‹ De l'opéra en FranceChapitre 33 sur 38 · CHANSON · texte numérisé non relu

CHANSON

J 'ai vu Mars descendre en cadence 5 J'ai vu des vols prompts et subtils j J'ai vu la Justice en balance , Et qui ne tenait qu'à deux fils.

J'ai vu le soleil et la lune Qui faisaient des discours en l'air j J'ai vu le terrible Neptune Sortir tout frisé de la mer.

J'ai vu l'aimable Cithére'e , Au doux regard , au teint fleuri , • Dans une machine entourée D'Amours natifs de Chambéri.

J'ai vu le maître du tonnerre , Attentif au coup de sifflet.

Pour lancer ses feux sur la terre .

Attendre l'ordre d'un valet.

J'ai vu, du ténébreux empire, Accourir, avec un pétard , Cinquante lutins pour détruire Un palais de papier brouillard.

J'ai vu des dragons fort trailables Montrer les dents sans offenser:

J"ai vu des poignards admirables Tuer les gens sans les blesser.

J'ai vu l'amant d'une bergère, Lorsqu'elle dormait dans un bois , Prescrire aux oiseaux de se taire .

El lui chanter à pleine voix.

J'ai vu la vertu dans un temple , Avec deux couches de carmin , r.t son vortugadin très-ample .

Aïoraliscr le genre humain.

J'ai vu des guerriers en alarmes , Les bras croisés et le corps droit , Crier cent fois, courons aux armes ^ Et ne point sortir de l'endi'oit.

J'ai vu trotter, d'rni air ingambe , De grands démons à cheveux bruns ; J'ai vu des morts friser la jambe , Comme s'ils n'étaient pas défunts.

J'ai vu , ce qu'on ne pourra croire , Des tritons , animaux marins , Pour danser, troquer leur nageoire Contre une paire d^escarpins.

Dans des chacones et gavottes , J'ai vu des fleuves sautillans; J'ai vu danser deux Matelottes , Trois Jeux , six Plaisirs et deux Vents.

Dans le char de monsieur son père , J'ai vu Phaéton tout tremblant , Mettre en cendre la terre entière Avec des rayons de fer blanc.

J'ai vu Roland , dans sa colère , Employer Tcffort de son bras Pour pouvoir arracher de terre Des arbres qui n'y tenaient pas.

J'ai vu des gens à l'agonie ,

Qu'au lieu de mettre entre deux draps ,

Pour trépasser en compagnie ,

L'on amenait sous les deux bras.

J'ai vu , par un destin bizarre »

Les héros de ce pays-là , Se désespérer en bécarre ^ Elt rendre l'âme en a-mi-la.

J'ai vu plus d'un fier militaire Se croire digne du laurier, Pour avoir étendu par terre Des monstres de toile et d'osier.

J'ai vu Mercure, en ses quatre ailes ]Ne trouvant pas de sûreté , Prendre encor de bonnes ficelles Pour voiturer sa déité.

J'ai vu souvent une furie

■Qui s'humanisait volontiers ;

J'ai vu des faiseurs de magie

Qui n'étaient pas de grands sorciers.

J'ai vu des ombres très-palpables 8e trémousser au bord du Styx ; J'ai vu l'enfer et tous les diables A quinze pieds du paradis.

J'ai vu Diane en exercice l!]ourir le cerf avec ardeur; J'ai vu, derrière la coulisse, Le gibier courir le chasseur.

CeUe Chanson est tirée du Dépari de l' Opéra-Comique , vaudeville eu un acte tie Panard.

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