‹ De l'onanisme et des autres abus vénériensChapitre 8 sur 16 · PREMIERE INDICATION · texte numérisé non relu

PREMIERE INDICATION

Faire que ie de'sir qui porte à se masturber ne vienne pas, ou ne revienne plus, ou ait le moins d'empire possible.

Le désir de se masturber est bien distinct des désirs vénériens : on peut ressentir ceuxci sans l'éprouver. Ce désir est spécial ; c'est celui de l'onanisme, et nul autre. Aussi les influences , dont le résultat plus ou moins prochain est d'exciter le sens génital, ne sontelles que des causes indirectes , prédisposantes d'onanisme. Les causes directes, efficientes, sont celles qui portent immédiatement à s'y livrer, et à la choisir de préférence au coït. Conséquemment , deux indications sont relatives aux désirs de se masturber, une consiste à prévenir l'exaltation du sens vénérien, ou à l'apaiser, et la seconde, à prévenir ou à détruire les causes spéciales du désir onanique. Nous allons successivement étudier ces deux indications.

I. Règles relatives aux causes générales ou indirectes d onanisme. — Le sens génital, et

conséquemment les désirs vénériens, peuvent se faire sentir trop vivement ou prématurément par suite de circonstances diverses dont on peut faire deux groupes. Les unes appartiennent au corps humain, et consistent dans certaines dispositions innées ou acquises de l'organisation , en vertu desquelles le sens vénérien présente plus ou moins d'impressionnabilité. Les autres consistent dans les influences diverses , comme l'éducation , les alimens, le climat, le genre de vie, etc., etc., qui peuvent agir sur la sensibilité en général , et particulièrement sur celle de l'appareil générateur. Commençons par les règles qui se rattachent aux premières.

Des causes organiques innées ou acquises de V excitation vénérienne , et des règles de préservation qui s'y ? attachent. Il est des individus qui semblent en quelque sorte marqués , par leur organisation , pour devenir victimes des excès vénériens. Chez eux , le sens génital s'éveille et prend un grand empire long-temps avant l'époque ordinaire de sa manifestation. Chez d'autres , au contraire , ce sens ne s'éveille que tard, s'il s'éveille, car il parle si bas qu'on peut se faire cette question. Il s'en faut

de beaucoup que l'on puisse, dans l'état actuel de la science, trouver dans l'organisation la raison de toutes ces différences. Cependant on peut reconnaître dans des cas nombreux , que le développement plus considérable de certains organes, l'accroissement de leur vitalité, ou leur état de maladie, exercent une influence considérable sur la force et la précocité du sens vénérien.

Gall et les phrénologistes de son école ont placé dans le cervelet le principe de l'état de rut. Ils considérèrent cet organe comme le législateur des parties sexuelles , le foyer de l'instinct de la propagation, le siège de l'amour physique , et ils assurent que les différences de masse et de vitalité que présente cette portion de l'encéphale, répondent exactement aux différences d'intensité des désirs génitaux. Nous allons exposer succinctement les faits divers dont ces physiologistes ont appuyé leur opinion.

L'anatomie comparée ne leur a fourni aucun argument qui mérite d'être rapporté : même on pourrait y puiser des faits contradictoires à l'opinion de Gall , des classes nombreuses d'animaux étant dépourvues de cervelet, bien qu'elles se livrent avec ardeur à l'acte de la re-

production. Aussi cette opinion ne s'appliquet-elle sérieusement qu'à l'homme et aux mammifères qui s'en rapprochent. Le rapport qui existe entre le développement du cervelet et celui des organes générateurs afourni un argument plus plausible. On a fait valoir que, dans l'encéphale, les fibres du cervelet sont les dernières à se montrer bien distinctement , et que ce n'est ordinairement que de dix-huit à vingtsix ans que cet organe se présente à l'état parfait. On s'est aussi appuyé de cette remarque de Scemmering, que le cervelet devient au cerveau, à l'époque de la puberté, comme un esta cinq, tandis que dans l'enfance il n'en égale que la septième partie.

Nous avons vu précédemment que le sens génital a plus de force chez les hommes que chez les femmes *. Or, on a donné comme positif que chez ces dernières le cervelet est communément plus petit que chez les hommes2.

Les phrénologistes ont aussi cherché à établir l'existence d'une réciprocité d'action entre les organes générateurs et le cervelet, au moyen

1 Voyez p. 48.

2 Gai.i. et Spt'rzhecm. Dict. des Sciences me'd., t. IV, } > . 469

des résultats de la castration, ainsi que de l'influence que le développement de cet organe peut exercer sur les testicules. La castration, disent-ils , en même temps qu'elle s'oppose au développement du sens vénérien, empêche le cervelet d'atteindre le volume qu'il eût acquis : aussi, regardez combien l'étendue de la nuque est plus considérable chez le taureau que chez le bœuf. Ils ont également avancé que si la castration n'a lieu qu'à une époque où déjà le cervelet a tout son développement, le sens génital peut survivre à cette opération ; que , dans certains cas , elle pouvait réduire cet organe à un état voisin de l'atrophie; que l'enlèvement d'un seul testicule à un animal, quelle que soit son espèce , pouvait produire l'atrophie ou une altération quelconque du lobe cérébelleux du côté opposé au testicule enlevé. Ils ont ajouté, pour contre-preuve, tjue l'altération du cervelet avait entraîné l'atrophie des testicules, et que, dans des cas où un de ses lobes seulement était désorganisé, le testicule du côté opposé en avait subi seul la conséquence.

Suivant Gall et ses disciples , le volume du cervelet se reconnaît extérieurement à la lar-

geur, au renflement de la nuque : ils font remarquer que cette partie du crâne est , en général, plus bombée chez les mâles que chez les femelles , chez les animaux entiers que chez ceux qui ont été châtrés dans leur jeune âge, et chez les individus qui se distinguent par leur salacité que chez ceux qui sont peu sensibles aux plaisirs de l'amour. M. Larrey a fait voir à Gall un soldat chezlequeU'antipathiepour les femmes avait dégénéré en une véritable manie. L'aspect d'une femme produisait en lui des convulsions violentes, et le faisait presque entrer en fureur. Spurzheim a vu un exemple semblable en Angleterre : or, chez l'un et l'autrede ces individus, le développement du cervelet était absolument resté en arrière. Les portraits de Newton, de Charles XII et de Kant montrent , suivant Gall , par le peu de largeur du cou, que l'organe dont nous parlons était peu développé chez ces grands hommes, qui, suivant l'histoire, se sont montrés peu ardens pour les plaisirs sexuels. En regard de ces exemples on en a placé d'autres où l'on voit des dispositions diamétralement contraires coïncider avec un volume exagéré du cervelet. Voici un de ceux que rapporte Gall. « Une dame très spirituelle était tourmen-»

tée, depuis son enfance, par les désirs les plus désordonnés ; l'éducation très soignée qu'elle avait reçue fut seule capable de la sauver des démarches inconsidérées auxquelles la portait la violence de son tempérament. Lorsque , dans un âge plus mûr, elle se trouva abandonnée à elle-même, elle essaya tout pour satisfaire ses désirs brûlans; mais la jouissance ne paraissait que les irriter. Souvent elle se vit sur le point de tomber dans la manie. Réduite au désespoir, elle abandonna sa maison, quitta la ville, et se réfugia chez sa mère, dans une campagne isolée, où le défaut d'objets excitans, la plus grande sévérité de mœurs et les soins du jardinage, prévinrent l'éclat du mal. Après avoir habité de nouveau, pendant quelque temps , une grande ville , elle se trouva menacée d'une rechute, et elle se réfugia une seconde fois près de sa mère. A son retour, elle vint me trouver à Paris, et se plaignit à moi comme une femme au désespoir. Partout, me dit-elle, je ne vois que les images les plus lubriques; le démon de la luxure me poursuit sans relâche en tous lieux, à table, dans mon sommeil même; je suis un objet de dégoût pour moi-même; oui, je le sens, je ne puis échapper à la manie ou à la mort. »

« Je lui fis en abrégé l'histoire naturelle de l'instinct de la propagation; je la rendis attentive à la forme de sa nuque : quoique sa tête soit très grande, le diamètre de sa nuque surpasse la distance d'une oreille à l'autre. Elle conçut la cause de son état. Je lui conseillai

de continuer son voyage pour aller rejoindre sa mère ; de varier ses occupations pour diminuer l'activité de son cervelet; de se faire souvent appliquer des sangsues à la nuque pour modérer l'état d'irritation de cet organe ; d'éviter tous les mets échauffans et toutes les boissons excitantes, etc., etc. l »

J'ai vu à Paris, dit le même auteur, un garçon de cinq ans, qui, sous le rapport des forces corporelles, paraissait en avoir seize. Les parties sexuelles étaient entièrement développées ; sa nuque était large et bombée ; il avait une forte barbe, une voix rauque et mâle; en un mot, tous les signes d'une virilité pleine et entière3. Le docteur Gall avait aussi été frappé du développement du cervelet chez un garçon de dix ans qui était détenu dans une maison de correction à Léipsick, pour avoir

1 Sur les fonctions du cerveau et sur celles de chacune de ses parties, 1825, ». II, p. 319.

■ Id. t. III, p. 260.

violé une jeune fille. Il avait aussi vu à Paris un jeune mulâtre , âgé de moins de trois ans, qui n'était pas moins remarquable sous le même rapport. Il se jetait non seulement sur des petites filles, mais sur des femmes, et les sommait, avec audace et avec opiniâtreté, de satisfaire ses désirs. 11 ressentait , dans les parties sexuelles, qui cependant n'avaient rien d'extraordinaire pour leur développement, des érections prolongées. Comme il était environné de filles qui se prêtaient à satisfaire ses désirs, comme à un jeu piquant pour elles par sa singularité, il mourut de consomption avant d'avoir atteint la fin de sa quatrième année. Son cervelet était extraordinairement développé : le reste de la tête avait tes dimensions ordinaires à son âge. Gall a encore rapporté des exemples de même sorte. Il en est un que M. le docteur Chauffard , d'Avignon, a publié, qui mérite que nous le reproduisions ici. Ce médecin accompagnait le préfet, en 1823, dans sa tournée départementale , pour l'examen des jeunes gens qui demandaient à être dispensés du service militaire. Un pâtre assez robuste , à cheveux et poils roux, à odeur infecte, se déshabilla, étant, disait-il, atteint d'une maladie qu'il n'osait nommer. On était à la fin de décembre,

le temps était rigoureux, et la salle très froide. A peine cet homme est-il dépouillé de ses vêtemens, que sa verge s'enfle. L'air confus, la face rouge , les yeux troubles , il tournait sans cesse le dos aux assistans , ne pouvant éviter ni ce priapisme monstrueux, ni enfin une évacuation de sperme qui s'effectua sans une diminution bien sensible de l'organe. Cet homme avait peu "d'intelligence, un air de stupidité, et cependant ses réponses étaient justes. Il se disait toujours tourmenté par des érections continuelles, souvent suivies d'émissions séminales ; il avouait même qu'il avait contracté l'habitude de les solliciter. Or, il avait le cou court ; sa nuque était large et épaisse; la portion postérieure de l'occipital offrait un évasement très remarquable; enfin la région cérébelleuse du crâne était très développée et proéminente. Cet homme fut réformé1. J'ai aussi observé un développement très remarquable de la partie postérieure du crâne, chez un garçon de huit ans qui se livrait depuis plusieurs années à la masturbation et dont la verge était dans un état presque continuel d'érec-

2 Journalim.iv. des Sciences me a". , décembre 1828.

tion : cette saillie alongeait tellement le diamètre antero-postérieur du crâne, qu'on trouvait difficilement, au dire de la mère , des coiffures qui s'adaptassent bien à la tête de cet enfant.

Un des disciples les plus distingués de Gall, M. le Docteur Voisin , a mis les notions phrénologiques à l'épreuve dans une visite qu'il a faite récemment au bagne de Toulon. Le Directeur du bagne , M. Renaud , instruit du but scientifique de la visite de ce médecin , le mit à même d'explorer les organes cérébraux de trois cents cinquante voleurs, faussaires ou homicides, auquel il mêla, avec intention, vingt-deux autres forçats condamnés pour viol, chargeant M. Voisin de les découvrir dans cette foule, par l'examen delà partie postérieure du cerveau . Ce savant mit en effet vingtdeux forçats hors des rangs : treize seulement étaient du nombre des condamnés pour viol. Ainsi donc il en ayait choisi neuf qui n'étaient pas coupables de ce crime , et en avait , au contraire, laissé échapper neuf qui l'avaient commis : or, les neufs compris à tort étaient, de l'aveu même du Directeur du bagne , des libertins nécessitant une surveillance spéciale sons le rapport des mœurs ; et les neufs , au

contraire, qu'il n'avait pas retrouvés, ne s'étaient rendus coupables que par hasard , et lorsqu'ils étaient dans l'ivresse; le libertinage, en un mot n'était chez eux qu'accidentel , il n'était pas organique x.

Des preuves expérimentales , mais en petit nombre, ont été invoquées à l'appui des opinions de Gall sur le cervelet. Nous citerons une remarque faite par M. Serres sur les bœufs que l'on abat en les frappant à la nuque. La verge, chez ceux qui présentaient une lésion du cervelet, avait offert, pendant l'expérience, un mouvement d'oscillation très évident. Le même savant a observé une érection très prononcée chez un jeune cheval que l'on tua en enfonçant un couteau dans le cervelet. M. Segalas a produit le même effet chez des cochons-d'inde, en introduisant un stilet dans cet organe2.

Les principales preuves ont été tirées de l'action du cervelet malade sur l'appareil générateur : ainsi l'état d'érection dans lequel meurent souvent les pendus a été attribué par

1 Lecture faite à la Société phrénologique , dans sa séance annuelle du 22 août 1834.

7 Serres. Anat. comp. du cerveau, t. Il , p. 608.

Gall à l'affection du cervelet dans ce genre de mort. M. Cruveilhier a contesté cette explication. Selon lui, on peut se rendre compte de l'érection des pendus par la stase du sang veineux. La respiration, dit-il, est retardée par suite de la compression du bulbe rachidien, et il en résulte une demi-asphyxie favorable à l'érection I, J'ajouterai que dans la pendaison il peut y avoir affection de la partie cervicale de la moelle, et que lepriaspismea été observé plus d'une fois, ainsi que nous le verrons plus loin, dans les lésions de cette partie. Les phrénologistes ont également fait valoir que ce symptôme est souvent résulté de l'application d'un vésicatoire ou d'un séton à la nuque. Un fait qu'ils ont aussi rapporté souvent comme témoignage du lien qui unit le cervelet à l'appareil génital, est celui d'un militaire, dont la faculté génératrice avait disparu à la suite d'un coup de sabre qui avait décollé le cuir chevelu de l'occiput2. Je doute que ce fait, qui a été observé par M. Larrey, se soit souvent reproduit , quoique le docteur Bischoff ait avancé que des blessures considérables de

1 Dict. de me'd. et chirurg. prat. , t. III, p. 238.

a Larrey. Mémoires de Chirurg. militaire , t. II, p. 150.

la nuque et des coups-, qui n'avaient même fait qu'effleurer cette partie, ont été souvent suivis de l'inflammation des organes génitaux1.

Il n'est pas au reste douteux qu'une excitation particulière de ces organes a plus d'une fois coïncidé avec une maladie quelconque du cervelet. Nous avons déjà parlé précédemment de cette coïncidence 2; les exemples que nous avons fournis avaient été particulièrement choisis parmi ceux où l'affection du cervelet pouvait être considérée comme le produit d'excès vénériens : dans ceux que nous allons rapporter maintenant c'est l'excitation génitale qui est, ou paraît être, la conséquence de cette affection.

L'érection de la verge, avec ou sans pollution , a été plusieurs fois observée comme symptôme de l'apoplexie du cervelet. On a pu remarquer ce phénomène dans quelques uns des cas de cette affection que nous avons cités 3. C'est M. Serres qui a, le premier, appelé l'attention sur ce phénomène, dans un

1 Exposit. de la doctrine de Gall, trad. de l'allemand par Barbeguière; p. 843.

J Voyez p. 156.

3 Voyez p. 152, 153 et 154.

Mémoire sur les apoplexies cérébelleuses inséré dans le journal de physiologie expérimentale, et dont il a reproduit les principaux faits dans son ouvrage sur l'anatomie comparée du cerveau l . Un de ces faits est celui d'un homme de quarante-six ans, qui mourut à la suite d'une apoplexie violente du cervelet, pendant laquelle le satyriasis et l'éjaculation se manifestèrent avec gonflement de toutes les parties externes de la génération. D'autres cas absolument analogues, et qu'il serait inutile de rapporter , sont joints à celui-ci. Un d'eux a été observé par M. le docteur Falret. Le priapisme s'est offert à mon observation avec une circonstance bien remarquable. Le malade avait été frappé d'apoplexie, et présentait une paralysie complète du côté gauche du corps : divers symptômes nerveux indiquaient qu'il y avait de plus une forte irritation de la pulpe encéphalique ou des membranes qui l'enveloppent. Cet homme , bien qu'il fût presque agonisant, faisait, à la femme qui lui donnait des soins , des propositions amoureuses , et présentait une demi-érection de la verge. Or, il est à remarquer que cette par-

" 1827, t. II, p. 601.

îie , au lieu d'être droite , présentait une concavité qui regardait le côté non paralysé. Il est évident que le corps caverneux droit , c'est-à-dire celui du côté non paralysé , était seul en érection. Je regrette fort de n'avoir pu ouvrir le cadavre de cet individu. L'affection des organes générateurs, dans les apoplexies du cervelet, eût été peutêtre observée un plus grand nombre de fois, si on l'avait plus souvent cherchée. Dans aucun des cas dont M. Andral a fait l'analyse ? , elle n'a été notée, ce qui ne veut pas dire qu'on n'aurait pu l'y remarquer. M. Cruveilhier aussi n'a jamais observé de priapisme dans les cas d'apoplexie cérébelleuse qu'il a vus , mais il ajoute qu'il n'oserait dire que ce symptôme n'ait pas existé , au moins temporairement2. On conçoit, en effet, qu'il doit aisément échapper.

Les hydrocéphales offrent souvent un vif penchant aux jouissances génitales. Gall, en rappelant cette remarque, fait observer que le cervelet est de toutes les parties de l'encéphale celle qui est la moins altérée chez ces individus.

Clinique méd. , 2e édit., t. V, p. 680.

Dict. de me'd. et de chirùrg. pratiq., I. III, p. 238.

M. Chauffard a vu un hydrocéphale de 14 à 15 ans, a tête énorme, qui se livrait à la masturbation et parlait à tous propos des plaisirs qu'elle lui faisait goûter1.

Il est à croire qu'une irritation soit aiguë, soit chronique du cervelet ou de ses enveloppes, doit, plus que les altérations dont nous venons de parler, provoquer des symptômes de rut. Sur un cadavre apporté de l'hospice de Bicêtre à l'amphithéâtre central des hôpitaux, et qui présentait une tuméfaction considérable de la verge et des bourses, le cervelet était phlogosé dans toute son étendue2. Un des faits les plus intéressans sous ce rapport ^ a été rapporté par M. Chauffard. Il s'agit d'un homme de 53 ans , de mœurs douces et d'un caractère paisible, qui, dans une chute, frappa violemment de la nuque contre un des angles de son lit. Il survint de l'empâtement dans la région occipitale inférieure, et, subséquemment, une altération remarquabledans les habitudes du malade , qui fut pris d'un satyriasis très violent , et con-

8 Journal univ. des Sciences méd. , t. XLVIII, p. 265. -- Serres. Loc. cit.

d'une telle salacité qu'il poursuivait à outrance sa femme, sa fille, et en général toutes les personnes d'un autre sexe que le sien. Cet homme , jusqu'alors pieux et modeste , tomba peu à peu dans le délire le plus erotique et finit par tenir les propos et commettre les actes les plus indécens. Pendant Jes trois mois suivans,cet état ne fit que s'accroître , mais en même temps les forces et l'intelligence du malade s'affaiblirent. Un jour, enfin, à la suite d'une violente colère que lui avait occasionée les refus de sa femme , lassata viro et satiala , il tomba en convulsion: immédiatement après, la douleur qu'il avait jusque-là ressentie à la partie postérieure et inférieure du crâne, se déplaça et vint se fixer en avant du sommet de la tête. Alors survint un commencement de paralysie du côté gauche du corps, et le satyriasis fut remplacé par un délire religieux avec marmottement continuel de prières , etc., etc. Ce sont les derniers symptômes que présenta le malade, qui mourut huit jours après leur invasion. Suivant M. Chauffard, il y eut d'abold une affection du cervelet à laquelle se substitua , lors de la mutation qu'offrit l'état du malade, une affection de l'organe dé la ihéosopliic,

lequel répond à la partie moyenne , postérieure et supérieure du coronal, endroit où le malade éprouva en dernier lieu une vive douleur.

N'y aurait-ii pas eu aussi affection du cervelet dans le cas suivant qui a été rapporté par M. Sainte-Marie? Un négociant de Lyon , homme instruit et plein d'honneur, paraissait guéri d'une affection vénérienne invétérée pour laquelle il avait subi un long traitement mercuriel : seulement, il se plaignait d'une inquiétude vague, de chaleur à la gorge , de douleurs à l'occiput et à la nuque , et d'érections fréquentes. Il en était là, quand, en 1812, il fut pris, à la suite de chagrins domestiques, d'un délire furieux: cet état dura trois jours etse termina par un priapisme , pendant lequel le malade éjacula quatorze fois en quelques heures. Un calme parfait de la raison fut le résultat de cette crise singulière ; il ne resta plus qu'une extrême faiblesse qui bientôt céda à l'usage des toniques et des analeptiques. Deux ans et demi après, cette maladie se renouvela sous l'influence des mêmes causes et avec des symptômes absolument semblables. La terminaison fut la même. Il y eut encore un léger retour au bout de deux

ans, mais cette fois le malade en l'ut quitte pour quelques érections sans aucune perte prolifique1.

Tel est le genre de faits dont se sont autorisés plusieurs auteurs pour attribuer exclusivement le satyriasis et la nymphomanie à un état soit inné, soit accidentel du cervelet. «La condition matérielle du satyriasis , dit M. Voisin , réside dans l'encéphale , et, dans tous les cas, sa manifestation désordonnée tient ou à la force native et prépondérante du cervelet, ou aux causes morales et intellectuelles qui ont favorisé le développement de cet organe, ou bien encore aux circonstances extérieures qui, au moment même de la maladie, ont mis violemment en jeu son action 2. » D'autre part, la localisation de l'amour physique dans le cervelet a été vivement contestée par d'excellens observateurs , particulièrement par MM. Flourens et Bouillaud, qui attribuent pour fonctions spéciales à cet organe, de présider à la locomotion. M. Bouillaud, surtout, s'est attaché à établir, par l'analyse des

1 Trad. de la d:ssertatiori de ffric!n:i<tmi, p. '25. ? Des causes morales et physiques des maladies mrhtn le '.»•, etc., in-S°, 18-26, j). 27 5,

observations de Gall et de M. Serres, qu'elles sont beaucoup moins probantes, et qu'elles peuvent être autrement interprêtées que ces auteurs ne l'ont cru1. M. Chauffard pense seulement que Gall a été trop loin en disant : « que ce n'est point à la présence de la semence et à l'irritation à laquelle elle peut donner lieu, qu'on doit attribuer l'amour physique et les érections. » Suivant cet auteur, il faudrait, pour direjuste, ajouter le màièvcclusi? veme?it après celui attribuer. Moi aussi je pense que la formule de Gall, ainsi modifiée, serait beaucoup plus exacte. Assurément il n'est pas douteux que le cervelet a une action puissante sur la salacité; mais nous allons voir que toutes les portions de l'appareil générateur, prises isolément, n'en exercent pas une moins grande, et que, conséquemment, ce n'est pas uniquement dans l'encéphale qu'il faut chercher le principe organique de l'état de rut et des excès vénériens.

En conséquence des opinions de Gall , plusieurs auteurs , parmi lesquels je cilerai MM. Chauffard, Voisin et Londe , ont estimé qu'il fallait s'adresser directement au cervelet

1 Arch. générales de med. , 1 82 7.

pour apaiser une lascivité trop vive. Quelques tentatives ont paru justifier cette manière de voir. M. Sainte-Marie dit qu'un médecin de Lyon , qu'il ne nomme pas , a dissipé des pollutions nocturnes invétérées, en faisant appliquer sur l'occiput et la nuque, le soir avant l'heure du coucher, une certaine quantité de glace, qu'on y laissait jusqu'à ce qu'elle ait été convertie en eau1. Un homme d'environ trente ans avait trois ou quatre évacuations de sperme chaque nuit, évacuations pour lesquelles M. le professeurLallemand(de Montpellier ) avait tenté, en vain, la cautérisation des canaux éjaculateurs : M. Gensoult, chirurgien de l'Hô tel-Dieu de Lyon, et qui^ peut-être , est le praticien dont M. Sainte- Marie a parlé, fit appliquer des sangsues et de la glace pilée à la nuque : les pollutions furent arrêtées comme par enchantement.

M. Serres, qui rapporte ce fait, ajoute que depuis la publication de son mémoire sur l'apoplexie cérébelleuse , il a eu occasion de voir deux apoplectiques chez lesquels l'érection se manifestait pendant les paroxismes : tous deux sont guéris à la suite de l'application

' Trad. de fVîchmann , y. 91.

à la nuque de cataplasmes émolliens et de sangsues x.

Ne pourrait-on pas essayer, pour calmer le satyriasis onanique , d'appliquer endémiquement des narcotiques dans le voisinage du cervelet?Serait-il impossible quelabelladonne, la thridace, l'opium, etc., introduits decette manière, eussent un effet avantageux? INe serait-on pas aussi dans le même ordre d'idées en prescrivant de laisser la tête nue, en ne lui laissant qu'une chevelure très courte, surtout à sa partie postérieure , et en substituant à l'oreiller de plume celui de crin? Je pense aussi qu'on ne doit appliquer qu'avec circonspection des sétons et des vésicaloires à la nuque, chez les masturbateurs, et qu'on doit les délivrer de ces exutoires aussitôt qu'ils ne sont plus jugés indispensables. D'ailleurs on pourrait craindre, indépendamment de l'irritation qu'ils causent dans le voisinage du cervelet, l'influence des pommades cantharidées dont on se sert pour les entretenir.

Nous l'avons déjà dit, il y a réciprocité d'action entre les organes : s'il en est un qui exerc c

1 Anat. comp. du cerveau , t..' II , p. 607.

une influence marquée sur un autre, soyez sûr que ce dernier ne manque pas de le lui rendre. Le cervelet que nous avons vu tantôt devenir malade consécutivement à l'abus des organes génitaux , et tantôt communiquer à ces organes la sur-excitation dont il était devenu accidentellement le siège , vient de nous fournir la preuve de ce principe : la moelle épinière va aussi le confirmer.

Willis qui, avant Gall, a cherché à localiser dans les centres nerveux le besoin de la reproduction, avait désignélamoëlle épinière comme organe de ce besoin. Des observations assez nombreuses et plusieurs expériences ont, dans ces derniers temps, rendu quelque crédita cette opinion. M. Ségalas, qui avait produit chez des cochons-d'inde Y érection de la verge en introduisant un stilet dans le cervelet, détermina Vejaculation en poussant cet instrument dans la colonne vertébrale jusqu'à la région lombaire. M. Serres , ayant répété cette dernière expérience avec un résultat semblable,en tira conclusionquelapartieinférieure de la moelle épinière agit sur les appareils sécréteurs et excréteurs du sperme, comme le cervelet agit sur le sens vénérien. Nous allons voir que cette opinion à aussi le tort d'être trop ab-

solue, les lésions de la moelle exerçant, inclépendamment de l'influence que lui attribue M. Serres sur l'éjaculalion, une action marquée sur l'érection de la verge et le sens vénérien.

Une observation que M. le professeur Lenhosseik a rapportée , semble établir que la compression et l'atrophie de la moelle peuvent s'opposer au développement des organes générateurs. Le sujet de cette observation avait vingt-quatre ans: il était effilé, maigre, et d'une taille répondant à celle d'un individu de douze ans. Ni le visage , ni V appareil génital, ne présentaient les caractères qu'ils prennent a la puberté. Cet individu étant mort subitement, on trouva que, par suite d'un vice de conformation des première et deuxième vertèbres cervicales, le diamètre du trou occipital se trouvait réduit de moitié. La moelle alongée avait été comprimée en cet endroit et son développement n'avait pu se faire1. Ne serait-ce pas aussi à une affection du prolongement rachidien qu'il conviendrait de rapporter cette maladie singulière que M. Larrey a observée en Egypte, et plus tard à Paris. Peu à peu les testicules s'atrophiaient, puis le malade perdait la

Journal 'les progrès , etc. , 1827, t, II , p, 259.

faculté d'éprouver des sensations vénériennes et d'entrer en érection : en même temps les extrémités inférieures maigrissaient et chancelaient dans la progression ; le visage se décolorait, la barbe s'éclaircissait, les digestions et les facultés intellectuelles se dérangeaient r* Cette coïncidence d'un affaiblissement considérable des extrémités inférieures et de l'atrophie des testicules n'indiquerait-elle pas que cette dernière a été la conséquence d'une affection du prolongement spinal?

Un fait certain et que M. Dupuytren a depuis long-temps constaté, c'est que le priapisme est souvent causé par une lésion de cet organe. On en trouve de nombreux exemples dans l'ouvrage de M. Olivier sur la moelle épinière2. Ils prouvent que toutes les portions de la moelle, mais surtout sa partie cervicale, peuvent, quand elles sont lésées, produire l'érection de la verge. MM. Potain , Renauldin , Hedelhofer, ont rapporté des faits analogues. Ce dernier auteur a vu un homme qui , ayant fait une chute sur le sacrum, eut instantanément une éjaculation. M. le professeur Fages

1 Mémoires de chirurgie militaire , t. H, p. 62, 1812. 5 ! . I, p. 120, 237, 2i2, 2*6, 249, 275, 282,291, 3ln,

aimait à parler dans ses leçons d'an fait que son fils raconte en ces termes. « Un aide de camp du général Dumouriez était atteint d'une paralysie complète des extrémités inférieures, survenue à la suite d'une chute de cheval. Cette paralysie coïncidait avec un priapisme considérable qui l'incommodait beaucoup et lui faisait éprouver des rétentions d'urine contre lesquelles on était dans la nécessité d'employer les réfrigérans les plus actifs. Passant à Montpellier pour se rendre à Balaruc, il se reposa quelques jours à l'hôpital militaire où l'on eut à le sonder plusieurs fois. Lorsqu'il fallait en venir à ce moyen, on était obligé de lui découvrir tout le corps, de le laisser exposé quelque temps à l'air et de l'arroser d'eau froide; encore fallait-il sonder avec promptitude, sans quoi l'érection survenait bientôt par le seul attouchement de la verge, et par la sensation que causait la présence de la sonde dans l'intérieur de l'urètre. Les Bains de Balaruc dissipèrent presque complètement la paralysie. Or, à mesure que le mouvement des extrémités inférieures se rétablit, le priapisme disparut l. » Ces faits n'indiquent-ils pas que la moelle

3 Ep lie mer ides me cf. , février 1827.

épinière exerce une puissance marquée sur les organes générateurs? Nous avons précédemment rapporté l'opinion de M. Sainte -Marie qui regarde les pollutions involontaires comme pouvant être tantôt la cause et tantôt le résultat d'une affection de la moelle épinière l. Or, ne se pourrait-il pas qu'un état originel , ou acquis de cet organe, fût, chez certains sujets, la cause indirecte d'excès vénériens? Que l'on remarque l'influence du coucher en supination sur la production des rêves voluptueux et des pertes de semence. Ce singulier effet ne tiendrait-il pas à la chaleur que la moelle épinière éprouve, par suite d'une telle position? on peut le croire , surtout quand on considère les avantages que l'on a retirés dans les pollutions involontaires, le priapisme et le satyriasis, de douches d'eau excessivement froide le long de la colonne vertébrale , particulièrement sur les régions lombaire et sacré, ainsi que des applications de glacepiléesur ces parties. M. Sainte- Marie a quelquefois fait cesser le spasme des parties génitales par des frictions sur le sacrum avec des vessies remplies de glace 2. J'estime

1 Voyez p. 332.

J Traduction de Wichmann, p. 91

donc qu'il est des cas où ces moyens peuvent être employés avec succès pour combattre l'habitude de la masturbation. On pourrait y joindre des frictions narcotiques et des applications endermiques le long de la colonne vertébrale, ainsi que nous l'avons dit en parlant du cervelet l. Des sangsues à l'anus, ou, mieux encore, aux lombes, et surtout des ventouses scarifiées sur cette dernière région, pourraient être utiles chez des sujets encore vigoureux. Je ne parle pas de l'application recommandée par une foule d'auteurs anciens, imités par quelques modernes, d'une plaque de plomb sur les reins; il est bien évident que ce moyen ne saurait produire l'effet réfrigérant que ces auteurs en attendaient.-

Les conditions organiques de l'appétit vénérien ne sont exclusivement renfermées ni dans le cervelet, ni dans la moelle épinière. Elles peuvent exister encore dans toutes les parties de V appareil génital lai-même, ainsi que nous allons le démontrer.

Une portion considérable de cet appareil est formée d'un tissu que l'on a nommé érectile à

» Voy. p. 406.

cause de la faculté qu'il a de se gonfler, de se durcir, enfin de ^ériger. 11 compose en totalité les corps caverneux, le gland, qui n'est que l'extrémité libre de ces corps; la partie spongieuse de l'urètre, le clitoris et une partie considérable delà vulve et du vagin. La part que ce tissu prend à l'œuvre génératrice, indiquerait seule qu'il ne doit pas être étranger àla production des désirs lascifs, et queJ'état, soit inné, soit acquis, où il se trouve, doit exercer sur eux une grande influence: c'est effectivement ce qui résulte d'une série de faits qui von t être exposés . Il n'est pas de vice, dans l'espèce humaine, qui n'ait son représentant dans une classe quelconque d'animaux. Ainsi le penchant au vol, à la destruction, etc., se retrouvent chez certaines espèces dans toute leur exagération. Il en est de même de la luxure. C'est une classe de singes, celle de cynocéphales, qui la représente ». On ne saurait se faire une idée de la lascivité, de la lubricité de ces animaux. A l'aspect non seulement de leurs femelles, mais d'une femme, tout leur devient étranger: du geste , du regard, delà voix, ils la provoquent;

1 Les principales espèces de celte classe son! le babouin, le papion, le drill , le mandrill, le larlarinvA \ç,chacma.

on dirait qu'ils la possèdent, qu'ils enjouissent. Leur jalousie à la vue d'un homme est sans mesure, et leur emportement alors ne connaît plus de frein. Ils se livrent à des excès incroyables de copulation avec leurs femelles, et, s'ils en sont privés, ils se masturbent avec fureur. En quoi donc leur organisation est-elle différente de celle des autres animaux? est-ce par le cervelet? par la anoblie épinière? non; c'est, ainsi que M. Ant. Desmoulins l'a parfaitement développé *, par la masse énorme de tissu érectile dont ils sont pourvus. Non seulement ce tissu est en quelque sorte accumulé dans leurs parties sexuelles, mais il s'étend à tout le voisinage : la peau des fesses et de presque tout le pubis, le présente dans toute sa perfection. Au visage il ne se borne pas, comme chez nous, au pourtour des lèvres ; il couvre toute la face et y présente une vivacité de couleur qui surpasse cell#de la vulve et du gland dans notre espèce. Or, qu'on remarque bien que ce n'est qu'à la puberté, c'est-à-dire à l'époque où ce tissu se développe et prend les couleurs qui l'animent, que les c ynocéphalesacquièren

1 Dictionn. class. des Sciences naturelles, l. V, p. 255.

cette méchanceté, et surtout cette lubricité qui les distinguent.

Voilà donc des animaux chez lesquels le tissu érectile remplit évidemment le rôle exclusivement attribué par les phrénologistes au cervelet. Pourquoi n'en serait-il pas de même dans notre espèce ? la verge et le clitoris n'ont-ils pas, en général, plus de volume chez les personnes qui ont un penchant prononcé pour les plaisirs de l'amour? leur érection n'est-elle pas le signe le plus constant de l'activité du sens vénérien? Ne voit-on pas le tissu érectile se développer à l'époque de la puberté en même temps que ce sens, et s'affaisser dans la vieillesse.Enfin n'est-ce pas dans le gland , le clitoris, c'est-à-dire dans des organes formés en totalité de ce tissu, et où il s'offre le plus immédiatement aux frottemens extérieurs, que la sensualité génitale existe à son plus haut degré ?

Il y a donc lieu de chercher aussi dans ce tissu le principe de la masturbation, et de s'adresser à lui pour la combattre. C est ce qu'on ferait chez un sujet vigoureux et pléthorique, en lui pratiquant une saignée, ou en lui posant des ventouses scarifiées ou des sangsues dans le voisinage des parties sexuelles. Les lotions et les applications froides sur ces parties, les bains de

siège froids, agissent dans le même sens, et comme il n'ajoutent pas à l'épuisement, ils trouvent plus souvent l'occasion d'être employés. M. Sainte-Marie recommande de recouvrir, une ou deux fois par jour, les organes de la génération, chez les individus atteints de spermatorrhée, avec une vessie de cochon remplie de glace pilée, que l'on renouvelle, si l'on veut, aussitôt qu'elle est fondue. Ce moyen lui a paru plus efficace et plus commode que l'application sur ces parties d'éponges ou de linges imbibés d'eau froide. On pourrait le mettre en usage chez les masturbateurs qui voudraient bien se soumettre à son emploi. C'est la même indication que l'on remplit, lorsqu'on interdit aux enfans et aux individus des deux sexes de se laver avec de l'eau chaude, de s'asseoir, comme quelques uns aiment à le faire, sur des poêles échauffés ; quand, au lieu d'un, siège douillet, et composé de laine ou de plume, on ne met à leur disposition que des chaises ou des bancs de paille, de bois, de crin, ou de jonc; quand on fait en sorte que le bassin soit légèrement vêtu, et lorsqu'on donne aux vêtemens assez d'ampleur pour que l'air puisse aisément circuler autour des parties sexuelles. Les demi-

lavemens froids pour les deux sexes, et les injections également froides pour les filles, peuvent aussi avoir une certaine utilité.

Il est encore un autre moyen qui s'applique aux parties formées de tissu érectile, et dont nous allons parler, c'est leur ablation.

Certains peuples ont pour coutumed'assujétir les enfans du sexe féminin à une sorte de circoncision qui consiste dans le retranchement de plusieurs des parties saillantes de la vulve. Cet usage, dont l'origine appartient à la plus haute antiquité I9 existe surtout en Egypte, en Ethyopie , vers le golfe Persique , et dans plusieurs portions de l'Afrique centrale. Quelles sont les parties de la vulve que l'on retranche? Suivant un grand nomhre d'auteurs, ce sont les nymphes, le clitoris, etmême la valvule du vagin, autrement appelée hymen. En effet , Niebuhr a rapporté la figure coloriée des parties sexuelles d'une fille égyptienne de 18 ans,

• Voir Strabon, lib. XVI. — Galien, in inlroduct. — Actius, Tetrabiblos , IV. Serm.j IV, c. 103. — Sidi Ben Hali , cap. de Circumcisione. ■ — Gabriel Sion' ta , de Orientalibus urbibus. — De Cormesin, Voyages en Orient. — Thevenot , Voyages, 1. II, c. 74. — Damianits A. Gots, de fuie, religionc, moribusque ^tbiopum, ■ — Niebuhr, Description de l'Arabie, t. 1 , p. 7 1 .

figure qui été dessinée par le peintre Baurenfeind, et dont l'original est conservé a la bibliothèque de l'université de Gottingue, où les parties qui viennent d'être nommées, paraissent avoir été extirpées *. Sonnini, qui a examiné deux jeunes filles de race égyptienne dont l'une avait été circoncise depuis deux ans, et dont l'autre le fut en sa présence même, assure, contre l'opinion de Niebuhr, que l'opération respecte l'intérieur de la vulve, et se borne à l'excision d'une excroissance épaisse, flasque, charnue et recouverte de peau, qui, chez plusieurs races africaines, prend naissance au dessus de la commissure des grandes lèvres, et dont la longueur, qui n'avait que six lignes chez les deux filles qu'il a observées, est susceptible de présenter jusqu'à quatre pouces de longueur à l'âge de 25 ans 2. Au demeurant, comme l'opinion de Niebuhr est conforme à celle de tous les auteurs qui ont vécu sur les lieux, on peut croire que les faits observés par Sonnini sont des exceptions plu-

1 Voir le mémoire à'Osîander sur la valvule du tagin. — Àrchiv. de l'art, des Accouch.; Strasbourg, 2e livr. 1801.

■>■ Voyage dans laHaule et Basse-Egyple; Paris, an rx , t. II, p. 32— 43.

tôt que la règle. Ainsi donc il parait constant que , chez des populations nombreuses , l'usage est d'enlever aux femmes une portion très notable du tissa érectile qui garnit leurs parties sexuelles.

Quelle est l'origine de ce singulier usage? A-t-ii pour but de débarrasser dès l'enfance la vulve des filles de certaines saillies qui, plus tard, seraient incommodes, et que les Mahométans, au dire de Sonnini, n'aiment pas rencontrer ? Cette coutume n'aurait-elle été établie , comme Niebuhr le croit, que dans une vue de propreté ? ou bien encore auraitelle pour objet , ainsi que plusieurs voyageurs l'ont prétendu, d'ôter aux femmes de l'Orient les moyens d'abuser d'elles-mêmes? Quoi qu'il en soit, il est probable que son résultat ordinaire, alors même que la partie membraneuse du clitoris serait seule, comme je le suppose, enlevée, est d'émousser le sens vénérien en le privant d'une portion des surfaces où il a son siège. C'est ce qu'au surplus le témoignage de Niebuhr et de plusieurs autres auteurs paraît établir positivement.

S'il en est ainsi, l'ablation des petites lèvres et de la portion préputiale du clitoris ne pourrait-elle, surfout si ces parties offraient une

étendue peu ordinaire, être essayée dans le cas où Ton chercherait à éviter la ressource plus extrême dont nous allons parler tout à l'heure? Cette ablation ne pourrait-elle, sinon éteindre, au moins amortir un peu le penchant aux jouissances solitaires , et par là rendre plus efficaces les autres moyens qu'on emploîrait concurremment? Franchement je n'aurais qu'une confiance très médiocre dans cette opération : cependant, lorsque je considère qu'une cautérisation superficielle des nymphes et du clitoris a suffi, comme nous le verrons bientôt, pour guérir une nymphomanie , je conçois que l'excision des petites lèvres pourrait, dans certains cas , offrir quelques chances de succès. Au surplus, cette opération est peu douloureuse,d'une exécutionfacile,etnesauraitavoir, même dans les suppositions le moins favorables, d'autre inconvénient que celui d'être inutile. Assurément elle ne serait pas devenue dans certains pays, où cependant on la pratique avec peu d'art, d'un usage aussi général, si elle avait des suites mauvaises ou causait de vives douleurs. En Afrique, ce sont des femmes du Saïd qui la pratiquent, ne se servant pour cela que d'un mauvais rasoir. Or, que l'on remarque bien que ce ne sont pas des enfans qui

viennent de naître que l'on soumet à cette circoncision , mais bien des filles de huit à dix ans, comme on peut le voir dans les récits de Niebuhr et de Sonnini.

La sensibilité exquise du clitoris , le volume qu'il présente ordinairement chez les femmes lascives , celui qu'il acquiert par la masturbation et chez les nymphomanes , ont dû faire penser que les désirs voluptueux siègent exclusivement dans cet organe, et qu'il suffit de le retrancher pour les anéantir. Levret est le premier, je crois, qui a conçu l'idée de guérir la nymphomaniepar cette amputation. M. Ant. Dubois l'a pratiquée chez une jeune personne tellement adonnée à l'onanisme qu'elle avait peu de pas à faire pour atteindre au dernier degré du marasme. Pénétrée du danger de sa situation, et cependant trop faible ou trop impérieusement entraînée par l'attrait du plaisir, entièrement subjuguée , elle ne pouvait se contenir. En vain lui liait-on les mains; elle savait y suppléer en s'agitant contre quelque partie saillante de sa couche. On lia les jambes ; mais il lui suffisait du seul mouvement de ses cuisses, qu'elle pouvait encore frotter l'une contre l'autre, ou de l'agitation du bassin et des lombes , pour provoquer d'abondantes

pollutions. C'est alors que ses parens la conduisirent à M. Dubois. À l'exemple de Levret, il crut devoir proposer l'amputation du clitoris. Les parens et la malade y consentirent sans répugnance. L'organe fut retranché d'un seul coup de bistouri, et, pour arrêter l'hémorrhagie, on cautérisa le moignon au moyen d'un bouton de feu. Le succès de l'opération fut complet. La malade , guérie de sa funeste habitude, recouvra bientôt sa santé et ses forces. M. Richerand, qui a rapporté ce fait, considère l'opération que l'on a pratiquée à cette jeune fille comme le moyen le plus efficace à employer en pareil cas. Si l'idée de la cautérisation, ajoute-t-il, effrayait trop les malades , on ferait la ligature des vaisseaux du clitoris de la même manière qu'après l'amputation de la verge l .

Un fait analogue au précédent , mais pins remarquable encore à certains égards , a été publié , en 1825 , dans le Journal de chirurgie de Graëfe. Voici textuellement le récit qu'on y trouve.

« Le sujet de cette intéressante observation naquit en 1807 , et se développa très bien jus-

* Nosog. chlrurg. , 2* édit., 1 808 > t. IV, p. 326.

qu'à l'âge de quatorze mois, où un accident malheureux vint arrêter les progrès de son accroissement. Pendant huit mois la petite malade était alternativement affectée de diarrhée fébrile, de vomissemens, de constipations opiniâtres, etc. , etc. Elle ne se remit, en quelque sorte, qu'à l'âge de deux ans; mais c'est à quatre seulement qu'elle commença à marcher : jamais cependantonne putlui apprendre à parler. Cette idiotie résista aux traitemens les plus variés, s'accrut progressivement, et la malade fut réduite à un état véritablement au dessous de celui des brutes. Elle avalait ses matières fécales , et passait des demi-journées entières huchée dans un coin, sortant la langue de la bouche, etbavantcontinuellement. » « La guérison semblait impossible aux praticiens les plus habiles et les plus expérimentés. Cependant un médecin de Berlin entreprit de traiter la malade, qui avait alors quatorze ans. Il remarqua d'abord chez elle un penchant irrésistible à l'onanisme. Elle se livrait jour et nuit, sans relâche, à cette pratique, et le plus communément en se frottant le siège sur des chaises, ou les cuisses l'une contre l'autre. Il y avait, dans cette habitude,

une indication curative que le médecin saisit avec habileté. Il lui parut évident que la masturbation était l'obstacle qui arrêtait le développement des facultés intellectuelles. En conséquence, un cuir garni de pointes fut appliqué sur le siège de la malade, afin de l'empêcher de s'asseoir, et on la contint, pendant la nuit , au moyen d'une camisolle. On fit plus : on pratiqua une cautérisation profonde au crâne, dans l'intention d'obtenir une dérivation par la douleur. La plaie qui résulta de cette opération ne suppura qu'au bout de six semaines. Des affusions froides, pour lesquelles on employait jusqu'à huit seaux d'eau, furent faites sur cette plaie, dans laquelle, de plus, on injecta une forte solution de tartre stibié. Par ces moyens on obtint un amendement léger, mais qui n'était pas en rapport avec leur énergie. On eut recours ensuite aux douches et aux vomitifs. Il fallait d'abord dix grains d'émétique pour produire un effet, et bientôt la dose dut être élevée à un scrupule. Toutes ces tentatives furent vaines. Enfin, lorsque la malade eut quinze ans , son médecin résolut d'essayer l'extirpation du clitoris , à la manière de quelques praticiens français. L'opération fut

pratiquée ( c'était pour la première fois en Allemagne) le 20 juin 1822, par M. le professeur Graëfe de Berlin. La plaie se cicatrisa bientôt , et les effets de ce procédé surpassèrent toute attente. Le penchant à la masturbation fut enlevé comme par enchantement, et ne se montra plus que de temps en temps, par suite de la longue habitude qui en avait été contractée. L'intelligence, retenue en quelque sorte captive jusque là, prit son essor, et l'éducation de la malade put être commencée. Au bout de trois ans elle sut parler, lire , compter, exécuter plusieurs travaux manuels, et même jouer quelques morceaux faciles de piano ; tout cela cependant d'une manière encore imparfaite. On pouvait néanmoins considérer cette jeune fille comme en voie d'effacer jusqu'aux dernières traces de sa longue et cruelle maladie. »

« Il est digne de remarque, ajoute l'auteur, que, dans cet épanouissement insensible de ses facultés, la malade a franchi, pour ainsi dire , ta période de l'enfance pour entrer immédiatement dans lage de l'adolescence, et cela sous le rapport de ses manières, de ses goûts, de ses penchans. » Il considérait la musique, qui exerçait sur cette fdle l'impres-

sion la plus vive, comme un levier puissant de son éducation intellectuelle *.

Les détails de cette observation ne suffisent pas pour établir si l'idiotie a été cause ou effet de l'onanisme. Cependant on peut croire, d'après le résultat, qu'elle était, au moins en grande partie , la conséquence de cette habitude. Un fait positif, c'est qu'il fallut mettre un terme à cette dernière pour que l'idiotie disparût. Cette observation montre au surplus combien est grande la puissance réparatrice de la nature quand la masturbatio'n n'est plus là pour l'entraver. Elle montre aussi , par l'efficacité de l'ablation du clitoris, qu'on aurait tort de chercher constamment, ainsi que plusieurs auteurs, et particulièrement M. Voisin, l'ont prétendu, le principe de la nymphomanie dans le cervelet. Des dérivatifs puissans, les plus énergiques peut-être que l'on puisse imaginer, avaient été appliqués dans le voisinage de ce dernier organe, et cela sans succès. Ce n'est pas , au reste, la première fois que de pareils moyens , ont été employés. Arnauld de Villeneuve conseillait,

1 Journal de chirurgie , und augenbeiJkunde , V , Graefe , Walther, ann. 1825 , vol. VII. — Et Bibl. med., oct. .1825,

il y a long-temps, pour apaiser les désirs vénériens, d'appliquer des caustiques aux jambes, et des ventouses aux environs des parties sexuelles, avec scarifications suffisantes. Il préconisait aussi les vomitifs dans le même but *;

Aux faits que je viens de rapporter, je vais en joindre deux autres que je dois à l'obligeance de M. Biett. Le premier est celui d'une dame de trente-cinq ans , qui fut prise , à la suite d'une longue absence de son mari , d'une nymphomanie prononcée. Après beaucoup d'essais infructueux pour guérir cette maladie, on se décida à pratiquer l'excision du clitoris. L'opération ne fut pas sans difficulté, et il y eut une hémorrhagie assez considérable dont on ne se rendit maître que par la ligature. Peu de jours après , l'ordre et le calme s'étaient rétablis dans les pensées de la malade, et , au bout de quelques semaines, la guérison parut complète.

Ce succès engagea M. Biett à conseiller la même opération dans le cas suivant.

Mademoiselle **¥, âgée de dix ans, d'une constitution vigoureuse et d'un système mus-

■ Tract, de vener. — Et de Liçnae, de l'homme et de la 'femme \ t. 1er, p. 93. Lille, 1778.

culaire bien prononcé, s'était livrée à l'onanisme depuis l'âge de deux ans. Elle devait cette habitude à sa bonne qui, ayant remarqué qu'en lui chatouillant le clitoris elle apaisait ses cris , ne se fitpas faute d'employer ce dangereux expédient. Cette petite fille appris de la sorte à porter les mains sur elle, et l'habitude une fois prise, acquit chaque jour plus d'empire, ce qui finit par causer une détérioration physique et morale profonde. D'abord on ne sut d'où venait ce dépérissement : mais quand sa cause fut connue , les parens employèrent tous les moyens imaginables pour la détruire. Ils n'y réussirent que pour un temps , la malade sachant trouver des ruses nouvelles pour échapper à leur surveillance. L'intelligence restait stationnaire, et la constitution physique, bien que résistant mieux, subissait des atteintes graves. C'est alors qu'en désespoir de cause , on eut recours aux moyens mécaniques. Un appareil construit par M. Lafont fut appliqué : mais, quoique cet appareil parut isoler entièrement les parties génitales , et les préserver de toute espèce d'attouchement, la malade parvint à surmonter ce nouvel obstacle. Les efforts qu'elle faisait pour pénétrer à travers le tissu serré qui s'opposait à ses manœu-

vres, avaient fini par l'enfoncer dans les chairs, et à creuser ainsi une plaie dont les douleurs, quoique très vives, nela retinrent pas* ïly avait déjà huit ans qu'elle se livrait à l'onanisme : tous les moyens tentés l'avaient été vainement , et on pouvait craindre qu'elle tombât dans l'idiotie et l'épuisement. C'est alors que ses parens se décidèrent, après une longue hésitation, à laisser faire l'excision du clitoris. L'opération fut pratiquée, le 26 juin 1834, par M. le docteur Jobert , avec un succès complet. La malade retrouva le sommeil qu'elle avait perdu depuis long-temps, et reprit du calme. M. Biett se demande si ce succès sera durable; mais tout porte à le lui faire espérer, l'absence des sensations voluptueuses devant faire disparaître une habitude vers laquelle il n'y aura plus d'entraînement.

Plusieurs personnes éprouvent, à l'égard de cette opération, certains scrupules. Elles se demandent si quelqu'un a le droit de la proposer et de la pratiquer; de trancher ainsi dans leur racine des jouissances qui auraient pu être le charme de la vie. Ces considérations me paraissent de nature seulement à inspirer de la circonspection, à imposer le devoir de ne tenter l'ablation du clitoris- que comme

dernier moyen, et après avoir épuisé toutes les autres ressources. Mais quand il s'agit de sauver une existence , de conserver ou de rendre des facultés prêtes à s'anéantir; quand surtout on ne peut y parvenir que de cette manière, il n'y a pas à hésiter. Une telle détermination, loin de blesser le sentiment moral, est conforme à ses exigeances les plus sévères. On fait alors, comme tous les jours, quand on ampute un membre; on sacrifie l'accessoire pour le principal , la partie pour le tout. Il n'est pas, d'ailleurs, prouvé que l'ablation du clitoris doit étouffer pour toujours le sens vénérien. Cet organe n'en est pas le siège exclusif, ainsi que nous l'avons vu et que nous le verrons encore. Aussi peut-on craindre , pour ce motif, que l'opération laisse , chez certains sujets, lin principe de jouissance suffisant pour en compromettre le succès l. On n'abat effectivement que la partie saillante du clitoris ; une grande portion des corps caverneux reste : la puberté, si l'opération est

: Dans une des observations rapportées dans notre Ire partie (voyez p. 157), on a pu remarquer celle d'une fille nymphomane dont on brûla le clitoris sans résultat avantageux. A l'ouverture du cadavve , on trouva une maladie du cervelet.

pratiquée avant cette période, peut encore, en développant leur tissu , rendre au sens vénérien une partie de son étendue. Mais alors même que ces chances de réparation n'existeraient pas, qu'on aurait la certitude d'anéantir pour toujours la souche des plaisirs sexuels, on ne devrait pas reculer devant une opération dont le plus grand inconvénient serait , en dernière analyse , de placer une femme dans la catégorie, déjà si nombreuse, de celles qui sont insensibles à ces plaisirs, ce qui ne les empêche pas de devenir bonnes mères, et épouses dévouées.

Ce que nous avons dit du cervelet, de la moelle épinière et du tissu érectile, peut s'appliquer à toutes les portions de l'appareil générateur. Il n'en est aucune dont l'irritation ne puisse être une cause directe d'excitation vénérienne, et conséquemment indirecte d'excès vénériens. On ne peut en douter pour la membrane muqueuse qui tapisse les voies géïiito-urinaires. Personne n'ignore que l'inflammation aiguë de l'intérieur de l'urètre détermine souvent des érections douloureuses, et qui peuvent s'accompagner d'une déformation de la verge, ce quia fait donner aux blennorrhagies qui présentent ce symptôme, le nom de

chawdes-pisses cordées. Nous avons vu , en parlant de la pollution diurne, que des phlegmasies chroniques de ce canal peuvent être suivies de pertes de semence T. La présence d'une pierre dans la vessie cause ordinairement une titillation, un chatouillement à l'extrémité de la verge, qui plus d'une fois a été le principe de mauvaises habitudes. S'il arrive souvent qu'à la suite d'un excès de table on se livre à des excès de coït, c'est que l'abus du vin, des liqueurs et des alimens excitans, ayant causé, comme, on dit, de réchauffement, c'està-dire , une stimulation dont les membranes muqueuses, et particulièrement celles dont nous parlons, prennent leur bonne part, de nouveaux désirs surgissent et portent à compléter la débauche. N'est-ce pas aussi parce que les cantharides ont la propriété spéciale d'enflammer les voies urinaires , qu'elles ont pu causer quelquefois le satyriasis le plus violent.

La membrane muqueuse génitale étant à la fois plus étendue et plus exposée à l'action des corps extérieurs chez les femmes que dans l'autre sexe, on observe plus fréquemment chez elles les phénomènes dont nour parlons.

1 Voyez p. 336 et suiv.

Plus d'une lois on a vu certaines affections dites dartreuses déterminer, en se fixant à l'intérieur de la vulve , une véritable nymphomanie. C'est ce qui a été observé par M. Biett, sur une femme de soixante ans, atteinte d'un prurigo de cette partie Ki M. Trousseau a vu des cas semblables2. Aussi les irritations prurigineuses de la vulve ont-elles été mises, par une multitude d'auteurs, au nombre des causes de l'onanisme. On a vu l'eczéma, en s'étendant sur la muqueuse vuivo-vaginale, pousser des femmes a se livrer avec fureur à cette habitude3. Des ascarides vermicuîaires échappés de l'anus, ont souvent causé à la vulve des démangeaisons violentes, et, par suite, une excitation vénérienne qui finissait par avoir le même résultat. Beck a vu ces vers provoquer une nymphomanie prononcée chez une femme de soixante-dix ans.

Des injections amères , faites dans le vagin, firent évacuer un grand nombre de ces oxyures, et cesser les symptômes 4.

j Cazenave el Schoeitel. sibrcgcprat. des maladies de la peau, 2e édit., p. 295.

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