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EXPÉRIENCES DE M. DÉCHARME.
M. Décharme a fait quelques expériences pour prouver la volatilisation de la morphine, nous allons en citer deux qui nous ont paru assez concluantes.
L'appareil se compose d’une grosse pipe en terre et de trois flacons placés à la suite l’un de l’autre et communiquant successivement à l’aide de tubes en verre unis par des tubes en caoutchouc.
Le premier flacon contient de l’eau distillée ou légèrement acidulée par de l’acide chlorhydrique; le second est vide ou contient de l’alcool. Dans plusieurs expériences, il a étéremplacé par un ballon vide ou par une série de petits flacons contenant les réactifs de la morphine. À chaque flacon sont adaptés deux tubes: l’un, le plus rapproché de la pipe, plonge au fond du vase, l’autre prend naissance à la partie supérieure. Toutefois le tube de communication entre le second et le troisième se termine sous le bouchon de celui-ci. Ce dernier vase à la fois condensateur et aspirateur de la capacité de 4 litres est rempli d’eau, àsa tubulure inférieure s'adapte un robinet destiné à gouverner l'écoulement du liquide de ce flacon.
Pratique de l’expériente. — Après s'être assuré que l’appareil garde le vide,on garnit le fond de la pipe de fragments de verre grossièrement pilé, puis on met par dessus l’opium divisé et on chauffe avec une lampe à alcool. L’opium se ramollit bientôt et laisse dégager des gaz. On ouvre le robi-
net de l'aspirateur, et la fumée pénètre dans les flacons sous forme de colonne blanche. Quand l’opium est suffisamment chaud et qu’on voit d’abondantes fumées blanches s'échapper de la pipe, si l’on approche la flamme de la lampe, on met le feu au gaz et la combustion marche alors vivement sans dégager beaucoup de fumées qui, de blanches qu’elles étaient auparavant devienneut noires. On provoque cette combustion pour se placer dans la condition où l’on fume l’opium. x
Mais si l’on veut au contraire recueillir beaucoup de gaz, on évitera cette inflammation en ménageant la température et tenant suffisamment éloignée de l’opium la flamme de la lampe.
Quand on a brûlé une certaine quantité d’opium et vidé au trois quarts l'aspirateur, il est avantageux ‘d'abandonner l'appareil au repos durant un quart d'heure, pour donner aux gaz le temps de se condenser sur les parois du vase.
Première expérience. — Le premier flacon renferme de l’eau acidulée par l’acide chlorhydrique et le second de l'alcool.
On fait brûler 12 gr. 5 c. d’opium très riche en morphine; à la fin de l’opération, on a au fond du premier vase un dépôt abondant d’une matière brune, qui devient noire à l'air; elle a une très faible odeur, sa saveur est presque nulle. Cette substance est onctueuse, s'attache fortement aux doigts; elle ne tache pas le papier à la façon des corps gras; elle se rapproche plutôt de la nature du goudron. Fort peu soluble dans l’eau, elle est très soluble au contraire dans l’alcool et dans l’éther; ses dissolutions sont d’une couleur brune très foncée. Les acides la dissolvent en partie, et se colorent fortement ; l’autre partie reste liquide et surnageante comme une couche huileuse.
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Le liquide du premier flacon n’était plus, après la combustion de l’opium, que très faiblement acide et coloré en jaune rougeâtre. En concentrant ce liquide et neutralisant par l’'ammouiaque, réduisant ensuite à siccité, il s’est formé un dépôt cristallin, mêlé encore à des matières étrangères qui a donné les réactions suivantes:
1° Avec l'acide iodique seul, coloration jaune rougeûtre;
d% Avec l'acide iodique amidonné bleu franc d’indigo par place ; &
3 Avec les sels de fer bleu noirâtre un peu sale;
4° Avec l'acide azotique concentré, coloration rouge, mais non franchement rouge de sang.
Le dépôt qui se trouvait au fond du premier flacon a été traité comme le liquide surnageant et a donné les mêmes réactions ; celle de l'acide iodique avec l’amidon n'a rien laissé à désirer par son instantanéité et sa netteté.
Le liquide du second flacon soumis à l’évaporation, et une partie du résidu mise en présence des réactifs a donné, avec l’acide iodique amidonné, la coloration bleue instantanée et assez nette; le perchlorure de fer n’a fait que communiquer à la substance une teinte de sépia claire, l'acide azotique a fait naître des strates rougeâtres assez pures. L’autre partie du résidu à été salifiée par l’acide chlorhydrique et a donné, après convenable évaporation, un dépôt semi-cristallin qui à présenté avec l’acide iodique et l’amidon une réaction très bonne de la morphine.
Deuxième expérience. — Combustion de 8 décigrammes d’opium œæillette.
Le procédé suivi dans cette expérience est celui qui a le mieux réussi pour les caractères relatifs au sel de fer et à l'acide azotique.
. Le premier flacon contenait de l’eau pure, le second était
remplacé par un ballon condensateur de la capacité d’un litre et demi. La matière solide résultant de la condensation des fumées d’opium a été traité d’abord par de l’eau acidulée par de l'acide sulfurique; puis du marbre en poudre à été ajouté à la dissolution. Après le dégagement de l'acide carbonique et la précipitation de sulfate de chaux, il est resté du sulfate de morphine dans la liqueur, qui, par réduction à siccité, s’est un peu colorée. Néanmoins elle à donné, avec le perchlorure de fer, la coloration bleue caractéristique, coloration passant ensuite au vert. Avec l'acide azotique concentré et en petite quantité, coloration jaune d’abord, puis rouge de sang. Par contre, la réaction de l'acide iodique amidonné qui, dans la première expérience avait été la meilleure, s’est présentée au contraire la moins nette. Quoi qu'il en soit, ses réactions caractéristiques ne peuvent laisser aucun doute dans l'esprit, sur la présence de la morphine dans les produits de la condensation des fumées d’opium. On conçoit qu’elle puisse arriver jusqu’à la bouche du fumeur, et de là se répandre dans son organisme.
Je ne puis terminer ce travail sans donner mon appréciation sur les avantages et les inconvénients qui sont attribués à l’opium fumé. Je crois qu'un usage modéré de cette substance ne saurait être nuisible, et la plupart des personnes qui ne fument que quelques pipes par jour, ont un embonpoint assez rare en Cochinchine; il n’est pas impossible d’ailleurs que l’opium aide à combattre la malaria et les effets débilitants des climats intertropicaux, quelques auteurs anglais partagent cette opinion. Malheureusement les individus qui fument l’opium, cherchent dans cette passion des jouissances qui sont tous les jours plus difficiles à obtenir, et ils augmentent constamment la quantité de fumée, ils arri-
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vent ainsi rapidement à l'intoxication chronique dont nous avons signalé les immenses inconvénients. Le travail leur est impossible, la misère les entraîne au vol parfois même au crime. Aussi devons-nous souhaiter que d’autres impôts viennent remplacer en Cochinchine les revenus que fournit au gouvernement la vente de l’opium, et espérer que dans un temps prochain nous ne trouverons plus cette substance qu'entre les mains des praticiens pour le soulagement de l’hu manité.