HISTORIQUE
Quoique l’ophtalmie sympathique soit de date relativement récente, la liste des auteurs qui s’en sont occupés et des travaux auxquels elle a donné lieu est trop considérable pour que nous puissions les nommer tous, ou les analyser. Une pareille tâche dépasserait de beaucoup les limites que nous nous sommes imposées dans ce modeste travail. Nous nous bornerons à retenir les travaux les plus importants.
La possibilité d’une transmission sympathique n’était pas connue des médecins de l’antiquité, et 1l faut arriver à la fin du xvr° siècle pour trouver les premières notions de la maladie. Galien, Celse, sont muets à ce sujet qui, cependant, n’a pu échapper à des observateurs faisant si souvent allusion au «consensus oculorum ».
Georges Bartisch fut le premier auteur qui, dans un ouvrage paru en 1583, parla des grands dangers qui menacent un œil lorsque le congénère a été atteint de blessures suivies d’inflammation ou de phtysie.
Au xvu siècle, excepté Dran, qui non seulement signale la filiation des accidents, mais indique même la voie optique comme étant le chemin probable suivi par: l'affection, rien ne mérite d’être mentionné ; fait singulier, étant donné, comme le faisait remarquer Laqueur «que l’abaissement de la cataracte, alors pratiqué couramment, se complique souvent d’accidents sympathiques plus ou moins éloignés. Peut-être. faut-il attribuer cette pénurie d'observations à ce que les malades n'étaient pas suivis d’une façon régulière, ou que ces complications n'étaient pas connues des chirurgiens, ou bien encore que ceux-ci fermaient
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volontairement les yeux sur ces accidents imputables à la méthode par eux employée ».
En France, ce fut incontestablement Demours qui, le premier, en 1818, a reconnu les dangers de la cécité sympathique. Il cite quatre cas d’ophtalmie sympathique et, à propos des traumatismes, il insiste sur les dangers qui menacent l’œil non atteint « parce qu'il peut s’affecter sympathiquement après la perte du premier ».
En 1835, Mackenzie, le célèbre professeur de Glascow, reconnait toute la portée de la transmission sympathique et la décrit dans un chapitre spécial de la 2* édition avec clarté et précision, appuyé sur des observations cliniques très minutieuses. C’est d’ailleurs lui qui lui donne le nom qu’elle porte, et c’est à dater de ses travaux que nous commençons à bien la connaître.
Après que Mackenzie eut donné à cette affection droit de cité dans l’ophtalmologie, celle-ci a été étudiée universellement avec beaucoup d’attentiou. Nous ne relaterons pas tout ce qui a été écrit à son sujet, nous réservant de signaler simplement les publications relatives à notre travail.
Il semble que ce soit à Bérard que revienne l’houineur d’avoir signalé le premier l’ophtalmie sympathique consécutivement à l’extraction du cristallin cataracté. En effet, peu de temps avant la publication du travail remarquable de Mackenzie, Bérard s'exprime ainsi sur les suites de l’opération de la cataracte : « L'opération de la cataracte compromet parfois aussi l'œil sain. Ainsi mon habile confrère, M. Cloquet, rapporte l’exemple d’un jeune homme qui devint aveugle à la suite de opération pratiquée d’un seul côté, parce que la vision ne se rétablit pas de ce côté, et que l’œil sain fut pris d'accidents graves qui en amenèrent la fonte purulente ». A propos d’une autre observation,
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Bérard fait cette judicieuse réflexion : « Si certains phénomènes physiques s’accomplissent dans un œil par la seule raison qu’ils se sont produits sur l’autre, si l'iris se contracte d’un côté parce que les rayons lumineux impressionnent la rétine de l’autre œil, si le globe oculaire, que recouvrent les paupières, suit exactement les mouvements de son congénère, seul appliqué à la vision, pourquoi certains états pathologiques ne seraient-ils pas soumis à la même influence sympathique ? »
Nélaton, après Bérard, avait observé l’iritis sympathique consécutive à l’extraction de la cataracte, et il s'exprime ainsi à son sujet : « On prétend qu’il peut résulter de l’opération des accidents tels qu’ils retentissent sur l’œil sain au point d’en compromettre la vision ».
Laqueur, le premier, dans un travail d’ensemble sur les affections sympathiques de l’œil, réunit en 1869, un certain nombre d’observations concernant notre travail, les unes personnelles, les autres recueillies dans la littérature étrangère. Plus tard, Louvet, en 1889, dans sa thèse sur la pathogénie et les formes cliniques de l’ophtalmie sympathique, expose avec beaucoup de clarté la théorie migratrice de Deutschmann et cite quelques cas de sympathie survenue après l’extraction de la cataracte.
Tous ces auteurs se sont contenté de relater incidemment les observations qui nous intéressent, mais aucun d’eux ne leur a réservé une étude d’ensemble, et il faut arriver à Duverger, en 1909, pour trouver une étude sérieuse de la question. Dans une remarquable thèse sur les irido-cyclites tardives après la cataracte, Duverger consacre en effet un chapitre aux irido-cyclites malignés, compliquées presque toujours d’ophtalmie sympathique. Au cours de ce travail, cet auteur fait bien ressortir le rôle des enclavements dans la genèse de l’infection.
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Plus tard, Dupuy-Dutemps, dans une série d’articles et dans la thèse d’Alich, reprend la pathogénie de cette redoutable affection et en tire des conclusions thérapeutiques pratiques : résection de la hernie et recouvrement conjonctival.
Sur la question du traitement, Trousseau en 1897 et 1909, puis Kalt en 1903, incriminent nettement la cautérisation ignée des hernies de l'iris, et s'élèvent, à juste raison, contre l’emploi abusif du cautère guérisseur de toutes les infections et réducteur des hernies. Enfin Chaillous, avec beaucoup d’autres auteurs, a préconisé le néo-salvarsan contre l’ophtalmie sympathique déclarée et cite plusieurs observations très probantes à l’appui de ses assertions.
Tout récemment, Carlioz, sous l'inspiration du Pro fesseur Rollet, fait sa thèse sur l’ophtalmie sympathique post-opératoire.
Nous terminerons cet exposé en rappelant que la question semble être à l’ordre du jour comme le prouvent toutes les récentes publications la concernant ; il y a un mois, Ungerer présentait un rapport sur l’ophtalmie sympathique chez les opérés de cataracte, aux journées médicales marseillaises et coloniales. C’est pour cette raison qu’il nous a paru intéressant de consacrer notre travail inaugural à ce sujet, en rapportant trois observations inédites.
ÉTIOLOGIE ET PATHOGÉNIE
L’ophtalmie sympathique consécutive à l’extraction de la cataracte est très rare, surtout depuis l’ère de l’antiseptie et de l’aseptie. À notre connaissance, il n'existe que 41 observations ayant trait à ce sujet. parmi lesquelles 13 sont dues à des auteurs étrangers.
Durant leur longue carrière, et parmi ceux qui enseignent ou pratiquent l’ophtalmologie, rares sont ceux qui l’ont rencontrée. Trousseau en a observé quatre cas, Dupuy-Dutemps deux, Morax deux, Rollet un, Terson deux, Aubaret trois, Truc en a relaté trois dont un seul lui est personnel ; Jacqueau en signale deux. Notre maître, M. le Professeur Cange, au cours de vingtcinq années d'exercice comme chef du service d’ophtalmologie à l'Hôpital civil de Mustapha, en a rencontré deux cas seulement. A l'étranger Gama Pinto, de Lisbonne, n’en a ô6bservé également, dans l’espace de vingt-cinq ans, que deux cas. Agnew estime que parmi les yeux opérés de cataracte avec insuccès complet, 2 ‘ou 3 % seulement seront capables d’exercer une influence fâcheuse sur l’œil opposé. Eversbusch et Pernell, de Lisbonne, mentionnent deux ophtalmies syn:pathiques sur 1.500 extractions de cataracte, dont 154 insuccès opératoires.
Il nous a été impossible de déterminer l’âge auquel elle se produit de préférence, parce que celui-ci est ra- rement mentionné dans les observations. Il semble pourtant qu’elle se déclare plus fréquemment après 70 ans, assez fréquemment entre 60 et 70 ans, plus rarement avant 60 ans. Ceci nous semble concorder avec nos observations, car dans le service de notre maître, où les interventions de cataracte chez l’enfant et chez l’adulte jeune (plus particulièrement chez les indigè-