‹ De l'opéra en FranceChapitre 9 sur 38 · BU DUO, OC · texte numérisé non relu

BU DUO, OC

« Je ne parle pas du reproche qu'on fait à « M. Gluck de manquer de chant, quoiqu'il y « ait plus de chant , de tout ce que tout le monde « appelle du choni^ dans Xlphigênic, que dans « aucun opéra italien.

« Je ne parle pas du compliment que l'on fait « aux compositeurs italiens, de ce que/^z/r.ç airs <f séparés de l accompagnement sont encore d une « grande beauté. Un virtuose italien rirait au nez « du critique , s'il lui proposait de chanter sans « accompagnement un grand air pathétique de <c Jomelli ou de Piccini.

« Je veux parler seulement du duo d'Aga- « memnon et d'Achille ; les critiques qu'on en « fait sont curieuses.

fc // n est nullement convenable à la dignité de ces « héros de parler tous les deux ensemble. Voilà les M trois quarts des duos de tous les opéras du « monde proscrits d'un trait de plume : car le « même défaut de politesse s'y trouve. Si je ré- V pondais à M. de La Harpe que les deux héros « ne parlent pas ensemble , mais qu VA' clumtent « ensemble, je suis persuadé qu'il m'entendrait « et qu'il voudrait effacer sa phrase.

« Ce conjlit de menaces et de cris manque de nc-

« blesse Pas plus que dans Homère , et qu'aux

te endroits de l'Iliade où des héros s'appellent « polirons et visage de chien.

loo DU DUO.

a L* accent de l'orgueil est dur et antl-harmo^ « nique... comme anti - poétique. Si M. de Là « Harpe voulait essayer de traduire cette phrase « en termes précis à un homme de Tart, il aurait « de la peine à y donner quelque sens.

« Ce récitatif est au-dessous de la déclamation.... « il n'est ni au-dessus, ni au-dessous; c'est une « autre langue et d'autres accens. C'est une mé- « prise trop commune et une source de méci prises que de juger des productions des arts « par ces sortes de comparaisons.

« Achille et jigamerrmon ne peuvent pas se bra-

« ver en musique ni en vers français non plus.

« En relisant cette puérilité, M, de La Harpe doit « être étonné de l'avoir laissé tomber de sa « plume. Il est trop aisé d'y répondre pour avoir M besoin de le faire (i).

« JJ effet de cette scène chantée est bien inférieure

« celui de la même scène déclamée Pour être en

« état de prononcer là-dessus , M. de La Harpe « devrait se donner le plaisir de faire déclamer « cette même scène par MM. Laine et Durand.

(i) Une fois le langage musical adopté, il doit s'appliquer ù t )ut(rs les acliuns de la vie. Ore^te , Roland se livrent à leurs fureurs, Uition se poignarde, la Vtslale descend dans la tombe , et toujours en musique; et comme dans la tragédie et la comédie on ne passe point des vers à la prose , selon la diversité dos situations, la scène lyrique ronsçrve, avec la nicinc cpnstauce, Eu uianièrp de s'exprimer.

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« Peut-être est- ce une partie de Vart de ne pas « / employer aux objets où il ne saurait s appliauer

« heureusement Cela veut dire qu'il y a dans

«< un poëme lyrique des morceaux qu'il ne faut « pas mettre en musique.

« Ces objections ne méritent d'être releve'es, M que parce qu'elles sont adoptées par un homme « de lettres d'un mérite distin^é. Tout ce qu'on « entend dire dans le monde sur la musique « dramatique, prouve bien que le pubbc n'a M pas encore les élémens de la poétique musi- « cale. Le moment de la faire est venu. »

Cela est écrit depuis un demi -siècle, et nous en sommes toujours au même point. Les Gluck modernes out trouvé des La Harpe grands louangeurs derapsodies et tout aussi habiles critiques. Mais ils ne rachètent pas leurs divagations sur la musique par d'aussi beaux talens littéraires.

Sans rien ajouter à ce que dit l'anonyme au sujet de Tarticle de La Harpe, je me contenterai seulement d'examiner avec attention une phrase que cet habile rhéteur a puisée dans Rousseau, et de l'analyser en musicien , tandis que l'anonyme s'est borné à l'attaquer avec l'arme du ridicule.

« lie langage de V orgueil ^ de l emportement^ dt la *( fureur est anti-harmonique. >» C'est une idée de littérateur ; ces messieurs ne trouvent du chant

Cjue dans les morceaux doucereux et tendres, ou dans les airs sautillans et lourés. Il leur faut absolument des refrains, des allegramente ^ des vaudevilles : sans cela point de mélodie , point de chant enfin. Il est sûr qu'on ne parviendra jamais à mettre en gavotte ni en contredanse la colère d'Achille ; quoique Bcnserade ait encadré en rondeaux naïfs et gaulois , les faits et gestes d'Hercule, de Persée et de Méléagre. Mais nous qui savons trouver de la mélodie dans le bel agitato de la symphonie en sol rniiiew de Mozart, dans l'impétueux allégro de l'ouverture de Démophoon , les symphonies de Haydn, les duos de violons de Viotti, les sonates de piano de Steibelt , qu'une main savante a transportés sur la scène lyrique (i), nous pensons quun art qui possède des moyens assez puissans pour exciter la terreur et la pitié sans le secours despa- • rôles, produira des effets aussi admirables que surprenans, lorsque ses accens fiers et pathétiques, grandioses et touchans, seront réunis à la force des pensées poétiques , à la magie des beaux vers. Plus une situation sera dramatique et phis elle conviendra à la vigueur harmonique, à la mélodie enchanteresse des Gluck , des Piccuii , des Mozart. Cette fierté chevaleresque,

(i) Ballcls (!e Persée cl Jndn>fnc(le et de VEtifanl Prodigue,

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cet orgueil indomté, ce couitoux héroïque d'abord concentres dans le fond du cœur, et dont réclat se manifeste peu à peu , jusqu'à ce qu':"l soit porté à la violence extrême , sont dans le domaine de la musique. C'est là que le chant vocal, déjà si expressif, trouvera des secours puissans dans les forces instrumentales. Ce trémolo des violons , ce murmure sourd des tim.bales, cette marche incertaine des basses, les accens fiers delà trompette et des cors, la voix argentine et martiale des hautbois, des clarinettes, peignent le trouble intestin ouïe volcan des passions. Un dialogue serré amène enfin l'ensemble: c'est alors que l'harmonie prodigue les effets et les images. L'explosion est faite , et les deux héros qui se sont bravés tour à tour, exhalent leur transport en même temps. Leur agitation est si grande qu'ils ne sauraient s'entendre ; chacun d'eux croit avoir l'avantage sur son adversaire et l'écraser sous le poids de sa colère.

Ce qui achève de prouver combien sont dramatiques les duos chantés par deux héros qui se bravent , c'est que ceux d'Achille et d'Agamemnon, d'Enée et d'Iarbe, d'Assur et d'Arzace, cle Licinius et du Pontife excitent toujours le plus vif intérêt, et sont couverts d'applaudissemens.

Dans l'Opéra sérieux italien, le rôle principal

d'homme, chanté par un soprane, fournit au, compositeurs le moyen d'écrire leurs plus beaux duos pour des voix égales dont l'harmonie rapprochée a beaucoup de charme. Dans le style bouffe leurs duos sont exécutés le plus souvent par dessus et ténor ou dessus et basse. Les premiers pour l'expression des sentimens tendres les autres pour le caricato. Une jeune femme qui se moque d'un vieillard ridicule, tel est le motif de la plupart des duos bouffes. Je citerai; Ohf vedete il bel Narciso, de Guglidmi; Lena cara deCimarosa; lo vi vidi.v'ammirai, de Pavesi '; fjuel occhieito cocoletto , de Pucitta.

Comme sur notre théâtre lyrique le rôle du héros , de l'amoureux est chanté par un ténor, la plupart de nos duos passionnés sont écrits pour cette voix et celle de dessus. Les situation, qui pourraient donner lieu aux duos de deux femmes se présentent rarement, et se reproduisent seulement dans les scènes de rivalité et de confidence.

Un musicien prend quelquefois les parole* d'une romance pour en faire un duo, un trio. t\ ne s'aperçoit pas que leur sens ne convient point au chant simultané.

AimaLIt objet de mon délirr R^pondri». à mes vœuic.

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Si vous employez ces vers dans un duo , il faut nécessairement supposer que deux hommes sont auprès de la même femme et lui tiennent le même langage. Vous me direz peut-être que Tamantetsa maîtresse réunissent leurs voix pour former le duo. Point du tout : deux personnes qui se font mutuellement la même demande , sont d'accord, et votre double déprécation es^ une absurdité. Les romances à deux voix, les nocturnes et toutes les pièces fugitives de ce genre réclament des paroles disposées en tout comme celles du duo ou du chœur dramatique: Les couplets d'une romance donnent beaucoup de vers dans un petit cadre , la seconde partie repète exactement ce que dit la première. Comme ^ le dessin est trop borné pour ébaucher même la plus petite imitation , les parties marchent parallèlement , et fatiguent l'oreille par leurs séries interminables de tierces et de sixtes pendant les trois couplets. Le menu peuple des compositeurs a mis en crédit cette espèce de romance. Elle est recherchée dans les salons de la capitale , et l'on peut se faire une idée du mauvais par excellence quand on a pu l'entendre exécuter par deux femmes qui grasseyent.

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