‹ De l'opéra en France (volume 2)Chapitre 26 sur 36 · LA CLARINETTE · texte numérisé non relu

LA CLARINETTE

La clarinette est, de tous les instrumens à vent, celui dont l'invention est la plus récente, aussi sa structure n'a-t-elle pas atteint, du moins généralement, la perfection que l'on remarque dans le hautbois, la flûte, le basson. Les principaux vices de cet instrument consistent en ce que le son change de caractère et de timbre à chaque octave, que certains tons sont faux, et que la position des clefs , forçant l'exécutant à

déplacer plusieurs doigts, et même la mâintout^ entière, pour sauter d'un ton à un autre, rendcertains passages, certains coulés, certains trilles impraticables. Pour remédier de quelque manière à cet inconvénient, faire disparaître une partie des difficultés que le changement de ton amenait, et conserver à la clarinette un système uniforme et simple , on imagina de faire autant de clarinettes qu'il y a de tons et même de demi-tons dans la gamme, en donnant à chacun de ces instrumens une proportion plus petite à mesure que l'on tendait à l'aigu. Ainsi , à partir de la clarinette en W, qui est la plus longue de toutes, jusques à celle en fa^ qui est la plus courte, l'instrument perd graduellement la moitié environ de sa lons^ueur et de son diamètre.

Les clarinettes en la , en si bémol et en ut sont les seules admises à l'orchestre ; l'on regarde la seconde comme ayant les sons les plus flatteurs; presque tous les solos sont écrits dans les tons de mi bémol et de si bimoL La clarinette en la est la plus fausse de toutes, attendu que Ton obtient le système de la au moyen d'un corps de rechange substitué à une seule partie de la clarinette en si bémol ^ ce qui allonge le corps de l'instrument dans des proportions inégales. Quoique cet instrument présente beaucoup de défauts graves , le maître habile a toujoLirs su les corri-

V;cr; et les Lefebvre, les Duvernoi, les Dacosta. ont réuni la pureté du son à une exécution aussi rapide que brillante.

La clarinette est le fondement des orchestres militaires; elle y tient le même rang^ que le violon dans la symphonie ou dans la musique dramatique. Plusieurs clarinettes en ut jouent le chant, tandis qu'un nombre égal forme le second dessus , et qu'une clarinette en Ja ptnte Toctave de la mélodie , ou exécute des passasses en volubilités. Si les grandes clarinettes sont en si bémol., on emploie une clarinette en mi bémol ^ qui concorde parfaitement avec ce système. Dans certains corps de musique , on remarque deux petites clarinettes en fa ou en mi bémol, qui sont d'un bon effet. La seconde sert à remplir Tintervalle quelquefois trop grand qui se trouve entre le chant à l'octave et les seconds dessus.

Un instrument aussi utile ne pouvait rester plus long-temps dans cet état d'imperfection. Plusieurs facteurs ont cherché à aplanir les difficultés qu'il présente aux exécutans en le perçant d'après de nouveaux calculs acoustiques. Celui qui a obtenu le plus de succès, est sans contredit M. Iwan MûUer; son instrument armé de treize clefs, donne les moyens de jouer dans tous les tons et de rendre toute sorte de traits avec une égale facilité. La clarinette-alto, dont

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il est aussi rinvenlenr, peut être d'un grand secours pour la musique militaire ; elle sonne la quinte au-dessous de la clarinette ordinaire , et tient dans réchelle mélodique la même place que le basset-horn ou corno di bassetto. Comme la clarinette en si bémol a les proportions les plus favorables pour obtenir un beau son , M. Millier l'a choisie de préférence à toutes les autres. Il est inutile de faire observer que les parties de clarinette en si bémol sont toujours notées un ton plus haut que celles des autres instrumens, le si bémol remplaçant l'w/, et le sol \q fa dans le système adopté pour la clarinette. Les Italiens écrivent ces parties sur la clef d'i//, quatrième ligne , qui est celle que l'on doit employer pour leur transposition. Nos plus fameux clarinettistes se servent maintenant de l'instrument de M. Millier, dont ils ont reconnu l'excellence et la supériorité : il est à désirer que cet exemple soit suivi par tous les virtuoses qui cultivent la clarinette.

Les parties de clarinette ont leur place audessous de celles des flûtes et des hautbois qui tiennent les hautes régions de l'harmonie. Cet instrument fait résonner la quarte au-dessous du sol à vide du violon, et possède trois octaves et demie. Les compositeurs emploient avec succès son octave basse , vulgairement appelée cha-

iumeau, depuis que Ton a su la rendre juste. Je citerai à ce sujet le trio des masques dans Don Juan , et le petit quintette de la F'ète du f^ilhige T^oisin. Gluck est le premier qui ait introduit la clarinette dans la musique dramatique; encore ne la plaçait-ii que dans les airs de ballet. Elle estmaintenant d'un usage universel ; il y a même peu de morceaux en mi bémol et en si bémol ^ qui ne doivent une bonne part de leurs charmes à la voix mélodieuse de cet instrument.

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