‹ De l'orchite dans la fièvre typhoïdeChapitre 10 sur 15 · ROUE · texte numérisé non relu

ROUE

Le jour de l'entrée, la fièvre est modérée : 38,4, le soir. Le ventre est peu ballonné ; quelques taches rosées lenticulaires ; langue rouge vif suries bords et à la pointe. À l’auscultation, râles sibilants et ronflants disséminés dans les deux poumons’; peu de stupeur.

22 octobre. La situation est restée sensiblement la même. Le malade accuse de la douleur dans le testicule droit, qui est sensiblement augmenté de volume. La moindre pression est insupportable ; pas d’épanchement appréciable dans la tunique vaginale ; la moitié droite du rectum est rouge vif, tendue, luisante ; pas de pus dans l'urine.

Pas de trace de blennorrhagie. Le malade affirme qu’il n’a jamais eu d'écoulement uréthral.

Rien n’autorise à supposer que le malade se soit livré, les jours précédents, à des habitudes d’onanisme surexcité encore par le délire nocturne.

Le testicule est soulevé par un matelas de ouate. Cataplasmes.

Les jours suivants, le gonfiement testiculaire et la douleur aug- . mentent. Pas d'écoulement uréthral ; pas de pus dans l’urine.

La lempérature ne s’est pas élevée ct oscille entre 39,2 et 40. L'état général reste sensiblement le même.

Le 28. [ue testicule diminue de volume ; la rougeur du serotum a complètement disparu, la douleur est insignifiante.

Moins de aiarrhée ; ràles moins abondants, à l’auscultation de la poitrine. Un peu de sommeil. Matin 38,3, soir 39,1.

Le 31. Il ne reste de l’orchite qu'une légère tuméfaction du testicule droit; un peu de suinmeil., Matin 38,4, soir 38°.

L'amélioration continue, et le malade sort complètement guéri, le 40 novembre.

O8s. XV. (Larquier. Th., Paris, 1882. Obs. résumée.)

Le nommé Dony (Eugène), 23 ans, infirmier à la salle Monneret, hôpital de la Pitié, où de nombreux typhiques sont actuellement en

traitement. .

Cet homme, d’une constitution chétive, porte de nombreuses traces

; = 4} = de scrofule ancienne (nécrose des os propres du nez, périostose tibiale). Ophthalmie avec perte de la vue pendant trois semaines.

Depuis une quinzaine de jours environ, il a perdu lappétit, il éprouve du malaise général, de la courbature, un sentiment de fatigue extrême, et manque, dit-il, de courage pour faire son travail. Néanmoins, il ne se met au lit que le 20 mars.

.…. D'après les différents symptômes que présente le malade, M. Audhoui diagnostique une fièvre typhoïde; elle évolue rapidement et sans accident particulier. À

9 avril. T. A. matin 37°, soir 37,4. La convalescence s’annonçait bien lorsque, le 42 avril, le mafade se plaïgnit d’une douleur dans le testicule gauche et, depuis la veille, d’une sensation de cuisson assez vive à la fin de la miction. On examine avec soin le canal de lPurèthre, où ne trouve trace d'aucun écoulement ; le malade, au reste, nie tout antécédent d'accident vénérien ; il affirme n’avoir pas reçu de traumatisme sur le testicule ; en outre, ce malade n’a pas quitté son lit depuis son entrée dans le service. Ces accidents ne peuvent donc se raltacher qu'à la fièvre typhoïde qui vient d'évoluer.

Le testicule est auginenté de volume et très douloureux à la pre:sion. Le scrotum est légèrement tuméfié et un peu ronge.

Gataplasmes. Suspensoir.

Le 14. Le iesticule est oros, tuméfié, de la grosseur d’un œuf; le serotum est rouge violacé ; les douleurs provoquées par la pression sont très vives. Le malade accuse des douleurs spontanées exagérées par le moindre mouvement; elles sont accompagnées d'élancements dans le cordon qui ne sembke pas participer à inflammation. Outre le testicule, l’inflammation a envahi l'épididyme qui est dur el excessivement tuméfié ; au niveau de sa tête, la peau est d’un rouge plus vif, plus chande et, en ce point, la pression est beaucoup plus douloureuse. Elaucements très douloureux dans cette région. Léger épanchement dans la tunique vaginale.

Le 16. Le gonflement épididymaire à diminué; là pression -du testicule est toujours très douloureuse ; les douleurs spontanées sont sensiblement amoindries. |

Le 17. Amélioration très notable, marche rapide vers la guérison.

Le 19. Le testicule est revenu à un état nurmai. L’épididyme est mollasse, encore un peu gros, mais sans douleur à la pression, On

trouve, au niveau de la tête de l’épididyme, un petit noyau d’induration complètement indolore, 4

Le 28, I] n'est plus trace d'aucune inflammation; le testienle est revenu à son état normal. L’épididyme est toujours un peu gros, mais mou et nullement douloureux. Le petit noyau d’induration au niveau de la tête de l’épididyme existe toujours,

23 mai. Le testicule gauche est normal, l’épididyme toujours un peu douloureux et présente une induration légère au niveau de sa têle.

Le mâlade se sent complètement guéri, et nese plaint nullement de celte induration épididymaire.

Os. XVI. (Larquier, 1882. Obs. résumée.)

L...., âgé de 19 ans, est d’une constitution chétive, et ne s’est jamais bien porté. Il est employé chez un fruitier et bien que son travail ne soit pas très pénible, il se fatigue très facilement.

Étant enfant, il avait fréquemment, au dire de sa mère, des glandes au cou qui n’ont jamais suppuré ; ses oreilles ont coulé à plusieurs reprises et il à eu des croûtes dans les cheveux. .

.…. En janvier dernier, il a eu des symptômes bien caractérisés de fièvre typhoïde..., La maladie «marchait à grands pas vers la convalescence; lorsque le malade se plaignit d’une douleur très vive dans le testicule gauche.

De ce côté, la peau du scrotum est rouge, tendue; le testicule est gonflé, dur, très douloureux à la pression. L’épididyme est indolore et nullement enflammé. On ne découvre dans les antécédents du malade ni syphilis, ni blennorrhagie (l'urèthre est sain) ; il affirme ne pas S’être levé.

Cataplasmes. Pommade mercurielle belladonée. Bourses soutenues avec une serviette passée sur les cuisses.

Le lendemaïi, les douleurs spontanées sont plus vives, le scrotum est très rouge, tendu; le palper est très douloureux. On constate néanmoins une tuméfaction énorme du testicule et de l’épididyme qui est anjourd’hui manifestement tumétié. Le cordon empâté, rénitent, est le siège de douleurs très vives lorsqu'on le comprime.

Sadrain,. 6

Bras pers

Le quatrième jour de la maladie, il y a une légère amélioration, douleurs moins vives, examen plus facile, mais les organes sont toujours tuméfiés. M

Le cinquième jour, le scrotum est bien moins rouge, moins tendu. Le testicule moins tuméfé ; on sent encore nettement la tuméfaction de l’épididyme. Les douleurs spontanées ont presque entièremen disparu et le paiper cause peu de douleur. Les accidents du côté du cordon sont eux-mêmes sensiblement amoindris. L'état général est satisfaisant, pas de fièvre, le malade commence à se nourrir.

Les trois ou quatre jours qui suivent, on constate encore un peu de tuméfaction du testicule et surtout de la tête de l'épididyme, mais ces douleurs ont complètement cessé.

Le malade est autorisé à se lever et considéré comme guéri et de sa fièvre typhoïde et de son orchite, qu'on rattache nécessa r men à la fièvre typhoïde par exclusion de tout autre cause.

SYMPTOMES ET MARCAE.

Ainsi que nous le disions précédemment, l’orchite est le plus souvent tardive. La fièvre était tombée depuis trois, six, dix et même vingt jours, les grandes fonctions étaïent rétablies, le malade recouvrait ses forces et entrevoyait sa guérison prochaine et définitive. Souvent, comme le prouvent la plupart des observations, la fièvre typhoïde avait été d'intensité moyenne et de forme adÿnamique et aucune complication u’avait jusque-là modifié son évolution. Alors éclatent des phénomènes généraux graves; la tièvre reparaît; la température peut atteindre d’emblée 890,5, 40° (observ. äe M. Hanot), le pouls 120 pulsa-

tions, le malade éprouve de violents frissons. Dans deux cas on a noté des vomissements (Obs. [et VI).

Tout d’abord le médecin peut penser à une rechute, mais le malade accusant une douleur inguinale ou scrôtale indique la cause de cet appareil fébrile.

D’autres fois l'orchite est précoce et se déclare avant la convalescence de la fièvre typhoïde. Ces phénomènes fébriles de la phlegmasie testiculaire sont alors absents ou plutôt ne sont pas apparents, ils se confondent avec ceux de la période pyrétique ae la dothiénentérie. Les signes locaux font encore disparaître toute hésitation. (Ch. Eloy..)

La douleur présente des degrés variables dans son intensité. Légère dans certains cas, et en particulier dans ceux observés par M. Vidal, elle peut d’autres fois être vive, intolérable.

Au reste, et contrairement à ce qu'on a dit, elle peut ne différer en rien de la douleur de l’orchite ordinaire (1). (Cervelle.)

Elle éclate spontanément et s’exagère lorsqu'on touche le serotum, qu’on soulève ou qu’on presse le testicule. Continue, lancinante et en général localisée dans le testicule lui-même, elle peut s’irradier vers le cordon, le canal inguinal et même remonter jusque dans les lombes.

Nous nous arrêterons peu sur l’œdème, la rougeur, le gonflement du scrotum et parfois la vaginalite, qui sont les signes classiques de itoute inflammation

(1) Loc. cit,

du testicule. La tension et la tuméfaction scrotales ne sont jamais très prononcées et l’épanchement de la tunique vaginale est léger ou n'existe pas. Ce qui parait différencier l’orchite typhique de l’orchite blennorrhagique, c’est l’envahissement successif du testicule, de l'épidyme et parfois du cordon (1). Le testicule est gros, tuméfié, douloureux à la pressiôn. Cette augmentation de volume est variable et ne dépasse pas en général la grosseur d’un œuf de poule; elle est générale et nullement limitée à un point spécial. Elle envahit le jour même le plus souvent l’epididyme qui présente une induration tantôt généralisée à tout l'organe, tantôt limitée à certains points qui constituent autant de noyaux indurés, facilement appréciables au toucher. Cet empâtement du testicule et de l’épididyme gagne parfois le cordon, qui le plus souvent est le siège de tiraillements et d’élancements douloureux. On le trouve alors empâté, rénitent et douloureux à la pression.

Cette orchite de la fièvre typhoïde possède donc de nombreuses ressemblances avec l’orchitecompliquant les oreillons. Même intensité dans les symptômes, même début par le testicule et même évolution (Larquier) (1).

Le siège de cetle orchite mérite l'attention. Elle est monotesticulaire et sur quinze cas elle a existé neuf fois à droite et six fois à gauche,

(1) Larquier. Loc. cit,

ei .de TERMINAISON.

Trois modes de terminaison sont possibles : la résolution, la suppuration, l'atrophie testiculaire.

Dans la majorité des cas, l’orchite est bénigne et se termine en six, huit, dix jours par une franche résolution. Cinq fois paurtant, dans une série de quinze malades, on a observé des indurations épididymaires persistantes. Parfois même l'orchite est encore plus altténuée et consiste dans une sorte de fluxion éphémère et indolente, se dissipant en quelques jours (Dieulafoy); elle est dite alors fugace.

Plus rarement l’orchite est suppurée; lorsqu'il doit en être ainsi, les syptômes généraux augmentent d'intensité et il se forme un abcès, c’est ce qui eut lieu dans deux cas. (Obs. IV de M. Hanot et obs. VIIL de M. Cervelle.)

Dans le cas de M. Hanot, l’abcès fut ouvert artificiellement, mais, les jours suivants, la plaie résultant de l’incision alla en s'élargissant et entre ses bords décollés et taillés à pic la substance testiculare vint faire hernie sous forme d’une masse irrégulièrement sphérique, d’un gris rougeâtre, dont on pratiqua l’ablation, Le malade guérit ensuite dans l’espace de dix jours.

Dans l’observation de M. Cervelle, la suppuration s’accompagna au début de phénomènes généraux

graves et persista pendant longtemps. Mais dans cette observation, vu le peu de précision qu’elle comporte et d'autre part, vu la durée pendant plus de deux mois de la suppuration, l’augmentation considérable du testicule qui demeura ensuite bosselé, et enfin l’engorgement persistant de l’épididyme et du cordon, on est tenté de se poser cette question : peut-être s’agissait-il d’une orchite tuberculeuse ?

Enfin il est un autre mode de terminaison de l’orchite dothiénentérique, c’est l’atrophie testiculaire, qui n’a été signalée qu'une seule fois. Dans cette observation, qui appartient à M. Hanot, le malade, complètement guéride sa fièvre typhoïde est sorti de hopital avec un testicule très manifestement diminué de volume (obs. XIIL).

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