MOYENS DE PRESERVATION RELATIFS AUX EXCES
Les règles préservatrices relatives aux excès vénériens offrent en elles-mêmes, comme dans le succès et la facilité de leur application, des différences fondamentales, selon qu'il s'agit de la masturbation ou qu'elles concernent le coït. Exposons ces différences.
Le coït est un acte dont le mode et le but, considérés au point de vue scientifique , sont légitimes , et lequel par conséquent est licite tant qu'il n'est pas susceptible de causer un dommage quelconque à la constitution ou à la santé. Il ne doit donc être interdit que lorsqu'on en fait abus, c'est-à-dire qu'on s'y livre trop souvent ou sous des conditions qui le rendent nuisible. Sauf ce cas, on peut le permettre et même , au besoin , le conseiller. Quand il y a lieu de l'empêcher, les avis
qu'on donne, pour y parvenir, ont toutes chances d'être compris, attendu que généralement ils s'adressent à des adultes , les enfans n'ayant ni la puissance, ni les occasions d'exercer le coït. Ces conseils peuvent de plus être suivis avec facilité , ou au moins sans trop de peine, l'individu qui fait des excès de coït pouvant se mettre ou être mis dans l'impossibilité absolue de s'y livrer» Ce n'est, en effet, qu'en dehors de lui et dans le concours libre d'une autre personne qu'il peut trouver le moyen de satisfaire ses goûts ; il suffit donc d'éviter ou d'empêcher ce concours , pour qu'il y ait impossibilité totale de s'abandonner à ce genre d'excès. Parler à la raison d'un adulte ou, au plus, d'un jeune homme; lui créer, s'il ne veut s'en créer lui-même, des obstacles aux rapports sexuels, voilà les deux seules indications préservatrices que soulèvent les abus du coït. Nous avons rempli la première, ou fourni les moyens de la remplir en exposant la longue série des conséquences fâcheuses que ces abus peuvent avoir, et en disant les circonstances qui sont de nature à rendre l'acte vénérien plus préjudiciable à ceux qui s'y livrent ; il n'y a donc plus lieu, pour nous, de revenir sur ce sujet. Quant à la seconde indication ,
c'est-à-dire à celle d'empêcher des rapports devenus dangereux , elle n'est point du domaine d'un livre, et conséquemment ne nous occupera pas. Ce que nous avons à dire, en fait de préservation , s'appliquera donc exclusivement à l'onanisme. Plus tard, quand nous traiterons des moyens réparateurs , la distinction que nous établissons ici entre cette habitude et le coït disparaîtra , et nous nous retrouverons en face de tous les excès vénériens.
Si le coït n'est passible d'interdiction qu'autant qu'il s'exerce dans certaines circonstances ou qu'il sort de certaines limites , il n'en est pas de même de la masturbation. D'abord cette dernière, ne pouvant au point de vue moral être légitimée, ne porte en elle rien de respectable, et qui puisse retenir le veto du médecin. Je sais fort bien qu'en fait, l'onanisme a aussi un usage comme un abus, que cet acte n'est pas nécessairement suivi d'un inconvénient ou d'un danger ; mais , en pratique, cette distinction doit s'effacer, et l'onanisme, quel qu'en soit le mode, la fréquence, et sans tenir compte des individus qui s'y livrent et des circonstances dans lesquelles il a lieu , doit être considéré comme étant toujours
un abus, et conséquemment être proscrit sans réserve.
Cette manière de voir est basée sur deux motifs : l'un est fondamental et s'applique à tous les individus sans distinction d'âge , de sexe ou de constitution ; l'autre n'est relatif qu'à ceux qui se livrent à l'onanisme avant d'être entièrement formés et constitués. Le premier de ces motifs est fondé sur ceci, que lorsque cette pratique n'est pas actuellement mauvaise , elle est constamment suspecte de le devenir bientôt. Jamais, effectivement, quand l'onanisme commence, on ne peut dire jusqu'où il s'étendra. Le goût que le sujet peut y prendre et la facilité qu'il a de s'y livrer à toute heure de nuit, et souvent à toute heure du jour, font que cette habitude est en quelque sorte sans limites. Elle devient si promptement impérieuse, et le despotisme qu'elle exerce est tellement absolu , que toujours il faut s'attacher soit à la prévenir, soit à la combattre ; on doit enfin la considérer comme n'étant jamais qu'un fléau, et la traiter comme tel , sans attendre son invasion et encore moins le mal qu'elle peut causer. Cette conduite est bien plus nécessaire encore quand il s'agit d'enfans, de jeunes sujets, et
généralement d'individus qui n'ont pas encore acquis leur maturité. Lorsque cette dernière est venue, le mal est possible ; avant, il est probable et souvent certain. Ce que j'ai dit, au surplus, des jouissances trop précoces1 me dispense de revenir sur ce sujet.
Avant de passer à l'exposé des moyens préservatifs, une question se présente : à quoi reconnaît-on qu'il y a lieu d'user de ces moyens? ou,end'autres termes, quels sont les signes qui indiquent qu'un individu est masturbateur ou pourra le devenir bientôt? Le soupçon peut s'étendre loin; il n'y a pas d'âge, en effet, qu'on doive en exempter d'une manière absolue, la masturbation étant possible, ce que l'observation prouve, depuis la première enfance jusqu'à la décrépitude : cependant il doit particulièrement s'attacher aux âges qui précèdent la maturité. Il est constant qu'un grand nombre de jeunes filles, et que presque tous les adolescens se masturbent ; aussi n'y a-t-il pas de jeune sujet qu'on ne doive considérer comme se livrant à l'onanisme, ou comme exposé à s'y livrer plus ou moins prochainement. Cette habitude est moins fréquente, mais est
! Voyez p. 57 et suiv.
loin d'être rare chez les individus plus jeunes. Les précautions propres à prévenir l'onanisme et la vigilance qui permet de le réprimer à temps, doit donc entourer constamment et sans exception les enfans et les pubères, tous les sujets enfin qui n'ont pas encore atteint l'âge mur. C'est une règle importante; on ne pourrait la négliger sans s'exposer à des reproches graves et à des regrets profonds.
Il serait à souhaiter qu'on pût reconnaître l'onanisme avant que ses effets apparussent ; mais on a rarement ce bonheur. Il v a dans les enfans une sorte d'instinct qui les porte à cacher , à dissimuler leurs manœuvres, bien qu'ils n'aient pu encore apprendre que c'est chose illicite et honteuse. L'art avec lequel ils éludent ia surveillance et déroutent les questionneurs , est souvent inconcevable ; on ne saurait s'en méfier trop. La nature des fréquentations d'un jeune sujet peut éveiller les soupçons, car la masturbation se donne. Ayez l'œil sur celui qui cherche l'ombre et la solitude, qui reste long-temps seul sans pouvoir donner de bons motifs de cet isolement. Que votre vigilance s'attache principalement aux instans qui suivent le coucher et précèdent le lever; c'est alors surtout que le
masturbateur peut être pris sur le fait. Jamais ses mains ne sont en dehors du lit, et généralement il se plaît à cacher sa tête sous la couverture. A peine est-il couché qu'il paraît plongé dans un sommeil profond : cette circonstance, dont se méfie toujours l'homme exercé, est une de celles qui contribuent le plus à causer ou à nourrir la sécurité des parens. L'affectation que le jeune coupable apporte dans ce faux sommeil, l'exagération marquée avec laquelle il feint de dormir , peuvent servir à le dénoncer. Souvent quand on l'approche on le voit rouge et couvert de sueur , sans que la température de la chambre, le poids des couvertures, ou toute autre cause, puissent expliquer cet état : en même temps la respiration est plus précipitée, le pouls plus développé, plus dur, plus fréquent, les veines sont plus grosses et la chaleur est plus forte que dans l'état habituel; il y a enfin cette sorte de fièvre, de turgescence générale qui accompagne ordinairement l'acte vénérien.
Qu'alors on découvre brusquement le jeune homme, on trouve ses mains, s'il n'a pas eu le temps de les déplacer, sur les organes dont il abuse, ou dans leur voisinage. On peut trouver aussi la verge en érection, ou même les
traces d'une pollution récente : celle-ci pourrait encore être reconnue à l'odeur spéciale qui s'exale du lit, ou dont les doigts sont imprégnés. Qu'on se méfie en général des jeunes gens, qui, au lit ou pendant le sommeil, ont souvent les mains dans Fattitude que je viens de dire : ils sont masturbateurs , ou le deviendrontbientôt. J'en dis autant de ceux dont la verge est fréquemment érigée. Cette érection, cette attitude ne sont pas assurément des signes certains d'onanisme , mais ils en sont des signes probables ou précurseurs ; il ne faut donc pas les négliger. Les macules spermatiques qu'offrent les draps ou la chemise, peuvent aussi mettre sur la voie. Quand les sujets sont très jeunes, elles sont peu apparentes, l'humeur qu'ils éjaculent n'ayant pas encore les caractères du véritable sperme: toutefois, les traces qu'elle laisse, surtout si le linge est de coton, sont assez remarquables pour qu'on ne se méprenne pas sur leur origine. Au surplus, chez les pubères elles n'ont rien d'équivoque : seulement on peut se demander alors si elles ne seraient pas le produit d'une pollution involontaire. Sur ce point il y a une remarque à faire, c'est qu'il est très rare que ce génie rie pollution ait lieu avant
quinze ou seize ans , et soit fréquent avant vingt. Quand il en est autrement, c'est-à-dire quand des pertes involontaires de sperme se répètent souvent chez déjeunes sujets , on peut assurer qu'elles sont le résultat indirect de la masturbation. Il y a donc lieu de considérer les traces spermatiquescomme des preuves certaines d'onanisme, quand les sujets ne sont pas encore pubères, et comme des signes on ne peut plus probables de cette habitude, lorsque les jeunes gens sont plus âgés, si elles se reproduisent fréquemment.
La décoloration, la teinte fanée du visage, la couleur bleuâtre ou violacée des paupières, la langueur du regard , l'air de fatigue et la nonchalance du sujet quand il a quitté son lit; la difficulté qu'on éprouve à l'en faire sortir, sont autant d'indices qui, réunis à d'autres, peuvent déceler sa déplorable habitude. Ce serait ici le lieu de peindre l'état physique où elle peut le jeter, sidéjànous ne l'avions faitavec tant de détails , que nous n'avons qu'à y renvoyer1. Par malheur ce n'est souvent que la consomption qui donne l'éveil; encore faut-il . i i
1 Voyez p. 104etsuiv.
qu'elle soit avancée, pour que les parens en cherchent la cause. D'autres fois, et ce cas est très fréquent, on néglige celle qui est la vraie pour en supposer une contre laquelle on dirige tous ses efforts. Convenons cependant qu'il n'est pas toujours aisé de rapporter à sa véritable origine le dépérissement du masturbateur. Un jeune homme peut, sans se livrer à l'onanisme, perdre ses forces, amaigrir, et présenter, au physique comme au moral, les caractères que donne cette habitude : ainsi on voit souvent la présence des vers dans les intestins, le travail de la dentition, celui de la puberté, une élongation trop rapide du corps, etc., produire un tel effet. Certaines maladies chroniques de l'estomac, des intestins, du foie, des poumons, du cœur, du cerveau, etc., etc., sont susceptibles aussi, quoiqu'étant peu prononcées, d'amener, comme je l'ai vu plus d'une fois, un résultat analogue. Il ne faut donc pas se hâter d'attribuer à la masturbation un état dont elle peut être fort innocente. Le praticien qui prononcerait avec trop de précipitation qu'un sujet est masturbateur, commettrait une faute qui serait grave sous plus d'un rapport.
Quand un jeune sujet présente des signes de
consomption, et qu'on a quelque raison de soupçonner l'onanisme d'en être la cause, on peut, afin de s'en assurer, se comporter de deux manières. Tantôt on cherche à reconnaître directement si cette habitude existe, à saisir le corps du délit. Déjà nous avons indiqué plusieurs moyens d'y parvenir; nous reviendrons bientôt sur ce sujet. D'autres fois on met toute son attention à découvrir si toute autre cause n'aurait pas déterminé la consomption; quand on n'en trouve pas, on conclut, par voie d'exclusion, à l'existence de l'onanisme. Le sujet, par exemple, offre tous les symptômes d'un épuisement profond^et qui ne fait que s'accroître :onse demande sicetétatne résulterait pas d'une alimentation insuffisante ou mauvaise, d'excès de travail, de veilles prolongées, d'une affection triste de l'âme, de nostalgie , etc. ; s'il ne serait pas la conséquence d'un mal que le sujet croirait devoir dissimuler, ou d'une de ces maladies qui peuvent déterminer des effets analogues à ceux de la masturbation? Or, si aucune de ces causes ne peut expliquer la détérioration progressive du malade; s'il s'est affaibli, amaigri, décoloré, etc., malgré une nourriture saine et abondante, un travail modéré, l'absence de
toul chagrin, de tout ennui; s'il n'offre aucun signe de maladie proprement dite; ou bien, si les premiers symptômes des maladies qu'il présenterait ne se sont manifestés que postérieurement au commencement de la consomption; si ces maladies sont d'ailleurs trop peu avancées, trop peu graves pour avoir pu la déterminer ; si elles ne peuvent fournir la raison des symptômes nombreux, bizarres, qu'on observe, et surtout de cefacies, de cette physionomie dont le caractère est tellement significatif que souvent il sert seul à dévoiler l'onanisme; alors on peut regarder, sinon comme certain , au moins comme extrêmement probable, qu'on a devant soi une victime de cette habitude, et se comporter en conséquence.
Mais de toutes les preuves , celles qu'il importe le plus d'acquérir, c'est un aveu. D'abord il détruit toute espèce de doute ; ensuite il rend plus franche, et coneéquemment plus efficace, l'action du médecin. Plus de crainte, à présent , de blesser qui que ce soit ; de compromettre son crédit en laissant paraître un soupçon mal fondé; d'éveiller, en l'exprimant , l'attention d'un jeune sujet sur des choses qu'il ignore, ou de les lui apprendre. On peut faire appel k la conservation, et le
faire sans arrière-pensée, sans réserve : les avis, les remontrances, les châtimens , tous les moyens moraux sont devenus facilement applicables • si les ressources thérapeutiques ou coërcitives doivent être employées, le sujet n'a plus le droit d'en nier l'utilité, d'en repousser l'usage. L'aveu enfin place le médecin, les parens, les instituteurs, en un mot, toutes les personnes qui ont autorité sur le masturbateur, dans une position qui leur permet d'aller droit au but , et conséquemment d'y arriver.
Un aveu ne se fait jamais spontanément : on ne l'obtient qu'autant qu'on le provoque. Parlons de l'art de l'obtenir, car c'est chose délicate et difficile. Quelle que soit la manière dont on le sollicite, toujours est-il qu'on ne peut le faire qu'en nommant ou en désignant l'action qu'il s'agit d'avouer. Avec les hommes, et généralement aussi avec les jeunes gens, le choix des mots est facile, et l'on peut soit nommer la masturbation, soit la désigner clairement, sans craindre de blesser des oreilles pour lesquelles ceci n'a rien de neuf. Mais il n'en est pas de même avec des femmes , des demoiselles ou de jeunes sujets. Ici, on s'adresse à des personnes au moins pudiques, et
quelquefois chastes : il faut bien considérer d'ailleursquesi unaveuestnécessaire,c'estque l'on a des doutes , et qu'on peut avoir affaire à une personne fort innocente ou fort ignorante du fait dont on la soupçonne. En quels termes désignera-t-on, en pareille occurrence, une action telle que ceux <rut s'y abandonnent ne peuvent eux-mêmes* en entendre parler sans rougir? Plutôt que d'affronter ces difficultés, beaucoup de praticiens, quand il leur vient des soupçons sur les personnes dont nous parlons , s'abstiennent de les exprimer. D'autres fois , ils se servent de formes tellement obscures et si équivoques , qu'ils ne sont pas compris. Aussi est-il arrivé que les réponses qu'ils obtenaient donnaient lieu à de véritables méprises. J'ai vu de jeunes sujets, garçons et filles, s'avouer coupables, de manière à faire croire qu'ils l'étaient réellement, bien que de fait et de pensée ils fussent purs d'onanisme : mais ils avaient appliqué à des actions très naturelles les discours qu'on leur avait tenus. Concilier les ménagemens que l'on doit au sexe et à l'âge , avec la nécessité de se faire comprendre , voilà , quand on veut exprimer à des femmes ou de à jeunes sujets le fait dont on les soupçonne , le pro-
blême qu'il faut résoudre. On sent que je ne peux rien dire de plus précis a cet égard; seulement j'ajouterai qu'il m'est arrivé plus d'une fois de me borner, dans ce cas embarrassant , à donner un simple conseil : je pouvais voir, à la manière dont il était reçu , que j'étais tombé juste, et que je n'avais plus besoin de questionner.
Demander l'aveu , n'est pas, il s'en faut , le meilleur moyen de l'obtenir. Agissant ainsi, on convient implicitement de ses doutes, et il est rare que le masturbateur s'empresse de les dissiper. Mieux vaut, quand on a des présomptions très fortes, et que le sujet est de ceux avec lesquels on peut s'expliquer sans réserve, lui dire nettement qu'on n'ignore pas qu'il se masturbe. De la sorte on lui évite la peine que l'on éprouve constamment à s'accuser soimême d'un fait réputé bonteux ou ridicule. Rarement il cherche à s'en défendre , ou, s'il essaie d'abord, il ne persiste pas long-temps. L'embarras, la maladresse de sa défense, montrent, au surplus, qu'on a pu se permettre le langage qu'on lui a tenu. Avec certains sujets, il convient, tout en paraissant instruit, de ne s'exprimer qu'à demi-mot. S'ils sont masturbateurs ils comprendront de suite, et leur faci-
on
iité à saisir un langage obscur pourra dispenser de questions nouvelles : s'ils ne le sont pas, on aura été trop peu explicite pour exposer son crédit. Qu'on sache bien encore que l'aveu qui coûte le plus est celui du principal : aussi doit-on , souvent , ne questionner que sur l'accessoire. Tel sujet qui aurait répondu négativement à cette question : « N'auriez-vous pas l'habitude de vous masturber? » sera plus franc si, paraissant instruit à cet égard, oit s'informe seulement de l'époque où , pour la première fois, il a porté les mains sur lui, et s'il les y porte souvent. De la sorte , on lui sauve une partie et la plus rude partie du chemin ; car il faut considérer que le plus pénible, pour un masturbateur, n'est pas d'être connu pour tel, mais de confesser qu'il l'est. Placé entre le désir de se conserver et la honte d'un aveu , il pourra sacrifier le premier à celui-ci ; mais ce n'est pas sans peine, sans regret qu'il fera ce sacrifice. Que le médecin tâche surtout j dans ses rapports avec les masturbateurs, d'acquérir leur confiance , de les mettre à l'aise. Ce n'est pas devant un front sévère , ou quand ils s'attendent à une leçon morale, qu'ils ont de la franchise; il faut que le médecin ne soit avec eux que me-
masturbateur peut être pris sur le fait. Jamais ses mains ne sont en dehors du lit, et généralement il se plaît à cacher sa tête sous la couverture. A peine est-il couché qu'il paraît plongé dans un sommeil profond : cette circonstance, dont se méfie toujours l'homme exercé, est une de celles qui contribuent le plus à causer ou à nourrir la sécurité des parens. L'affectation que le jeune coupable apporte dans ce faux sommeil, l'exagération marquée avec laquelle il feint de dormir, peuvent servir à le dénoncer. Souvent quand on l'approche on le voit rouge et couvert de sueur , sans que la température de la chambre, le poids des couvertures, ou toute autre cause, puissent expliquer cet état : en même temps la respiration est plus précipitée, le pouls plus développé, plus dur, plus fréquent, les veines sont plus grosses et la chaleur est plus forte que dans l'état habituel; il y a enfin cette sorte de fièvre, de turgescence générale qui accompagne ordinairement l'acte vénérien.
Qu'alors on découvre brusquement le jeune homme, on trouve ses mains, s'il n'a pas eu le temps de les déplacer, sur les organes dont il abuse, ou dans leur voisinage. On peut trouver aussi la verge en érection, ou même les
traces d'une pollution récente : celle-ci pourrait encore être reconnue à l'odeur spéciale qui s'exale du lit, ou dont les doigts sont imprégnés. Qu'on se méfie en général des jeunes gens, qui, au lit ou pendant le sommeil, ont souvent les mains dans l'attitude que je viens de dire : ils sont masturbateurs , ou le deviendronthientôt. J'en dis autant de ceux dont la verge est fréquemment érigée. Cette érection, cette attitude ne sont pas assurément des signes certains d'onanisme , mais ils en sont des signes probables ou précurseurs ; il ne faut donc pas les négliger. Les macules spermatiques qu'offrent les draps ou la chemise, peuvent aussi mettre sur la voie. Quand les sujets sont très jeunes, elles sont peu apparentes, l'humeur qu'ils éjaculent n'ayant pas encore les caractères du véritable sperme: toutefois, les traces qu'elle laisse, surtout si le linge est de coton, sont assez remarquables pour qu'on ne se méprenne pas sur leur origine. Au surplus, chez les pubères elles n'ont rien d'équivoque : seulement on peut se demander alors si elles ne seraient pas le produit d'une pollution involontaire. Sur ce point il y a une remarque à faire, c'est qu'il est très rare que ce genre de pollution air lieu avant
quinze ou seize ans , et soit fréquent avant vingt. Quand il en est autrement, c'est-à-dire quand des pertes involontaires de sperme se répètent souvent chez déjeunes sujets, on peut assurer qu'elles sont le résultat indirect de la masturbation. Il y a donc lieu de considérer les traces spermatiques comme des preuves certaines d'onanisme, quand les sujets ne sont pas encore pubères, et comme des signes on ne peut plus probables de cette habitude, lorsque les jeunes gens sont plus âgés, si elles se reproduisent fréquemment.
La décoloration, la teinte fanée du visage, la couleur bleuâtre ou violacée des paupières, la langueur du regard , l'air de fatigue et la nonchalance du sujet quand il a quitté son lit; la difficulté qu'on éprouve à Ten faire sortir, sont autant d'indices qui, réunis à d'autres, peuvent déceler sa déplorable habitude. Ce serait ici le lieu de peindre l'état physique où elle peut le jeter, si déj a nous ne l'avions fait avec tant de détails , que nous n'avons qu'à y renvoyer1. Par malheur ce n'est souvent que la consomption qui donne l'éveil; encore faut-il
1 Voyez p. 104etsuiv.
qu'elle soit avancée, pour que les parens en cherchent la cause. D'autres fois, et ce cas est très fréquent, on néglige celle qui est la vraie pour en supposer une contre laquelle on dirige tous ses efforts. Convenons cependant qu'il n'est pas toujours aisé de rapporter à sa véritable origine le dépérissement du masturbateur. Un jeune homme peut, sans se livrer à l'onanisme, perdre ses forces, amaigrir, et présenter, au physique comme au moral, les caractères que donne cette habitude : ainsi on voit souvent la présence des vers dans les intestins, le travail de la dentition, celui de la puberté, une élongation trop rapide du corps, etc. , produire un tel effet. Certaines maladies chroniques de l'estomac, des intestins, du foie, des poumons, du cœur, du cerveau, etc., etc., sont susceptibles aussi, quoiqu'étant peu prononcées, d'amener, comme je l'ai vu plus d'une fois, un résultat analogue. Il ne faut donc pas se hâter d'attribuer à la masturbation un état dont elle peut être fort innocente. Le praticien qui prononcerait avec trop de précipitation qu'un sujet est masturbateur, commettrait une faute qui serait grave sous plus d'un rapport.
Quand un jeune sujet présente des signes de
consomption, et qu'on a quelque raison de soupçonner l'onanisme d'en être la cause, on peut, afin de s'en assurer, se comporter de deux manières. Tantôt on cherche à reconnaître directement si cette habitude existe, à saisir le corps du délit. Déjà nous avons indiqué plusieurs moyens d'y parvenir; nous reviendrons bientôt sur ce sujet. D'autres fois on met toute son attention à découvrir si toute autre cause n'aurait pas déterminé la consomption: quand on n'en trouve pas, on conclut, par voie d'exclusion, à l'existence de l'onanisme. Le sujet, par exemple, offre tous les symptômes d'un épuisement profond^et qui ne fait que s'accroître : onse demande si cet étatne résulterait pas d'une alimentation insuffisante ou mauvaise, d'excès de travail, de veilles prolongées, d'une affection triste de l'ame, de nostalgie , etc. ; s'il ne serait pas la conséquence d'un mal que le sujet croirait devoir dissimuler, ou d'une de ces maladies qui peuvent déterminer des effets analogues à ceux de la masturbation? Or, si aucune de ces causes ne peut expliquer la détérioration progressive du malade; s'il s'est affaibli, amaigri, décoloré, etc., malgré une nourriture saine et abondante, un travail modéré, l'absence de
tout chagrin, de lout ennui; s'il n'offre aucun signe de maladie proprement dite; ou bien, si les premiers symptômes des maladies qu'il présenterait ne se sont manifestés que postérieurement au commencement de la consomption; si ces maladies sont d'ailleurs trop peu avancées, trop peu graves pour avoir pu la déterminer ; si elles ne peuvent fournir la raison des symptômes nombreux, bizarres, qu'on observe, et surtout de cefacies, de cette physionomie dont le caractère est tellement significatif que souvent il sert seul à dévoiler l'onanisme; alors on peut regarder, sinon comme certain , au moins comme extrêmement probable, qu'on a devant soi une victime de cette habitude, et se comporter en conséquence.
Mais de toutes les preuves , celles qu'il importe le plus d'acquérir, c'est un aveu. D'abord il détruit toute espèce de doute ; ensuite il rend plus franche, et conséquemment plus efficace, l'action du médecin. Plus de crainte, à présent , de blesser qui que ce soit ; de compromettre son crédit en laissant paraître un soupçon mal fondé; d'éveiller, en l'exprimant , l'attention d'un jeune sujet sur des choses qu'il ignore, ou de les lui apprendre. On peut faire appel à la conservation, et le
faire sans arrière-pensée, sans réserve : les avis, les remontrances, les châtimens , tous les moyens moraux sont devenus facilement applicables : si les ressources thérapeutiques ou coërcitives doivent être employées, le sujet n'a plus le droit d'en nier l'utilité, d'en repousser l'usage. L'aveu enfin place le médecin, les parens, les instituteurs, en un mot, toutes les personnes qui ont autorité sur le maslurbateur, dans une position qui leur permet d'aller droit au but , et conséquemment d'y arriver.
Un aveu ne se fait jamais spontanément : on ne l'obtient qu'autant qu'on le provoque. Parlons de l'art de l'obtenir, car c'est chose délicate et difficile. Quelle que soit la manière dont on le sollicite, toujours est-il qu'on ne peut le faire qu'en nommant ou en désignant l'action qu'il s'agit d'avouer. Avec les hommes, et généralement aussi avec les jeunes gens, le choix des mots est facile, et l'on peut soit nommer la masturbation, soit la désigner clairement, sans craindre de blesser des oreilles pour lesquelles ceci n'a rien de neuf. Mais il n'en est pas de même avec des femmes , des demoiselles ou de jeunes sujets. Ici, on s'adresse à des personnes au moins pudiques, et
quelquefois chastes : il faut bien considérer d'ailleursquesi unaveuestnécessaire,c'estque l'on a des doutes , et qu'on peut avoir affaire à une personne fort innocente ou fort ignorante du fait dont on la soupçonne. En quels termes désignera-t-ort, en pareille occurrence, une action telle que ceux -qui s'y abandonnent ne peuvent eux-mêmes, en entendre parler sans rougir? Plutôt que d'affronter ces difficultés, beaucoup de praticiens , quand il leur vient des soupçons sur les personnes dont nous parlons , s'abstiennent de les exprimer. D'autres fois, ils se servent de formes tellement obscures et si équivoques , qu'ils ne sont pas compris. Aussi est-il arrivé que les réponses qu'ils obtenaient donnaient lieu à de véritables méprises. J'ai vu de jeunes sujets, garçons et filles, s'avouer coupables, de manière à faire croire qu'ils l'étaient réellement, bien que de fait et de pensée ils fussent purs d'onanisme : mais ils avaient appliqué à des actions très naturelles les discours qu'on leur avait tenus. Concilier les ménagemens que Ton doit au sexe et à l'âge , avec la nécessité de se faire comprendre , voilà , quand on veut 'exprimer à des femmes ou de à jeunes sujets le fait dont on les soupçonne , le pro-
blême qu'il faut résoudre. On sent que je ne peux rien dire de plus précis à cet égard; seulement j'ajouterai qu'il m'est arrivé plus d'une fois de me borner, dans ce cas embaiv rassant , à donner un simple conseil : je pouvais voir, à la manière dont il était reçu , que j'étais tombé juste, et que je n'avais plus besoin de questionner.
Demander l'aveu , n'est pas, il s'en faut , le meilleur moyen de l'obtenir. Agissant ainsi, on convient implicitement de ses doutes, et il est rare que le masturbateur s'empresse de les dissiper. Mieux vaut, quand on a des présomptions très fortes, et que le sujet est de ceux avec lesquels on peut s'expliquer sans réserve, lui dire nettement qu'on n'ignore pas qu'il se masturbe. De la sorte on lui évite la peine que l'on éprouve constamment à s'accuser soimême d'un fait réputé bonteux ou ridicule. Rarement il cherche à s'en défendre , ou, s'il essaie d'abord , il ne persiste pas long-temps. L'embarras, la maladresse de sa défense, montrent, au surplus, qu'on a pu se permettre le langage qu'on lui a tenu. Avec certains sujets, il convient, tout en paraissant instruit, de ne s'exprimer qu'à demi-mot. S'ils sont masturbaleurs ils comprendront de suite, et leur faci-
Jité à saisir un langage obscur pourra dispenser de questions nouvelles : s'ils ne le sont pas, on aura été trop peu explicite pour exposer son crédit. Qu'on sache bien encore que l'aveu qui coûte le plus est celui du principal : aussi doit-on, souvent, ne questionner que sur l'accessoire. Tel sujet qui aurait répondu négativement à cette question : « N'auriez-vous pas l'habitude de vous masturber? » sera plus franc si, paraissant instruit à cet égard, oit s'informe seulement de l'époque où , pour la première fois, il a porté les mains sur lui, et s'il les y porte souvent. De la sorte , on lui sauve une partie et la plus rude partie du chemin ; car il faut considérer que le plus pénible, pour un masturbateur, n'est pas d'être connu pour tel, mais de confesser qu'il l'est. Placé entre le désir de se conserver et la honte d'un aveu , il pourra sacrifier le premier a celui-ci; mais ce n'est pas sans peine, sans regret qu'il fera ce sacrifice. Que le médecin tâche surtout , dans ses rapports avec les masturbateurs, d'acquérir leur confiance , de les mettre à l'aise. Ce n'est pas devant un front sévère , ou quand ils s'attendent à une leçon morale, qu'ils ont de la franchise; il faut que le médecin ne soit avec eux que nié-
decin. Pour lui, l'onanisme ne doit être qu'une cause de maladie , c'est-a-dire une chose analogue à un excès de travail , à un régime main vais, à toute influence, enfin, qui pourrait nuire à la santé. S'il se fait moraliste, on le redoutera, et il n'obtiendra aucune de ces confidences qui lui permettraient d'employer à temps ses conseils et ses ressources.
Il arrive souvent qu'on n'aperçoit pas la ^masturbation là où elle existe, parce qu'on attache à sa possibilité des conditions trop exclusives. Sans entrer dans des détails qu'on ne peut confier à un livre, je dirai que la masturbation , malgré l'étymologie de ce mot, peut-être pratiquée dans l'un et l'autre sexe , sans le secours des mains. Cette possibilité a permis à de jeunes garçons et à de jeunes filles de tromper long-temps la vigilance la plus attentive , bien qu'ils se livrassent à leur déplorable habitude, même en classe, devant leurs maîtres , ou dans un salon au milieu de leur famille. Opérant par des pressions qui, chez certains sujets , ont fini par déterminer une déviation permanente des corps caverneux , ils n'exécutent aucun ou presque aucun mouvement : ils peuvent donc être habillés, assis, avoir les mains libres , paraître
attentifs à une conversation , à une lecture, ou se livrer à un travail quelconque, et cependant procéder à l'onanisme. Malgré tout, quand on soupçonne ce cas, on le découvre bientôt : il y a dans le maintien, la physionomie, le silence du sujet, lorsqu'il se livre à ce genre d'abus, quelque chose d'insolite que l'on peut aisément saisir et interprêter : il serait surtout impossible de soustraire à des regards vigilans* l'émotion finale , si bien exercé que soit le masturbateur. Ajoutez que, presque toujours alors , il a les cuisses croisées ou, au moins, fortement appliquées l'une contre l'autre. On peut remarquer aussi que l'immobilité du corps est plus affectée que complète et que la partie inférieure du tronc ne la partage pas entièrement.
Empêcher que l'habitude de la masturbation se développe , et, quand elle est développée, faire en sorte de la détruire , voilà , sous le rapport hygiénique , les deux indications qu'elle présente. Etudiées avec attention , ces deux indications se résument en une seule, celle d? empêcher que la masturbation ait lieu. Qu'il s'agisse, en effet, d'un individu qui ne
s'est pas encore livré à l'onanisme , ou d'un autre qui s'y livre depuis long-temps , toujours est-il qu'il faut empêcher que l'un commence , et que l'autre continue. Dans les deux cas, les moyens que Ton emploie ont la même tendance ; seulement > dans le second , quand pour empêcher il faut combattre une habitude prise , on a besoin de quelques armes de plus que dans le premier, lorsqu'elle n'existe pas encore. Ces moyens sont donc tout préventifs , essentiellement préventifs ; car , quelle que soit la manière dont ils agissent, ils tendent à empêcher l'acte du soir, celui du lendemain, tous ceux, enfin, que l'on prévoit. Aussi, quoiqu'en apparence ce soient choses toutes différentes de prévenir l'habitude de l'onanisme ou de la rompre, nous traiterons en même temps des moyens propres à atteindre ce double but, afin d'éviter les répétitions dans lesquelles nous serions sans cela tombé.
Dans la masturbation on doit considérer trois choses : le désir , la volonté et le pouvoir. L'onanisme n'est pas possible là où ces trois conditions ne seraient pas réunis. Il n'y a pas de volonté sans désir, et souvent il arrive que celui-ci est maîtrisé complètement par
elle. L'un et l'autre, au surplus, restent sans résultat, si la possibilité d'y donner suite n'existe pas. Conséquemment, pour empêcher la masturbation, pour obtenir qu'elle ne commence point chez celui-ci et qu'elle ne se répète plus chez celui-là, il faut faire en sorte qu'ils ne désirent, ne veuillent ou ne puissent s'y livrer. Ce sont, comme on le voit, trois indications distinctes : en atteindre une suffit. Toutefois, en pratique, il est bon de les poursuivre en même temps. On conçoit qu'en apaisant le désir on prête secours à la volonté , et que les obstacles opposés à celle-ci doivent être d'autant plus efficaces que les désirs sont moins vifs et qu'elle est moins forte. Ainsi donc, il est suffisamment entendu que les trois indications dont nous allons parler, bien qu'elles soient distinctes dans leur but, qu'elles nécessitent chacune des moyens spéciaux, et qu'il suffise d'en atteindre une pour qu'il devienne inutile de s'attacher aux autres, peuvent et souvent doivent être poursuivies conjointement.