CHAPITRE II
DES CIRCONSTANCES QUI RENDENT L'ACTE VÉNÉRIEN PLUS OU MOINS NUISIBLE A LA CONSTITUTION ET A LA SANTE.
Ces circonstances sont de deux sortes : les unes tiennent à l'acte lui-irième; les autres lui sont étrangères , et viennent le plus souvent des dispositions où se trouve l'économie au moment où il a lieu. Etudions successivement ces deux ordres de circonstances.
§ I. Circonstances, tenant à l'acte ve'ne'rien, qui le rendent plus ou moins nuisible.
Nous avons vu, dans le chapitre précédent, quel'influencedes organes générateurs est d'autant plus grande que l'excitation de ces organes est plus vive; que, par exemple, cette influence a plus d'intensité pendant le travail de la puberté qu'aux autres époques de la vie ; qu'elle en a plus encore dans l'état d'éveil ou de rut que pendant celui de repos ; enfin , qu'elle
monte à son plus haut degré dans l'acte vénérien. La conséquence naturelle de ces faits est que plus l'excitation des organes génitaux est grande, durant cet acte, plus aussi l'impression qu'il cause doit être forte. On peut donc dire que la faculté qu'il a de nuire est , toutes choses égales d'ailleurs, en raison directe de la force et de la durée de l'excitation qui l'accompagnent. Cette conséquence est, au surplus, en accord parfait avec les résultats ordinaires de l'observation.
Comparez les deux sexes : l'un d'eux, le sexe féminin , nous présente beaucoup moins souvent que l'autre les conséquences fâcheuses des excès vénériens. Pourquoi cette différence? jN'est-ce pas parce que le sens génital étant chez les femmes moins susceptible d'exaltation , l'acte vénérien leur cause moins de fatigue? Je sais fort bien qu'on a contesté ce fait; qu'on a prétendu que la femme ne le cède en rien, sous le rapport de la sensualité, à l'homme; que si lesdésirs paraissent moins vifs chez elle, cela tient uniquement à ce que nos mœurs l'empêchent de les exprimer. Je sais aussi que , pour expliquer le peu d'empressement que mettent, en général, les femelles des animaux à se prêter aux approches du mâle , on
leur a prêle un calcul, une coquetterie tendant à redoubler les ardeurs de celui-ci ; et qu'enfin on a présenté la phlogose que leurs parties génitales offrent , pendant le rut , comme un témoignage patent de l'intensité des sensations qu'elles y éprouvent1. Mais ces argumens ne peuvent tenir contre l'observation de chaque jour qui a établi, comme fait de notoriété générale, que les femmes sont moins portées que les hommes aux plaisirs de l'amour, et qu'elles éprouvent moins de fatigue après s'y être livrées.
L'infériorité, ou si l'on veut, l'avantage que les femmes ont relativement à nous, sous ce rapport, tient à la passivité naturelle de leur rôle dans l'acte de la génération. Elle procèdent moins à cet acte qu'elles ne s'y prêtent : aussi n'ont-elles besoin de désirs que juste ce qu'il en faut pour ne pas s'y refuser. Nos mœurs, en consacrant leur retenue à cet égard , n'ont fait que reconnaître une circonstance physiologique , ou plutôt elles en sont la conséquence. Quant a ce qu'on a dit de la coquetterie des animaux , franchement j'y crois peu ; et , en ce qui s'agit de celle des femmes, j'y crois
1 Marc, Dict. des Scienc. me'd. , art. Célibat , p. 402.
trop pour ne pas estimer qu'elle en a fait faillir un plus grand nombre que les désirs charnels. Si le sens vénérien avait un développement égal dans les deux sexes , pourquoi , malgré certaines conditions qui devraient rendre la masturbation plus fréquente chez les filles que chez les garçons, est-ce le contraire qui a lieu? Et d'ailleurs , n'est-il pas de fait que c'est sans les désirer ni en jouir, qu'un grand nombre de femmes se prêtent aux caresses de leur époux ; cependant , qu'on le remarque bien , cette indifférence ne les empêche pas de devenir mères , car la sensation vénérienne n'est pas chez elles , comme chez l'homme , une condition indispensable de l'œuvre génératrice ? Enfin , je le demande , existerait-il des filles publiques si la copulation causait au sexe féminin autant de secousses et de fatigues qu'à l'autre? C'est donc un fait incontestable que généralement la femme est moins sensuelle que l'homme : or, ce fait rapproché de cette autre circonstance qu'elle est beaucoup moins souvent que lui victime des excès vénériens, ne contribne-t-il pas à prouver que l'acte vénérien nuit, toutes choses égales d'ailleurs, d'autant moins, ainsi que je l'ai dit plus haut, que les sensations qui l'accompa-
gnent sont moins vives? Peut-être est-ce pour cette cause que la vie des femmes est en général plus longue de deux ou trois années que celle des hommes, malgré les douleurs et les dangers de la grossesse, de l'accouchement et de l'allaitement: c'est ce qui résulte, suivant John Sinclair, des registres mortuaires des différens pays et des tableaux de rentes viagères qui ont été tenus en Hollande avec beaucoup de soin, pendant cent vingt-cinq ans l. Au surplus, une chose avérée est que tout ce qui concourt à donner plus de force et de durée aux sensations qui accompagnent l'acte vénérien , a aussi pour effet de rendre plus grands la fatigue et le désordre qui le suivent. Nul doute que le coït, quand, réduit à ses plus simples termes il n'est guère plus qu'une excrétion de sperme, cause beaucoup moins de préjudice que s'il a lieu avec un grand éclat. Aussi le commerce avec les filles publiques , et généralement avec les femmes qui n'inspirent point de vifs transports, a-t-il généralement des inconvéniens moindres , ainsi que l'a remarqué Hunter 2 , que celui qui s'ac-
• Principes iT hy g. , elc.t traduction d'Odier, 1810, u. 45. a Traite des Maladies vénériennes , traduction d'Audiberli , i). 209.
compagne d'une violente passion. Quelques auteurs cependant ont émis une opinion contraire. « Post nimium coïtum, dit Sanctorius, cum muliere quàm maxime concupitâ, non sentietur illico lassitudo; animienim consolatio juvat tune perspirationem cordis, et auget ejus robur; unde in ipso, quod amittitur, promptiùs remittitur. * » Tissot a reproduit la même idée2 ; mais il est évident que ces auteurs ont confondu l'état du corps avec celui de l'ame. Assurément, quand elle est dominée par une passion forte, les ardeurs amoureuses durent plus long-temps , et la satiété arrive moins vite : mais s'en suit-il que le corps résiste plus? A n'en pas douter, non; seulement on sent moins les atteintes qu'il subit ; mais elles se révéleront plus tard, quand le sens génital ne parlant plus permettra de sonder les plaies qu'il a faites.
Une des causes qui font que la masturbation est, en général, plus pernicieuse que le coït, vient précisément de l'état de l'ame pendant qu'ils s'accomplissent. Le masturbateur, et ici je n'entends parler que de celui qui a déjà quel-
1 Âphoris , VI, sect. vi.
2 L'Onan. , sect.viij.
ques idées de sexe et d'amour, n'ayant pas, comme dans le congrès, un objet matériel qui soit le principe et la fin de ses plaisirs, il faut que son imagination y supplée et invente. Ce travail d'esprit rend à la fois les secousses qu'il se procure plus fortes et le corps plus disposé à les sentir. Ajoutez que désireux de prolonger le rêve dont il se berce, et, maître de certaines circonstances qui, dans l'union des sexes, peuvent, malgré lui, précipiter le dénouement, il s'étudie et ne réussit que trop bien à le retarder. C'est ainsi qu'avec un art vraiment funeste il parvient à donner au vice qui le ronge, toute la puissance qu'il peut avoir, ne perdant pas une parcelle du mal que ce vice est susceptible de causer.
§ II. Circonstances étrangères à l'acte ve'ne'rien qui le rendent plus ou moins nuisible.
L'économie n'offre pas une prise égale aux excès vénériens chez tous les individus et à tous les instans de la vie. Il y a des circonstances qui font que la masturbation ou le coït ont besoin d'être plus ou moins répétés pour être nuisibles. Il faut donc , si l'on veut connaître la portée réelle de ces actes, non seulement les considérer en eux-mêmes
comme nous venons de le faire, mais encore les mettre en regard des circonstances qui peuvent ôter ou ajouter quelque chose a cette portée. C'est à quoi nous allons procéder maintenant.
Les circonstances dont il vient d'être parlé sont nombreuses, et il s'en faut de beaucoup qu'elles soient toutes connues. Deux individus se masturbent : l'un tombe malade au bout de quelques semaines ; l'autre résiste longtemps encore. Assurément ces deux individus étaient dans des conditions différentes : l'événement le prouve. C'est un fait cependant que rien n'avait précédemment indiqué : leur âge, leur constitution apparente, leur manière de vivre étaient semblables ; à présent même on ne saurait dire pourquoi la résistance a été si inégale chez eux. Ce que ces deux individus présentent , on peut l'observer sur un seul en le considérant à des époques, à des instans divers. Il offrira une prise plus ou moins grande aux excès de la masturbation et du coït, sans qu'on puisse déterminer quelles sont les conditions instables d'où sortent ces différences. Il y a donc des circonstances inconnues , occultes y insaisissables , qui font que l'on supporte inégalement l'abus des plaisirs. Ces remarques
sont d'une haute importance , et méritent d'être bien comprises. Il est clair que, devant elles, il n'y a plus de sécurité possible pour le masturbateur : en vain il chercherait des encouragemens en se comparant à d'autres ou à soi-même; en se disant d'un camarade : s'il avait eu ma constitution, s'il eût été aussi fort que moi, sa santé serait encore bonne, il n'aurait pas succombé ; ou encore en se disant : pourquoi crainclrais-je ce que déjà j'ai fait impunément? Ce langage ne lui est plus possible du moment qu'il sait que rien n'indique d'une manière certaine qu'on vaille mieux ou autant qu'un autre, même qu'on vaille ce qu'on valait. Il n'y a donc pas moyen de se faire illusion par des comparaisons rassurantes, quand on est bien pénétré de la vérité de ces considérations : aussi est-ce parce qu'une foule déjeunes gens les ignorent, parce qu'ils s'estiment meilleurs que ceux-ci, et aussi bons que ceux-là, qu'il y en a tant qui éprouvent le regret de s'être abusés.
Indépendamment de ces circonstances, il en est qui n'ont rien de mystérieux, et qui concourent, avec plus ou moins de puissance , à rendre plus préjudiciable l'acte vénérien. Ces circonstances consistent : 1° dans l'état général
des fonctions aux différens âges , et clans l'état particulier de quelques unes aux divers momens de la vie ; 2° dans une coïncidence d'action entre l'acte vénérien et diverses autres causes de maladie; 3° dans les altérations que la constitution peut avoir déjà subie , ainsi que dans les dispositions existantes à contracter certaines maladies; 4° enfin dans celles de ces dernières dont le sujet est actuellement affecté quand il se livre à l'acte vénérien. Ces circonstances étant les seules qu'on puisse saisir, sont les seules que nous ayons à étudier.
Influence que Vétat général des fonctions aux divers âges, et que Tétât particulier de quelques unes aux divers momens de la vie peuvent avoir sur les conséquences de l'acte vénérien. — La vie se compose de trois périodes bien distinctes. Dans la première, le corps se développe et se constitue , c'est une époque de progrès ; tant qu'elle dure les organes gagnent en force et en substance ; elle finit quand ils sont arrivés à l'état de perfection dont ils sont susceptibles : c'est généralement vers la vingt-cinquième année que ce terme a lieu. Pendant la seconde
période, l'homme use de ses organes tels que la première les a formés et constitués. Le travail qui se fait en eux a seulement pour but de les renouveler : c'est la période de maturité, de conservation; elle finit ordinairement verslacinquantième année. La troisième est l'antithèse de la première, c'est la période de décadence. Il y a, pendant celte dernière , détérioration progressive des forces et des tissus. Son terme est celui de la vie. Ainsi, état de développement ou de progrès, état de conservation, et état de décadence, voilà les trois aspects sous lesquels une vie entière se présente. Suivons dans ces diverses phases l'action des excès vénériens,
De la portée des excès vénériens pendant la première des trois périodes de la vie, celle oà le corps se développe et se constitue. — Aucun des animaux, et surtout des animaux vertébrés, n'est capable de procréer a son entrée dans le monde. Alors, sans doute, les organes génitaux existent, mais c'est sous une forme rudimentaire, et qui atteste suffisamment leur incapacité. Ce n'est qu'à une époque plus avancée de la vie, époque qui varie dans les différentes espèces, mais qui est toujours à
peu près la même pour les individus de chaeune d'elles , que ces organes acquièrent le pouvoir de remplir leurs fonctions spéciales. Jusque là il n'y avait ni sécrétion de sperme prolifique chez le mâle, ni création d'ovules chez la femelle; la faculté de procréer n'existait pas. L'homme ne fait pas exception à cette règle commune. Ses organes génitaux, quoique distincts, sont à peine développés au moment de la naissance. Le pénis chez les garçons, les nymphes et le clitoris chez les filles, paraissent, il est vrai, avoir une certaine étendue, mais on peut aisément s'assurer que ce volume n'est pas dû au développement de la partie vraiment spongieuse, érectile de ces parties. L'appareil générateur continue à s'accroître, quoique lentement pendant l'enfance; mais ce n'est que plus tard, et à la suite de ce développement aigu qu'il présente pendant la puberté ï qu'il devient apte à la reproduction. Tl est donc bien positif que chez l'homme, comme chez tous les animaux, ce n'est qu'après une assez longue durée de la vie que la faculté de procéder au renouvellement de l'espèce arrive.
» Voyez p. 55 et suiv.
Quelle est cette époque ? pourquoi n'arrive-t-elle pas ou plus tôt , ou plus tard ? Qu'importe : il me suffit de constater en ce moment qu'il faut avoir vécu pendant un temps assez long pour qu'elle vienne. Or, comme Dieu n'a rien fait d'inutile, on peut affirmer sans crainte que ceux quî , avant l'âge de la procréation , cherchent et éveillent en eux les sensations qui l'accompagnent , font un acte contre nature et qui, par cela seul , est nécessairement pernicieux.
C'est ainsi qu'à priori, et par la seule application des lois générales, on arrive à frapper de réprobation les jouissances prématurées. L'étude du corps humain , dans le premier tiers de l'existence, vient confirmer ce jugement. Deux faits de la plus haute importance marquent ce temps de la vie. C'est alors que les organes se forment, qu'ils acquièrent en substance, en étendue, en texture, tout cç dont ils ont besoin pour être à l'état parfait. C'est alors, aussi, qu'ils se constituent, qu'ils acquièrent en action et en impressionnabilité les caractères d'où résulte leur constitution spéciale, c'est-à-dire cet état qui , envisagea la fois dans tefus les organes , compose ce qu'on appelle le tempérament. 11 y a donc à la fois y
pendant l'enfance et la jeunesse, formation de la substance du corps et de sa constitution. Plaçons en regard d'un pareil travail, à la régularité duquel la santé, le bien-être, sont attachés pour toujours, plaçons, dis-je , les jouissances vénériennes, ou plutôt la masturbation , car elle seule est possible alors : nous verrons pourquoi la faculté génératrice n'a pas été donnée en même-temps que la vie, pourquoi l'excitation précoce du sens génital porte en soi tant de danger.
Cette excitation a d'abord pour résultat de hâter le développement matériel et sensitif des organes génitaux. Le volume prématuré que la masturbation donne à la verge, chez les enfans, est tellement remarquable, que souvent il suffit seul pour déceler cette habitude. Et quant au sens vénérien, non seulement cette excitation l'éveille avant, bien long-temps avant l'âge légitime de son apparition, mais elle lui donne un empire tel, que l'on voit les plus jeunes sujets braver tous les moyens de correction et de répression pour le satisfaire. Voici donc un système d'organe jeté violemment au milieu de ceux dont le développement devait précéder le sien , et leur demandant en force et en matière une part
qui ne lui est pas encore due. Un tel fait est incontestablement un désordre , et mît-on les organes génitaux sur la même ligne que ceux dont la sensibilité est le plus obscure , on peut en préjuger les conséquences. Qu'on se reporte en effet aux accidens , souvent si graves , qui accompagnent la dentition; à ceux, non moins redoutables, qui sont le résultat d'une croissance trop rapide , d'une élongation trop précipitée des os ; puis, qu'on mesure toute la distance qui sépare la vitalité du système osseux,de celle que possède l'appareil générateur, alors on pourra se faire une idée du mal que l'avènement prématuré de celui-ci peut faire. Même sans qu'il y ait de maladie proprement dite , l'amaigrissement, l'énervation qui résultent d'une croissance excessive, suffisent souvent pour donner à un jeune homme la livrée du masturbateur.
Si de simples os peuvent causer une perturbation si grande, que doit-il arriver quand l'onanisme, avec son cortège obligé d'exaltation morale, de secousses sensuelles et de pollutions, force les organes générateurs à intervenir au milieu de tous les efforts de l'accroissement? La puissance dont ils s'emparent
alors estcelle que nous avons vue s'étendre sur tous les points de l'organisation l , celle dont l'action , quand elle est régulière , contribue tant à donner à chaque tissu les qualités de l'état parfait, celle enfin qu'il suffit d'anéantir pour que l'organisation s'arrête et que l'homme présente les caractères de l'eunuchisme. Considérez l'onanisme armé d'une telle puissance, et employant pour faire le mal toute l'énergie qu'elle possède pour le bien. Conçoit-on des limites à Faction possible d'un tel fléau? et cependant il s'est trouvé quelques auteurs qui ont cru devoir resserrer celles que la notoriété générale lui attribue.
De même que les signes locaux de la puberté, plusieurs des phénomènes généraux de cette époque ne se font pas attendre quand des jouissances prématurées en sollicitent le développement. Ainsi la barbe vient au menton, le pubis se couvre de poils , la voix prend un timbre plus grave, et les premiers indices de la virilité se montrent à un âge qui ne devrait pas encore les connaître. Ces symptômes, qui rapprochent les masturbateurs de ces créa-
1 Voyez loul le chap. I.
tares repoussantes qu'on voit au sein d'une nourrice avec les attributs de l'âge mûr l , servent à suivre les traces des aberrations que l'onanisme introduit dans la formation des organes. Mais ce n'est pas seulement à la hâter ou à l'empêcher que ce vice borne ses effets ; il fait pis encore, il la trouble. Car, il ne faut pas s'y tromper , ce n'est point par des irrégularités de conformation, d'aspect, de texture que, le plus souvent , le désordre des fonctions se manifeste; c'est par des altérations matérielles, des maladies proprement dites. Voilà pourquoi les inflammations de toute sorte et des affections organiques nombreuses sont, comme l'observation le prouve, la conséquence plus ou moins prochaine des plaisirs anticipés : or, comme la vulnérabilité des organes diffère selon les individus, comme c'est chez celui-ci le cœur, chez tel autre les poumons ou l'estomac, ou le cerveau, etc. , etc. , qui offrent le plus de prise aux causes de destruction, on s'explique pourquoi la liste des maladies déterminées par l'onanisme , comprend la plupart de celles qui affligent le corps humain.
' \ayvY. p. 27
Ce n'est pas tout; la provocation d'un sens qui, lorsqu'il est exalté, déborde sur tous les organes, pour lequel ils ont tous un écho, ayant lieu à une époque où leur manière d'agir et de sentir, où leur tempérament, se forment, celui-ci doit se constituer autrement que s'il se fût développé dans le calme, à l'abri d'une telle influence. Ce n'est donc pas seulement la santé qui peut souffrir de l'émancipation trop précoce des organes générateurs, c'est aussi la constitution. Tel qui eût abordé l'âge viril, riche d'un tempérament robuste, d'un de ces tempéramens qui donnent au corps la faculté de résister victorieusement à cette foule d'influences mauvaises dont il est sans cesse assailli, sera destiné à vivre, grâce à l'onanisme, avec une susceptibilité, une impressionnabilité qui le rendra vulnérable à toutes ces influences. Ce vice compromet donc à la fois et le présent et l'avenir. Le présent par les maladies qu'il donne, l'avenir par celles qu'il prépare. Si l'existence actuelle du jeune homme lui échappe, ce n'est que grevée d'un tribut de maux qu'il devra payer long-temps , et peut-être toujours. La part indirecte que l'onanisme prend ainsi aux douleurs humaines est énorme ; je la considère même comme
étant proportionnellement plus grande que celle des conséquences plus immédiates de cette funeste habitude. Il m'est évident que cela est ainsi , non seulement parce que l'observation de chaque jour le montre , mais parce qu'il est impossible que cela ne soit pas. Combien donc ils s'abusent ceux qui cherchent autour d'eux des masturbateurs malades , avant de croire aux dangers de la masturbation ; qui se rassurent et continuent de la pratiquer, parce qu'ils n'en voient pas; combien ils s'abusent ! Ils pourront , eux et ceux-là que des yeux ils interrogent, traverser tous les temps de la vie , atteindre même la vieillesse la plus reculée ; les maladies qui viendront les saisir, les souffrances de chaque jour, ils les attribueront à des circonstances de chaque jour. Quand affligés du présent ils penseront au passé , quand ils songeront à leur enfance , à leur jeunesse , ce sera seulement pour en admirer les beaux jours, et peut-être pour se réjouir encore des plaisirs qu'ils y ont goûtés. Incapables d'apercevoir la chaîne fatale qui les unit à ce passé, ils le contempleront sans soupçons, sans regrets ; et puis quand l'heure dernière sera venue, le boulet qu'ils auront si long-temps
traîné se séparera d'eux sans qu'ils aient connu la main qui le leur avait attaché.
Si les jouissances prématurées peuvent causer tant de préjudice, ce doit être une des occupations qui intéressent le plus l'humanitéque d'y soustraire l'enfance et la jeunesse. Les législateurs de toutes les époques et de tous les pays ont senti ce devoir. Seulement, comme l'onanisme n'est point susceptible de tomber sous l'action des lois, elles n'ont pu que fixer un âge au dessous duquel le mariage serait interdit. Toutefois, il faut ledire , des considérations relatives à l'état social des divers peuples, à la faculté de pourvoir à la subsistance d'une famille, et au besoin d'obtenir des générations vigoureuses, ont contribué autant que le soin dont nous venons de parler à la fixation de cet âge. Aussi les législations présentent-elles sous ce rapport des différences nombreuses qui souvent ne peuvent s'expliquer que par les nécessités diverses au milieu desquelles on les a fondées. Un seul point leur est commun à toutes, c'est que l'âge où elles permettent le mariage, est constamment fixé à une époque moins avancée de la vie pour les filles que pour les garçons. Par là on a reconnu ce double fait, que la puberté est plus précoce
dans le sexe féminin que dans l'autre, et que celui-ci a besoin d'une organisation plus avancée pour résister aux fatigues de la génération. L'âge auquel la faculté vénérienne entre dans toute sa plénitude, où son exercice peut avoir le moins d'inconvéniens , a été généralement déterminé d'après deux bases bien distinctes : 1° l'aptitude physique au congrès ; 2° l'état général de l'organisation. Selon que les savans et les législateurs ont préféré l'une ou l'autre de ces bases , ils ont fixé l'âge nubile plus tôt ou plus tard. La première a servi à la confection des lois matrimoniales canoniques et romaines, et probablement ils étaient guidés d'après la seconde, Lycurgue qui défendait aux hommes de se marier avant trente-sept ans , Platon qui voulait que tout enfant procréé par une femme au dessous de vingt ans, ou un homme au dessous de trente, fût marqué d'infamie ; et les anciens Gaulois qui, comme dit Montaigne, « estimoient à extresme reproche d'avoir eu accointance de femme avant l'âge de vingt ans. » J.-J. Rousseau raisonnait de la même manière :« Jusqu'à vingt ans, dit-il, le corps croît, il a besoin de toute ' sa substance; la continence est dans l'ordre
de la nature, et l'on n'y manque guère qu'aux dépens de sa constitution1. »
Lorsque l'aptitude physique à la copulation arrive chez les pubères, ce fait ne prouve rien, sinon que cette aptitude est venue, et que conséquemment on peut en user. Il ne s'ensuit pas que la faculté génératrice ait déjà toute son étendue, que le corps soit déjà dans les conditions les plus favorables à son usage, que ce dernier enfin n'ait pas d'autres limites que celles qu'il aura plus tard. Qui oserait dire : la masturbation est possible dès la première en* fance, donc elle n'a pas plus d'inconvénient alors qu'elle n'en aurait à une époque plus avancée de la vie? C'est donc surtout dans des circonstances étrangères à l'appareil générateur, dans le point où se trouve la maturation du reste de l'organisme, qu'on doit chercher, ainsi que nous pensons l'avoir précédemment démontré, la cause et la mesure des inconvéniens attribués aux jouissances trop précoces. Aussi nous croyons-nous en droit de dire : La période de la vie oà l'acte vénérien a , toutes
1 Emile , liv. IV
choses égales d'ailleurs, le moins d'inconvéniens, est celle qui commence quand P organisation est achevée, est arrivée à l "étal parfait : et , comme complément de cette formule, nous pouvons ajouter : Les jouissances vénériennes, antérieures à cette période , ont, toutes choses égales d'ailleurs, d'autant plus dHnconvéniens que l'âge où l'on s'y abandonne s'en éloigne le plus.
Y? état parfait , voilà donc le point où il conviendrait que l'organisation soit parvenue, pour que l'acte vénérien fût permis, pour que la nubilité fût acquise. Alors on n'a plus à craindre de porter le trouble dans un travail de formation et de constitution qui est achevé. Considérez les animaux, ceux du moins dont l'organisation n'a pas senti la main de l'homme ; ils ne se livrent à l'acte de la reproduction que lorsqu'ils ont atteint toute leur vigueur, qu'ils sont en état, comme il arrive souvent, d'acquérir la jouissance d'une femelle au prix de combats plus ou moins acharnés. Soumis aune manière de vivre qui hâte le développement du sens vénérien, les animaux domestiques s'abandonnent souvent, il est vrai , à des copulations trop précoces, mais ils en portent aussi la peine. Il est constant, par exemple, qu'un
étalon perd irrévocablement ses forces , si on lui permet de sauter une jument avant l'âge de quatre ans, terme auquel son accroissement est presque toujours complet. Il paraît aussi constaté, par les recherches de MM. Hofalker, d'Inspruek *, et Girou de Buzaringues 2, tant sur les animaux que sur l'homme , que l'âge des individus qui s'accouplent influe beaucoup sur le sexe et la qualité des produits. Mais pourquoi chercher des preuves en dehors de notre espèce? l'observation de chaque jour, le témoignage de tous les auteurs, ne suffisent-ils pas pour mettre hors de toute contestation le danger des jouissances précoces? Assurément ils sont nombreux les individus de tout âge qui s'abandonnent à des excès vénériens : quelles sont cependant les personnes que ce genre d'excès conduit devant nous , ou dont les épouvantables histoires sont racontées dans les auteurs? Ce sont pour la plupart des enfans , des jeunes gens. Diverses causes, je le
1 Voyez un extrait de la Gazette médico-chirurgicale d'Irispruek, dans la Bibliothèque médicale, juillet , 1829.
2 Recherches statistiques sur la prédominance relative des sexes dans les diverses parties de ta France, mémoire lu à 1 Institut, le 24 novembre, 1828.
sais , peuvent contribuer à ce résultat : une des principales résulte de ce que l'acte vénérien, dont on abuse le plus avant l'âge adulte, est la masturbation , et que celle-ci est généralement plus pernicieuse que le coït. Déjà nous avons signalé une des raisons de cette différence * : nous pourrions ajouter que la masturbation n'exigeant pas le concours des sexes, rencontre moins d'obstacles que l'autre et doit être, pour ce motif, une source plus abon= dante d'excès. Mais ces causes peuvent-elles expliquer seules pourquoi les conséquences immédiates des excès vénériens ne se montrent, à peu d'exception près, que dans la première période de la vie? C'est donc surtout à la précocilé de ces excès que l'énorme disproportion que nous signalons ici doit être attri= buée. L'état de l'économie avant sa maturité parfaite fournirait , au surplus , ainsi que nous l'avons vu précédemment , la raison de ce fait, s'il venait à s'élever sur ce point des con testations dont, jusqu'à présent, on ne saurait trouver aucune trace dans les auteurs.
Il nous reste maintenant à déterminer l'époque de la vie où le corps est parvenu à l'état
' Voy. p. 52.
parfait, et la distance qui le sépare de cet état aux divers âges qui le précède. Mais avant de procéder à cette détermination, je dois dire qu'un grand nombre de circonstances font varier cette époque, et que conséquemment elle est loin d'être la même chez tous les individus , soit qu'on les prenne dans un même pays, soit qu'on les considère sous des climats différeras. Nous ne pouvons donc présenter que des résultats moyens, et comme ceux qui ont été recueillis autour de nous sont les plus exacts et les plus nombreux , c'est à eux seulement que nous allons nous attacher.
Ainsi que nous l'avons déjà dit, le travail d'organisation du corps humain se compose de deux faits : le développement des tissus et celui de la constitution. L'économie ne peut donc être dite à l'état parfait qu'autant que ce double développement est achevé, que les organes n'ont plus rien à gagner soit en force , soit en substance. Malheureusement le travail de constitution, le progrès en activité et en impressionnabilité , ne sauraient être estimés d'après des mesures certaines, et ce serait en vain qu'on voudrait en dresser l'échelle : mais il est lié d'une manière si intime au développement matériel, quecelui-ci peut fournir une idée
assez exacte de sa marche et de son état. Nous pourrons donc, tout en ne donnant un aperçu que du développement en texture, fixer avec une certaine précision la valeur de ces mots : jouissances prématurées , précoces, anticipées.
Il serait trop long et d'ailleurs déplacé de prendre ici un à un les divers organes et de faire le tableau de leur accroissement particulier. On ne pourrait d'ailleurs, dans l'état présent de la science, donner à ce travail toute la précision dont il aurait besoin pour atteindre notre but. Mais il est un fait, qui est mesurable et que l'on a mesuré, qui résume dans sa généralité tout le développement matériel du corps; c'est le poids de celui-ci. Etablissons donc l'état et les variations que ce poids présente aux diverses phases de la vie; les belles recherches de MM. Quetelet et Viliermé , sur ce sujet , nous rendront cette œuvre aisée.
L'enfant mâle ! pèse, terme moyen, au moment de sa naissance, 3 kil. 20 déc. Chaque année son poids s'accroît dans les proportions suivantes :
■ Nous ne donnons, pour ne rien compliquer, que les poids relatifs au sexe mâle. Qu'il me suffise de dire que les filles pèsent généralement un peu moins que les garçons.
1 an, il pèse
9 kil.
2 ans ,
Ce tableau nous montre que l'homme n'est
1 Annales d'hygiène, etc. , etc. , juillet i833. Ai-je besoin d'avertir que ces poids n'étant que des poids moyens , ne sauraient être vériiiés sur des résultats individuels.
au maximum de son poids qu'à quarante ans. Toutefois, depuis vingt-cinq ans, son accroissement est peu sensible. On peut donc regarder l'économie comme parvenue à l'état parfait lorsque cet âge est atteint. Or, quand on considère que c'est surtout sur les sujets de douze à dix-huit ans que la masturbation a le plus d'empire ; que cette habitude peut se montrer dès l'âge le plus tendre ; qu'il n'est pas rare de l'observer chez des enfans encore à la mamelle : on peut aisément pressentir le mal qu'elle doit causer. Cette conséquence acquerra plus d'évidence et de précision par le tableau suivant :
Le poids moyen de l'homme dont l'organisation est achevée étant de 63 kil. 67 déc. , il a encore à acquérir au moment de sa naissance 60 kil. 47 déc.
A 1 an ,
2 ans ,
ans ,
41 kil.
02 déc.
Ainsi donc, l'homme qui ,. au moment de sa naissance, n'a encore que 5 pour 100 environ de la substance à laquelle il peut prétendre, en aura au plus un quart à cinq ans , âge où beaucoup d'enfans se masturbent déjà. Il aura encore à en acquérir plus de 60 pour 100 à l'âge de dix ans, et près de 40 lorsqu'il atteindra sa quatorzième année. A seize ans, il lui manquera encore plus d'un cinquième de son poids, et à dix-huit ans près d'un dixième. Son accroissement , bien que presque achevé à vingt-cinq ans, ne le sera cependant pas en-
eore complètement , puisque , même après trente ans , le poids du corps est susceptible d'une imperceptible augmentation.
De la portée des excès vénériens pendant l'âge mûr, — L'âge de maturité est celui où généralement les plaisirs vénériens ont le moins d'inconvéniens et de dangers. Non seulement ces plaisirs peuvent , pendant sa durée , ne pas être nuisibles ; ils peuvent encore être nécessaires. Ce dernier fait suffirait pour distinguer cette période de celles d'accroissement et de décadence où l'utilité de ces plaisirs n'existe jamais. Qu'on ne croie pas cependant que l'âge mûr soit à l'abri des excès vénériens, que, lorsqu'on y est parvenu, les plaisirs de l'amour n'aient d'autres bornes que la faculté même de s'y livrer ; on se tromperait très fort : la part qui appartient à l'usage est seulement alors plus forte ; on arrive moins promptement à l'abus ; mais on y arrive aussi. L'expérience ne le montrerait pas , que les plus simples raisonnemens suffiraient pour le prouver.
Arrivé à l'âge mûr le corps ne s'accroît plus que d'une manière peu sensible , ce qui ne signifie pas que le travail de la nutrition
s'y arrête. L'étendue et le poids du corps ne s'augmentent plus, il est vrai; mais sa substance se renouvelle sans cesse. L'acte vénérien peut donc intervenir, comme précédemment, dans ce travail, le troubler et provoquer ainsi les maladies de toute sorte qui résultent du trouble des fonctions nutritives. Il peut encore frapper la constitution, non plus en dérangeant le cours régulier de sa formation , mais en la détériorant , car elle est toujours susceptible d'être détériorée, et il exerce une influence trop forte sur la manière d'agir et de sentir des divers organes, pour que, certaines limites passées, cette manière d'agir et de sentir ne souffrent pas. Ainsi donc , la santé peut se perdre et la constitution s'altérer, dans l'âge adulte, par suite des excès vénériens : seulement elles résistent mieux , et cette différence est la seule qui , sous ce rapport , existe entre cet âge et ceux entre lesquels il est placé. L'âge adulte peut même , a certains égards , se présenter aux excès vénériens dans des conditions plus défavorables que l'âge précédent. Il peut s'y présenter avec les dispositions mauvaises , et même les maladies que les années antérieures lui auront léguées. On paie dans l'âge
adulte les fautes et les souffrances de la jeunesse ; déjà la misère , la débauche , les abus de toute sorte et mille causes accidentelles de maladie, ont pu marquer le corps de leur empreinte. Les excès vénériens trouvent alors une constitution détériorée, une santé incomplète, et ont peu de peine à augmenter un mal, à féconder des dispositions qui déjà existent. Ceux-là surtout qui ont fatigué leur jeunesse par la masturbation s'aperçoivent, quand arrivés à l'âge mûr ils veulent goûter, même avec modération, les jouissances de l'amour, que cet âge est loin d'être pour eux l'état parfait : des malaises, des incommodités diverses viennent aussitôt leur rappeler que avec c'est usure qu'on paie alors les avances en plaisir que la nature avait précédemment cédées.
Diverses circonstances encore peuvent rendre l'acte vénérien nuisible dans l'âge dont il est ici question ; mais comme elles n'appartiennent pas exclusivement à cet âge, nous en parlerons plus tard.
De la portée des excès vénériens dans Cage de décadence. — La faculté de procréer n'est pas indéfinie chez l'homme : de même qu'elle ne lui arrive qu'après une certaine durée de la
vie, il la perd aussi, lorsqu'une partie de sa carrière lui reste encore à parcourir. Le développement des organes génitaux avait attendu pour se faire que celui du reste du corps fût suffisamment avancé ; ils n'attendent pas que la vie soit au terme qui suit la décrépitude pour s'attrophier ou se flétrir. Les animalcules spermatiques,cesigne microscopique du pouvoir d'engendrer, ne s'offrent à l'observation que pendant une partie de la carrière humaine ; c'est seulement à la puberté qu'ils paraissent , et on les chercherait en vain dans la vieillesse. Ce que je dis de l'homme est applicable à tous les animaux ; la règle est générale. Dieu a voulu que la période de maturité soit la seule que l'on consacrât à l'amour. Ne doit-on pas en conclure qu'en voulant autrement on s'expose à tous les dangers qui résultent de la transgression des lois qu'il a posées?
Le sens vénérien peut survivre à la faculté d'engendrer, de même qu'il lui arrive si souvent de la précéder : alors il provoque à des jouissances trop tardives , comme il en sollicitait de prématurées. Les exemples de cette anomalie sont tellement nombreux qu'elle est de notoriété générale. Je n'irai donc chercher ni dans la Genèse, ni dans Saint Augustin, ni
dans une foule d'auteurs plus ou moins anciens, ceux qu'on y trouve ; il me suffira de faire remarquer qu'une portion considérable des attentais à la pudeur et des viols sur de jeunes filles , que nos tribunaux poursuivent chaque année , ont été commis par des vieillards qui , ne pouvant user des ressources accoutumées de l'âge mûr, ont recours au crime pour appaiser leur gothique ardeur. Heureusement pour la vieillesse, le sens vénérien est celui que les excès antérieurs et les infirmités éteignent le plus vite; et si quelquefois il peut encore susciter des désirs , l'état où, le plus souvent alors, il trouve ses anciens instrumens , ne lui permet guère d'être dangereux.
Quelquefois il en est autrement : excités de manières diverses , les parties génitales peuvent , chez certains vieillards , retrouver pour quelques instans des apparences, une faculté , qu'on devait croire perdues. Ces imprudens s'enorgueillissent de ces symptômes de résurrection ; mais généralement ils les paient trop cher pour s'en réjouir long-temps. Que l'on réfléchisse à l'état où les plaisirs vénériens trouvent l'homme dans la vieillesse. Sa substance, au lien de s'accroître ou de se
conserver, se perd. Nous avons vu précédemment i qu'à dater de la quarantième année , le poids du corps commence à diminuer : ajoutons que les tissus s'éloignent peu à peu, sous tous les rapports , de cet état parfait que dans l'âge adulte ils avaient présenté. De plus, la sensibilité s'épuise , l'activité vitale s'affaiblit , les facultés s'énervent ; en un mot , l'économie, sous quelque point de vue qu'crn la considère , présente le tableau d'une détérioration profonde , d'une déchéance complète. Ài-je besoin de mettre en regard de cette consomption générale la plus énervante des actions humaines , pour qu'on en comprenne le danger? Et cependant nous n'avons dépeint que la vieillesse normale , que celle-là qui chemine doucement et sans qu'aucune infirmité en précipite le cours. Par malheur, elle est si rare, qu'on pourrait croire qu'elle n'existe pas : le plus souvent, en effet, ce n'est pas, comme on le répète , faute d'huile que la lampe s'éteint ; c'est parce qu'elle a si longtemps servi et tant souffert , que le plus léger choc suffit pour la briser.
En parlant de l'âge adulte , je le mon-
1 Voyez p. 74*
trais avec les affeetions dont il est déjà grevé. C'est bien pis dans la vieillesse! Toutes les parties du corps ont essuyé de si nombreuses atteintes, ont accaparé tant de maux, qu'il n'en est aucune peut-être que l'on voudrait réputer saine. Aussi n'y a-t-il point pour cet âge de causes de maladie qui soient indifférentes ou légères. Toutes elles trouvent des désordres prêts à s'accroître , ou au moins des dispositions que la moindre influence peut féconder. Quelle doit être au milieu de ces ruines la portée de l'acte vénérien ? Voyez-le frappant de ses secousses un édifice qui tombe de toutes parts. Ne trouvera-t-il pas , lui dont l'action pénètre partout , les germes de quelque maladie dans ces tissus qui en sont en quelque sorte semés ? Ce n'est plus en effet, comme dans les âges précédens, quelques lézardes qu'il se borne alors à produire : il s'attaque immédiatement à la vie, et une mort prompte , quelquefois subite, est le prix d'efforts qui ne devaient plus être tentés. Combien de vieillards ont trouvé dans le lit nuptial une fin qu'ils auraient pu retarder encore, s'ils n'eussent exhumé une force dont la carrière légitime était depuis long-temps achevée !
Nous avons dit que l'état particulier de quelques fonctions peut faire que l'acte vénérien soit, dans certains momens de la vie, plus nuisible que dans d'autres. Les fonctions que nous avions en vue, sont la digestion, la menstruation, la grossesse et l'allaitement.
La masturbation et le coït sont pratiqués souvent après le repas. Il arrive même assez fréquemment que l'excitation générale qui accompagne le travail digestif, s'étend aux organes générateurset provoque à cesactes.Onne pourrait dire qu'elles sont alors constamment nuisibles; trop de faits démentiraient cette assertion ; mais on peut affirmer sans crainte qu'il leur arrive souvent de l'être : c'est au demeurant l'opinion de tous les auteurs qui ont écrit sur ce sujet. Usas coïtus a cibo , dit Sanctorius, lœdit. Viscerum officia divertit *. Cet auteur attribue même une influence semblable aux simples pensées vénériennes. Diutarnœ venereoram cogitationes, dit-il, modo gravias et modo levias efficiant corpus : gravius, si pleno ; levius , si vacuo fiant stomacho*. Son
1 Aphor. XL, sect., vj.
1 Aphor. V, sect, vj.
commentateur Lorry a tenu un langage analogue.
L'acte vénérien , pendant la digestion, peut nuire de deux manières. D'abord en la troublant et en exposant l'appareil où elle s'opère aux affections qui sont la conséquence ordinaire d'un pareil trouble. Je ne doute pas qu'on ne doive rapporter a cette circonstance une grande partie des dérangemens que les fonctions digestives présentent ordinairement cbez les masturbaleurs. Ceux-ci en effet ne choisissent pas autrement le temps de leurs manœuvres qu'en saisissant les occasions de s'y livrer : que la digestion soit achevée ou se fasse encore, c'est la chose dont ils s'inquiètent le moins. Heureusement le vomissement vient quelquefois , alors , débarrasser l'estomac d'alimens dont la digestion ne pourrait se faire bien. Salutaris sœpe a coïtu , dit Lorry, prœpostero vomilas excitatur. S in minus, sœpe in diarrheam patridam abit , vitiata et spontaneœ ?nutationi commissa alimentoram moles l.
La seconde manière dont Facte vénérien agit pendant la digestion consiste dans l'excitation
1 Comment, sur l'aph. wxij, secl. vj , de Sanclorius .
générale qu'il ajoute à celle que ce travail détermine. Tous les organes, le cœur, les poumons, le cerveau, etc. . etc. , sont pendant la digestion, dans un état d'hypérémie, de congestion , de turgescence sanguine , qui se révèlent par un grand nombre de symptômes. On conçoit que l'excitation vénérienne , si elle est ramenée souvent en de pareilles circonstances , peut devenir la source d'une foule de phlegmasies et d'affections organiques, ou, au moins, concourir à leur développement. Elle peut aussi, en exagérant une congestion déterminée par un repas abondant, provoquer immédiatement des accidens graves et promptement mortels. Les exemples d'individus morts subitement dans le coït, au sortir de table, ne sont pas rares. C'est de la sorte que finit un ancien directeur des fermes, dontCampet a rapporté l'histoire. * Rentrant chez lui après un dîner copieux qui avait été arrosé de fréquentes libations, il est accosté par une fille publique, monte chez elle, et meurt dans ses bras. Une fin analogue a été , dit-on , celle d'un maréchal de France, il y a quelques années.
1 Traite prat. des maladies graves des pays chauds, (802* p, 461.
L'acte vénérien pratiqué pendant le cours des règles peut, quelquefois, le déranger. Je ne crois pas cependant que ce soit la crainte d'un tel accident qui ait inspiré la loi de mort portée par Moïse contre l'homme et la femme qui se seraient livrés au coït dans un pareil moment1. Les résultats fâcheux que les jouissances vénériennes peuvent avoir pendant la grossesse, n'ont jamais été mis en doute par aucun auteur : seulement ils ont été exagérés parles uns et trop réduits par les autres. Levret attribuait au coït la plupart des avortemens dont on ne pouvait déterminer la cause. Zimmei mann , Gardien 2? MM. Murât 3, Dugès4, etc. , ont aussi regardé cet acte comme une cause fréquente de ces accidens. Diverses conséquences ont été tirées de cette opinion. Certains auteurs ont prétendu , par exemple, que les femmes sont en droit de se refuser, pendant la gestation, à l'acte conjugal. On a été même jusqu'à faire interve-
1 Levit. , liv. XX, vers. 18.
* Traite complet cl 'acconchemens , 2e édit. t. II, p. 124.
3 Dict. des Sciences me'd. , arl. Grossesse, p. 440.
4 Dict. de me'd. et de chirurp. prat. > arl ir les Jvortcment , p. 667, cl Gtwsesse , p. 311.
nir le sentiment religieux et la loi , pour écarter les inconvéniens qu'il peut avoir alors. « C'est une religieuse liaison et dévote que le mariage, dit Montaigne; voilà pourquoi le plaisir qu'on en tire, ce doit être un plaisir retenu , sérieux et mêlé à quelque sévérité. Ce doit être une volupté aucunement prudente et consciencieuse, et parce que sa principale fin c'est la génération , il y. en a qui mettent en doute si, lorsque nous sommes sans espérance de ce fruit, comme, quand elles sont hors d'âge ou enceintes , il est permis d'en rechercher Fembrassement. C'est un homicide à la manière de Platon. Certaines nations, et entre autres la mahométane, abominent la conjonction avec les femmes enceintes. » Chez quelques peuples nègres les femmes grosses sont séquestrées assez sévèrement, pour que personne n'ose même les toucher. Pallas rapporte que les Calmouckes condamnent celui dont l'incontinence a été la cause d'un avortement, à payer autant de fois neuf pièces de bétail que le fœtus avait de mois.
Au surplus, l'opinion la plus généralement admise aujourd'hui parmi les médecins sur ce sujet , est que le coït exercé avec modération pendant la grossesse , et lorsqu'il n'y a
pas de disposition à l'avorteraient, ne cause généralement aucune espèce de préjudice ; que c'est seulement quand on répète imprudemment cet acte qu'il peut déterminer dans la matrice une vive excitation, et provoquer de la sorte un travail anticipé d'accouchement. La continence estparticulièrement recommandée aux femmes nerveuses, et on exige qu'elle soit absolue, quand les antécédens ou l'état présent font craindre une fausse couche. Cependant je dois dire qu'il est à ma connaissance que des excès vénériens ont souvent été commis pendant la grossesse , dans des intentions coupables , sans que le résultat désiré ait été obtenu.
L'allaitement a aussi été considéré par quelques auteurs comme une contre-indication des plaisirs de l'amour. On a vu , dit-on , des enfans être pris de convulsions, pour avoir pris le sein aussitôt après que leur mère Venait de se livrer aux jouissances du coïî. Généralement les nourrices lascives sont regardées comme mauvaises. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'une foule de mères se prêtent aux approches conjugales sans que leur nourrisson paraisse en souffrir. Je suis loin , cependant, de regardrr comme sans fondement les craintes
relatives à l'influence que l'acte vénérien peut exercer sur le lait des nourrices : aussi, à mon avis , ne doivent-elles user de cet acte qu'avec beaucoup de modération.
Influence que peut avoir l'acte vénérien , lorsqu'il coïncide soit avec l'action de diverses autres causes de maladies, soit avec des altérations que la constitution et la santé auraient déjà subies. — Quand un individu quitte tout à coup le genre de vie, les influences auxquelles ils était depuis long-temps habitué, pour vivre autrement et au milieu d'in^ fluences nouvelles, il est rare, quel que soit ce qu'il laisse et ce qu'il trouve, que sa santé ne souffre pas , à un degré quelconque , de cetle subite mutation. C'est ce qu'on observe chez le jeune homme qui passe immédiatement de Fair et de la vie de province à ceux de la capitale, et chez l'Européen qui vient d'être transporté sous le ciel brûlant des tropiques. Dans de pareilles circonstances l'acte vénérien est généralement un excès , et cela dure jusqu'à ce qu'il y ait acclimatement. L'action de causes puissantes de maladies, d'une chaleur excessive, d'émanations délétères , ajoute souvent alors aux dangers
«tu simple changement d'habitude. Aussi tous les auteurs qui ont écrit sur les maladies des pays chauds, s'accordent-ils à considérer l'acte vénérien comme une des causes occasionelles les plus actives de la fièvre jaune , des fièvres pernicieuses, du choléra-morbus, de la peste, et généralement des maladies graves que les Européens y contractent. Pareille chose peut s'observer chez le jeune homme qui respire tous les jours, pendant un grand nombre d'heures, l'air malsain des hôpitaux , et surtout des salles de dissection, s'il se livre aux femmes ou à la masturbation : des fièvres typhoïdes, dont l'issue a été fatale, n'ont pas eu d'autre origine. L'individu qui vit dans la malpropreté, au milieu des privations de toute espèce, dont la nourriture est malsaine, insuffisante, qui s'abandonne à des excès de vin et de liqueurs alcooliques; celui qui selivre à des travaux excessifs, soit de corps , soit d'esprit ; qui se prive de repos, de sommeil; que ronge une affection triste, comme l'ennui, le regret; qui est démoralisé par des revers, etc. , etc., supportent aussi très mal l'acte vénérien qui , ajoutant ses secousses et l'énervation qui le suivent aux influences mauvaises que ces individus subissent, les place dans une position -dont ils
sortent rarement avec leur santé. Il faut surtout s'abstenir des plaisirs vénériens pendant les épidémies : chacun alors est prédisposé à la maladie régnante , et un seul coït peut suffire pour la faire éclater.
La portée de l'acte vénérien est bien plus nuisible encore, quand les causes que nous venons d'énumérer, et généralement toutes celles qui peuvent détériorer la constitution, lui ont déjà fait subir des atteintes plus ou moins graves. Nous avons vu précédemment Pinfluence que le simple progrès de l'âge exerce sous ce rapport1. De longues maladies , des traitemens prolongés et mal dirigés, les fautes commises contre les principes vrais de l'hygiène , la misère qui les résume toutes , les excès antérieurs , et plus encore ceux dont nous traitons, peuvent avoir mis le corps dans des conditions telles que les jouissances, même les moins réitérées, sont pour lui une source abondante d'incommodités, de souffrances et de maladies. On conçoit aussi que les excès vénériens doivent aisément féconder les dispositions spé-
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ciales qu'ils rencontrent. C'est ce qu'on observe chez le convalescent , qui est naturellement disposé à retomber dans la maladie dont il sort; chez les sujets qui déjà ont eu des accès de goutte , de folie , de convulsions, d'épilepsie, etc. , etc.; chez ceux qu'une susceptibilité excessive prédispose à toutes les affections nerveuses , et chez les enfans qui ont quelque tendance au rachitisme ou aux scrophules. En un mot , créer des prédispositions et les transformer, ainsi que celles qui ont une autre origine , en affections diverses , tel est le rôle habituel des excès génitaux.
Chacun sait que l'appétit vénérien ne survit pas ordinairement à l'état de santé. On peut croire qu'il en est de même de la faculté génératrice, si l'on en juge d'après cette remarque de Haller, que les animalcules spermatiques disparaissent pendant toute la durée de l'état de maladie l. Ce qu'il y a de positif, c'est que le nombre des conceptions est en raison directe de la santé publique , augmente quand elle est bonne et diminue quand le contraire a lieu. Ce fait a été mis
Elément, physiol., lib. XXVII , sect. ij.
hors de cloute par les recherches de M. Villermé sur le rapport des naissances et des décès en France , en Italie , en Angleterre et en Belgique, et , sur ce même rapport, dans les parties marécageuses de la France aux diverses époques de l'année1. Ainsi donc, le sens génital , comme celui de la faim , et probablement la faculté d'engendrer, comme celle de digérer, se suspendent , le plus souvent , quand la maladie arrive. N'est-ce pas là un de ces avertissemens nombreux que l'organisation porte en elle, pour éclairer le sentiment de la conservation ?
Il n'est que trop vrai , cependant , que des individus ne craignent pas de se livrer à la masturbation ou au coït, bien qu'ils soient dans un état, même avancé, de maladie. Le plus souvent ce sont des masturbateurs qui continuent à subir le joug de leur habitude. « J'ai vu , dit Pinel , un jeune homme attaqué d'une fièvre ataxique , entièrement épuisé, et dont la fureur de l'onanisme était portée si loin, que , le sixième jour de sa maladie , il provoquait encore ses organes flétris , pendant que la mort était annoncée par les présages les
1 Annales d'hyg. publ. , janvier, 1831.
plus sinistres1. » Il n'y a pas de praticien qui n'ait vu des cas semblables , et nous en rapporterons plus d'un dans la suite de cet ouvrage. Ainsi donc , l'état de maladie le plus grave n'est pas un obstacle absolu à l'acte vénérien. Clierchons maintenant quelle portée il peut avoir quand ce sont des malades qui s'y livrent.
On conviendra qu'il est alors au moins inutile, si ce n'est dans les cas très rares où un excès de continence est la cause delà maladie. Peut-il quelquefois être indifférent? A la rigueur, ce cas est possible dans certaines affections chroniques , et chez quelques individus exceptionnels ; mais il doit être rare. La puissance de l'acte vénérien est si profonde et les organes malades sont , en général , si prompts à ressentir les impressions qu'éprouve l'économie, qu'on peut croire que s'il y a des maladies qui paraissent indifférentes à cet acte , c'est parce que la modification qu'elles en reçoivent échappe à l'observation. On peut donc poser en règle générale que pratiqué par des sujets malades il doit leur faire du mal, et, le plus souvent, leur en faire beau-
1 Dict. des Scienc. med. , t. XLVI , p. 55
coup. Ce mal doit bien être plus grand, quand ce sont les jouissances vénériennes ellesmêmes qui ont causé la maladie ! Qu'on se figure une plaie dans laquelle on laisse et on enfonce toujours l'instrument qui l'a faite. C'est pourtant de la sorte que les masturbateurs entretiennent et aggravent les maladies qu'ils se sont eux-mêmes données.
Il arrive souvent , et j'en ai vu plus d'un exemple, que des maladies résistent à tous les moyens , sans qu'on puisse se rendre compte d'une telle ténacité. Des soupçons viennent, enfin, et on finit par apprendre que le sujet , déjà masturbateur avant sa maladie, n'a pas cessé , ou n'a cessé que très momentanément de porter les mains sur lui. D'autres fois , les symptômes de la maladie que l'on traitait disparaissent peu à peu : on s'attend à voir les forces reparaître , et la convalescence commencer : il n'en est rien. La faiblesse , loin de diminuer, s'accroît ; l'amaigrissement augmente , la fièvre continue *? enfin le malade tombe dans une étisie sur laquelle on se perd en conjectures, si la funeste habitude qui en est la cause ne vient à être découverte. Chez d'autres sujets , c'est une affection qu'on pouvait croire terminée ou sur le point de l'être , et qui tout
à coup se réveille , parce que le malade s?est trop hâté de se livrer à la masturbation ou au coït. C'est ce qui arriva à un homme de cinquante ans , goutteux, abandonné aux femmes et au vin , dont Hoffmann a rapporté l'histoire. S'étant livré au coït dans les premiers jours de la convalescence d'une fausse pleurésie , cet homme fit une rechute qui le mit dans un danger beaucoup plus grand que celui dont il venait de sortir. Le même auteur rapporte, d'après Fabrice de Hilclen, un exemple à peu près semblable , mais où la mort paya l'imprudence qui avait été commise1. Les scrophules, le rachitisme, la goutte, la pierre , sont, dit M. Marc, autant de maladies qui , lorsqu'elles sont parvenues à un certain degré , s'exaspèrent par le coït 2. On peut tenir le même langage sur toutes les autres. La folie par exemple s'accroît très souvent sous l'influence de cette cause. M. Falret m'a parlé d'une mélancolique de la Salpêtrière , dont l'affection mentale a été plusieurs fois réveillée par l'onanisme , alors qu'on pouvait la croire dissipée. Les maladies de la peau peu-
i De morb. ex nim. véner. , § 20, 21.
•' Die t. des Scienc. me cl. , ;u ' . Copulation , i>. 27 7.
vent donner particulièrement une idée de l'influence que l'acte vénérien exerce sur celles qui sont plus profondément cachées. M. Alibert raconte l'histoire d'un jeune homme atteint d'une dartre pustuleuse disséminée sur toute la surface des tégumens , laquelle dartre n'était jamais plus intense que lorsqu'il se livrait à la masturbation : alors ce malheureux était dévoré par un prurit brûlant U
Ce qui frappe surtout chez les malades qui se masturbent, c'est l'irrégularité avec laquelle marchent leurs affections , et l'étrangeté des symptômes qu'elles présentent. Il est évident que le système nerveux éprouve une influence autre que celle de la maladie , ou est disposé à ressentir d'une manière toute spéciale celles qui lui arrivent. Ce fait qui a été entrevu par Tissot2 et par Georget3, est un de ceux dont les praticiens doivent garder le souvenir. On peut se faire une idée du désordre que l'acte vénérien peut apporter dans la marche et la forme des maladies , par les accidens graves dont il complique souvent les plaies ,
1 Dict. des Scienc. me'd. , art. Dartres, p. 61.
2 Onanis., sect. IV.
3 Physiol. du système nerveux, t. I, p. 3c)4.
et particulièrement les plaies de tête. Le tétanos, le délire et autres symptômes nerveux en ont été souvent alors la conséquence. Fabrice de Hilden rapporte qu'un jeune homme ayant eu la main amputée après un coup de feu , son chirurgien lui défendit sévèrement tout commerce avec sa femme qu'il avertit aussi du danger. Mais quand tous les accidens furent dissipés, et alors que la guérison allait bon train, le malade se sentant des désirs auxquels sa femme ne voulait pas répondre , se procura, sans coït, une émission de semence : elle fut immédiatement suivie de fièvre, de délire, de convulsions et d'autres accidens, dont il mourut au bout de quatre jours l.
Souvent aussi la mort a été le résultat immédiat du coït chez des malades atteints d'affection du cœur et des gros vaisseaux. C'est ce qui est arrivé à un nommé Corroy, garçon d'amphithéâtre de l'hôpital de la Charité. Un soir il rentre ivre , amenant une fille publique avec laquelle il se proposait de passer la nuit ; mais au milieu des transports qu'elle excite , Corroy meurt subitement et sans pousser un seul cri. L'ouverture du cadavre faite le lendemain
• Obs. chirurg. , cent. ! , ohs. 22.
offrit un anévrisme vers le commencement de la crosse de l'aorte. La rupture de cette tumeur, dont rien pendant la vie n'avait pu faire soupçonner l'existence , était la cause évidente d'une mort si prompte1. On peut croire qu'un événement analogue eut lieu chez un homme dont on trouve l'observation parmi celles de Félix Plater. S'étant marié une seconde fois dans un âge avancé , cet homme éprouva, en consommant le mariage, une suffocation si violente qu'il fut obligé de suspendre ses efforts : toutes les fois qu'il voulait s'approcher de sa femme , le même accident se manifestait et ne lui permettait pas de satisfaire ses désirs. Alors , désespéré de ce contre-temps fâcheux, il se livra à une multitude de charlatans , parmi lesquels il y en eut un qui lui recommanda de pousser hardiment l'opération jusqu'au bout. L'essai ne fut pas d'abord favorable ; mais , rassuré par la promesse de son guérisseur, le malade voulut passer outre : il mourut dans l'acte même2. Les exemples de mort subite pendant le coït
i RicnERAND. Nosograph. chirurg. , 2e édit. , t. IV, p. 7 5 = 2 Observât., Iïfcf. I, p. 174.
ne sont pas rares. Ils appartiennent généralement à des cas d'anévrisme ou d'apoplexie. Pline le naturaliste en cite deux *, et Tabourot a conservé dans ses Bigarrures les épitaphes de plusieurs individus qui avaient perdu la vie de cette manière2.
1 Historia mundi , lib. YII, cap. lui.
2 En voici une :
CY GIST LE SEIGNEUR DE MANAS, LEQUEL DE SA PROPRE ALLUMELLE SE TUA PRENANT SES EBATS, SUR..... j ETC.
Bigarrures et Toucher du seigneur désaccords, eh. xxu.