‹ De l'opéra en France (volume 2)Chapitre 24 sur 36 · LÀ CONTRE-BASSE · texte numérisé non relu

LÀ CONTRE-BASSE

La contre-basse (2) est l'instrument le plus grand de la famille des violons ; ses sons résonnent à l'octave basse de ceux du violoncelle. Privé de la quatrième corde , et raccourci quelquefois par l'accord des trois autres (3), son diapason a peu d'étendue ; il suffit néanmoins à l'exécution de la partie confiée à cet instrument. La contre-basse est le fondement des orchestres;

(1) M. Baillot, Méthode de Violoncelle du Conservatoire.

(2) On devroit rtnoncer à des distinctions, que l'acquisition d'une infinité de mots nouveaux a rendues inutiles. Pourquoi ne pas appeler simpleujent basse linsUinnent de même nature qui est plus grave que le violoncelle'' Vaudrait-on le distinguer ainsi de la voix de basse ? On ne peut Icj confondre , puisque l'on dit , jouer de la basse , cX. chanter lu basse; un bassiste excellent, cl une Susse brillunle et sonore.

{Z) Quelques musiciens accordent la coutrc-basse par quartes.

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rîcn ne saurait la suppléer : soit qu'elle conserve sa marche grave et sévère, soit qu'entraînée pav la violence des passions , elle se joigne aux autres instrumens pour les exprimer , la richesse fie ses sons , un rhythme plein de franchise et de pompe , et surtout l'ordre admirable qu'elle porte dans les masses harmoniques , signalent paitout sa présence.

Quoique la partie de contre-basse figure, dans le système général , à une octave au-dessous de celle des violoncelles et des bassons, on l'écrit néanmoins sur la même clef, c'est-à-dire la clef de ja quatrième ligne. L'oreille entend par con séquent le son à l'octave basse du signe qui le représente à l'œil. D'après cette observation, on ne doit pas trouver d'irrégularité dans certains traits de basse qui semblent arriver jusqu'aux régions de la mélodie , et dominer même le chant du bariton, du violoncelle, du cor, du basson, puisque la gravité de la voix de la contre-basse les rejette à l'octave inférieure, et les retient ainsi dans leur diapason naturel.

C'est Montéclair qui, le prernier, a introduit la contre-basse àrorchestredel'AcadémieRoyale de Musique, en 1700.

Malgré la grosseur énorme de la contre-basse que Kaempfer appelait son Goliath, ce musicien exécutait sur cet instrument des concertos de vio-

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Ion; et Dragonetti a joné, avec M. Viotti , des duos de violon en remplissant alternativement les deux parties.

Avant Lulli, les instiiimens à vent ne faisaient point partie de Torchestre. On ne reconnaissait alors de parfaite harmonie que dans une réunion de sons homogènes. Les dessus de violon étaient accompagnés par les quintes et les basses de violon. Comme les flûtes, les hautbois, les trompettes devaient être entendus chacun séparément , on imagina de former pour ces instrumens des systèmes harmoniques complets , pareils en tout à celui du violon; il y eut donc des dessus, des quintes, des basses, des contrebasses de flûte , de hautbois , de trompette. Les instrumens d'espèces différentes ne jouant jamais ensemble, on donnait un concert de violons , un concert de flûtes (i), un concert de trompettes (2). Le Menteur^ de Corneille, nous en fournit la preuve. Pour ajouter encore à la

(1) Saint-Evremont dit, en parlant de la Pastorale de Cam- Lert : «On y entendait dts concerts de flûtes; ce que l'on n'avait « pas entendu, sur aucun théâtre, depuis les Grecs et les Rote mains. « ( Les Ojxras, comédie , acte II , scène 4. )

(3) Les fanfares de nos rcgimens de cavalerie sont de vrais concerts de trompettes ; le cor y remplace la quinte de trompette qui n'est plus en usage, et le trombone y tient la basse, con)mc autrefois. Les Allemands produisent de beaux effets dans ce genr« de musique, au moyen de trompettes en dilTérnis tons.

ïiiagnificence de sa prétendue fête, Dorante y place tous les instrumens , mais en chœurs séparés , et qui se font entendre tour-à-tour.

Comme à mes cliers amis , je veux tous tout conter. J'avais pris cinq baleaux , pour mieux tout ajuster : Les quatre contenaient quatre chœurs de musique Capables de charmer le plus mélancolique. Au premier, violons; en l'autre, lutlis et voix; Des flûtes au troisième ; au dernier des hautbois, Qui tour-à-iour en l'air poussaient des harmonies Dont on pouvait nommer les douceurs infinies.

Cependant que les eaux, les rochers et les airs Répondaient aux accens de nos quatre concerts.

La réunion des violons aux instrumens à vent a rendu inutile cette multitude de dérivés. Ceux que l'on n'a pas supprimés ont acquis dans l'orchestre une parfaite indépendance. Le hasson y est considéré comme basson et non comme basse de hautbois. En se débarrassant d'un remplissage qui n'était plus d'aucun secours à cause du volume de son que les contre-basses , les violoncelles , les violes fournissent dans les régions inférieures, on pensa néanmoins que les marches d'une harmonie rappi'ochée que l'on confie aux instrumens à vent auraient plus de chajrme en étant rendues par des sons de même nature. On plaça donc un second dessus de flûte, de hautbois, de clarinette, de cor, dt basson, de

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trompette pour porter la tierce , la quinte ou la sixte avec son premier. Le trombone seul fut l'objet d'une exception; et, par la raison que nous donnerons en son lieu, on établit qu'il en fallait un ou trois.

Dans les réformes que la nouvelle manière d'écrire et d'exécuter la musique provoqua, la flûte perdit sa quinte et sa basse. La famille du hautbois resta dans son intégrité. La trompette ne conserva que son dessus et sa basse qui est le trombone (i). La clarinette n'était point encore en usage (2) et le cor ne servait qu'à guider une meute.

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