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HOTEL DU MUSÉE

Cet hôtel, tenu par une nièce de feu le sergent-major Cotton, est situé exactement au centre du champ de bataille de Waterloo, et est fortement recommandé aux visiteurs à cause de sa proximité des scènes pleines d’intérêt se rattachant à la grande bataille, et aussi pour les commodités et les grandes aises qu’il offre à des prix modérés. — Voyez le Guide sur le Continent, de Bradshaw.

VINS ET LIQUEURS DE PREMIÈRE QUALITÉ PALE ALE DE BASS PORTER DE LONDRES, ETC.

Tout en faisant la part large aux siens, Cotton n’en a pas moins tracé un tableau saisissant de cette phase suprême de la bataille où l’on combattait, selon son expression, « museau contre museau ».

Le drame sanglant, de même que le jour long, et émouvant, touchait alors presque à sa fin. Les Cardes de l’Empereur, l’orgueil de leur pays, eux qui n’avaient jamais tourné le dos à l’ennemi, ni déserté un champ

WATERLOO

de bataille, étaient pour la première fois sur le point d’attaquer des hommes qui, comme eux, ne connaissaient pas de vainqueurs, pendant que le monde entier attendait, plein d’anxiété, le résultat de cette mémorable journée. La Garde impériale, conduite par l’intrépide Ney, le brave des braves, s’avançait vers un point occupé par la lrc brigade des gardes à pied anglais et par la 5e brigade anglaise d’Halkett.

Si les vers de Victor Hugo sont immortels, c’est qu'il n’a ajouté aucune hyperbole littéraire à ce qui fut vrai , il a simplement donné un rythme pour la récitation, pour la chanson du geste, et, avec la clairvoyance du génie, il a distingué le signe dominant de cette scène : La sérénité dans l’héroïsme. On n’a pas besoin d’avoir les Châtiments sous les yeux, pour transcrire ces vers qui sont dans toutes les mémoires :

Tous, ceux de Friedland et ceux de Rivoli Portant le noir colback ou le casque poli,

Comprenant qu'ils allaient mourir dans cette fête,

Saluèrent leur dieu, debout dans la tempête.

Leur bouche, d’un seul cri, dit : « Vive l’Empereur! »

Puis, à pas lents, musique en tête, sans fureur,

Tranquille, souriant à la mitraille anglaise,

La Garde impériale entra dans la fournaise.

La Garde ! Ce mot avait un sens prestigieux, et ces hommes qui avaient vaincu l’Europe apparaissaient comme des êtres surhumains. A Dresde, nous a raconté Marbot, Gouvion-Saint-Cyr avait fait entrer,

doutât

qu

sans q bataillons de la Quand la porte aperçut les pris d’une terson

elques

Malgré

s’ouvrit et qu’on bonnets à poil, l’ennemi fut reur panique.

flegme superbe de patricien anglais, Wellington sentit à ce moment passer sur lui comme ce souffle précurseur d’orage qui agite les grands chênes eux-mêmes”; il comprit que c’était l’heure du Destin.

Ce fut vraiment un moment très beau, et qui donne bien la sensation d’un choc corps à corps, dans l’espace étroit d’un champ de bataille de l’an-

WATERLOO

cien temps. Gomme homériques, les guaient leurs solformait lui-même mières colonnes et fiait à Ney. A mesure que les régiments passaient devant lui , il leur adressait quelques mots, et, comme sa voix était couverte par le bruit, il leur montrait de la main les positions ennemies. La Bédoyère galopait le long des lignes annonçant que Grouchy venait d’arriver.

dans les combats chefs liarandats. Napoléon les pree s c o n -

| Il en. est de Waterloo comme de ces drames qu'on a revus dix fois, et dont le dénouement vous remue toujours; il semble toujours que cela va finir autrement.

Wellington dut éprouver tout de même une certaine fraîcheur aux tempes, lorsqu’il aperçut l’avant-

DE l’or, DE LA BOUE, DU SANG

garde de Blücher. L’Iron duke était à bout de forces, déraciné par cette poussée irrésistible, et ses soldats se défilaient peu à peu dans la forêt de Soignes. C’était en mordant ses lèvres pâles, que l’impassible murmurait: « Ou Blücher, ou la nuit... »

L’arrivée de Blücher changea tout, et, en fait, le drame était terminé. La toile tombait avec le jour.

Du haut de la butte du Lion, vous voyez comme si vous aviez été là le 18 juin 1815, à huit heures du soir, le choc en retour se produire, les régiments, les escadrons, les caissons roulant pêle-mêle les uns sur les autres.

Vous apercevez là-bas Plancenois. C'est là que, pour la dernière fois, le monde contempla César à la tête de ses légions. La fin de la journée, pluvieuse au début, avait été magnifique; le soleil s’était couché dans sa gloire, et un dernier lambeau de pourpre flottait encore à l’horizon. Une suprême acclamation salua Y Imperator et ce fut fini de l’épopée de cet homme prodigieux. La terre ne l’aperçut plus que de très loin, à travers des océans, dans une île volcanique, en tête-à-tête avec Hudson Lowe.

L’Anglais, toujours malappris et salaud, a trouvé moyen de déshonorer ce dernier carré de la Garde, et il raconte que Cambronne avait fait semblant de se rendre et qu’il avait manqué à sa parole.

■WATERLOO

C’est iïalbett lui-même, écrit Cotton, qui avait remarqué Cambronne, et s’étant porté en avant au grand galop, il était sur le point d’abattre le général français, lorsque ce dernier demanda quartier et l'obtint. Ce fait ne s’accorde pas bien avec les mots que l’on attribue populairement à Cambronne : « La Garde meurt et ne se rend pas! » Après s’être rendu, Cambronne essaya d’échapper à Halkett dont le cheval tomba blessé sur le terrain. Mais, en quelques secondes, Halkett atteignit son prisonnier et, le saisissant par l'aiguillette, le traîna aux Osnabruckois, et l'envoya au duc de Wellington, sous la garde d’un sergent.

Voyez-vous Cambronne se laissant saisir, par l’aiguillette, par un Anglais ! Quelle différence entre la façon dont ce peuple de caïmans parle des vaincus et la façon courtoise et chevaleresque dont nous avons traité les officiers russes après Sébastopol !

Avant de quitter la butte, vous regardez une dernière fois ce champ de bataille; vous cherchez à en emporter une vision complète dans vos yeux; vous vous le figurez tel qu’il fut aux dernières heures du crépuscule, alors que des débris de l’armée se raidissaient et luttaient encore çà et là.

Ce fut le 5e chasseurs qui semble avoir fait le dernier effort, à neuf heures du soir. Les Prussiens se ruaient sur l’aigle de la Garde impériale. Le général Pelet, fou de douleur et de colère, cria d’une

voix formidable : « A moi , chasseurs ! Sauvons l’aigle ou mourons près d’elle! » Là-dessus, dit Cotton, ils se formèrent en carré et sauvèrent l’aigle et l’honneur du régiment.

En redescendant à l’auberge, vous trouvez un numéro du journal anglais qui annonça le premier la victoire de Wellington : London gazette extraordinary llnirday june 22 1815, puis, un peu partout, sous des vitrines : des étriers, des éperons, des baïonnettes, des haches de sapeurs et des mâchoires aux dents blanches, de solides

La ferme d’Hougoumont.

mâchoires d’hommes faits pourvivrecentans, et qui sont morts dans cet endroit-là.

A la ferme d’Hougoumont,

WATERLOO

qui fut le théâtre d’une lutte furieuse, on voit encore le Christ aux pieds duquel s’arrêta tout à coup l’incendie ; on vous montre aussi le puits dans lequel on jeta pêle-mêle les blessés anglais et français, qui hurlèrent jusqu’au matin avant de mourir tout à fait.

Une prairie verte s’étend à la place où était autrefois le jardin. De belles vaches noires et blanches reviennent vers l’étable , un paysan ramène sa charrue, et, par une éclaircie de soleil, ce paysage automnal délavé et rafraîchi, apparaît sinon très gai, du moins très apaisé et très frais.

Au fond, l’impression qu’on emporte de cette visite à "Waterloo est plutôt attristante, débilitante et démoralisante. On est poursuivi par l’éternel : A quoi bon ? Quid prodest ? On se dit : « Comme c’est court, malgré tout, une existence humaine, alors même que cette existence a été éblouissante, fabuleuse, presque surnaturelle ! 1804 le couronnement"— 1815 l’écroulement — 1821 la mort ».

Qui donc songe aujourd’hui à tout ce qu’ont fait d’héroïque les hommes qui tombèrent dans ce coin de terre? Que reste-t-il des idées pour lesquelles ils sont morts? Rothschild, dont le grand-père entra à Paris derrière la queue du cheval de Blücher, est notre maître et notre roi. Nous avons eu pour ministre des Affaires étrangères un fils

de Badois comme Spuller, un fils d’Anglais, un ancien élève de Cambridge comme Waddington , qui, en toute occasion, mettait la France aux pieds de l’Angleterre. Qui a protesté?

Celui qui devait être Napoléon IV est mort au Cap sous un uniforme anglais, et son cercueil a passé devant Sainte-Hélène.

Son cousin vit à Bruxelles et, parfois, vient passer de longues heures à la butte du Lion. « Il me donne toujours vingt francs », dit le guide, qui envisage l’histoire au point de vue pratique.

Humus , fumus , mmmus , lit-on sur une pierre tombale d’un cimetière d’Allemagne, dans lequel je me souviens de m’être promené, par un jour d’automne grisâtre et mouillé, comme le temps qu’il faisait le jour où j’ai visité Waterloo.

STATUES DE NEIGE

12 janvier 1S95.

La grande distraction à Bruxelles, en ce moment, est la visite aux « Statues de neige ». Dans le parc, couvert d’un tapis d’ouate, se dressent ces œuvres éphémères exécutées par de véritables artistes.

Voici le Premier deuil de M. Marin, un Pierrot portant son cercueil d’un aspect tout à fait fantastique de M. Dordenne, un Vapoléon saisissant de M. Lagaë qui semble comme une évocation de la campagne de Russie, des Bacchus, des Janus et des Gambrinus; et, dans la note la plus moderne, un sergent de ville repêchant un pochard endormi sur

un banc On boit beaucoup à Bruxelles La

Loi Vett est là suspendue comme l’épée de Damoclès sur la tête du poivrot : ce qui intéresse beaucoup la foule.

Sous les ombres noires des grands arbres dépouillés, ces blanches apparitions se détachent avec des apparences spectrales et donnent vraiment l’illusion du marbre.

Devant vous une table est dressée , œuvre de Yedy et Hardouin, vous offrant la bouteille et le jambon succulent. Vous n’avez qu’à avancer la main pour vous servir et vous sentirez tout à coup votre main glacée, comme celle du malheureux qui se tend vers cette goule bureaucratique, vers cette Charité qui n’a point en elle le foyer de l’Amour, et qu’on appelle l’Assistance publique.

Que l'estera-t-il de tout cela demain? Uh peu de boue délayée. La vision que les yeux admirent aura été remplacée par une flaque que les pieds évitent.

N’est-ce point l’histoire de ce qui se passe devant nous? Ce monde judéo-opportuniste, qui a eu un moment l’air d’exister, dégèle sous nos yeux; il fond en boue.

La hache n’a point fait tomber ces têtes comme en 93. La cognée du bûcheron populaire n’a pas été nécessaire pour abattre ces irréalités. La température a changé, et ces statues de neige se sont évanouies. IJ reste de ce passé la sensation d’un paysage sinistre ét lunaire à la fois, d’une sorte de forêt de Bondy éclairée à la lumière électrique et

STATUES DE NEIGE

dans laquelle on croit avoir aperçu, sans en être bien sûr encore, des êtres fantasmatiques et sans

substance qui faisaient semblant d’exister et qui étaient tous décorés de la Légion d’honneur.

Toutes les impostures de coquins s’en vont ensemble.

Crispi, dont on vient de révéler les prévarications et

ces

Le Parc, à Bruxelles.

310 DE l’or, de la boue, du sang

les vols, paraît le plus déshonoré de tous; mais c’est uniquement parce qu’il ment depuis plus longtemps et parce que, tombant d’un peu plus haut, il fait plus d’éclaboussures en s’écroulant et s’étale dans une flaque un peu plus large.

Il y a des gens amusants là-dedans comme il y a des caricatures parmi les statues de neige du Parc. Les Leroy-Beaulieu, les Picot, les Desjardins viennent chercher des piédestaux au moment où il n’y en a plus pour eux. Us ont un mauvais calendrier et ils confondent le Mardi gras avec le Mercredi des cendres. Us arrivent pour débiter leurs fariboles économiques et sociales à l’instant où le Carnaval finit. Ils sont hués par la jeunesse et ils ne comprennent pas très bien pourquoi.

Vogue manquait à cette réunion de la rue Serpente, mais cet idéaliste, qui s’est proposé, comme il dit, de refaire une âme à la France, était probablement en train de causer des chemins de fer du Sud avec l’ami Jules Pioche, dont ce catholique et ce gentilhomme s’est constitué le caudalaire et le valet.

Sans être aussi immaculée que la neige, la statue de Casimir-Perier a souffert, -elle aussi, du changement de saison.

On ne peut dire que les débats sur l’élection

STATUES DE NEIGE

Gérault-Richard aient ajouté beaucoup à l’antipathie qu’inspire le Président actuel de la République, car on ne voit guère qu’il soit possible d’aller plus loin sous ce rapport. Ils ont, en tout cas, mis en relief une fois de plus l’hypocrisie de tous les Républicains bourgeois qui se réclament sans cesse du suffrage universel.

« C’est le fondement de nos institutions », disentils. C’est pour cela, sans doute, qu’ils s’asseyent dessus, dès qu’il se montre éclairé et indépendant.

Il faut lire tout ce qu’a dit le grand-père Casimir à propos de l’expulsion de Manuel, pour défendre le droit sacré des électeurs d’être représentés à la Chambre par l’élu de leur choix. Quand Manuel fut empoigné par le vicomte de Foucault, Casimir, le grand-père, était à ses côtés.

Le lendemain il signait, avec ses collègues, une protestation contre l’attentat qui venait d’être commis contre un Représentant du Peuple.

« Considérant la résolution prise hier , 3 mars 1823 contre notre collègue, comme le premier pas d'une faction pour se mettre violemment au-dessus de toutes les formes ou pour briser tous les freins que notre pacte fondamental lui avait imposés ;

« Convaincus que ce premier pas n'est que le prélude du système qui conduit la France à entreprendre

une guerre injuste au dehors , pour consommer au dedans la contre-révolution et pour ouvrir notre territoire à l'invasion étrangère;

« Ne voulant pas nous rendre complices des malheurs que cette faction peut attirer sur notre Patrie ,

« Nous protestons contre les mesures illégales et anticonstitutionnelles qui ont été prises. y>

Vous voyez que dans ce temps-là Casimir-Perier et ses amis ne se moupas du pied, ous d’ici la musique si, dans une protestation collective, à la suite du refus de laisser siéger Gérault-Richard, quoique régulière-

STATUES DE NEIGE

ment élu, les députés socialistes traitaient la majorité de la Chambre de « faction » et « l’accusaient de vouloir ouvrir notre territoire à l’étranger? »

Entendez-vous le gros Dupuy :

« Ce que je dis, messieurs, ce qui sera compris par le pays tout entier, c’est qu'on n’a pas le droit de mêler l’étranger aux affaires intérieures de la France. »

Joseph Reinach (très ému). — ■ Bravo! Merci au nom de mon oncle et beau-père ! Merci au nom de vonReinach!

Düpüt, continuant et se préparant à donner l’ut

« Vous avez commis une mauvaise

action, une action abominable en nous reprochant de préparer l’invasion du territoire! »

Joseph Reinach (de plus

La loi Wett.

314 DE l’or, de la boue, du sang

en plus ému et ayant peine à retenir ses larmes) « Merci! merci! au nom d’Alfred Dreyfus! » Statues de neige qui demain seront fondues

REVENONS

4 février 1895.

Cela vous fait plaisir, mes chers amis, que je

rentre en France? je rentre

A quoi servirait-il d’avoir des amis, si ce n’était pour faire toujours le contraire de ce qui vous semble raisonnable?

Vous me permettrez bien, cependant, d’avoir une opinion, et cette opinion est celle-ci : « Grâce à l’abominable loi votée par les Ralliés de complicité avec tous les Cbéquards de la Chambre, le Gouvernement peut faire arrêter préventivement tous les écrivains qui le gênent. Les Juifs me détestent trop, ils se rendent trop bien compte des services que notre campagne a rendus à la Patrie pour ne pas essayer de quelque nouvelle manœuvre contre nous. Un écrivain qui peut parler librement, dont la seule

316 DE l’or, de la boue, du sang

raison d’être est de parler librement, commet toujours une faute énorme lorsqu’il se met entre les mains de ses ennemis. »

Ceci dit, je vous accorde que la force des choses est telle qu’il est à peu près certain que la nouvelle machination des Juifs contre nous échouera comme tout ce qu’ils ont tenté jusqu’ici, et qu’elle ne leur rapportera que de l’ignominie et des risées.

Il est possible même que les Ribot et les Trarieux, qui ont conçu l’amnistie comme un piège, en éprouvent eux-mêmes la bienfaisante influence. La joyeuse et féconde liberté à l’action, en quelque, sorte physiologique, des effluves du printemps. Dans la boue aigre de l’hiver tout est raide, contracté et violent; sous le tiède zéphir du renouveau tout se détend et sourit.

« Écrivez, écrivez, Drumont! » me dit Fournière dans la Petite République , « nous sommes assez grands garçons pour faire nous-mêmes le triage de vos idées. »

Écrivez, écrivez, Fournière! Moi aussi, je suis grand garçon. Je lis vos articles qui sont souvent fort intéressants, mais je fais comme vous le faites pour mon œuvre : j’en prends et j’en laisse

Que Fournière écrive! Que Séverine écrive! Que

REVENONS

Rochefort écrive ! Que Barrés écrive ! que Millevoye écrive ! Que Cornély écrive ! Que Jules Guesde écrive ! Que Saint-Genest écrive! Que Rouanet écrive! que Jean Grave écrive! que Thiébaud écrive! Que Millerand écrive ! Que Roussel écrive ! Que tout le monde écrive ! !

Voilà l’entreprise la plus urgente et la plus indispensable, la plus adéquate, dirais-je volontiers, aux circonstances. Puisque vous avez donné le pouvoir à la Démocratie par le suffrage universel, il est nécessaire et logique qu’on instruise les Citoyens de tout ce qui les intéresse et qu’on les mette ainsi en état d’exercer le mandat dont ils sont investis. Dès que l’on touche à la liberté de la Presse, le système actuel n’est plus que comédie honteuse, traquenard et sière imposture.

Aimez la Liberté! C’est la parole que je voudrais laisser, comme un remerciement et comme un adieu, à ce peuple belge chez lequel j’ai trouvé une si accueillante et si cordiale hospitalité.

Bruxelles :

l’hôtel' MeDgelie.

318 DE l’or, de la boue, du sang

Je sais qu’une telle recommandation peut paraître superflue sur cette terre où l’on a, non seulement l’amour , mais les habitudes et les mœurs de la Liberté, à ce pays qui a dû à la Liberté seule d’échapper à tous les orages.

Si les Catholiques belges ont reconquis leurs droits, c’est à la Liberté qu’ils le doivent, et c’est la Liberté seule qui leur permettra de lutter contre de nouveaux adversaires. N’est-ce point au nom de la Liberté de la Presse que fut commencée la Révolution de 1830 à Bruxelles comme à Paris?

Un écrivain courageux, Potter, avait été arrêté préventivement par le ministre de l’Intérieur hollandais et enfermé aux Petits-Carmes; les Bruxellois le délivrèrent en même temps que quelques détenus politiques et l’on fit frapper une médaille dont on rencontre encore quelques exemplaires. Elle portait cette inscription qui serait d’actualité aujourd’hui chez nous :

Le pouvoir les proscrit,

Le peuple les acclame.

Si les Catholiques belges avaient besoin d’un exemple pour être réconfortés et confirmés dans leur inébranlable confiance dans la Liberté, ils le trouveraient dans le lamentable spectacle de ces Catholiques français qui sont impuissants, hors d’état d’arriver à rien, traités comme des parias

REVENONS

dans leur pays, uniquement parce qu’ils sont rongés par un vieux virus réactionnaire qui est chez eux à l’état de syphilis constitutionnelle.

Ils ont eu tout : l’influence terrienne, le prestige mondain, l’argent, l’incommensurable puissance de ces traditions qui sont imprimées dans les âmes françaises depuis des siècles ; ils ont les moyens de défendre dans l’actualité du Temps, parle livre, par le journal, par l’affiche, par la réunion publique, cette Église qui a les paroles de la Vie éternelle.

Toutes ces représentations de pouvoirs intellectuels et moraux pâlissent, pour les Catholiques, devant le Gendarme. Dès qu’ils voient poindre le Gendarme, ils sont comme fous d’enthousiasme; ils s’accrochent à ses buffleteries, ils se prosternent avec toutes sortes de génuflexions viles devant ce Saint sacrement d’un nouveau genre.

Par malheur, ce Gendarme appartient au répertoire fantaisiste d’Hervé : il est fluent et dérisoire

comme Géromé Il disparaît à l’horizon comme ce

vaisseau-fantôme après lequel suppliaient les naufragés de l’Elbe.

Gendarme! Gendarme! crient les de Mun, les Reille, les Yogüé, les Plichon, les d’Elva. Le Gendarme est déjà loin et c’est à peine s’il a laissé sur son passage une brise sortie de ses bottes odorifé-

320 DE l’or,' de la boue, du sang

rantes. C’est un Gendarme intermittent et bizarre qui, sous prétexte d’apporter l’ordre, ne fait généralement qu’ajouter au désordre; il vient à des intervalles très espacés et il s’évanouit plus vite qu’il n’est venu. Vers 1877, il s;appelait Mac-Mahon et il avait juré aux hommes du Seize-Mai « qu’il irait jusqu’au bout’ ». Il a réapparu en civil sous le nom de Casimir-Perier vers le mois de juin 1894 et, tout en roulant des yeux de croquemitaine, il n’a rien promis du tout et il s’est tii’é les pattes • encore plus vite que le premier.

Pendant qu’on rit de ces intermèdes funambulesques, la foule acclame les écrivains qui n’ont pas conspiré avec les duchesses comme de Éun, qui ne veulent pas envoyer au Gabon les gens qui ne pensent pas comme eux et qui se contentent d’user largement, pour le triomphe de leurs idées, des Libertés qui font partie intégrale du régime parlementaire.

J’avoue que ce n’est pas sans regret que je quitte

cette petite maison de la rue de Spa qui, malgré

son mobilier hétéroclite, avait bien son charme.

Elle sera une étape dans ma vie et je reverrai

souvent ce jardin minuscule où les moineaux du

voisinage trouvaient chaque jour à midi leur déjeuner de miettes de pain.

REVENONS

C’était une rue de notre ancien faubourg Saint- Germain , mais d’un faubourg Saint-Germain de Bruxelles, c’est-à-dire un raffinement dans la solitude et le silence.

Je me rappelle encore le premier jour de mon

installation; les malles pleines de livres et le

désordre

On sonne. La bonne du pays me dit : « C’est un monsieur qui veut à tout prix entrer. » Je réponds : « Je sais ce que c’est. On a déjà retrouvé ma trace. C’est le premier des raseurs qui vient pour étrenner l’immeuble. »

Soudain, une voix sonore et joyeuse crie : « C’est m.oi, Douville! » Et le bon et brave Douville me saute au cou.

— ■ Je vais à Anvers J’ai voulu vous serrer la

main en passant.

— - J’emménage aujourd’hui. La marmite n’est pas

installée Voulez-vous malgré tout essayer de

déjeuner?

— Ma foi, tout de même

Au moment où nous nous mettions à table, je vis arriver une douzaine de bouteilles de bon vin, du vin vieilli dans les caves. C’était Mengelle, le propriétaire de l’hôtel, qui se manifestait. Avec tous les allants et venants j’avais eu une note sérieuse

Bruxelles,

rue de Spa,

n° la.

chez lui, et il éprouvait le besoin de m’envoyer un souvenir.

— Avouez que vous avez de la chance, disje à Douville-Maillefeu.

Vous tombez dans une maison où il n’y a rien, et, immédiatement vous savourez du Yolnay qui n’est vraiment pas mauvais.

— Mon cher, fit-il avec son rire de Gaulois heureux de vivre,

ces choses-là m’arrivent toujours.

Il leva son verre, il regarda le vin de France qui, dépouillé par le temps, scintillait doucement avec une belle couleur claire.

<( A l’amnistie! dit-il. A l’abolition de la loi scélérate et à votre retour en France ! »

Nous bûmes à la santé de la Patrie, tandis que cet excellent Douville se livrait à ces improvisations extraordinaires et charmantes, à ces saillies pleines de verve au milieu desquelles apparaissait un si lumineux et si ferme bon sens.

REVENONS

m’asseyant une dernière fois à cette table àlaquelle il s’était assis le premier. Encore un homme, digne de ce nom, disparu, encore un noble cœur, un cœur que révoltait l’injustice, qui a pour toujours cessé de battre.

Vous comprenez, n’est-ce pas, cette impression et comment, par l’association des idées, on repasse

Je ne reverrai plus ce robuste gaillard débordant de vitalité et qui semblait bâti à chaux et à sable. J’appreuds précisément la mort de Douville au moment où je rentre en France, et j’ai pensé à lui en

324 DE l’or, de la boue, du sang

par tous les chemins qu’on a traversés, on évoque les lieux différents et les paysages changeants au milieu desquels on a tour à tour installé sa vie?

Il y a trois ans, j’habitais ma petite maison de Soisy, en hiver, avec la Seine à l’horizon, qui charriait de lourds glaçons le long de ces rives si gaies l’été.

Il y a deux ans, à cette même date à peu près, le 3 février, je sortais de Sainte-Pélagie, j’ai encore, par une matinée humide et glaciale, la sensation dè la rue tout à coup ouverte devant moi. Aujourd’hui,

Soisy-sous-Éliolles.

REVENONS

me voilà en route pour Paris, après avoir logé dans une maison meublée à la mode de 1830, et dans laquelle il y avait, sur toutes les consoles, des oiseaux: empaillés.

Où serai-je l’année prochaine, à pareille époque?

Peut-être serai-je dans un in pace , sans air et sans communication avec les vivants, où les Juifs m’auront fait jeter par quelque magistrat à la Toutée', sous prétexte que j’aurai indirectement provoqué au pillage en disant que les Juifs qui ont tout pillé feraient peut-être bien de restituer un peu.

Peut-être, au contraire, serai-je au pouvoir avec tous nos amis, occupés à restaurer le règne des lois en signant des ordres pour faire arrêter les flibustiers de la Haute Banque qui se sont emparés du bien du prochain?

C’est la vie, et elle intéresse toujours. « Tout homme, dit Montaigne, porte en lui la forme entière de l’humaine condition ». Tout écrivain qui raconte sincèrement ce qu’il a éprouvé trouve un écho dans l’àme des autres.

Quelle page curieuse on pourrait écrire sur cette originale personnalité de Douville-Maillefeu, sur ce féodal, comme il s’appelait lui-même, qui aimait si passionnément la liberté et qu’on trouvait toujours

326 DE l’or, de la boüe, du sang

le premier lorsqu’il s’agissait de revendiquer un droit et de combattre un abus !

Il faudrait avoir le temps pour cela, et je ne vous cache pas que je suis un peu bousculé en ce moment avec tous ces livres qu’il faudrait ranger un peu avant de les expédier. Je ne suis pas organisé pour écrire au milieu des bagages et je ne sais que répondre quand on me consulte. Si, entre deux maux, affirme le proverbe, il faut choisir le moindre; il est clair qu’entre deux malles, au contraire, il faut choisir la plus grande, surtout lorsqu’on a beaucoup de choses à y mettre.

« A votre souvenir! mon cher Douville, puisqu’on ne peut plus boire à votre santé, et Vive la France! »

MERCI

Boulevard Montmartre, S février 1895, minuit.

Il est difficile d’exprimer tout ce qu’on ressent sous l’impression que laisse cette fête inoubliable du retour, ces poignées de main cordiales , ces étreintes, ces enthousiastes manifestations de milliers de Français qui vous aiment, non pour ce que vous avez fait, mais pour ce que vous avez essayé de faire.

La belle journée que cette journée où j’ai trouvé, pour m’accueillir, en revenant de l’étranger, Paris représenté par le sourire et la beauté de Séverine, personnifié par celle qui a si éloquemment parlé de tout ce qui nous est cher : le Peuple, les Opprimés, les Exploités, les Déshérités et aussi de l’Espérance, de l’Idéal, de la Patrie !

La belle journée que celle où j’ai remonté notre

DE L’OR, DE LA BOUEj DU SANG

escalier du boulevard Montmartre pour rentrer dans cette maison de la Libre Parole , cette maison vouée en naissant aux orages et où nous avons tant

La gare du Nord.

lutté, tant remué de questions, tant dénoncé de scandales. Quelles tempêtes nous ont assaillis! N’est-ce point là la destinée des phai’es? Ils ont des vagues grondantes à leurs pieds et ils portent une éclatante lumière à leur sommet!

MERCI

Elle aura sa place, quoi qu’on en dise, dans le mouvement intellectuel et social de ce temps, cette chère et vaillante Libre Parole , et beaucoup d’idées sont parties de là pour aller réveiller les hommes endormis dans une ignominieuse résignation. Elles courent par les villes et les hameaux, comme autant de messagères ailées criant aux Français :

«Debout! L’heure est proche ! » Elles ont un accent à elles dans ce bruit formidable et mystérieux qui an-

Le passage Landrieu.

330 DE l’or, de la boue, du sang

nonce qu’un monde finit et qu’un nouveau monde va naître...

A ne considérer que ma faiblesse, j’éprouve quelque embarras devant ces témoignages d’affection, qui me récompensent au centuple des persécutions, des calomnies et des attaques viles dont j’ai été abreuvé.

Si j’ai mérité un peu de cette sympathie qui m’est prodiguée par des hommes qui, souvent, ne partagent pas toutes mes opinions, c’est par ma bonne volonté, par une bonne volonté que tous les êtres droits savent réelle.

En combattant la néfaste influence des Juifs,, en signalant leurs méfaits , leurs exactions et leurs rapines, j’ai conscience de n’avoir jamais obéi à aucune haine particulière. J’ai combattu uniquement pour la Patrie, pour la Justice et pour fa Vérité. Je n’ai jamais été l’homme d’aucun parti politique, et ceux qui me connaissent savent que je n’ai absolument aucune ambition personnelle.

Merci ! est la seule parole qui puisse résumer tout ce que j’ai éprouvé aujourd’hui.

Merci à cette généreuse population de Paris, qui me sait gré de lui avoir révélé l’œuvre maudite accomplie par les Juifs chez nous !

Merci à nos anciens et nouveaux amis !

Merci à mes bien-aimés collaborateurs dont le

MERCI

dévouement ne s’est jamais démenti un instant au milieu de toutes nos traverses et qui, indissolublement unis autour de moi, auront la joie, dans un temps qui n’est pas éloigné, de voir triompher notre programme :

La France aux Français !

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Cabinet de lecture

M# Eue Courte du Je

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