LE COIL
Consacré , dès son origine et pendant plusieurs siècles, aux nobles jeux de Diane, après avoir fait redire aux échos des montagnes le bruyant holali , le chant triomphal de la curée » le cor , appelé à de plus hautes destinées , a passé des mains du chasseur dans celles des favoris d'Apollon. Sa voix rauque et sauvage , la terreur des hôtes des bois , s'est adoucie au point de nous ravir par des sons flatteurs. L'art des Punto , des Duvernoi , des Dauprat , lui donnant une nouvelle existence, l'a enrichie d'une multitude de tons que la nature semblait lui vouloir refuser. Brillant et sonore dans tout ce qui lui rappelle sa destination primitive, le cor est tendre et pathétique dans le cantabilé ; le miel n'est pas plus doux, le jour n'est pas plus pur que sa délicieuse
cette tiiiiisposifiou est «Boins favorable au second qu'au prcjirier cor.
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mélodie. Quoique dans le solo il parcoure avec agilité tous les degrés de la gamme , on lui reproche le peu de variété de ses traits d'orchestre dans lesquels les tons artificiels ne se font presque jamais entendre. Ces traits se reproduisent souvent, il est vrai ; mais en sont-ils moins agréables pour cela? Ces accens simples et pleins de candeur , cette fraternité constante qui règne entre les d^ux cors , ces tierces , ces quintes riches, harmonieuses et redondantes, ont des charmes toujours nouveaux ; je les ai entendus mille et mille fois , ces traits , et quand on me les offrira de nouveau, j'éprouverai les mêmes sensations : se lasse -t- on de voir les roses , et de savourer leur parfum ?
Le système harmonique du cor est pareil en tout à celui de la trompette ; mais ses tuyaux y plus longs du double et terminés par un grand pavillon , donnent l'octave basse de cet instrument : ce pavillon est disposé de manière à recevoir la main, qui réunit son artifice au pouvoir de l'embouchure , afin de maîtriser la colonne d'air, et la forcer à articuler les tons que la résonnance multiple ne fait point entendre , et que l'on nomme vulgairement sons bouchés.
L'emploi des instrumens à embouchure présente quelques difficultés. Tous les tons ne doivent pas être mis en usage indifteremment ; l'un
est sonrtl , l'autre trop éclatant : d'autres , tels que le la bémol , le si naturel, n'ont pas obtenu de place dans le système de l'instrument. Il faut donc avoir une connaissance parfaite de tous les tons pour juger d'avance de l'effet qu'ils produiront.
Je suppose que l'on veuille écrire en utmineur. Les cors en ut portant la tierce majeure, on ne pourra s'en servir sans se priver de la note mi ; on prend ordinairement alors le relatif w/^tv72o/, qui fournit dans l'accord ses notes, ut, mi^ représentant mi bémol ^ et sol ^ tierce et quinte àiut mineur. Si l'orchestre pour lequel on travaille est nombreux, on ajoutera deux trompettes et deux autres cors en ut, qui donneront la tonique et son octave, et l'accord parfait mineur résonnera ainsi dans sa plénitude. Tous les tons n'offrent pas la même ressource ; fa mineur, si mineur en sont privés : on se sert, dans ce cas, des tons qui ont le plus d'analogie avec ceux dont on aurait besoin et que l'instrument ne possède pas. Quelques auteurs ont essayé de réunir, dans un air mineur, deux cors de différens tons (1); ce calcul harmonique est pauvre dans ses résultats ; et il est rare que ces deux instrumens s'accordent bien : le second corniste , ne pouvant se régler sur le premier , dont le diapason est plus élevé
fi) Méhul, premier air de Slralonke.
36o DES INSTRUMENS.
que le sien , se trouve sans point d'appui et complètement désorienté pour son intonation.
Les plus beaux tons du cor sont ceux que l'on obtient avec la proportion moyenne des tuyaux. Si bémol bas, ut, placés au grave , ont peu d'éclat ; la, si bémol haut , ut haut, se rencontrant à l'autre extrémité , où le corps sonore est considérablement raccourci, tendent trop à l'aigu. Il est cependant des moyens de ramener l'inslrument à ses tons favoris , pour ne pas produire mal à propos des sons trop bruyans ou trop sourds. Un auteur qui en connaît le fort et le faible , ne choisit pas toujours le ton que la symphonie semble réclamer: est-elle en si bémol en ut, elle admettra des cors en mi bémol, en/a; les tons de ré et de m/ ^^'/??o/ remplaceront à merveille ceux de la et de si bémol haut. Un passage brillant, quoique dans un ton étranger à celui de la symphonie , déterminera le ton des cors , s'ils doivent concourir à l'exécution de ce même passage. Plusieurs morceaux en ditférens tons se succèdent-ils dans un finale , on fait jouer les cors avec le ton primitif, tant qu'il conserve de l'analogie avec le discours nmsical : mais si les modulations qu'il a parcourues l'en ont éloigné tellement que les cors n'aient plus aucune bonne noie à placer , on les f 'ra changer de ton pour se mettre en rapport avec forchestre.
DES ITsSTRUMEISS. 36i
La faculté d'obtenir sur le cor des sons trèsélevés ou très-bas provenant d'une dispositionparticulière que l'exécutant reçoit de la nature , et les exercices qui ont pour objet d'apprendre à monter contrariant ceux que l'on prescrit pour faire résonner les pédales graves, un élève doit se destiner de bonne beure à la première ou à la sc^r conde partie. La qualité de son emboucbure, les conseils de ses professeurs lui serviront de règle pour son choix ; et dès lors il travaillera exclusivement les tons élevés ou les basses. Quand on a entendu exécuter l'adagio en mi bémol de la quatrième symphonie de Haydn par MM. Kenn ou Dauprat, on peut décider qu'il y a autant de mérite à Jouer le second cor que le premier. Dans les pièces de pupitre, on rencontre des accompagnemens figurés, des arpèges , des batteries , des traits propres à faire briller un bon second autant que son premier ; quelques maîtres fameux, tel que M. Frédéric Duvernoi, ont un genre mixte qui tient de l'un et de Fautre.
LE BASSOÎJ.
Les compositeurs italiens , après avoir fait entendre le basson dans un chant suivi ou dans un solo d'apparat , le renvoient à la partie de basse qu'd suit avec fidélité. INous avoîis adopté la manière de l'école allemande, eu considérant
cet instrument comme devant figurer dans les masses intermédiaires et se joindre à la viole plutôt que de porter un secours souvent inutile à la partie grave ; réservant à celle-ci ce renfort pour les unissons, les marches travaillées, les entrées de fugue, et tous les passages où la basse placée en première ligne doit se faire jour à travers le trémolo des violons et les tenues des instrumens à vent. Les contre-basses et les violoncelles suffisent pour les grosses notes de la simple basse.
Quoique le caractère de la voix du basson soit tendre et mélancolique, ses accens, pleins de vigueur et de sentiment, servent à exprimer les grandes passions dans l'agitato. Ils invitent au recueillement, inspirent une douce piété dans faccompagnement des chants religieux. Si le basson ne saurait cire très-brillant, il s'unit du moins parfaitement aux instrumens qui ont cette qualité ; et lorsque les violons suspendent leur discours pour laisser le champ libre aux flûtes, aux clarinettes , aux cors , c'est lui qui sert de base à leur harmonie éclatante. Instrument universel, il module un solo avec autant de grâce que de suavité, et porte ensuite sa voix sur tous les points où elle peut servir utilement, soit pour remplir les vides qui existent entre les parties intermédiaires, soit pour lier un accompagne-
ment ou renforcer un staccato. Possédant le timbre qui s'accorde le mieux avec tous les diapasons, il double successivement la basse, la viole , la clarinette , le hautbois , la flûte , suit la marche rapide des violons ou la paisible lenteur des cors; ses pédales ronflantes, ses notes du médium fournissent à Faccompagnement, et sa dernière octave donne une mélodie aussi pure que sonore. Gluck, Haydn, Mozart, Méhul ont eu pour lui une telle affection, qu'ils semblent ne se décider qu'avec peine à l'exclure du plus petit fragment de leurs compositions.
Comme la voix du basson a peu d'éclat, on ne la distingue pas toujours dans les masses : mais les bienfaits qu'elle répand , l'harmonie qu'elle y introduit n'existent pas moins ; et l'on doit lui en savoir d'autant plus de gré, qu'on les attribue quelquefois à d'autres instrumens. Telle la violette cachée sous l'herbe, parfume la prairie, et ne se m^ontre point parmi les fleurs qui l'embellissent.