les individus pour qui on avait réservé ces dénominations. Chez les uns comme chez les autres , en effet, le sens vénérien ayant acquis des proportions inaccoutumés et tout-à-fait en dehors de l'état normal, s'est emparé de l'esprit et commande des actions dangereuses,

ridicules , extravagantes , des actions que repoussent à la Fois la pudeur et la raison. On ne voit pas les masturbateurs , comme les autres satyriaques, se dépouiller en public de leurs vêtemens et solliciter de la voix et du geste des personnes d'un sexe opposé : leur imagination troublée, leur délire, suivent un tout autre cours. Qu'ont-ils besoin de provoquer un sexe dont ils savent si bien se passer, un ordre de jouissances dont souvent ils n'ont même pas la moindre idée ? C'est vers des plaisirs solitaires que le rut dont ils sont malades les porte incessamment. Leurs pensées, leurs actions ne sont pas pour cela moins obscènes que celles des autres satyriaques; seulement elles causent moins de scandale et ne révoltent pas, attendu qu'elles se passent dans l'ombre et restent dans le secret. Il n'y a donc entre le satyriasis des livres et celui des masturbateurs qu'une différence de forme : le fond est le même. Si cependant on veut que ce dernier satyriasis soit distinct du premier, qu'on lui donne un nom spécial , car il n'est pas moins que l'autre un état morbide. Mais ne vaut-il pas mieux les considérer seulement comme deux variétés de la même affection , variétés qui ont pour caractère différentiel de

pousser déraisonnablement l'une au coït et l'autre à la masturbation,

La force du satyriasis et de la nymphomanie onaniques se mesure d'après l'empire que le sens vénérien prend sur la volonté. Ces affections n'existent pas plus chez les individus qui restent maîtres de se livrer ou non à l'onanisme, que chez ceux quis'appartiennentassez pour ne s'abandonner, que lorsqu'ils le veulent, au coït. Ainsi donc on peut être masturbateur sans être onaniaque. On l'est, mais au moindre degré, quand le sentiment de la conservation possède encore assez de force pour résister aux désirs, quand on cède aisément aux réprimandes, aux punitions et en général aux entraves qu'on leur oppose. On peut considérer le satyriasis comme ayant déjà beaucoup d'intensité chez le masturbateur, quelle que soit d'ailleurs sa raison, qui est dominé par son fatal penchant, à ce point, que , malgré tous ses efforts , il se trouve dans l'impuissance complète de s'arrêter. C'est le cas où était, malgré toute l'étendue de ses facultés intellectuelles, un jeune homme dont MM. Bégin et Fournier ont rapporté l'histoire. 11 se livrait, depuis l'époque d'une puberté précoce, à la masturbation, et à dix-huit

ans , il présentait déjà les effets les plus fâcheux de cette habitude. Ce jeune homme était doué des qualités les plus brillantes de l'esprit; sa raison avait toute la maturité qui appartient à l'âge viril; il était éclairé par de profondes études et connaissait tout le danger où l'en tramait le goût irrésistible qui le portait avec violence aux plaisirs solitaires. 11 prenait la résolution de ne plus s'y livrer, mais y revenait incessamment, et disait, désespéré, de ne pouvoir observer, après chaque sacrifice honteux, les salutaires résolutions qu'il prenait sans cesse : « J'ai en moi deux volontés, l'une qui résiste, et l'autre qui m'entraîne : celle ci, pour me séduire, use du subterfuge le plus adroit et me dit toujours, ce

sera la dernière fois Ce jeune homme a

péri Si

Assurément, ce malheureux disait juste , quand il dénonçait l'existence en lui de deux volontés contraires : l'une d'elles, celle-là qui soumettait, l'autre, appartenait au sens vénérien : qu'on estime par le résultat la force qu'elle avait acquise! si l'exaltation sensuelle, qui impose une pareille volonté , ne constitue

1 Dict. des Scicnc. med. , t. XXXI, p. 110.

pas un véritable satyriasis , quel nom méritet-elle? Chez une jeune fille à qui j'ai donné des soins, le conflit entre les deux volontés eut une terminaison plus heureuse: ce n'est point le sentiment de la conservation qui eut les honneurs de la lutte, mais le désir de se conformer aux volontés d'un père. Déjà la détérioration était parvenue à un état avancé , quand on en découvrit la cause. Le père de cette jeune fille lui exprima la douleur et la honte que lui causait cette habitude, et finit par lui enjoindre de ne plus s'y livrer. Modèle de douceur et de docilité, cette jeune fille fit tous ses efforts pour complaire et obéir à son père; ce fut en vain : mais aussi, chaque fois que la volonté qui la portait à se masturber avait le dessus, la faute était confessée aussitôt que commise, et sans qu'on eût la peine d'en arracher l'aveu. On dut enfin se décider à faire usage de moyens coërcitifs. Eh bien, non seulement la malade se prêta de bonne grâce à ce qu'on lui attachât les mains chaque soir, mais elle suppliait son père de n'y pas manquer ; elle-même lui indiquait la manière dont les liens devaient être placés, afin qu'elle ne pût se soustraire à leurs entravcs;et,s'il lui arrivaitdeles éluder, elle iu manquait pas de JYu avertir. Le sens vénérien

n'étant plus excité, se calma peu à peu, devint moins exigeant, et finit par rentrer dans les limites que l'onanisme lui avait fait franchir. C'est ainsi que cette habitude se perdit, ou plutôt que \& nymphomanie, qui enétaità la fois le résultat et la cause, parvint à guérison.

Le satyriasis et la nymphomanie onaniques sont à leur plus grande intensité quand les individus n'ont plus la force de conserver le mystère, quand, se dépouillant de toute décence , ils se livrent a chaque instant, en tous lieux et même devant témoins, à leurs sales manœuvres. J'ai précédemment rapporté des exemples remarquables de cet état *. J'y joindrai le fait suivant, parce qu'il peut servir de type au degré le plus éminent de cette nymphomanie. La malade était une petite fille qui n'avait pas encore trois ans: couchée sur le carreau et s'appuyant contre un meuble, elle se livrait avec fureur à l'onanisme. Ni les caresses, ni les prières, ni la honte, ni les menaces, ni les punitions ne réussirent à la corriger. L'enfant grandit sans que cette affection diminuât: en société, à table, à la vue d'un objet agréable, elle s'abandonnait

{ Voyez particulièrement p. 135 et 138,

par tous les moyens possibles à ses manœuvres* Au moment de ses crises elle semblait avoir perdu presqueentièrementla vue etl'ouïe. Tout ce que les menaces et les réprimandes purent faire par la suite, fut qu'elle se contraignit en présence de ses parens ; mais du reste elle recherchait la solitude, et souvent on la trouvait exténuée et assoupie. Cet état résista aux moyens de l'art; le mariage ne fit que remplacer par des pratiques plus légitimes, celles .dont elle avait usé dès son enfance. Enfin elle devint enceinte et succomba pendant le travail de l'accouchement l.

L'onanisme n'est pas seulement une cause directe de satyriasis et de nymphomanie : il peut laisser dans les organes génitaux une certaine disposition qui, fécondée plus tard, est susceptible de dégénérer en l'une ou l'autre de ces affections. Le fait suivant, qui a été publié par M. Duprest-Rony, nous paraît être un exemple de ce cas.

« Un jeune homme de vingt ans, d'une complexion primitivement forte , presque athlétique, mais qui avait été affaiblie par des excès dont je vais, dit cet auteur , donner

' ' Dict. des Scienc. mrd. , t. XXXVI , p. 566.

l'histoire, -s'était, depuis l'âge de quinze à dixhuit ans, ahandonné à cet acte destructeur dont Tissot a si bien décrit les dangers. 11 s'y livrait de préférence dans le bain, et avait quelquefois porté le nombre de ses pollutions jusqu'à quinze dans un seul jour. Des excès aussi multipliés affaiblirent sa constitution, portèrent atteinte à la force de son intelligence, et mirent le trouble dans sa mémoire. D'après les avis de quelques personnes prudentes, ce jeune homme renonça à cette funeste habitude. De-. puis deux ans qu'il vivait dans la continence la plus exemplaire, sa constitution s'était raffermie, sa mémoire et ses autres facultés mentales avaient repris leur ancienne vigueur, lorsque ses parens, qui le destinaient au commerce, le placèrent chez un négociant. Il se livrait à ses nouvelles occupations avec tout le zèle et l'activité que comportaient son âge et sa constitution robuste : mais chéri de ce négociant et de sa femme , dont il recevait tous les jours des témoignages d'attachement, il s'abusa sur le sentiment qu'elle avait pour lui, et s'imagina qu'il en était tendrement aimé. De son côté, il la payait d'un vif retour. Placé entre la crainte de violer les devoirs de la reconnaissance et le désir de posséder cette

femme, qui n'était cependant ni jeuneni jolie, sa situation devint de jour en jour plus pénible et plus embarrassante. Quand , par hasard, elle jetait un coup d'œil sur lui, il entrait en érection, et ne tardait pas à éjaculer. La nuit il avait des pollutions fréquentes. Bientôt on s'aperçut d'un dérangement dans les facultés de son entendement. Ce dérangement lui survint après la lecture de Phèdre , tragédie de Racine : il s'identifia tellement avec les personnages de cette pièce, qu'il s'imagina être Hippolyte , regarda sa maîtresse comme Phèdre, et fit un Thésée de son époux. Plus amoureux qu'Hippolyte, et non moins vertueux que lui, il conçoit le projet bizarre d'aller se jeter aux pieds de Thésée, et de lui avouer ce qui se passait dans son cœur. Il y met tout le pathétique que pouvait comporter le sujet. « Thésée, lui dit-il , le crime n'est pas encore consommé ; votre femme n'est pas encore coupable; jusqu'icij'airésistéà ses prières, à ses larmes; mais je ne suis plus maître de moi-même, et, si vous ne m'éloignez de sa présence, il faudra que je succombe. » Il n'est besoin de dire quel fut l'étonncment du prétendu Thésée. Il prit le parti d'éloigner le jeune homme. Cet éloignement dissipa le dé-

lire; mais les érections suivies d'émission de semence continuèrent. L'estomac et le tube intestinal étaient frappés d'atonie : le malade désirait les alimens avec avidité; mais dès qu'il les avait pris, il éprouvait des douleurs dans la région épigastrique , et du malaise dans le reste du corps. Cependant la maladie finit par céder à l'emploi combiné des antispasmodiques et des toniques, et ce jeune homme, marié depuis cinq à six ans, jouit de la meilleure santé1. »

Au lieu de la disposition dont il vient d'être parlé, la masturbation peut laisser, dans les parties génitales une irritabilité d'un genre différent, et dont les résultats ne sont rien moins qu'agréables. Ce cas s'est présenté à moi chez une jeune femme à laquelle j'ai souvent donné mes soins. Elle s'était livrée en pension à tous les excès de l'onanisme. Mariée à dix-sept ans , elle put connaître enfin ce dont elle s'était fait, me disait-elle, l'idée la plus voluptueuse. Quel désappointement! Le mariage ne fut le plus souvent pour elle qu'une source de malaise et de douleurs ; ou bien, et

1 Dissertât, sur le satyriasis , Paris , an xn , in-8°.

tétait le cas le plus heureux, elle était complètement insensible aux caresses de son époux , ou bien elle éprouvait, en les recevant, les sensations les plus désagréables. Alors un état pénible de spasme et de convulsions s'emparait d'elle, et se prolongeait plusieurs heures encore après que sa cause avait cessé d'agir. Plus d'une fois je fus appelé, au milieu de la nuit, pour remédier à cet état , qui inspirait toujours de vives inquiétudes. Cette dame, au surplus, était d'une susceptibilité physique excessive, et se plaignait habituellement de quelques unes des incommodités nombreuses qu'on rapporte à l'hystérie. Je ferai remarquer, en outre , qu'elle présentait toutes les apparences extérieures du tempérament lymphatique, qu'elle avait offert, pendant sa jeunesse, les symptômes les plus prononcés de scrophules, et qu'aujourd'hui elle n'en est pas encore complètement exempte,bien qu'elle soit âgée de vingt-deux ans. Ces circonstances, qui ne coïncident pas ordinairement avec une sensibilité bien vive, ne prouvent-elles pas que c'est au long abus que cette dame a fait d'elle-même, qu'elle doit son impressionnabilité excessive , et particulièrement l'irritabilité extrême qu'offre chez elle le système utérin ?

hepriapisme; c'est-à-dire, l'érection permanente de la verge , sans plaisir, et même , dans certains cas , avec douleur, est quelquefois résulté de sollicitations indiscrètes. Ce fait a été vu particulièrement chez de jeunes enfans dont on avait excité les parties génitales par de coupables attouchemens. Il a été aussi observé sur des vieillards : Cselius-Aurelianus en rapporte l'exemple suivant : « Ejus memor est ( dit-il ) in libro signorum De?netrius-Attaleus , dicens, quod hoc in quodam viderit sene , atque in seipsum manu opérante* ?iec quidquam tamen potuisse peragere ; tensionem autem fuisse veretri nimiam , cum parvo dolore , ut cornu putaretur, et ita persévérasse multis mensibus ; nulli quoque adjutorio medicinali cessisse, sed tardo atque longo tempore requievisse1, »

La sensibilité des organes génitaux peut finir, à force d'être excitée, par s'épuiser et disparaître. Les manœuvres, qui d'abord amenaient si promptement le résultat désiré, deviennent impuissantes à réveiller un sens qui peu à peu s'épuise et s'anéantit. Elles peuvent encore

1 Lib. III , cap. xviij.

quelquefois déterminer l'érection de la verge, même la jeter dans un priapisme incommode ou douloureux ; mais elles ne parviennent pjus à réchauffer ce foyer de jouissance qu'elles ont elles-mêmes éteint. L'esprit, que le sens vénérien dominait en maître, veut commander à son tour; mais il n'est point , il ne peut plus être obéi. Il faudrait, lorsque cette sorte de paralysie arrive, quelesouvenir des jouissances passées. se perdît; mais il survit impitoyablement, et c'est en lui seul maintenant qu'existe le besoin qui naguère venait des parties génératrices. Tourmenté par ce souvenir, le masturbateur blasé tourmente à son tour ses organes engourdis. N'obtenantplusriende ses anciennes méthodes, il en invente de nouvelles, et finit par tomber dans le bizarre, le monstrueux, l'horrible. Ses pensées d'autrefois, comparées à celles qui l'obsèdent maintenant, n'étaient que de candeur et d'innocence. L'onanisme, tel qu'il le pratiquait, pourrait presque passer pour une action louable, à coté de celles qu'il rêve à présent, et que, s'il peut, il exécute. S'il porte encore la main sur lui, elle est armée, car, seule, elle ne suffirait plus. Ce n'est point à la surface de ses organes qu'il cherche les sensations que

son impitoyable mémoire exige de lui; cetle surface est morte pour le plaisir : il le cherche plus profondément, là où sa main n'étant jamais parvenue , quelques restes de sensibilité peuvent se trouver encore. Des manœuvres que précédemment il eût regardées comme une torture, il n'hésite pas à s'y livrer. Au besoin, il se meurtrit, se déchire; il ne reculera devant rien, pourvu qu'il sente, fût-ce de la douleur, car, à tout prix , il faut qu'il sente. Cela dure jusqu'au moment où ces dangereuses ressources viennent aussi à lui manquer, ce qui arrive inévitablement, soit parce qu'elles se sont usées elles-mêmes , soit à cause des accidens graves qu'elles finisssent par amener.

Le fait suivant qu'on trouve dans le traité des maladies des voies urinaires de Chopart, fournit un exemple presque incroyable du degré d'insensibilité où la verge peut parvenir, et du délire où peut tomber un homme qui, ayant épuisé ses facultés viriles à force d'excès, reste sous le joug de ces mêmes passions qui l'ont réduit à ce triste état.

Un berger du Languedoc, Gabriel Gallien, s'était livré à la masturbation dès l'âge de quinze ans, répétant cet acte jusqu'à huit fois

par jour. Il finit par ne pouvoir éjaculer que rarement, se polluant quelquefois pendant une heure avant que l'émission séminale ait lieu . Il lui arrivait souvent,quand elle s'opérait, d'entrer dans un état de convulsion général, etde ne rendre,au lieu de sperme, que quelques gouttes de sang. Pendant onze ans, Gallien ne se servit que de ses mains, mais à vingt-six ans. ne pouvant plus arriver à ses fins avec leur secours, qui ne parvenait qu'à entretenir dans la verge un priapisme presque continuel, il s'avisa d'irriter l'urètre avec une baguette de bois d'environ six pouces de longueur, que chaque jour il introduisait à plusieurs reprises et durant un temps assez long. Pendant seize ans il se fit éjaculer à l'aide de ce rude frottement, mais à la fin le canal de l'urètre devint dur, calleux et tout-à-fait insensible : la baguette alors se trouva inutile, ce qui fut pour Gallien la plus grande des infortunes. Une érection continuelle et que rien ne pouvait apaiser, le tourmentait. Notez qu'il avait pour les femmes une aversion insurmontable, ce qui n'est pas rare chez les masturbateurs. Il devint mélancolique et négligea son troupeau, ne songeant qu'aux moyens d'apaiser ses désirs. Désespéré de n'obtenir aucun succès d'une

foule de tentatives, il s'avisa un jour de s'armer de son couteau, et de se faire une incision au gland, suivant la direction du canal de l'urètre. Croirait-on qu'une pareille opération, loin de lui causer de la douleur, lui procura une sensation agréable et produisit une abondante éjaculation spermatique. Dès lors, heureux d'avoir fait une découverte qui lui permettait de satisfaire ses goûts, il répéta souvent la même expérience qui toujours était suivie du même résultat.

Après avoir recommencé, peut-être mille fois, cette horrible mutilation, ce malheureux parvint à se fendre la verge en deux parties égales, depuis le méat urinaire jusqu'à la partie de l'urètre qui répond au dessus du scrotum et près de la symphise du pubis. Quand il éprouvait une hémorragie trop abondante , il l'arrêtait en liant sa verge avec une ficelle. Les corps caverneux pouvaient encore entrer en érection, mais alors ils divergeaient à droite et à gauche. Lorsque la section de la verge fut arrivée au pubis, le couteau de notre berger lui devint inutile : nouvelles privations, nouveau chagrin , puis nouvelles tentatives. Il eut recours à une baguette plus courte que la première et qu'il insinuait dans la portion du

canal de l'urètre qui lui restait : la titillation étant, ainsi portée sur les orifices mêmes des conduits éjaculaleurs , l'excrétion du sperme avait lieu. Pendant dix ans il parvint à satisfaire, par ce nouveau moyen, la fureur dont il était possédé: enfin, un jour, il enfonça sa baguette avec si peu de précaution, qu'elle lui échappa des mains et tomba dans la vessie ! Bientôt il éprouva de cruels accidens : toutes les tentatives qu'il fit pour expulser le corps étranger furent sans succès. Des douleurs aiguës au périnée, à la vessie, la rétention des urines, le pissement de sang, le hoquet, le vomissement, une diarrhée sanguinolente, obligèrent ce malheureux d'aller à l'Hôtel- Dieu de Narbonne consulter le chirurgien de cet établissement, qui fut, comme on le conçoit bien , fort étonné quand , au lieu d'une verge, il en trouva deux, dont chacune avait à peu près le volume d'une verge ordinaire. Les douleurs atroces qu'éprouvait le malade décidèrent ce chirurgien à faire l'opération de la lithotomie , au moyen de laquelle il fit l'extraction de la baguette, qui, bien qu'elle n'ait séjourné que trois mois dans la vessie, était incrustée d'une grosse masse olivaire rie matière caleuleuse à l'une de ses extré-

mités. Après quelques accidens qui tenaient à la débilité du sujet et à la détérioration de son tempérament, la guérison de Galiien s'opéra: mais trois mois après il fut atteint d'une maladie de poitrine dont il mourut. L'ouverture du cadavre fit voir qu'une phthisie pulmonaire , suite de ses trop longs excès , avait terni iné ses jours.

Quelle que soit la dégradation où l'onanisme peut conduire, je ne crois pas qu'on pourrait citer un second exemple d'une pareille mutilation. Quant à l'idée malheureuse que Galiien avait eue de s'introduire un corps étranger dans l'urètre, elle est souvent venue à d'autres qui avaient usé comme lui, et sans se corriger, les ressources ordinaires de la masturbation. Ces malheureux ont toujours été conduits devant les gens de l'art, soit par les maladies que cette dangereuse méthode leur avait causées, soit, et bien plus souvent encore, par des accidens dont leur imprévoyance les rendait victimes tôt ou tard. En effet, ce qui est arrivé à Galiien , leur arrive , et quelques précautions qu'ils prennent, l'instrument leur échappe pour passer dans la vessie. Alors les souffrances les plus aiguës et la perspective d'une mort prochaine ne permettent plus de

dissimuler ce que l'on cachait avec tant de soin , et force est d'implorer et de subir une opération toujours très douloureuse, et qui n'est pas, il s'en faut de beaucoup, exempte de dangers.

Citons quelques exemples de ce genre d'accidens.

Un maître de pension des environs de Saumur en était venu, comme Gallien, jusqu'à se titiller le canal de l'urètre en y portant des corps étrangers. Il se servait particulièrement d'un fil de fer long de sept à huit pouces , dont il avait eu soin de recourber le bout en forme de crochet ou d'hameçon , vraisemblablement pour se procurer des jouissances plus vives. Un jour qu'il procédait à cette singulière manœuvre, et qu'il abandonnait sa main aux mouvemens les plus désordonnés, il sentit tout à coup une vive douleur. Le canal était crevé dans sa partie membraneuse. Ce malheureux fit de nombreuses tentatives pour retirer ce long fil de fer ; mais le crochet , qui s'était engagé dans les parties molles, rendit la chose absolument impossible. En proie à la souffrance et à la honte , il voulut à tout prix se délivrer. A cet effet, il arrondit la partie libre du (il de fer en forme d'anneau, se proposant

de rendre ainsi la traction plus forte. Il tira en effet autant qu'il put, et au point de rompre l'anneau : le fer n'en resta pas moins en place. S'abandonnant alors au désespoir le plus affreux , il attendait la mort , lorsque l'excès de la douleur le décida enfin à appeler un chirurgien. Ce fut le docteur Fardeau, de Saumur.

La verge était énormément tuméfiée , ainsi que la peau du scrotum : tous les tissus qui se trouvent au point d'insertion de la verge au pubis étaient également gonflés, chauds et douloureux. Le ventre commençait à se ballonner; il y avait suppression d'urine; le visage était rouge et l'œil visqueux; le cerveau commençait à se perdre; le pouls était dur, fréquent et concentré. M. Fardeau saisit la portion libre du fil de fer , exerça sur elle de légères tractions, et acquit de suite la preuve que l'autre extrémité de ce fil était arrêtée par un obstacle insurmontable. Explorant alors les parties avec la plus grande attention , il ne fut pas peu surpris quand il reconnut, à n'en pouvoir douter, que le crochet était fiché dans le bord interne de la tubérosité ischiatique. Une incision oblongue fut pratiquée en cet endroit, le crochet put être saisi, et le fil

de fer fut extrait par le périnée. Le malade éprouva de suite un soulagement marqué , et finit par se rétablir complètement1.

M. Saraillé a rapporté un exemple analogue à celui qu'on vient de lire. Le malade, qui avait cinquante ans , fit appeler ce chirurgien le 18 octobre 1813, lui déclarant qu'il avait eu le malheur de laisser échapper, dans le canal de l'urètre, un carrelet à matelas long de quatre pouces, avec lequel il se masturbait depuis trois ans. Cet intrument avait disparu de ses doigts à l'instant qui précède l'éjaculation. 11 crut d'abord qu'il serait expulsé au moment où celle-ci s'opérerait; mais les choses ne se passèrent pas ainsi : l'aiguille avait été introduite dans l'urètre par le talon, et la pointe, dirigée en haut, s'était fixée près la racine de la verge. Après huit jours de souffrance, pendant lesquels la présence de ce corps excitait des érections fréquentes, M. Lallemand (de la Salpétrière) parvint à l'extraire au moyen d'une opération 2.

Le nombre des individus qui se sont mis dans le même cas est considérable. Tous se persuadent qu'ils resteront maîtres du corps

' Lancette française , du lrr octobre 1831.

2 Journal de med. ehir. et pharm., t. XXVIII, p. 290

dont leur dépravation s'est armée, ettous sont victimes de quelque circonstance qu'ils n'ont pas su, qu'ils ne pouvaient prévoir. Un jeune homme de dix-neuf ans, dont M* Louis Senn a rapporté l'observation, se servait d'une tige herbacée qu'il s'introduisait dans l'urètre : elle se rompit , et l'on fut obligé , après de longues souffrances, de pratiquer l'opération de la taille pour l'extraire , elle et les calculs dont elle était devenue le noyau l . Pareille chose est arrivée à un homme de 38 ans, qui a reçu les soins de M. Rigal. Cet homme se masturbait en in troduisant, dans le canal del'urètre,etjusque dans la vessie une tige deg\ayeul(gladiolus communis). Cet instrument de sa brutale passion, s'étant brisé, tomba dans la vessie, et après deux mois de douleurs et de dangers, on dut se décider à l'opération de la taille pour en faire l'extraction. Il avait deux pouces de long, et s'était déjà couvert d'une concrétion saline d'une à deux lignes d'épaisseur 2. Bonnet, ancien chirurgien de l'Hôtel-Dieu de Clermont- Ferrand , racontait, dans ses leçons, qu'un vigneron se polluait avec une petite baguette

1 Journal univers . des scienc. med., octobre 1829.

2 Annales de la soc. de med. de Montpellier, n° 87, 1810 , p. 297.

de sarment : pendant l'émission du sperme, il lâcha le bâtonnet qui s'enfonça dans le canal de l'urètre et parvint dans la vessie, où il détermina des accidens tels, qu'on dut pratiquer la lithotomie. Le corps extrait avait trois pouces de longueur et trois lignes d'épaisseur *. Croirait-on que M. Civiale a extrait, de la vessie d'un homme , au moyen de la lithotritie , un.... haricot qu'il s'y était introduit onze mois auparavant , et qui donnait lieu à tous les accidens de la pierre2? Si je voulais citer tous les faits de cette nature , il me faudrait, pour eux seulement, un volume. On en trouve dans les éphémérides des Curieux de la nature, les mémoires de l'Académie royale des sciences , ceux de la Société royale de médecine, de l'Académie de chirurgie; dans les ouvrages de Chopart, Deschamps, Lamotte, Tolet, Morgagni, Vanswiéten, Morand , Pouteau, etc. , etc. Vraiment on ne sait ce qu'il faut ad mirer le plus, ou de la dépravation qui conduit à de pareilles manœuvres , ou de la confiance inconcevable de ceux qui ne craignent pas de s'y livrer.

1 Dictionnaire des scienc. me'd., t. VII, p. 42.

2 Séance de l'Académie royale de médecine, 27 mars 1828.

Les dangers de ces pratiques ne se réduisent point à ceux qui sont exposés dans les faits qu'on vient de lire : elles ne se bornent pas non plus à épuiser le reste de sensibilité qui s'était conservé dans les organes génitaux. Constamment elles finissent par déterminer des maladies chroniques de l'urètre et de la vessie. Irrités continuellement par des applications qui, chez les individus non blasés, sont toujours très douloureuses , ces organes s'enflamment, des indurations, des ulcérations, des rétrécissemens se forment dans le canal de l'urètre, après quoi surviennent tous les accidens des blennorrhagies aiguës et chroniques, des rétentions d'urine et du catarrhe vésical.

Le délire vénérien a conduit d'autres individus à faire usage de procédés non moins ridicules et tout aussi dangereux. La verge de ces malheureux est restée emprisonnée dans des corps où ils s'étaient imaginés de l'introduire pour simuler une action plus naturelle. Sabatier rapporte le cas d'un jeune homme qui avait ainsi passé sa verge dans un anneau de clef.Cet anneau avait été poussé très haut vers le pubis, et on ne pouvait plus le voir tant

le gonflement était considérable : celui-ci s'accrut encore par les efforts douloureux que faisait le malade pour sortir de sa prison ; cependant, après avoir bien graissé les parties avec de l'huile, on parvint à faire glisser l'anneau jusqu'à la couronne du gland : là il fut arrêté , et on ne put en délivrer la verge qu'après y avoir fait des scarifications pour en diminuer l'engorgement. Il se détacha dans la suite des escarres qui laissèrent des plaies profondes , lesquelles furent suivies de cicatrices qui rendirent la partie difforme quoiqu'on eût pris la précaution d'introduire une sonde dans l'urètre pour prévenir cet inconvénient1. Le même auteur rapporte qu'un jeune homme avait passé sa verge dans un anneau de cuivre. On fut assez heureux pour couper cet anneau avec de forts ciseaux. Un autre s'était servi d'une virole de fer de vingt-sept millimètres d'ouverture, épaisse de quatre, et assez mal polie. La partie se gonflant, il se forma un bourrelet fort épais au dessus et au dessous de la virole. Un serrurier, que l'on fit venir pour la limer, déclara qu'il ne pourrait le faire sans s'exposer à blesser le malade:

' De la Médecine opératoire , édit. de 1821 , t. IV, p. 102.

mais de petits morceaux de bois ayant été passés en dessous du métal , facilitèrent cette opération qui fut très longue. C'est aussi par le même moyen , c'est-à-dire, avec une lime, que l'on put délivrer un autre malade d'un anneau dans lequel il avait passé sa verge , et qui avait produit un engorgement tel , que la partie était menacée de gangrène r.

Un des cas les plus horribles de ce genre est celui d'un jeune homme qui, prenant un bain, imagina de se masturber, en introduisant sa verge dans le trou pratiqué à la baignoire pour l'écoulement de l'eau. Bientôt la tuméfaction du gland devint telle, qu'il lui fut impossible de se retirer de ce trou où il était aussi serré que dans un étau. Les cris affreux de cet insensé firent accourir à son secours , et ce ne fut pas sans peine qu'on parvint à le délivrer des entraves qu'il s'était luimême forgées 2.

Plusieurs observations semblables à celles qu'on vient de lire se sont offertes à la pratique de M. Dupuytren. Une d'elles est relative à un jeune homme qui se présenta à la clinique de

1 Idem, p. 103.

a Die lion, des scienc. médic. , l. XXXI , p. 107

l'Hôtel-Dieu , portant une bobèche de chandelier au devant de laquelle le gland s'était énormément tuméfié. Aucun effort n'ayant pu détacher ce corps étranger, il fallut , avec de fortes pinces, en briser d'abord le pavillon qui était situé en arrière; on fut ensuite obligé de limer la portion cylindrique qui environnait immédiatement le pénis1.

Il serait trop long de reproduire la simple énumération des faits de ce genre qui ont été notés par les praticiens; mais une chose assez commune, dont ils n'ont pas parlé, et qui s'est présentée plusieurs fois à M. Dupuytren , consiste dans la ligature du pénis , au moyen d'une ficelle mince ou d'un fil solide. Des jeunes gens, et même des adultes, se sont ainsi serré la verge dans des accès de délire erotique, au point que ne pouvant plus dénouer le lien, une section circulaire s'est faite à la peau, et. que l'urètre lui-même a été ouvert et comme incisé. Il est évident que dans ces cas, il n'y a d'autre parti à prendre que de couper avec précaution le fil ou la ficelle, de panser les plaies et d'introduire ensuite une sonde de

■ addition à ta Médecine opératoire de Sabatier , t. IV, p. 104.

gomme élastique dans la vessie, afin de prévenir la formation d'une fistule urinaire, ou d'un hypospadias accidentel \,

Une autre espèce d'étranglement, beaucou p moins grave cependant que ceux dont il vient d'être parlé, peut résulter de la masturbation ou du coït cbez les individus qui ont l'ouverture du prépuce trop étroite. Ce prolongement de la peau , après avoir été ramené trop violemment derrière la couronne du gland, étreint la verge, comme pourrait le faire un corps étranger, et ne peut plus être replacé dans sa situation primitive : il existe alors un paraphimosis. Tous les auteurs qui ont traité de cette affection, ont placé parmi ses causes celle dont nous parlons. J'ai vu plusieurs exemples de ce cas : je ne citerai que celui d'un petit garçon de sept à huit ans, chez lequel cet accident s'était produit pendant la masturbation. Le gland était tuméfié et le prépuce formait un bourrelet volumineux autour de lui ; les parens effrayés eurent recours à mes soins : des pressions méthodi-

1 Idem, p. 104.

ques et suffisamment prolongées , remirent aisément les choses dans leur état précédent.

Une autre affection du prépuce peut résulter de l'excitation continuelle de cette partie : c'est Y herpès prœputialis. Heureusement que cette éruption est une maladie légère, et qui d'ordinaire se termine dans l'espace d'un ou deux septénaires, même sans traitement r.

Il arrive souvent que chez les individus qui se repaissent d'idées lascives , il s'écoule habituellement par l'extrémité de la verge, sans qu'il y ait eu masturbation ou coït, un mucus visqueux, blanchâtre, qui, en se desséchant, laisse sur le linge des taches semblables à celles que du blanc d'œuf y aurait faites. Les lèvres du méat urinaire peuvent aussi être collées par le dessèchement de ce mucus. Cet écoulement, qui a été décrit par J. Hunter2, n'est pas une maladie, bien qu'il en ait toutes les apparences et qu'il jette cer-

' Rater. Dict. de méd. et chirurg. prat. , t. IX , p. 63. 2 Traité des Maladies vénériennes , traduction d'Ainliberli , p. ?0(i.

laines personnes dans un état de crainte continuel, parce qu'elles s'imaginent avoir contracté une blennorrhagie ; cependant il est le produit d'une excitation plus grande que de coutume , de la membrane muqueuse qui tapisse le gland et l'urètre. Or, si le simple éveil du sens vénérien peut causer un tel effet, que ne doit-on pas attendre des excès de coït ou de masturbation? Aussi trouve-t-on ces excès mentionnés partout où il est question des causes de la balanite et de la blennorrhagie : sur ce point tous les auteurs sont d'accord, et s'ils ne rapportent que peu d'observations particulières à l'appui de cette opinion , c'est parce que celle-ci n'ayant été l'objet d'aucune contestation, elles auraient un intérêt trop médiocre pour mériter qu'on les publiât. En voici cependant une que je trouve dans une dissertation de J. F. Closs. ïl s'agit d'un jeune homme adonné à la masturbation, qui avait depuis plus de six mois un écoulement gonorrhéique qu'il avait toujours négligé, parce qu'il ne lui faisait aucun mal : cependant, la matière de l'écoulement étant devenue acre, verte, jaune, il fut obligé de chercher du secours. Il protesta sous serment n'avoir jamais vu de femme de sa vie; aussi Closs n'hésite-t-

il pas à regarder cette blennorrhagie comme un résultat de la masturbation, dont le malade avait contracté l'habitude, même avant .sa puberté '.

Cet accident se rencontre plus fréquemment encore après les excès de coït, surtout quand ils coïncident avec des excès de boisson, ainsi que M. le professeur Lallemand en a fait la remarque 2 , ou s'ils ont eu lieu avec une femme dont les parties génitales étaient trop étroites. On l'observe souvent chez les nouveaux mariés, et je l'ai vu, plus d'une fois, donner lieu à des soupçons et à des reproches non mérités. C'est, au reste, chose avérée que des excès, entre deux individus dont les parties génitales sont d'ailleurs parfaitement saines, peuvent produire chez l'un des deux, ou même chez l'un et l'autre, une blennorrhagie plus ou moins intense. MM. Cuilerier et Ralier disent qu'ils ont eu l'occasion de vérifier ce fait un grand nombre de fois , et ils assurent avoir procédé à l'examen avec assez de soin et d'attention, pour être certains de

1 De Gonorrhea vlrulenta , etc., Tubing , 17 64. 1 Observât, sur les maladies des organes ge'nito- urinai re s 1827, p. 356.

n'avoir pas été induits en erreur1. Reste à savoir si une pareille blennorrhagie est suseeptible d'être communiquée. M. Cassan a inséré dans le Bulletin universel de M. de Férussac, une note où il avance que beaucoup de faits observés chez l'homme et les animaux, surtout dans la race bovine, prouvent que la blennorrhagie , qui est le simple résultat d'excès vénériens entre individus sains, prend facilement un caractère contagieux , s'accompagne de symptômes analogues à ceux de la syphilis et en réclame le traitement 2.

L'inflammation de l'urètre peut devenir très intense et s'étendre à la vessie, particulièrement quand les excès vénériens ont agi concurremment avec ceux de boisson : alors l'écoulement des urines peut être entravé, interrompu, et, conséquemment, tous les symptômes de la dysurie et de la strangurie peuvent survenir. Le catarrhe vésical chronique s'observe fréquemment aussi sur les individus qui ont fait un abus répété des plaisirs de l'amour» Montègre , parlant d'une espèce de cystite, qu'il appelle hémorrhoïdes vésicales,

1 Dicl. de méd. et chirurg. prat. , 1. iV, p. 137.

21)5 met au nombre de ses causes les excès vénériens et spécialement les titillations répétées, qui entretiennent pendant long-temps, dans les organes génitaux, un demi-orgasme qui n'est terminé par aucune crise1.

M. Lallemand rapporte l'observation d'un individu qui, s'étant livré à des excès vénériens prolongés, éprouva de fréquentes envies d'uriner et ne put vider sa vessie qu'avec beaucoup de difficulté ; enfin ne pouvant plus uriner sans l'aide d'une sonde, il apprit à se la passer lui-même : son introduction ne rencontrait aucun obstacle , quoique la vessie ne pût se vider sans son secours : l'urine était trouble, épaisse, et déposait une grande quantité de glaires filantes qui s'attachaient aux parois du vase. On pratiqua sans succès la cautérisation de la portion prostatique de l'urètre. M. Lallemand pense qu'il y avait développement morbide du lobe moyen de la prostate2; chez un autre malade, dont cet excellent observateur a aussi publié l'histoire, les excès de masturbation parurent seulement

1 Diction, des scienc. med. , ait. Hémorroïdes , |>. 655. ' Observât, sur les maladies des organes génito-vr inaires , v. 159.

avoir prédisposé à une inflammation chronique des organes génito-urinaires, qui se développa sous l'influence de l'usage abusif du café *.

On conçoit que si le coït et la masturbation peuvent causer toutes ces phlegmasies, ils peuvent à plus forte raison les entretenir, les exaspérer ou en amener des rechutes : aussi les plaisirs de l'amour doivent-ils être rigoureusement interdits aux personnes qui ont des maladies des voies génito-urinaires. Souvent on a vu l'inflammation aiguë du canal de l'urètre* la blennorrhagie, passer à l'état chronique, devenir une blennorrhée, par un seul acte vénérien. Cette cause peutmême, suivant Swediaur, opérer cette transformation plusieurs mois après la terminaison apparente de la blennorrhagie aiguë2.

L'incontinence d'urine peut-elle être produite par des excès de coït ou de masturbation? Tout ce que je peux dire à cet égard , c'est que j'ai vu plus d'une fois cette maladie chez de jeunes masturbateurs. Ajoutons que M. Sainte- Marie l'a placée au nombre des symptômes de

1 Observ., etc, ici. p. 440.

3 Trait, des maladies véncr. , t. I, p. 136.

la pollution involontaire diurne l , et que M. Lallemand a remarqué que la plupart des individus affectés de cette pollution avaient été sujets , dans leur enfance , à l'incontinence d'urine2. Après cela, ne peut-on passe demander si les rapports qui existent entre ces deux affections ne s'étendraient pas aux causes qui les déterminent ?

Une des conséquences les plus ordinaires des excès vénériens consiste dans la perte involontaire de la semence. Cette maladie , qui a reçu les noms de spermatorrhée , de pollution involontaire , peut encore être déterminée par d'autres causes ; mais comme c'est le plus souvent des excès de masturbation et de coït qu'elle résulte, nous allons lui consacrer une attention toute spéciale.

Considérons le mode suivant lequel l'excrétion du sperme s'effectue dans l'état normal. Elle est à la fois la conséquence éloignée d'une action volontaire et le résultat immédiat de contractions involontaires. On exalte

' Traduction de Wichm^nn , y. 12 3 /.or. cit., p . 467 .

volontairement le sens vénérien , soit par la copulation , soit par l'application de la main ; cette exaltation , on la pousse aussi loin que possible ; puis un moment arrive où une crise, tout-à-fait indépendante de la volonté, vient y mettre un terme. Cette crise a lieu plus tôt ou plus tard ; même la volonté peut, en excitant ou en modérant le sens vénérien , la hâter ou la retarder ; mais toujours est-il que, lorsqu'elle s'opère, c'est en vertu de contractions indépendantes de la volonté , c'est-àdire, d'une véritable convulsion.

Cette dernière action a deux temps bien marqués. Dans le premier, le sperme passe des vésicules séminales dans le canal de l'urètre ; dans lç second , cette liqueur est violemment poussée au dehors. La contraction des vésicules séminales , et peut-être aussi celle des muscles releveurs de l'anus, voilà les puissances en vertu desquelles le sperme arrive dans l'urètre. Ce sont les muscles du périnée , et particulièrement le bulbo-caverneux qui, en se contractant, opèrent l'éjaculation proprement dite. Le gonflement et la dureté du corps caverneux fournissent à ce muscle une résistance qui lui permet de comprimer plus efficacement le sperme dont est rempli

l'urètre, et ie redressement de ce canal par l'érection rend plus facile l'expulsion de cette liqueur. Tous ces mouvemens s'opèrent par secousses et, je le répète, convulsivement, sans le secours de la volonté.

L'excrétion involontaire du sperme , la pollution morbide, peut avoir lieu , tantôt suivant le mode que nous venons de décrire, tantôt d'une toute autre manière. Dans le premier cas , elle ne diffère de ce qui se passe dans l'état normal qu'en ceci, qu'elle n'a pas été précédée des pratiques , des attouchemens qui constituent l'action volontaire de l'homme. Dans le second cas, l'excrétion du sperme se fait sans convulsion; elle a lieu comme celle de la salive, des larmes, de la bile. La semence arrive dans l'urètre et s'en écoule uniquement, parce qu'il y est arrivé ; bref, il n'y a pas d'éjaculation, et ceci se conçoit, car, d'un côté, il n'y a pas dans les organes génitaux une excitation assez forte pour faire entrer en convulsion les puissances éjaculatrices , ce que prouve la nullité ou l'excessive faiblesse de la sensation vénérienne; et de l'autre, une des conditions indispensables de l'éjaculation, V érection de la verge n'a pas lieu. Il existe donc deux espèces de pollution involontaire, l'une qui est convulsive et

l'autre qui ne l'est pas. Entre ces deux espèces il y a des degrés intermédiaires , dans lesquels la spermatorrhée participe plus ou moins de l'une ou de l'autre, où l'on voit une quasiérection, une quasi-convulsion, une quasi-éjaculation : souvent même ces degrés marquent le passage de la spermatorrhée convulsive à la spermatorrhée non convulsive; car le plus ordinairement celle-ci a été précédée de l'autre. Nous verrons aussi plus loin que ces deux affections ne s'excluent pas d'une manière absolue, et que l'éjaculation du sperme est encore possible chez quelques individus qui présentent habituellement un flux insensible de cette liqueur.

Les pollutions involontaires ont été autrement distinguées jusqu'à ce jour : on les a divisées en pollution diurnes et nocturnes. Ces distinctions ont le double inconvénient de n'être basées que sur des circonstances accessoires et de présenter les faits d'une manière inexacte. Que des pollutions arrivent le jour ou la nuit, qu'importe , s'il n'y a pas entre elles d'autres différences. Si, au contraire, il en existe de plus essentielles, pourquoi ne pas les saisir et les mettre au plan qui leur appartient? et d'ailleurs ne voit-on pas la spermator-

rhée non convulsive, la nuit comme le jour, et la spermatorrhée convulsive, Je jour comme la nuit? Voilà les raisons pour lesquelles j'ai cherché àdistingu er ces affections, d'après des bases plus logiques ; ce qui m'a conduit à choisir la distinction nouvelle que je viens de proposer.

La spermatorrhée convulsive peut arriver chez tous les hommes et sous l'influence d'une multitude de causes, sans pour cela qu'il y ait maladie. Elle peut même , après un excès de continence, être une crise favorable. Cette pollution n'a réellement un caractère pathologique que lorsque, se répétant trop souvent, ou dans des circonstances défavorables, elle produit le même résultat que les excès de coït ou de masturbation , ce qui généralement n'a lieu que chez les individus affaiblis déjà par cette sorte d'excès. Le sommeil est de toutes les conditions où l'individu peut se trouver, celle qui est la plus favorable à l'accès spermatorrhéique : c'est pourquoi on a donné à celui-ci le nom de pollution nocturne. La température du lit et le coucher sur le dos , circonstance qui favorise l'échauffement, l'excitation de la partie inférieure de la moelle épinière, peuvent aussi provoquer l'excrétion convuU

sive du sperme. Mais ce qui surtout en est la cause, c'est que pendant le sommeil des sens externes, les sens internes commandent seuls, et se font d'autant mieux obéir, que l'action des autres est complètement suspendue. Cabanis exprimait ce fait, en disant que les organes génitaux, bien loin de partager l'assoupissement des sens extérieurs, paraissent acquérir plus d'excitabilité, à mesure que ces derniers s'endorment 1. Je considère ce qui se passe alors comme analogue à ce qu'on observe chez les idiots, qui, sourds, aveugles, morts pour la vie de relation, s'abandonnent à tous les excès pour satisfaire un sens dont l'exaltation va souvent chez eux jusqu'à constituer un satyriasis habituel.

Si le sommeil est très profond, la pollution peut s'opérer sans que le sujet en ait la conscience, ou du moins, sans qu'au réveil il lui en reste un souvenir : la perte séminale n'est alors révélée que par son produit matériel, et par l'état de fatigue, de faiblesse, de malaise, qu'elle laisse ordinairement après elle. Mais le plus souvent un rêve lascif, somnum venereum, accompagne la pollution. Ces rêves ne sont

1 Rapports du physique au moral de l'homme , l. II, p. 537.

pas, comme généralement on le croit, comme des auteurs graves l'ont imprimé, la cause de celle-ci; ils sont comme elle, un résultat de l'excitation génitale : s'ils se forment, c'est parce que le sens vénérien , qui veille , parle au moi, de même que la faim , la soif ou toute autre sensation intérieure, pourraient le faire. Les songes dont nous parlons ont un caractère qui leur est propre et que beaucoup d'auteurs ont signalé. Rarement ils placent l'individu dans ces circonstances voluptueuses où son imagination, pendant la veille, se plaisait à le plonger; ce n'est point pour la femme qu'il aime ou qu'il aimerait, que s'opère le sacrifice; ce n'est pas non plus ces formes fabuleuses , ces caresses lascives dont l'image a charmé les approches de son sommeil , que celui-ci va mettre en sa possession ; il passe du crépuscule fantastique et délicieux, au sein duquel il s'est endormi dans une nuit, dont il faut qu'il se délecte, malgré toutes les monstruosités, toutes les horreurs dont elle est chargée. Les créatures les plus laides, les plus hideuses, les plus repoussantes par leur malpropreté, les femmes les #plus décrépites, lui abandonnent leurs charmes dont il jouit, bien qu'à regret , et comme s'il était condamné à en

jouir. Que dis-je, les animaux le plus immondes viennent, avec des postures lubriques , arracher à son cauchemar la crise qui , par bonheur, vient le terminer. Les femmes, les circonstances, qu'il a le plus désirées, qui sont le mieux faites pour exciter ses transports, peuvent aussi, disons-le, se présenter à lui ; mais ne croyez pas qu'il va être heureux, qu'il va cueillir et savourer à l'aise les voluptés inattendues, dont le voilà possesseur; il n'a devant lui qu'une apparition perfide et qui ne lui laisssera que du désappointement, des regrets : à peine aura-t-il fait un pas dans cette carrière de jouissances, quilui paraît sans obstacles, qu'un dénouement précipité viendra tout à coup l'interrompre , et anéantir toutes ces images que déjà il saisissait comme des réalités. Rarement le sommeil résiste à cette fatale secousse: rouge et mouillé de sueur, le coupable en ouvrant les yeux, cherche dans l'obscurité les fantômes dont il se sépare, et puis, quand ses illusions se sont entièrement évanouies , chagrin, honteux, brisé, il songe tristement aux forces qu'il vient deperdre,sereprochant quelquefois de ne pas les avoir* mieux employées. Ces pollutions, en effet, fatiguent autant, et plus encore peut-être, que celles qui ont

été volontairement provoquées. A son lever, le malade éprouve un sentiment général et plus ou moins prononcé de faiblesse , de malaise et de souffrance. Ses lombes, ses membres sont comme s'il avait fait une longue route, ou comme si on les avait contus; sa face est pâle, flétrie; ses paupières sont gonflées et bleuâtres; il est triste, engourdi ; il présente enfin, au physique comme au moral, tout ce qui suit l'abus de l'acte vénérien. On conçoit que les accès spermatorrhéïques ne peuvent que rendre plus rapides, plus profonds, l'épuisement, la détérioration que des excès volontaires auraient déjà commencés. Si, contre sa coutume, le masturbateur reste une nuit sans se polluer, les organes, qu'il laisse en repos, prennent l'initiative, et suppléent à une inaction dont ils n'ont pas l'habitude. Heureux quand ces accidens ne lui paraissent pas le signe d'un besoin réel, et ne le portent pas à se masturber encore davantage. Ajoutez que tout ce qui excite spécialement les organes génitaux, comme les pensées lascives, les spectacles voluptueux, l'équitation , un coucher mollet et chaud, etc., et aussi que tout ce qui produit une excitation plus générale dont ces organes ne manquent ja-

mais de prendre leur part , comme le vin , les liqueurs , le café, les ragoûts, les épices, etc., sont autant de causes qui se liguent avec les provocations directes du malade , pour multiplier les crises par lesquelles il est épuisé. Mais c'est surtout pour les masturbateurs réformés que les pollutions nocturnes sont un véritable fléau. Inspirés par le sentiment delà conservation , avertis par les souffrances, les conseils, les lectures, ils ont pris la sage résolution d'abandonner pour toujours des manœuvres dont maintenant ils connaissent tout le danger. Cette résolution, ils auront la force de l'observer; seulement ils se demandent anxieusement s'il n'était pas trop tard quand ils l'ont prise. Mais les organes génitaux qui n'ont pas été formés à la consigne nouvelle qu'on leur impo'se, et qui d'ailleurs sont le plus souvent alors dans un état qui ne leur permettrait pas de s'y conformer, se révoltent contre elle. Que l'on conçoive la position morale du malheureux qui subit un pareil état de choses. Il aperçoit dans un avenir, qui toujours lui paraît proche, des infirmités, une mort, qui lui semblent presque inévitables. Pour s'y soustraire, il a fait un sacrifice, le plus grand de tous les sacrifices ; il a rompu

avec des goûts qui exerçaient sur lui un empire absolu, et qu'il trouvait délicieux; eh bien , il l'a fait en pure perte: ses organes, irrités, continuent, malgré tout, l'œuvre qu'il a voulu interrompre; cette arme , qu'il croyait avoir jetée loin de lui, ne cesse de le blesser, de le détruire. Il s'irrite, se désespère de voir ces parties, naguère si dociles, enfreindre sa volonté , se jouer de ses douleurs, et l'entraîner d'une manière fatale vers un dénouement qui le glace d'épouvante. Qu'il tienne bon cependant; quand la volonté persévère, il est rare qu'elle ne soit pas la plus forte. J'ai donné des soins à un masturbateur qui , subitement converti par la lecture de Tissot, éprouvait toutes les angoisses que je viens de décrire : sans cesse tourmenté par le souvenir de la veille et la crainte du lendemain, il ne voyait arriver la nuit qu'avec terreur: il s'était donné pour lit une claie d'osier, ne s'y étendait que dépouillé de tous ses vêlemens , et après s'être enveloppé les parties coupables avec des linges mouillés d'un mélange d'eau froide et de vinaigre : jamais il ne manquait , avant de se livrer au sommeil, de se promettre bien d'en briser le cours sitôt que le rêve précurseur viendrait l'assaillir. Or, admirez la force de la

volonté: il y réussissait souvent, et finit même par y réussir presque toujours : il avait acquis la faculté de veiller sur lui jusque dans le sommeil. Peu à peu ses pollutions devinrent moins fréquentes , et il parvint à s'en débarrasser complètement. C'est généralement ce qui arrive quand elles ne sont pas entretenues, ramenées par des retours aux habitudes que l'on avait fait vœu d'abandonner.

La spermatorrhée convulsive est peu commune pendantlaveille.il est raresurtout qu'elle offre alors ce caractère franchement convulsif, avec érection complète, éjaculation prononcée, que l'émission du sperme présente ordinairement dans l'état sain» Cependant cet état est possible : on a pu en voir un exemple chez ce satyriaque dont nous avons rapporté l'histoire d'après M. Duprest-Rony l. Chaque fois que ce jeune homme voyait sa maîtresse jeter un regard sur lui, il entrait en érection, et ne tardait pas à éjaculer. Mais qu'on remarque bien que cet individu ne se masturbait plus depuis deux ans , et que déjà il avait retrouvé la vigueur que lui avaient fait perdre ses précédens excès. M. Ste-Marie a rapporté l'obser-

1 Voyez p. 271.

vation d'un priapisme pendant lequel le malade éjacula quatorze fois en quelques heures1; mais cette affection n'était pas la conséquence d'excès vénériens , et l'expulsion du sperme n'y présentait rien de plus extraordinaire que dans les autres cas de priapisme. La pollution convulsive diurne ne s'accompagne presque jamais, chez les individus épuisés par des abus de masturbation et de coït, que d'une érection incomplète. La verge augmente bien de volume , mais elle n'acquiert point de raideur ; aussi le sperme n'est-il expulsé qu'à une très courte distance; c'est tout au plus s'il y a éjacula tion. La moindre cause, le moindre attouchement suffit pour provoquer cet accident. Ainsi chez un homme de trente ans, dont Tissot a parlé d'après Boërrhaave, le sperme s'écoulait toutes les fois qu'il y avait un commencement d'érection , car jamais elle n'était complète, et la semence, au lieu d'être lancée avec force, s'écoulait goutte à goutte, ce qui rendait le malade impuissant. « Ce symptôme, ajoute Tissot, est très fréquent parmi les personnes qui se sont épuisées , et il contribue à entretenir l'épuisement. La plus

1 Traduction de Wichmank, p. 27.

petite tentation produit un commencement d'érection qui est suivi d'un écoulement1. » Nous avons vu un phénomène analogue chez un des malades de M. Dalandeterie : il y avait des érections fréquentes, douloureuses, de courte durée, qui se terminaient toujours par un flux plus ou moins abondant d'une humeur spermatiforme, Ces sortes de pollutions s'accompagnaient toujours de douleurs , et étaient suivies d'une grande prostration. Il est évident , d'après les expressions que nous venons de reproduire, qu'il n'y avait pas d'éjaculation proprement dite chez ce malade , et on peut aussi regarder comme probable que les érections, quoique douloureuses , étaient incomplètes. La spermatorrhée convulsive diurne n'a donc, si je puis m'exprimer ainsi , qu'un caractère bâtard chez les masturbateurs. Elle n'est réellement qu'un degré intermédiaire à la spermatorrhée convulsive proprement dite, telle qu'elle a lieu pendant le sommeil , et à la spermatorrhée non convulsive, dont nous parlerons bientôt.

Il est un phénomène qui ressemble beaucoup à cette spermatorrhée bâtarde dont il

- * L'Onanis., secl. rx.

vient d'être question, et qui se montre lorsque le malade veut procéder à l'acte vénérien, masturbation ou coït. A peine existe-t-il un commencement d'exécution que l'émission spermatique a lieu ; c'est une pollution quasi- involontaire. Dans ce cas, qui est loin d'être rare, l'érection n'est pas complète, mais à cause de cela seulement qu'elle n'a pas eu le temps de le devenir, la sortie prématurée du sperme ne lui permettant pas de s'effectuer entièrement. D'autres fois, c'est l'érection qui est radicalement impossible, ce qui empêche l'éjaculation de se faire : tel est le cas de ce masturbateur qui écrivait à Tissot : « Filo xjlino Jlaccidius veretrum , omnisque erectionis impotens , semen quidem , manu sollicitatam effluere finit , nequaquam vero ejaculal, adeb cœterum imminatum et retractatum ut oculi de sexu vix judicare possint l. » Au surplus, que l'érection n'ait point lieu parce que le sperme sort prématurément, ou parce qu'elle est absolument impossible , il y a également impuissance de procréer, l'érection et l'éjaculation étant pour l'homme deux con-

1 L ,'Onanismr , sncl. iw

ditions indispensables du pouvoir d'engendrer. Il s'en faut que l'humeur séminale conserve chez les malades atteints de spermatorrhée, les qualités qui, dans l'état normal, la caractérisent. Généralement elle est moins opaque, moins épaisse et ressemble à de la sérosité. D'autres fois elle est analogue, pour me servir des expressions de Tissot, à une sanîe fétide, à une mucosité sale : il est évident qu'alors il existe une altération profonde des vésicules séminales. Quelquefois il se fait une véritable exhalation sanguine dans ces vésicules, et du sang, même pur et en quantité notable, est rejeté par Péjaculation. Nous avons déjà noté des exemples de cette espèce d'hémorrhagie1. Tissot en a aussi rapporté un; il s'agit d'un jeune garçon âgé de moins de seize ans, et qui s'était livré à la masturbation avec tant de fureur, qu'enfin au lieu de sperme, il n'avait amené que du sang, dont la sortie fut bientôt suivie de douleurs excessives et d'une inflammation de tous les organes de la génération. Un fait à remarquer, c'est qu'il paraîtrait que réjacuiation sanguinolente n'a lieu que dans le cas où la pollution est directement pro-

1 Voyez p. 205 et 277

voquée : c'est du moins ce qui semble résulter des observations que nous avons indiquées et particulièrement d'une de celles de M. Dalandeterie. « Les érections, dit-il, se terminaient toujours par un flux plus ou moins abondant de mucosité uré traie , peut-être aussi d'humeur prostatique, ou même d'une semence très délayée. Dans les éjaculations provoquées manuellement , au lieu de sperme , il ne venait plus qu'un sang à demi caillé, noirâtre ou jaunâtre , et il en sortait quelquefois jusqu'à une cuillerée ; elles s'accompagnaient toujours de douleurs et étaient suivies d'une grande prostration^1. »

Nous avons vu que la pollution involontaire peut s'opérer comme la pollution volontaire, par la contraction convulsive des muscles éjaculateurs, avec érection du pénis et sensation vénérienne. Nous avons vu encore que le sperme peut aussi se perdre, bien que l'érection du pénis, la sensation vénérienne et la contraction convulsive des muscles éjaculateurs soient peu considérables et même pres-

1 Journal de yncd. chir. et phar., t. XX VII, p. 367 .

que nuls. Concevez un degré de plus a ce dernier mode de pollution, et vous aurez la spermalorrhée non convulsive, ou, comme on dit, la. pollution involontaire diurne. Ici il n'y a plus d'érection, de convulsion, et partant d'éjaculation : il n'y a pas non plus de sensation vénérienne, le sperme/lue au lieu d'être expulsé, et ce flux se fait sans jouissance.

Cette affection qui peut venir de causes diverses, mais qui le plus souvent résulte d'excès vénériens, est encore très peu connue, ce qui me détermine à donner avec quelques détails l'état de la science en ce qui la concerne. Long-temps on a grossi cette pollution de tous les écoulemens urétraux que l'on confondait pour cette cause sous le nom de gonorr/iee x ; Ensuite on est tombé dans l'excès contraire, et on a nié complètement l'existence de cette maladie. Les travaux de plusieurs auteurs , et particulièrement de Wichmann, et de MM. Sainte-Marie et Lallemand , ne permettentplus maintenant delacontester. Les premières notions sur cette spermatorrhée remontent aux premiers temps de la médecine. Elle était connue d'Hippocrate qui en a

1 Gonorrhée, de *|'ovyi, semence, cl de ps», je coule.

signalé un des principaux symptômes , la perle de la semence pendant l'éjection de l'urine et la défécation. Décrivant le tabès dorsal/s qui affecte les nouveaux mariés et les libertins, il dit : « Cumque urinam aut stercus reddit semen génitale copiosam et liquidum ei prodit neque generatio fit ?.. » Celse a aussi reconnu qu'il peut y avoir des pertes de semence sans plaisir, sans rêves voluptueux, et suceptibles d'être suivies d'une consomption mortelle2. Ce n'est plus ensuite qu'à de longs intervalles que les livres présentent quelque chose d'un peu précis sur cette affection. Tauvry dit positivement que les hommes qui abusent de leurs forces sont sujets à perdre la semence par la plus légère compression des vésicules séminales, lorsqu'ils urinent ou qu'ils vont à la selle 3. Morgani admet que la semence peut s'écouler sans qu'on éprouve aucun plaisir, comme cela arrive par l'effet d'un lavement trop chaud, et par l'excrétion des matières

1 De mordis , lib. 11 , sect. v, Foës.

3 Esl etiani circa naluralia vitium , quorl sine venerc, sine nocturnis imaginibus sic ferl.ur, ul, interposito spatio , tabe hominem consumât. — De medicina, lib. IV, cap. xxviij.

3 Nouvelle analomie rai sonne e , 1(>93, p. 104.

fécales endurcies ; mais il ajoute que la matière de l'écoulement peut venir chez les uns de la prostate , et chez les autres des vésicules séminales K II règne, au surplus, un tel vague sur ce point de science dans les auteurs qui , presque tous , ont considéré comme spermatiques la plupart des écoulemens qui se font par l'urètre , qu'il faut arriver à la dissertation de Wichmann pour trouver, sur la pollution diurne , un travail ayant une véritable valeur.

Cette dissertation a été imprimée à Goettingen, en 1782 2. Wichmann y établit d'abord les caractères qui distinguent la pollution diurne de la pollution nocturne. La première a lieu, le malade étant bien éveillé, et sans qu'il éprouve ni érection ni désir; elle se fait à son insu , ce qui , avec l'absence du gonflement des corps caverneux , et de toute ardeur vénérienne , sert à distinguer cette pollution de l'écoulement du fluide prostatique , ou d'une perte de semence qui se fait chez certaines personnes lorsqu'elles sont excitées par des entretiens

« De causis et sedib. morb. — Epist. 44 , art. 16.

a De pollulione diurne fréquent/ , sedrarms observàlâ , ta-

bescentiœ causa, in-8°.

libidineux, ou par certains attouchemens. Aux caractères dont il vient d'être parlé, Wichmann en ajoute un autre tiré du mode suivant lequel l'excrétion séminale s'opère. « Dans la pollution diurne, dit-il, les malades ne perdent pas sans cesse leur semence par une excrétion continuelle de cette liqueur, comme les femmes sujettes à la leucorrhée; mais ils l'éjaculent tout à la fois et en une fois , et c'est cette circonstance qui a fait donner à cette maladie le nom de pollution. » Aussi ne regarde-t-ii pas comme une pollution diurne cette gonorrhée dans laquelle il se ferait « un écoulement continuel et goutte à goutte de semence. » Toutefois, il doute de l'existence de cette dernière affection , et dit avec raison qu'il y a , en ce qui la concerne , une grande confusion dans les auteurs. Une pollution qui s'opérerait involontairement et pendant la veille , n'appartiendrait pas non plus à la pollution diurne , si l'évacuation spermatique avait été provoquée par une substance aphrodisiaque , et à ce sujet il rapporte l'observation d'un homme qui, dans sa jeunesse , s'était livré à des jouissances prématurées , et lequel était pris de pollutions involontaires si on lui posait un vésicatoire, si l'odeur des

cantharides parvenait jusqu'à lui , ou même s'il en entendait parler.

Suivant Wichmann : « La semence ne s'échappe jamais mêlée avec l'urine ; » ainsi , ce n'est pas de la semence que perdent les personnes sujettes aux hémorrhoïdes ] soit internes, soit externes, qui rendent avec l'urine une matière semblable à cette liqueur, et qui se présente sous l'aspect d'une crème d'avoine épaissie. Il admet, au surplus, comme Hippocrate, que les efforts , particulièrement ceux que l'on fait en allant à la selle , amènent, chez les individus atteints de pollution diurne, la sortie d'une plus ou moins grande quantité de sperme. « Lorsqu'on soupçonne l'existence de cette affection , dit-il, il faut chercher à s'en assurer mieux, et pour cela l'on engage le malade à uriner d'abord , et lorsqu'il veut rendre les matières fécales, à s'asseoir sur le siège de telle manière, que la verge soit en dehors , et laisse voir tout ce qui peut s'en écouler dans l'effort qui détermine les selles à sortir. On perd rarement, dans une pollution diurne, autant de semence que dans une pollution nocturne. Le mal n'en est pas moins grave, parce que c'est une perte de vraie semence , qu'elle a

lieu une fois par jour, et même plus souvent, au moindre effort que l'on fait pour pousser une selle , et sans aucun plaisir qui avertisse du danger que l'on court. »

Ainsi donc ; émission involontaire de sperme pendant la veille , sans érection , sans plaisir, et à l'insu du malade, émission qui s'opère, non goutte à goutte, mais en une fois, et surtout quand on fait des efforts de défécation, voilà, suivant Wichmann, les caractères spéciiiquesde la pollution involontaire diurne.

Les effets généraux de cette pollution, tels qu'il les rapporte, lui qui avait eu, dit-il, l'occasion de la rencontrer souvent, sont exactement ceux qu'on observe chez les individus qui se livrent habituellement aux excès de l'onanisme : c'est ce qu'on pourra voir dans la description que cet auteur en donne, et je vais rapporter textuellement :

« Lorsqu'on voit , dit-il, un homme plongé dans une extrême maigreur, pâle, engourdi, stupide, énervé, se plaignant d'une grande faiblesse, surtout dans les cuisses et les lombes, paresseux dans ses actions, cacochyme, ayant les yeux enfoncés, on peut avec raison soupçonner cette cause de dépérissement. »

« Les malades qui sont dans cet état ne se

plaignent absolument d'aucune douleur; les forces digestives sont ruinées; cependant l'appétit se soutient, il augmente même, et va quelquefois jusqu'à la voracité; après le repas, ils semblent avoir plus de forces ; mais ils paient cher ce faible avantage par les incommodités qui résultent de la digestion, surtout s'ils ont trop écouté leur perfide appétit ; l'estomac, ainsi que la plupart des autres viscères, exécutant mal ses opérations, plus on a mangé avec voracité, et plus aussi le ventre est gonflé par le relâchement des organes digestifs ; ce gonflement est accompagné d'un sentiment pénible d'anxiété, qui poursuit encore ces malheureux à d'autres époques de la journée, et les porte à fuir la société ; leur cœur est plus ouvert a la tristesse qu'à la joie, c'est à-dire que la nouvelle d'un événement malheureux les affecte plus désagréablement que celle d'un événement heureux ne leur cause de plaisir. On remarque en eux, comme dans les masturbateurs, une certaine faiblesse d'intelligence et de stupidité ; le sommeil le plus naturel ne repose pas leurs forces, et le matin ils éprouvent des bâillemens et des pandiculations ; la mémoire et la vue sont particulièrement affaiblies; tel est l'état des choses, jusqu'à ce que

la maladie, ayant jeté des racines profondes, dégénère en vraie phthisie. On ne voit, au moins dans le principe, ni causes morales, ni affections de l'ame, ni chagrin que l'on puisse accuser; aucun viscère ne paraît altéré; on ne peut soupçonner aucun principe délétère caché dans le corps et consumant les chairs ; le malade est sans douleur, si l'on en excepte cette douleur obtuse, compressive, qu'il rapporte aux hypochondres , et qui tient au gonflement extrême des intestins affaiblis. Si vous ajoutez à ces caractères l'absence de la fièvre et des causes ordinaires d'épuisement, soyez bien persuadé que la pollution diurne existe, et qu'elle est la cause cachée de tous les symptômes. Telle est la description générale de. cette maladie, d'après un nombre considérable d'observations particulières que j'ai eu l'occasion de recueillir. »

Wichmann fait de plus remarquer la ressemblance qui existe entre les individus affectés de pollution diurne, et ceux qui sont atteints de phthisie pulmonaire. « L'expérience m'a appris, dit-il , que beaucoup de malades, qu'on serait tenté de prendre pour de vrais phthisiques, ne doivent qu'à une cause de cette nature, la consomption qui les mine.

Les symptômes de la pollution diurne ne ressemblent pas mal quelquefois à la première période de la phthisie pulmonaire, à cette période purement spasmodique, que je serais tenté d'appeler insidieuse si je ne considérais que la difficulté et l'incertitude du diagnostic à cette époque. La petite toux que quelques malades éprouvent alors, fortifie encore dans l'esprit des médecins, la crainte d'une phthisie ; ou plutôt la consomption née de la pollution diurne, prend tellement les caractères et le masque de cette maladie, qu'on serait disposé à la traiter par la méthode ordinaire, au grand préjudice des malades, dont l'état exigerait plutôt des remèdes entièrement opposés. Il est clair, au reste, que la maladie dont nous parlons, doit infailliblement se terminer par une vraie phthisie, si l'on n'en arrête de bonne heure les progrès. »

Ce fut en 1772 que Wichmann observa pour la première fois la pollution diurne. C'était sur un jeune homme âgé de vingt et quelques années. « Depuis long-temps, dit-il, ce jeune homme éprouvait des spasmes; il était dans un état manifeste de cacochymie el de maigreur. Les médecins qu'il avaitconsultés avant moi, avaient jugé, d'après ces apparences,

qu'il était hypocondriaque. Divers symptômes , en effet \ pouvaient faire croire que le siège du mal était dans les hypocondres. L'abattement des forces , la langueur des digestions, quoique l'appétit, fût assez bien conservé , la pâleur du visage , la tristesse , la pusillanimité qui lui faisaient rechercher la solitude , la rougeur vive qui colorait quelquefois ses jolies dans la conversation , l'inquiétude du caractère , enfin une certaine faiblesse d'intelligence , semblaient justifier ce diagnostic. Il s'était livré aux femmes autrefois , et il avait gagné des maladies vénériennes auxquelles il attribuait, comme cela est assez ordinaire dans ces sortes de cas , son état présent. Quoiqu'il ne restât pas la moindre trace cle ces anciennes affections , le médecin , égaré par les instances et les fausses conjectures du malade , lui fit prendre pendant long-temps des préparations mercurielles , qui ne firent qu'aggraver des symptômes dont la vraie cause avait été aussi grossièrement méconnue.

« On renonça alors au mercure pour employer les toniques , et surtout les eaux ferrugineuses , croyant que la maladie n'était qu'une affection hypocondriaque; mais ce se-

cond traitement n'ayant pas été plus heureux que l'autre, le malade me pria de prendre soin de lui. Je ne pouvais attribuer la maigreur extrême dont j'étais témoin, ni aux restes d'une maladie vénérienne imparfaitement guérie , ni aux causes ordinaires d'épuisement et de fièvre ; je demandai donc au malade s'il faisait des excès avec les femmes, s'il se livrait à la masturbation , ou s'il perdait involontairement sa semence. Il m'assura que non , avec une espèce de serment. Je le renvoyai après cet entretien, lui rappelant l'engagement solennel qu'il venait de prendre de me dire la vérité, et l'assurant que je n'emploierais aucun remède avant qu'il se fut attentivement examiné lui-même. Quelques jours après il revint auprès de moi, et m'annonça qu'il perdait quelque chose qui ressemblait à de la semence. Je m'assurai que l'observation était exacte. La cause du mal étant connue, le traitement devint facile à appliquer. Le malade recouvra en quelques mois une parfaite santé , et cet heureux effet des remèdes nous prouva que nous avions attaqué le mal dans ses sources. » Il est probable que ce jeune homme avait commis antérieurement des excès prématurés. Cette cause est, en effet, îa plus ordi-

naire de celles qui produisent la pollution diurne. « Tous les malades observés par moi, dit Wichmann, étaient âgés de vingt-cinq à quarante ans : tous s'étaient livrés aux plaisirs de l'amour ou à la masturbation sans mesure, ou avaient gagné des blennorrhagies avec des femmes infectées.

« Je suis porté à croire, ajoute-t-il, que l'onanisme n'aurait pas des suites aussi funestes sans cette pollution diurne; que, sans elle , cette honteuse habitude ne serait pas suivie de la consomption et des autres phthisies. En effet, l'onanisme ne donne pas toujours lieu à cette pollution; si cela était, combien ne verrait-on j,as de masturbateurs tomber dans la consomption? Et, certes, le nombre des hommes qui se sont adonnés à ce vice , dès leur plus tendre jeunesse , est immense ; car je ne connais pas de fléau plus épidémique, plus contagieux, que cette corruption sociale. Il suffît , au reste , de savoir que l'onanisme produit quelquefois la pollution diurne involontaire, pour rechercher avec soin si elle existe dans ceux mêmes qui ont renoncé depuis long-temps à leur infâme débauche. Les exhortations seraient ici tout-à-fait inutiles, attendu que l'erreur a cessé, et que les malades ne soup-

connent pas même cette cause énervante qui les consume..... J'ai vu périr, il y a dix-huit ans , avant que j'eusse découvert cette cause de consomption , un jeune homme de trente ans qui s'était livré a la masturbation dès l'âge de dix ans, et qui devait cette funeste habitude à son précepteur. Il mourut, après avoir éprouvé toutes sortes d'infirmités , dans un affaiblissement extrême de toutes ses facultés physiques et morales. Il s'accusait sans feinte de son erreur, et depuis long-temps y avait renoncé ; mais cette continence tardive ne put le sauver. Je ne doute point, à présent, que cette honteuse habitude n'eût déterminé une pollution diurne involontaire, qui fut la cause immédiate de sa mort. »

Wichmann a remarqué que c'est surtout à l'entrée de la belle saison que les malades sont le plus fatigués de leur état. « Ils doivent le redoublement de leurs maux , dit-il , à cette faculté générale de procréation devenue plus active pour tous les êtres animés à cette époque de l'année. Plus les vésicules sont remplies de semence, plus les malades sont exposés à en perdre. » Il fait encore remarquer que la plupart des malades sécrètent encore un sperme fécondant et conservent

la faculté d'engendrer. Pour cela il faut, bien entendu, que le malade ait conservé celle d'entrer en érection ; car, autrement, il y aurait impuissance, C'est le cas où s'est trouvé un individu dont je vais rapporter l'histoire d'après Henry Van-Hers.

Un jeune homme élevé dans une maison opulente, et parvenu à la puberté, consulta ce médecin en lui avouant que , dès sa dixième année , il avait eu des familiarités très fréquentes avec de jeunes filles habituées à exercer sur lui des attouchemens lascifs, ajoutant que depuis cette époque il avait perdu entièrement la faculté de l'érection. Il voyageait depuis long-temps et avait pris successivement l'avis de plusieurs médecins français. Il alla aux eaux de Spa, et là son état fut constaté avec soin par Van-Hers. La sensibilité et la faiblesse du membre génital étaient si grandes, qu'au moindre attouchement, et sans aucune sorte de sensation ou de désir de l'union des sexes , ce jeune homme rendait une liqueur semblable à du petit lait. Cette excrétion se continuait le jour, comme la nuit, toutes les fois que l'urine était rendue , ou au moindre frottement exercé par lé linge. Déjà une foule de remèdes avaient été mis en usage : Van-

Hers regarda la maladie comme incurable, mais le jeune homme ne voulut point s'en tenir à son avis, et, comme il était très riche, il continua de voyager en Italie, en France, en Angleterre , en Allemagne , dans l'espoir de recouvrer les droits de la virilité. Il ne manqua point, suivant l'usage, de trouver quelques médecins peu éclairés et féconds en promesses illusoires d'une guérison complète. On l'adressa ensuite a des charlatans, à des femmelettes de toute espèce, même à de prétendus magiciens , et on imagine bien que ce fut toujours avec le même résultat. Enfin , après six années de voyage , de tentatives vaines et des dépenses les plus infructueuses , ce jeune homme revint trouver le médecin habile qui lui avait parlé avec tant de franchise , et à qui il regrettait de ne pas avoir accordé sa confiance. Rien ne fut plus piquant et plus instructif que leur entretien , et la conclusion en est facile à deviner. C'est que le jeune homme revint dans ses foyers en déplorant les avantages d'une grande fortune qui le rendait ainsi victime d'un abus précoce des plaisirs et d'une sorte de dépravation prématurée *.

' Obs. med., et Pinel, Nosog. phil., t. III, p. 264, \e édit

La Dissertation de Wichmann, qui était devenue très rare en Allemagne, était presque inconnue en France , lorsque M. Sainte-Marie entreprit d'en publier une traduction, qui fut imprimée àLy on en 1 8 1 7 . Il fit plus que traduire cet opuscle; il y ajouta des notes intéressantes, et qui ont jeté sur la pollution diurne des lumières nouvelles. Wichmann avait dit, comme nous l'avons vu, que les malades atteints de cette affection éjaculent le sperme. Cette expression manquait d'exactitude; M. Ste-Marie l'a rectifiée. Les malades, dit-il, n'éjaculent pas la semence, ils la perdent par un flux paisible et modéré. Elle coule , mais elle n'est pas lancée avec force. Les caractères qu'elle présente avaient été à peine indiqués par Wichmann ; son traducteur les a exposés d'une manière plus nette. Selon lui, la semence qui coule dans la pollution diurne est plus pâle, plus terne, plus aqueuse, que celle qui s'échappe dans l'acte clu plaisir. Elle est aussi plus faiblement imprégnée de l'odeur spermatique, et les taches qu'elle laisse sur le linge sont légères , superficielles et très peu apparentes. Wichmann avait admis un écoulement prostatique qu'il ne fallait pas confondre avec la pollution diurne. M. Sainte-Marie a essayé de

tracer les signes caractéristiques de cet écoulement. Ceux qui l'éprouvent, dit-il, ont le gland humecté le matin, quand ils se lèvent, par un enduit onctueux ; s'ils compriment alors le canal de l'urètre , en se dirigeant de la racine de la verge vers son sommet , ils en expriment quelques gouttes d'une liqueur verdâtre, gluante, un peu fétide, assez semblable à du petit lait mal clarifié. Ils perdent aussi un peu de cette humeur après des désirs ou des érections qui n'ont point été suivis de l'acte vénérien. M. Sainte-Marie regarde cependant comme probable que le mucus urétral se mêle alors à l'humeur de la prostate et forme une partie de l'écoulement.

Cet auteur confirme aussi ce que Wiehmann avait dit sur les effets généraux de la pollution diurne. « Depuis que je connais l'ouvrage de cet auteur, dit-il , j'ai cherché plus souvent cette pollution diurne dans les maladies de langueur, que je ne pouvais attribuer a l'altération spéciale et primitive d'aucun organe ; et j'ai découvert qu'un grand nombre d'hypocondries, de fièvres lentes nerveuses, de consomptions, étaient entretenues par cette gonorrhée , à laquelle des malades , incapables de s'observer eux-mêmes , n'a-

vaient fait jusqu'alors- aucune attention. Il est vrai de dire aussi que j'ai connu plusieurs individus qui supportaient depuis long-temps cette pollution diurne sans éprouver aucun dérangement notable dans leur santé ; c'était pour eux une incommodité plutôt qu'une maladie. Mais, dans ces cas, la pollution diurne n'est point habituelle ; elle n'a lieu que lorsqu'une continence de plusieurs jours ou de plusieurs semaines, un régime excitant ou trop substantiel, un exercice prolongé achevai ou en voiture , ont accumulé la semence dans ses réservoirs , ou irrité spécialement les organes génitaux. Alors, au moindre effort pour rendre les excrémens, les vésicules séminales laissent échapper le trop plein du fluide qu'elles contiennent. Que cet état n'inspire pas trop de sécurité : la pollution diurne est commencée; elle n'est point grave encore, mais elle peut faire des progrès ultérieurs, revenir tous les jours, après chaque selle, et produire à la longue tous les fâcheux résultats annoncés par Wichmann. » '

Il n'y avait rien , dans ce dernier auteur, sur les conditions organiques de la pollution diurne. Il s'était borné à dire que cette affection est un effet de la faiblesse. M. Ste-Maric

a, sur ce point, fait des remarques pleines d'intérêt. Il considère la pollution diurne tantôt comme cause, tantôt comme effet de la consomption dorsale, et celle-ci n'est à ses yeux qu'une affection de la moelle épinière. Je ne peux résister, malgré les nombreuses citations que j'ai déjà faites, au désir de rapporter le passage où il expose cette opinion à la fois neuve et importante. « La pollution diurne , dit M. Ste-Marie , n'est quelquefois qu'un effet dont il faut chercher l'origine dans l'altération grave, profonde, primitive, d'un organe ou d'un système d'organes plus important. C'est ainsi , par exemple , qu'il faut raisonner par rapport à la consomption dorsale. On sait qu'un symptôme remarquable de cette maladie , est une perte abondante de semence aqueuse à chaque selle , et quelquefois même à chaque émission de l'urine. La pollution diurne involontaire n'est plus ici qu'un sijmptôme ; elle a lieu, parce que les organes générateurs ne reçoivent pas, de la moelle épinière, l'influence nerveuse et bien réglée dont ils ont besoin pour exercer convenablement leurs fonctions. De là la sécrétion surabondante de la semence , son élaboration impropre à la fécondation, le relâchement des vésicules se-

minales, qui la laissent si facilement échapper, Tatoniedu scrotum, le tiraillement incommode des vaisseaux spermatiques, la faiblesse des érections, l'impuissance, etc. , etc. Le même état de la moelle , qui prive de vie les organes de la génération, explique, d'un autre côté, l'exténuation des parties qui obéissent à ce centre sensitif; la maigreur, particulièrement des lombes , des fesses , des extrémités inférieures ; la faiblesse, la paralysie de ces mêmes extrémités; la constipation opiniâtre dont se plaignent les malades , et qui , semblable a celle des vieillards, ne cède qu'à l'emploi des stimulans ; les formications du dos ; les incontinences d'urine; les escarres gangreneuses qui , à une époque plus avancée de la maladie, se forment sur le sacrum , les fesses , les trochanters. Il me serait facile de pousser plus loin cette explication, et de l'étendre aux symptômes les plus généraux de la consomption dorsale, tels que la mélancolie profonde, la faiblesse et la lenteur du pouls, la disposition aux syncopes , et tout cet appareil de signes morbifiques qui font ressembler cette maladie à la fièvre lente nerveuse ; mais ce développement m'éloignerait trop du principe que j'ai cherché à établir : c'est que la poilu-

tion diurne est quelquefois cause, et quelquefois seulement symptôme de la consomption dorsale. Wichmann n'a traité que de la" première; la seconde, liée aune affection générale, ne saurait être détachée de son cadre et étudiée isolément. » Ces remarques de M. Ste- Marie acquerront plus d'importance encore si on les rapproche de ce que nous avons dit précédemment relativement à l'influence que l'abus des organes génitaux exerce sur la moelle épinière , et de ce que nous dirons plus tard de la puissance qu'a celle-ci sur ces mêmes organes.

Swediaur , qui connaissait le travail de Wichmann et qui en parle avec éloge, admet, indépendamment de la pollution diurne décrite par ce dernier, et qu'il considère comme provenant, soit d'un relâchement, soit d'une irritation des testicules et des voies séminales , admet, dis-je, une blennorrhée de la prostate , à laquelle il donne des caractères qui sont précisément ceux de la pollution diurne. « La blennorrhée de la prostate, dit-il, est un écoulement morbifîque du mucus de cette glande, mêlé quelquefois de la liqueur des vésicules séminales, principalement pendant le jour, sans désir vénérien. Cette maladie est bientôt

suivie d'une faiblesse ou débilité générale ; cet épuisement est accompagné d'une émaeiation générale du corps, et il mène par degrés à la mort, si le malade a différé, comme cela n'arrive que trop souvent, à consulter un médecin éclairé, ou que les moyens convenables n'aienl pas été employés à temps. » Il admet aussi que l'écoulement prostatique n'a lieu, chez certains individus , que lorsqu'ils vont à la selle, et que les excrémens durcis, en passant par le rectum , pressent plus fortement la prostate. La matière de cet écoulement est claire, muqueuse, et d'une odeur nauséabonde particulière iï Cullerier décrit deux espèces de spermatorrhée : l'une , dans laquelle il y a en même temps perte du sperme et de l'humeur prostatique , est précisément celle de Wichmann; l'autre est le produit delà constipation. Voici ce que Cullerier en dit : « Les personnes habituellement constipées voient s'écouler, par l'extrémité de la verge, quelques gouttesde sperme pendant les efforts qu'elles font pour rendre les excrémens. J 'ai été consulté plusieurs fois pour des cas de ce genre. Il en est qui re-

1 Traite complet des maladies syphilitiques , ¥ édit. , l. Ier, p. 137, 157 cl 158.

gardent ce phénomène comme le résultat d'un relâchement, d'une faiblesse des parties génitales; ils s'imaginent avoir perdu leurs facultés viriles, et n'être plus capables d'engendrer. D'autres l'attribuent à des anciennes blennorrhagies rentrées , comme ils disent. En général, tous sont effrayés de cet effet. Les charlatans ont fréquemment profité de cette disposition d'esprit des malades, pour leur persuader qu'ils avaient une maladie vénérienne invétérée, et pour les duper en leur vendant leurs remèdes. Cet effet est dû, comme chacun sait, à la pression qu'exercent les matières fécales durcies dans le rectum, sur les vésicules séminales. On fait cesser cet écoulement en remédiant à la constipation 1 . »

La science en était là, lorsque M. le professeur Lallemand, étudiant les maladies des voies urinaires, l'a enrichie de plusieurs remarques importantes. De même qu'on voit, dans les inflammations aiguës de l'urètre, l'irritation se propager, en suivant les voies séminales jusqu'aux testicules, de même, il a vu, lui, dans les rétentions d'urine produites par l'inflammation chronique de la portion pros-

1 Die t. des Scienc . me'd. , t . XIX , p . 4 .

tatique du même canal, l'irritation s'étendre plus ou moins aux vésicules séminales et aux testicules, produire dans les premières des contractions anormales, et dans les autres une sécrétion exagérée d'où résultait un fluxspermatorrhéique. Chez les malades ainsi affectés l'éjaculation est très prompte, les pollutions nocturnes sont fréquentes, ou bien le sperme est expulsé pendant l'émission de l'urine et des matières fécales; il est aussi plus liquide, moins odorant, en un mot, moins élaboré que de coutume. Chez beaucoup de sujets il y a une extinction plus ou moins complète des désirs vénériens; alors les érections sont faibles, incomplètes ou même tout-à-fait impossibles. Cette spermatorrhée a des effets généraux, analogues à ceux qui ont été attribués aux autres pollutions ; les malades deviennent timides, méticuleux, paresseux, malpropres, insoucians pour tout ce qui n'a pas de rapport avec leur maladie; ils tombent enfin dans une espèce de monomanie, ou plutôt de démence sénile prématurée : toutes les fonctions de l'économie languissent, sont dérangées, enfin il y a dégradation générale du corps et de l'esprit. M. Lallemand a vu tous les phénomènes que nous venons de décrire, se dissiper

aas

par cela seul qu'on guérissait la rétention d'urine, ou plutôt la maladie de l'urètre qui en était la cause, ce dont il rapporte des exemples l. Les observations de ce praticien, rapprochées de ce que nous avons dit de la spermatorrhée convulsive, et particulièrement des divers états que le sperme peut présenter dans cette affection, n'établissent-elles pas clairement que dans une foule de spermatorrhées, peut-être dans la plupart, il y a, non relâchement, affaiblissement, comme tous les livres le répètent, des vésicules séminales et des conduits éjaculateurs , mais irritation ou inflammation de ces parties?

Il paraît donc bien constant que le sperme peut se perdre, sans plaisir, sans érection, sans éjaculation, et que cette perte peut donner !ieu à des accidens analogues à ceux qu'on observe après toutes les pertes abondantes de cette liqueur, quel qu'en soit le mode. Ce fait a cependant été contesté par divers auteurs. Boerrhave dit positivement qu'il n'a jamais vu la semence s'écouler sans chatouillement,

i Observât, sur les maladies des organes genïto-urina'ires , 2e partie, 1827, p. 391, 440, 452, etc.

et que lorsqu'on a cru voir le contraire, ce n'était probablement pas de la vraie semence qui s'écoulait; qu'an surplus, si ce genre de spermatorrhée existe, il doit être excessivement rare1. Swainerdam , Haîler 2, et surtout Jean Hunter, ont exprimé une opinion analogue. Ce dernier ne nie pas qu'un écoulement puisse se faire par la verge avec les circonstances exposées ci-dessus ; il pense aussi que cet écoulement vient de la prostate et des vésicules séminales; mais l'humeur qui s'écoule n'est que le mucus sécrété par ces parties ; ce n'est pas du sperme, et sans une préoccupation qui est mal fondée, on n'aurait point attribué à cette affection des conséquences qu'elle n'a pas3. Cette opinion, que toutes les spermatorrhéesne sont que des blennorrhées, est encore très répandue aujourd'hui. M. Descamps, médecin à Castilliones, ayant présenté à la Société de médecine, en 1821 , deux observations de spermatorrhée, suite de masturbation, Chantourelle, qui en fut rappor-

1 Prœleet. in prœf.inst. , 5 ~ ~ 6 •

2 Elément, physiol., t. VIT , p. 554.

3 Traite des maladies vénériennes , (rruluotion d'Àudiberti, p. ?07.

teur, éleva des doutes que la Société parut partager, sur la nature de l'écoulement, pensant qu'il était plutôt muqueux que spermatique li Quant à moi, je suis disposé à croire que, lorsque les travaux sur la pollution diurne seront mieux connus , on la rencontrera plus souvent, et qu'alors on ne contestera plus son existence. C'est dans l'espoir de contribuer à ce résultat que j'ai parlé aussi longuement de cette affection.

Si la perte insensible de la semence peut être suivie de tous les accidens qu'on lui rapporte, il est évident que les auteurs qui ont avancé que l'évacuation sperinatique n'est pour rien dans l'influence de l'acte vénérien , et que l'ébranlement nerveux qui l'accompagne est le seul principe de ses conséquences, ont émis une opinion beaucoup trop absolue, et conséquemment se sont trompés. On peut en dire autant de ceux qui ont exclusivement rattaché à l'écoulement séminal le danger des excès vénériens. Il est constant que des individus qui avaient porté l'art de l'onanisme jusqu'à se procurer les jouissances de cet acte,

1 Recueil périodique de la société de mc'd. de Paris , juin

sans perdre de semence, ont fini, comme d'autres, par voir leur santé se détruire et leur constitution se détériorer. Je pourrais en citer des exemples : MM. Foui nier et Begin rapportent celui d'un jeune homme qui comprimait, au moment de Téjaculation, les parties les plus reculées de l'urètre, de telle sorte qu'il ne perdait pas une goutte de sperme : cependant, la fatigue qui succède aux efforts de ce genre était , malgré ces précautions , aussi grande. Enfin les forces diminuèrent, et la maigreur fit des progrès aussi rapides que si l'évacuation spermatique eût été complète1.

On peut croire qu'il y a souvent un trouble quelconque dans les fonctions des testicules chez les malades qui ont perdu le sens génital , dont la verge n'est plus susceptible d'entrer en érection, ou qui présentent l'une ou l'autre des pollutions dont nous avons parlé. Mais ces organes peuvent aussi être affectés d'une manière plus évidente. Beaucoup de masturbateurs y éprouvent une sensibilité fort

' Die t. des Sciences med., ail. Masturbation, p. 125

incommode, ou des douleurs plus ou moins vives, qui se prolongent le long du cordon. Ces symptômes prennent quelquefois un caractère franchement névralgique , et l'on conçoit que, chez des individus atteints de douleurs vagues, un excès] vénérien peut les fixer sur ces parties. C'est ce qu'on a vu pour la goutte. Halle et M. Guilbert ont observé chez un homme de moyen âge, qui s'était livré à des excès de cette nature, une douleur très vive du testicule gauche^ sans^ tuméfaction notable, et qui s'étendait à toute la surface de cet organe. Cette douleur succédait à une attaque de goutte articulaire1. L'irritation des testicules va quelquefois jusque constituer une véritable orchite 5 c'est-à-dire, une inflammation qui, entre autres suites, peut entraîner îa perte de ces parties. Le docteur Brodie a rapporté deux exemples de ce cas. Le premier est relatif à un jeune homme de vingt ans , qui entra, en 1805, a l'hôpital St-Georges , pour des douleurs dans le testicule gauche. Celuici était mou, flasque, et moins gros d'un tiers que celui du côté opposé. Le malade, qui

1 Diction, des scicnc. mc'd. , arl. Goutte, p. 100.

d'ailleurs n'avait reçu aucun coup sur le testicule, et qui n'avait pas eu de blennorrhagie, avoua qu'il se livrait depuis cinq ans à la masturbation, et qu'il passait rarement un jour sans se polluer au moins une fois. Avant de s'atrophier, le testicule avait été le siège d'un gonflement qui lui-même avait succédé à des douleurs très vives. Ces douleurs n'avaient cessé de se faire sentir, et la maladie, en se continuant, s'était accompagnée d'un grand abattement moral qui donnait à la physionomie du malade un caractère sombre et mélancolique tout particulier. On soumit ce jeune homme à l'action de divers moyens, mais il sortit non guéri de l'hôpital. L'autre malade, qui avait trente-un ans quand, en 1820, il s'offrit à M. Brodie, présentait une atrophie complète des deux testicules , avec impuissance. Cet homme rapportait qu'il avait commencé à quatorze ans à avoir commerce avec les femmes; qu'il s'y était abandonné pendant plusieurs années avec excès; que vers l'âge de vingt ans il avait été pris , à la suite d'une violence extérieure, d'une inflammation vive des deux testicules ; que cette inflammation avait été guérie complètement, et que l'atrophie des testicules avait commencé quel-

que temps après. Elle s'était accomplie dans l'espace de trois ans l.

Selon Morgagni le retour trop fréquent des idées vénériennes suffit pour produire le varicocèle et l'hydrocèle. Divers auteurs mettent aussi les excès vénériens parmi les causes de la première de ces deux maladies ainsi que du cirsocèle. Plusieurs fois j'ai vu la dilatation variqueuse du testicule et du cordon chez des masturbateurs. M. Breschet, dans un mémoire lu à l'Académie des sciences, le 1 3 janvier 1834, confirme aussi ce fait. Suivant lui, c'est à tort qu^on a dit que le cirsocèle et le varicocèle appartiennent à l'âge adulte et à la vieillesse : c'est chezles jeunes gens qu'il les aie plus souvent observés. Ces affections lui ont paru fréquemment produites par des excès vénériens, et il regarde ces excès comme la plus influente des causes qui les déterminent. Il ajoute que les tumeurs variqueuses des bourses et des organes qu'elles renferment n'ont pas seulement l'inconvénient d'être très incommodes, et de tirailler le cordon d'une façon fort

• The London med. and phys. Journ. , octobre 1826, et Journal des progrès , t. icr, p. 27 9, 1827.

douloureuse, mais que, chez quelques malades j elles produisent une mélancolie profonde, et le spleen le plus désespéré.

Les excès de masturbation et de coït déterminent, chez les femmes , beaucoup plus souvent que chez les hommes , des affections des parties sexuelles. Le clitoris est susceptible d'acquérir, par l'action de titillations trop fréquentes, des dimensions énormes. Cette cause peut même, selon M. Bouillaud, provoquer l'engorgement squirreux, ou même la dégénérescence cancéreuse de cet organe l. Mais, de toutes les affections de l'appareil génital de la femme qui peuvent être produites ainsi, la plus fréquente est l'inflammation de la membrane qui tapisse la vulve et le vagin. Cette phlegmasie s'annonce constamment par un écoulement leucorrhéique plus ou moins abondant, et souvent par du gonflement, de la rougeur, de la douleur, ou au moins un sentiment prononcé de cuisson. L'écoulement, quand il se prolonge, et c'est ce qui ar-

1 Dictionn. de médecine et chirurg. pratiques , arl. Cancer, p. 57 2.

rive le plus souvent, détermine, chez les jeunes filles, des symptômes qui ont quelque analogie avec ceux de la pollution diurne. Leur teint se décolore, devient jaunâtre; elles ont habituellement les yeux cernés et la physionomie triste; elles sont faibles et nonchalantes ; presque toujours elles éprouvent des tiraillemens dans la région de l'estomac, et , croyant que c'est la faim qui les occasione, elles mangent à chaque instant. Quelquefois l'appétit est vorace, et les digestions se conservent; mais ordinairement celles-ci ne tardent pas à s'altérer. Des douleurs vives, continuelles , se font sentir souvent à l'épigastre et dans le dos : le corps s'amaigrit, et ïHie petite toux sèche qui se répète fréquemment, ne manque pas d'inspirer aux parens, et quelquefois au médecin, des inquiétudes sur l'état de la poitrine* Joignez à ces symptômes ceux que nous avons décrits en pariant des effets généraux de la masturbation1, et vous aurez Pétat qu'offrent le plus souvent les jeunes filles qui se livrent à cette habitude.

Privées de testicules, et de toutes les autres parties de l'appareil qui , chez l'homme,

1 Voyez p. 104 et suiv.

sert à la préparation et à l'excrétion du sperme, les femmes ne peuvent avoir de véritables pollutions séminales : cependant elles sont sujettes, comme l'homme, aux songes voluptueux et alors, une sécrétion analogue à celle qui se fait chez elles au moment de l'acte vénérien, peut s'opérer. Reste à savoir si le retour trop fréquent d'un tel accident pourrait avoir quelqu'influence sur leur santé. Je n'ai trouvé de document relatif à cette question que dans Swediaur. Voici le passage de cet auteur : « J'ai vu, quoique beaucoup plus rarement, des maladies semblables avoir lieu dans l'autre sexe (il parle de la pollution diurne). Je traite dans ce moment une femme de vingt-huit ans qui, depuis un an et demi qu'elle a fait une fausse couche, souffre des pollutions nocturnes involontaires très fréquentes , excitées par des rêves libidineux , et accompagnées de tous les symptômes du tabès dorsalis décrit par Hippocrate comme une maladie d'homme ; les poumons commencent même à se ressentir de cette maladie. J'ai eu, aj ou te-t-il ensuite, la satisfaction de la guérir depuis1. »

L'inllammation des parties extérieures de la

' Traité complet des maladies vénériennes , 1. !«•', p. 160.

génération, et les flueurs blanches qui en résultent, sont presque toujours, au moins chez les jeunes filles qui n'ont pas atteint la puberté, une conséquence de l'onanisme. Les faits les plus nombreux ne me laissent aucun cloute à cet égard. J'ai même la conviction que si, chez les personnes adultes et affectées de flueurs blanches , il était possible de chercher et de parvenir plus souvent à éclaircir le fait, on s'assurerait que d'anciens , et quelquefois de récens abus sont la cause la plus fréquente de cette incommodité. Presque toutes les fois que j'ai pu adresser à des filles qui en étaient atteintes , avec quelque espoir d'obtenir des réponses franches , des questions à ce sujet , les conjectures que j'avais formées se sont vérifiées complètement. Ceci m'est arrivé très souvent avec des servantes. J'en ai vu que des flueurs blanches et l'irritation des parties sexuelles avaient réduites dans un tel état, qu'elles étaient forcées d'abandonner successivement toutes les places qu'elles occupaient, n'ayant plus la force d'en remplir les obligations. Je dirai même que les plus sincères d'entre ces filles m'ont donné de leur habitude des raisons tellement claires, que la plupart des personnes de leur condition sont , à mes yeux , suspectes d'onanisme.

Tous les auteurs, au surplus , qui ont parlé des écoulemens leucorrhéiques et blennorrhagiques qui se font par la vulve , ont placé les excès de masturbation et de coït parmi leurs causes les plus fréquentes. Il me serait aisé de multiplier, sur ce point, les témoignages généraux et les observations particulières; mais ce serait complètement inutile. Je dis plus : ces preuves manqueraient entièrement, que l'on pourrait encore affirmer que les excès vénériens doivent être une des causes les plus ordinaires de ce genre d'affection.

On peut également, et pour les mêmes motifs, avancer avec assurance que des maladies de l'utérus lui-même ont dû très souvent être déterminées par les excès dont nous parlons, et plus particulièrement par ceux du coït. Il est constant, ainsi que l'observation journalière le prouve, que des phlegmasies aiguës et chroniques du col et du corps de la matrice se montrent fréquemment chez les femmes qui font ou oïit fait abus des jouissances vénériennes. Je donne , depuis plus de dix ans , des soins à une dame affectée d'une métrite chronique due à cette cause. Cette personne a commencé à se masturber qu'elle n'avait pas onze ans. Des

tlueurs blanches abondantes , qui jamais ne Pont quittée depuis, ne tardèrent pas a s'établir. Ayant été, à dix-huit ans, mariée à un homme vigoureux, ce fut pour elle l'occasion d'un autre genre d'excès. Alors elle fut prise de douleurs continuelles dans les lombes, dans la partie inférieure du ventre et les aines. Elle éprouvait constamment un sentiment désagréable de fatigue dans la partie supérieure des cuisses , et ressentait comme un poids qui faisait sans cesse effort pour'sortir par les parties sexuelles. Le col utérin, ainsi que j'ai pu m'en assurer, au lieu d'être à sa hauteur ordinaire, était presque à l'ouverture extérieure du vagin. Les conseils de modération et d'abstinence que je donnai ne furent jamais suivis que pendant de courts intervalles, et d'une manière très incomplète. L'onanisme avait un tel empire sur cette dame , que bien que les satisfactions légitimes ne lui manquassent pas, elle continuait de se livrer à cette habitude, quoique devenue mère plusieurs fois. On pense bienque mes conseils ïi'eurentpas de résultats. Aussi cette dame n'a-t-elle cessé d'éprouver les incommodités que je viens d'exposer, ainsi que beaucoup d'autres dont je ne parle pas. Divers auteurs ont rapporté des

cas semblables , et il n'est pas de praticien qui ne pourrait en raconter.

Nous avons vu , dans le cas dont je viens de parler, qu'il y avait un prolapsus uteri très prononcé : le coi utérin était presque à la vulve. Ce déplacement , qui est la conséquence ordinaire des phlegmasies du corps de la matrice, résulte très souvent 9 comme elles, des excès vénériens. Tous les auteurs qui ont écrit sur cette affection ont noté ce fait. Des dégénérescences squirreuses et cancéreuses du col de l'utérus ont aussi eu cette origine. Chez les femmes, dit Culierier, les affections utérines sont trop souvent la triste et cruelle conséquence des manœuvres solitaires T. M. Richerand , après avoir mis, comme beaucoup d'autres auteurs , les jouissances prématurées ou trop multipliées au nombre des causes du cancer utérin, dit que sur quarante-sept femmes atteintes de cette affection , onze avaient joui du commerce de l'homme avant la puberté , sept à l'époque même de cette révolution, et que le plus grand nombre avait été stérile. Il ajoute que Tes filles publiques épargnées par la maladie vénérienne

1 Diction, des Scienc. me'd. , t. XIX, p. 5.

meurent presque toutes d'un cancer à l'utérus l. Bayle et M. Cayol ont cherché à vérifier cette assertion par le dépouillement d'observations nombreuses 2 ; mais ils n'ont obtenu aucunrésultat tranché, ce dont je suis peu surpris, tant il y a de causes, surtout dans les hôpitaux, qui rendent ce genre de recherches infructueux. Je n'en considère pas moins comme fondé ce qu'on a dit sur l'influence desjouissances excessives comme cause de la maladie dont il vient d'être parlé. J'ai été appelé, il y a peu de temps, pour une dame chez laquelle une petite ulcération de nature syphilitique s'était développée sur le col de la matrice. Cette affection n'empêcha pas les approches conjugales d'avoir lieu, quoiqu'elles fussent douloureuses et qu'elles donnassent constamment lieu à un écoulement de sang. Peu à peu le parenchyme du col s'engorgea autour de l'ulcération, il devint squirreux, puis cancéreux, et la malade finit par succomber. Je regarde comme probable que le coït a été pour beaucoup dans le développement de cette dégénérescence. Pareille chose doit arriver souvent, car, ainsi que

» Nosog. chirurg., I. IV, 2e édit-, p. 386.

2 Dwt. des Sciences me'd. , art. Cancer, p. 588.

M. Ricord l'a démontré, les ulcérations superficielles du col de l'utérus sont fréquentes \. Il est très probable que les cancers qui, chez les filles publiques, attaquent cette partie, se produisent le plus souvent de cette manière.

Chez la dame dont il vient d'être parlé , l'acte de la copulation produisait un écoulement de sang par la vulve. Pareille chose peut arriver, comme j'en ai vu des exemples, quoique le col de la matrice n'offrît au toucher aucun indice d'altération organique. Cependant les femmes chez lesquelles ceci a lieu doivent être plus que d'autres réservées dans leurs plaisirs , ce léger accident signalant au moins une disposition mauvaise , et dont il faut se méfier. On a vu quelquefois le sang paraître au premier retour du coït chez des femmes qui en étaient depuis long-temps privées. M. Rondelou a cité un exemple de ce cas. Il s'agit d'une dame quiétait privée de son mari depuis trois ans : au bout de ce temps le mari revint : la fréquence du coït excita, la même nuit, une hémorrhagie utérine abon-

1 Journal des connaissances médico-chirurgie aies , décembre 183^.

dante *. Un pareil accident peut résulter de l'usage, et, à plus forte raison, de l'abus de cet acte, quand les menstrues sont imminentes, ou pendant leur durée 2. Des pertes de sang bien autrement graves ont été plusieurs fois la conséquence immédiate de copulations excessives. Tissot raconte qu'en 1746, une fille, âgée de vingt-trois ans, défia six dragons espagnols et soutint leurs assauts pendant toute une nuit , dans une maison aux portes de Montpellier. Le matin on l'apporta en ville mourante ; elle expira le soir baignée dans son sang qui ruisselait de la matrice 3. Un cas semblable a été rapporté par M. Virey. Nous savons, dit-il, qu'une fille publique, qui déjà, depuis quelque temps, s'était livrée à plusieurs débauches , s'abandonna, une nuit, à vingt-un soldats. On ignore quel fut le nombre des actes. Le lendemain elle éprouva une violente hémorrhagie par l'utérus, et mourut. C'était une femme brune, assez maigre , de force moyenne , et dans la vigueur de l'âge 4. Il n'est pas rare que l'ona-

1 Dissertât, sur les hemoi'rhagies ; et Dict. des Scienc. med., I. XX, p. 394.

2 Dugès. Dict. de med. et chirurg. pratiques, t. IX, p. 426.

3 L'Onanis., sec t. vij.

4 Dict. des Scienc, med. , t. XIV, p. 539.

nisme détermine, chez des jeunes filles, et même chez des enfans en bas âge , un écoulement de sang par la vulve. Ce fait a été signalé par M. Dugès T. La perte de sang n'est jamais alors abondante, et elle n'a aucune gravité.

L'irritation produite ou entretenue par l'exercice trop souvent répété du coït, est très souvent cause d'infécondité. De même que, généralement, une surface enflammée refuse d'absorber les substances qu'on y applique , de même aussi l'irritation du vagin et de la matrice les rend impropres à l'imprégnation. Ainsi donc le libertinage, au lieu d'ajouter, comme on pourrait le croire, aux chances de fécondation, agit dans un sens contraire. On compte en général, dit M. Marc, que deux cents filles publiques ne produisent que deux ou trois enfans par an 2. Ajoutez qu'il paraît constant que si ces filles rentrent dans la vie régulière, elles retrouvent leur fécondité. Les Anglais, voulant peupler Botany-Bay, y déportèrent, avec beaucoup de malfaiteurs , un

1 Dict. de Med. et de Chirur. pratiques , t. IX , p . 42 3

2 Dict. des Scienc. med., 1. VI, p. 288.

grand nombre de filles publiques. Celles-ci, qui étaient stériles dans leur patrie, se trouvèrent fécondes dès qu'elles furent assujéties à un mariage sévère1. N'est-il pas notoire que parmi les filles qui n'observent point la chasteté , celles qui deviennent mères ne sont généralement pas celles qui s'exposent le plus à le devenir2? Le docteur Benon de Chanes, médecin à Mâcon, a établi, par des recherches statistiques , qu'il y a peu de conceptions dans les premiers mois du mariage, c'est-à-dire, à l'époque où les rapprochemens des sexes sont le plus fréquens , et causent le plus d'irritation 3. M. Villermé a constaté le même fait relativement aux premiers jours, et même aux premières semaines des unions. Aussi ce savant statisticien est-il disposé à regarder la fécondité des copulations comme étant en raison inverse de leur fréquence. Assurément on pourrait dire que c'est l'homme qui, dans ce cas, perd momentanément la faculté de procréer; mais cette objection tombe quand on considère que, pour multiplier les animaux

1 Voyages de Peron , t. Ier .

3 Annales d'hygiène publique , janvier 1831.

3 Idem y idem.

domestiques, on charge un seul mâle de couvrir un grand nombre de femelles , ce qui n'empêche pas celles-ci d'être fécondées. On peut donc regarder comme fait constant que les femmes peuvent devenir stériles par suite des abus vénériens.

Ces abus ne nuisent pas seulement à la reproduction en y mettant obstacle, ils y nuisent encore en amenant la détérioration des races. M. Marc assure que les enfans , en petit nombre, qui naissent des prostituées, ont rarement la force et la santé dont jouissent les fruits d'une union légitime, et que la mortalité des premiers surpasse de moitié celle des autres1. Les unions trop précoces, qui constituent aussi un abus vénérien , ont des résultats analogues à ceux du libertinage. Aristote avait déjà signalé ce fait. Delafontaine, premier chirurgien du dernier roi de Pologne, attribue aux mariages prématurés des juifs polonais, l'extrême débilité physique que l'on remarque en eux. « Il est prouvé , dit M. Marc, que le degré de force physique d'un enfant tient, dans la règle, de la mère plutôt que du père ;

1 Dictionnaire dît snmc. mcd., t. VI, p. ?88.

et c'est encore ce que nous confirme, d'une manière concluante, l'exemple des animaux domestiques. On sait que la taille du poulain dépend plutôt de celle de la jument que de celle de l'étalon ; les mulets surtout en fournissent une preuve très frappante. Les jeunes poules, quelle que soit la force du coq, pondent des œufs presque de moitié plus petits que ceux provenant de poules formées x. » Il est, au demeurant, de notoriété générale que les femmes qui deviennent mères avant d'avoir toute leur force, ou après l'avoir perdue par des excès , ne donnent ordinairement lejour qu'à des enfans chétifs et que l'on conserve difficilement.

Nous avons vu des hommes se prendre , en voulant simuler le coït, à des pièges qu'ils s'étaient eux-mêmes tendus, et dont ils ne sortaient qu'au prix de beaucoup de honte , de grands dangers et de vives douleurs : eh bien, des accidens de même nature sont arrivés à des filles et les ont obligées d'invoquer le secours de l'art. Les exemples de personnes qui,s'étant introduit des corps étrangers dans le vagin et

1 Die lion, des scienc . medic . , l.VI> p. 255.

surtout dans l'urètre, n'ont pu les en retirer, sont nombreux mous allons en citer quelques uns. M. Pamard a rapporté celui d'une fille de trente-un ans, qui se masturbait avec un sifflet d'ivoire long de trois pouces et demi et gros de cinq lignes au milieu et à la tête ; c'était par ce bout qu'elle se l'introduisait , non dans le vagin, mais dans le canal de Furètre. Un jour ce corps s'engagea si avant , qu'elle ne put l'extraire ; on ne parvint, après diverses tentatives, à l'en délivrer qu'en le saisissant avec une pince à polype l. Une autre fille, qui avait dix-sept à dix-huit ans , fut moins heureuse : elle avait l'habitude de s'introduire un gros morceau de bois dans le canal de l'urètre ; cet instrument ayant une fois pénétré trop profondément, s'engagea dans la vessie. M. Faure ayant été appelé, dut pratiquer la taille vaginale pour l'extraire 2. M. Rigal fut dans le cas de faire usage de la même ressource pour une demoiselle de vingt ans qui, en se masturbant, s'était introduit dans la vessie un étui de bois3. Des aiguilles et des épingles se sont

1 annales de me'dcc. pratique de Montpellier, octobre 1 808. p. 287.

2 Idem, août 1810.

6 Idem , id.

égarées souvent de la sorte dans des routes où elles n'auraient dû pénétrer. Morgagni assure qu'il n'est pas rare, en Italie, que des filles lascives s'insinuent dans l'urètre les aiguilles d'or qui servent à leur coiffure, qu'elles les ont laissé plus d'une fois s'échapper dans la vessie; qu'elles dissimulent long-temps, mais que la douleur finit par les obliger à confesser leur faute1. Moïnichen parle d'une fille de Venise, que Molinetti parvint à débarrasser d'une aiguille d'or qui deses mains étaient passée dans cet organe2. En 1751, Lachese (au rapport de Morand) fut appelé pour une fille de vingt ans, qui la veille s'était introduit dans l'urètre un cure-dent qu'elle y avait perdu : on ne put l'extraire qu'au bout de deux mois et après des tentatives de toute sorte 3. Une circonstance heureuse favorisa Lamotte dans un cas semblable. Une vieille fille s'était introduitdans la vessie une très grosse épingle. Ayant appliqué plusieurs fois la sonde avec beaucoup d'attention et de patience, Lamotte finit par sentir cette épingle très distinctement; il sondait

' De sed. et caas. morbis, epist. 42 , § 1 9 et 20.

3 Oberv. me'd.

3 Mémoires de V Académie de chirurgie , t. i 1 1 ? p. 613

pour la quatrième fois , quand le hasard fit qu'elle se trouva embarrassée dans les deux trous de la sonde ; voulant retirer celle-ci , et trouvant de la résistance, il porta le doigt dans le vagin et reconnut d'où elle venait. Des manœuvres méthodiques lui permirent alors de faire une extraction qui d'abord lui avait paru impraticable l.

Ces accidens n'arrivent ordinairement que chez les imprudentes qui, se trompant de route, font pénétrer dans l'urètre, un instrumeut destiné par elles à un canal voisin. L'ampleur et le peu de longueur du vagin s'opposent en effet à ce que les corps étrangers qu'on y introduirait, s'y arrêtent fréquemment et y soient retenus avec force. Il faut, pour qu'une telle incarcération ait lieu, certaines conditions qui doivent être peu communes. Cependant elle est possible , et l'on pourrait sans peine en rassembler plusieurs exemples. En voici un qui s'est offert à M. Dupuytren. Une femme vint le consulter pour une incommodité qu'elle disait ressentir dans le conduit vulvo-utérin. Le toucher fit aisément reconnaître qu*il y

1 Traite de chirurg. , i. II, p. ,385.

avait dans cette partie un corps étranger dont on ne put d'abord déterminer la nature, la malade s'obstinant à ne fournir aucun renseignement à ce sujet: cependant, à force d'explorations , on parvint à reconnaître que ce corps présentait une large ouverture et une cavité profonde. Les parois tuméfiées du vagin recouvrant les bords de l'espèce de vase qu'il recelait, empêchaient de pénétrer jusqu'à lui, et opposèrent une assez grande résistance à ce qu'on pût le saisir, le dégager, et l'extraire après l'avoir culbuté dans la cavité vaginale: enfin on réussit, et on put connaître l'objet mystérieux de tant d'efforts '.c'était.. . . quoi?. ... . un pot à pommade qui avait été introduit par son fond, et au sujet duquel la malade balbutia plusieurs fables qui ne pouvaient avoir aucun crédit 1.

1 Additions à la med. opérât, de Sabatier, t. IV, p. 96.

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