I Pnl.,3,4. — l Hoir /' i/ur ,lr la Pêrf
!« irtitf, fli»|>. U.
devenons participants de la nature divine, comme dit l'apôtre saint Pierre. C'est avec vérité que saint Léon dit, serm. G, de la Nativité : « Un don qui surpasse tous les dons, est que Dieu appelle l'homme son fils, et que l'homme appelle Dieu son père. * Aussi le même enseigne-t-il, serm. 1, de la Nativité, que l'homme doit imiter Dieu son Père, et revêtir ses mœurs, afin qu'il mène une vie divine, et non pas terrestre ni animale. « 0 chrétien, dit-il, reconnais ta dignité, et, devenu participant de la nature divine, ne va pas retourner, par une conduite dégénérée, à ton ancienne bassesse, » Et, serm. 6 : « Que la race élue et royale réponde à la dignité de sa régénération; qu'elle aime ce qu'aime le Père, et qu'elle n'ait en rien d'autre sentiment que celui de son auteur, de peur que le Seigneur ne lui répète ces paroles d'Isaïe : J'ai nourri et élevé des enfants, et i's m'ont méprisé; qu'elle suive au contraire cette parole du Christ : Soyez parfaits, comme votre Père céleste est parfait. » Les chrétiens sont donc nés non du sang, ni de la volonté de la chair, ni de la volonté de l'homme, mais ils sont nés de Dieu, semblables au Fils unique de Dieu, à qui Je Père a dit de toute éternité : Vous êtes mon Fils, je vous ai engendré aujourd'hui. Quand le prophète dit d'une manière si expresse : Vous êtes les fils du Dieu vivant, c'est pour dire : Vous êtes les fils, non des dieux muets et morts, non des idoles, mais du Dieu vivant et véritable, qui est lui-même la vie divine et incréée, et qui vous l'aspire et la communique.
» Dans cette génération et cette filiation, le Père est Dieu; la semence, la grâce prévenante ; la mère, la volonté qui acquiesce et coopère ; l'enfant, l'homme juste ; l'àme, la charité. Le modèle de cette filiation est la filiation du Verbe de Dieu ; car, de même que Dieu le Père a engendré, de toute éternité, un fils qui lui est consubstantiel et égal en tout; ainsi, il engendre dans le temps, à l'instar de celui-là, des enfants qui soient par grâce ce que le Fils de Dieu est par nature. Notre filiation est donc l'image de la filiation divine. C'est ce que dit l'Apôtre : « Ceux qu'il a connus par avance, il les a prédestinés à être conformes à limage de son Fils, afin qu'il soit lui-même le premier né parmi beaucoup de frères (1) — Ceux qui sont conduits par l'Esprit de Dieu, ceux-là sont enfants de Dieu. Car vous n'avez pas reçu un esprit de servitude pour vivre de nouveau dans la crainte ; mais vous avez reçu l'esprit d'adoption filiale, dans laquelle nous nous écrions : Abba, Père. Car, l'Esprit lui-même rend témoignage à notre esprit, que
(1) Rom., 8, 29.
404 KOLLAIRBS.
mu sommes les enfante de Dieu. * >r, ^i nous tommes ses enfants, ■ou m .iiiun - - » 1 1 — i ses héritiers : héritiers de Dieu et cohéritier! il- i sus I hrisi : -i cependant nous souffrons avec lui, afin d'être glorifiés avec lui (t). »
• \u retie, pour considérer, embrasser et recevoir plus à fond
adoption divine, il faut remarquer que par elle non-seulement 1 1 p indoe dans l'Ame, la charité et les autres «Ions
<lu Saint-Esprit, mais encore I Esprit-Saint lui-même, qui est le don premier 1 1 incréé que Dieu (ail aui hommes. Dieu aurait pu, dans la justification, nous rendre seulement jn-t«'> ci saints par la
b et la charité Infuses, et c'eut été une grande grâce et un grand bienfait de Dieu, quand même il ne nous aurait pas adoptàf pour m ■« enfants; mais, non content de cria, il i voulu bous ren-
ustes, '!'■ manière i nous adopter pour ^c> enfants en nous rendant justes. Encore aurait-il pu faire cette adoption filiale en nous donnant seulement Is charité, la grâce et les dons créés; i ai la gràee est nne participation a Is nature divine au souverain degré, savoir : autant «pic la divinité p< ut être participée par la i turc non-seulement naturellement , mais encore surnaturelleiin'ni ; ci ce bienfait de Dieu eût été beaucoup plus grand que le ; lier.
» L'immense bonté «le Dieu n'a pas encore été satisfaite «l'un tel pn s< ot, elle a voulu bc donner en même temps s non-, nous sano liiîrr et nous adopter par elle-même. C'est pourquoi le Saini Esprit
lui-même anneié à ses dons, s la grâce et a la charité ; afin que, toutes les ï"i> qu'il les répand dans l'Ame, il s') répande m uk'iih temps avec eux et par eux, personnellement et substantiellement, -don cette parole de l'Apôtre : « La charité de Dieu i répandue dans nos eœars par !«• Saint-Esprit qui do donné I . • C'est pourquoi l'Apôtre l'appelle Y Esprit d'adoptiom. • Car vous n'avei pi> reçu* dit-il, un esprit <ie servitude pour vivre de nouveau dans la crainte; mais vous avei reçu r&pril d'adoption Qliale, <\.\w< lequel nous nous écrions : lèoa, V< re. l'Esprit lui même rend témoignage s notre esprit que nous sommes enfants «le Dieu : or, -i nous sommes ses enfants, nous sotn
ses héritiers : les héritiers de Dieu, les cohéritiers de Jéctis? Christ, si cependant nous souffrons ave( lui, pour être - irifiés
lui 5)... Tarer que vous êtes ses iil>. Dieu .i em n vos
- i l iprit «le ion 1 il- qui - I '<i> i. l'« re I
» relie est donc II souveraine munificence de D a même
i I " ' ,8, 18. ( • ..lai . i. r,
temps notre souveraine dignité et exaltation, par laquelle, en recevant la grâce et la charité, nous recevons tout à la fois la personne même du Saint-Esprit, qui s'est unie à la charité et à la grâce, et par elles habite en nous, nous vivifie, nous adopte, nous déifie et nous pousse à toute sorte de bien.
» Voulez-vous de plus grandes choses encore ? Ecoutez. Le Saint-Esprit, en descendant personnellement dans l'âme des justes, y amène avec lui les autres personnes divines, le Père et le Fils, attendu qu'il ne peut jamais se séparer d'elles. Toute la Trinité vient donc personnellement et substantiellement dans l'âme qui est justifiée et adoptée, demeure et habite en elle comme en son temple, tant qu'elle persévère dans la justice, selon ces paroles : « Celui qui demeure dans la charité demeure en Dieu, et Dieu demeure en lui (1)... Celui qui s'attache au Seigneur est un seul esprit avec lui (2). »
C'est là ce que Jésus-Christ demanda et obtint dans cette prière toute divine qu'il adressa à son Père la veille de sa mort : « Qu'ils soient tous une même chose, comme vous, mon Père, êtes en moi et moi en vous, afin qu'ils soient en nous une même chose (3). » C'est-à-dire qu'ils participent au seul et même Saint-Esprit, qu'ils soient unis en lui et par lui aux autres personnes divines ; ainsi donc, qu'ils soient tous une même chose en lui ; parce que le Saint-Esprit, qui est participé par tous et qui est en tous, est un seul et même Saint-Esprit. D'où il suit que tous sont un dans une chose unique, indivisible, savoir, dans le Saint-Esprit, comme les trois personnes divines sont un dans une seule nature divine, nature singulière et indivisible. Telle est l'explication de saint Cyrille (Liv. 4, sur saint Jean, c. 26), de saint Athanase (Discours 4, contre les Ariens), et de Tolet qui les suit.
t Donc, dans la justification et l'adoption, la grâce et la charité sont répandues dans l'âme, et avec elles le Saint-Esprit, et toute la Divinité, et la très-sainte Trinité, qui s'est comme annexée substantiellement à ses dons, s'est renfermée en eux, pour ainsi dire, afin de nous unir substantiellement à elle, nous sanctifier, nous déifier, nous adopter.
» Par cette adoption, nous recevons premièrement la souveraine dignité de la filiation divine, afin que réellement nous soyons les enfants de Dieu et comme des dieux, non-seulement accidentellement par grâce, mais aussi comme substantiellement par nature,
(1) I. JoaD , i, 16. — (2) I. Cor., 6, 17. — (3) Joan., 17, 21.
i h- Dieu mou- communique et nous donne réellement sa nature.
» Sei ondemenl . par cette même adoption , nous acquérons comme fils un droit à l'héritage céleste, savoir, à la béatitude et à lotu les biens <i<- Dieu, notre Père.
• Troisièmement, par elle encore, noi œuvres «m nos mérites acquièrent une dignité merveilleuse ; car. riant 1rs n-iivrcs délirants substantiel* <ir Dieu, pour ainsi parler, elles acquièrent une dignité, une valeur, un pris tels, qu'elles -ont tout-a-fait proportionnées I leur récompense ei dignes d'elles ; savoir, de la vie éternelle et de la gloire céleste, attendu qu'elles procèdent, pour ainsi dire, de Dieu lui-même et <lr l'Esprit divin, qui habite en nous, mm- ir> fait faire et y coopère lui-même.
» De i.i il suit i' que la Justice inhérente ou la grâce sanctifiante, par laquelle nous sommes justifiés et adoptés pour enfants de Dieu, n'est pas une simple qualité, comme quelques-uni l'imaginent ; mais qu'elle embrasse plusieurs autres bienfaits ; r : li rémission des péchés, la roi, l'espérance, li charité, et les autres dons, le Saint-Esprit lui-même, l'auteur de ces dons (et par conséquent toute la Sainte-Trinité . Car l'homme reçoit toutes i . i . ■ < - infuses dans la justification, comme le dit le Concile de Trente, sess. 6, c. 7.
■ Il suit V que ceux-là se trompent qui pensent que, dans la justification et «luis L'adoption, le Saint-Esprit est donné seulement quant a ses dons, et non quant i si substance et ;■ sa pris, ,11110. ( ir saint Bonavenlure enseigne le contraire (in t. Sentent. % *l i-t . 14, srt. 2, q. I). Là, il montre expressément que le Saint-Esprit «m donné aux |ustes, non pus seulement dans ses effets, mais enpropre pris, mu-, comme le don incréé, afin qu'ils le èdent parfaitement Le Maître de* s enseigne la même
chose, daprès saint Augustin et d'autres [Ub. I, dist. 1 I et 15) : . Gabriel, Marsilius aussi. Saint rhoroai l'établit clairement (4, p. q. '.". art. 3 et S, 1 1 q. 58, art. B : il montre que le nom propre du Saint-Esprit est Don% parce qu'il est donné lui-même 1 tons les justes, roua 1rs disciples de saint rhomas l'ont suivi, ainsi que nos Pérès Vasques, Valenlla, et surtout Suarès frino et tmo, cap. S, m B h. i- , qui infère de la que !<• Saint- 1 rit commence ■ être présent dans l'ame du juste d'une non velle manière, dont il ne l'était pas auparavant, selon sa substance, et M cite, pour cette doctrine, saint l éon, saint Augustin et saint Unbroise, « 1 il la croit si « ertaine, qu'il regarde le sentiment 1 ir.mr comme erroné. Il la fonde aussi sm- , , 1 paroles d 1 turc : « Vos nu mfa il le temple du Saint-Esprit, que tous
avez reçu de Dieu (I)... La charité de Dieu est répandue dans nos cœurs par le Saint-Esprit, qui nous a été donné (2)... Celui qui demeure dans la charité, demeure en Dieu, et Dieu demeure en lui (3)... Celui que mon Père enverra en mon nom demeurera chez vous, et sera en vous (4)... Nous viendrons à lui, et nous ferons une demeure en lui... Si je m'en vais, je vous l'enverrai (5). » Enfin, Suarès ajoute que les dons de la grâce, par leur force et comme par un droit qui leur est connaturel, demandent la présence réelle et personnelle de Dieu dans l'âme sanctifiée par ces dons ; parce que si, par impossible, nous supposions que le Saint- Esprit n'est réellement pas présent dans cette âme, par là même que cette âme est comblée de tels dons, l'Esprit-Saint lui même viendrait à elle par sa présence personnelle, et demeurerait en elle, tant qu'elle persévérerait dans la grâce. De la même manière, dit-il, que le Verbe est présent à l'humanité du Christ, de sorte que si, par impossible, il ne lui eût pas été présent auparavant, il lui deviendrait personnellement et intimement présent par l'union hypostatique. Il donne encore cette raison morale, que, par la grâce, il s'établit entre Dieu et l'homme une amitié très-parfaite, qui exige la présence de l'ami, c'est-à-dire du Saint-Esprit, qui demeure dans l'àme de son ami, afin qu'il lui soit intimement uni, et réside en elle comme en son temple, pour y recevoir un culte, être aimé et adoré.
« De cette communication de la personne même du Saint-Esprit et de la divinité, il résulte la plus haute union de l'àme avec Dieu, sa plus grande élévation et une sorte de déification, et par conséquent l'adoption la plus parfaite, non seulement par la grâce mais encore par la substance divine ; parce que par elle nous obtenons non seulement un droit à l'héritage de Dieu notre Père, mais encore une participation à la nature divine, l'Esprit-Saint luimême et la filiation de Dieu non pas accidentellement, mais comme substantiellement, dans le sens que nous avons dit plus haut. Car, comme parmi les hommes, celui-là est proprement appelé père, qui communique sa nature à son fils, ainsi Dieu, en nous donnant avec ses dons et par ses dons le Saint-Esprit, nous communique sa nature divine, et de cette manière il nous fait proprement et parfaitement ses enfants, et nous adopte pour tels. De là saint Basile dit, dans son homélie du Saint-Esprit, que les saints sont des dieux, à cause de l'Esprit-Saint qui habile en eux. Car Dieu
1, I. Cor., 6. — (2) Rom., S. — (3) I. Joan., i. — (4) Joan.. 14. — tfi)Ibid., Iti.
408 il mi;i 8.
lui-même leur | <lii : Je l'ni dit : VOUS êtes des dieux, cl tous enfants du I :• --II. un : d'où il prouve que le Saittt-Esprit est Dieu. . ' ir il est nécessaire, dit-il. que cet Esprit là soit divin el de Dieu, qui est une cause de divinité pour des dieux. » Comme In cause
formelle «le l;i pr« iniere adoption, par la pr;'nr, c~i |.i .-
même, ainsi la nusc formelle de cette seconde adoption, qui
ni par l.i communication «lit S.imi -l'.-prit, est ie >.mii-l>prit même qui habite dans l'aine ilu juste ; le moyen, c'est la
grâce.
■ Il suit " que notre adoption, bien qu'une en soi, «m pourtant double en <a vertu. La première, par laquelle nous sommes adoptés enfants <!«• Dieu, pu- la charité créée et par la grâce répandue
dans Pâme ; Car C'est nue souveraine parlici|ialion ;i la nature divine.
Ii seconde, celle où, par la grâce, nous acquérons ('Esprit-Saint lui-même et sa nature divine, el nous sommes déifiés par lui et reçus enfants de Dieu. Or, chacune de ces adoptions commence Ici-bas par la grâce, mais sera perfectionnée et affermie au ciel
par l'éternelle gloire, où nous posséderons réellement Dieu, notre héritage, sans aucune crainte ou aucun danger de jamais le perdre : nous serons Intimement unis a lui et jouirons de lui par la vision beatitique, vision par où Dieu se communiquera lui-même d'une nouvelle manière et substantiellement à l'âme bienheureu-e, descendra en elle et s'y insinuera de la manière la pins intime et l;i plus suave, C'est de ce bonheur que parle l'Apotre, quand il dit : « Nous gémissons en nous-mêmes, attendent l'adoption des infants de Dieu, c'esuà-dire la possession de cette adoption ou de cet héritage pour lequel nous avons élé adoptés (1)... Voici h het oncle «le Dieu avec les homme-, dit saint Jean, et il habitera
avec eux. el etn seroni son peuple, et Dieu lui-même, avee eux. leur Dieu... Celui qui aura vaincu possédera ces bien-, et je lui terni Dieu, et il ne sert m^ Çï). »
« Il suit V' que comme Jésus Christ cm FWs de Dieu i>ar nature, et en tant que Dieu par la génération éternelle, et en tant qu'homme par l'union bypostatique ; nous sommes les fils adoptifs de Dieu,
mai- d une manière bien plu< noble que le SOUt les lils adop-
tif- de- hommes. Cens ci, en effet, ne r rtvent rien de physique
de leur père adoptant, mais seulement une dénomination morafu, par laquelle ils acquièrent un droit i son héritage . non-, ai contraire, i - recevons Ni gtû< e de Dieu et, avt ice, la nature
même de Dieu» afin que, comme parmi les hommes celui-là eal
proprement appelé père, qui communique à un autre sa nature humaine et engendre un homme, ainsi Dieu soit appelé non seulement le père de Jésus-Christ, mais encore le nôtre, attendu que, par sa grâce, il nous communique sa nature, qu'il a communiquée à Jésus-Christ par l'union hypostatique, et cela pour nous rendre ses frères, selon ces paroles de l'Ecriture : « Ceux qu'il a connus d'avance, il les a prédestinés à devenir conformes à l'image de son Fils, afin qu'il fût le premier entre beaucoup de frères (4)... Il leur a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu, à ceux qui croient en son nom, qui sont nés non du sang, ni de la volonté de la chair, ni de la volonté de l'homme, mais nés de Dieu (2). »
« Apprenez de là combien grand, combien inestimable est le bienfait de la filiation et de l'adoption divine. Peu savent qu'il est d'une aussi haute dignité que nous avons fait voir, moins encore l'apprécient comme il mérite. Chacun devrait l'admirer respectueusement en soi ; les Docteurs et les prédicateurs, l'expliquer comme nous avons fait, et l'inculquer au peuple, afin que les fidèles et les saints sachent qu'ils sont les temples vivants de Dieu, et qu'ils portent Dieu lui même dans leur cœur ; qu'ils'doivent, par conséquent, marcher avec Dieu, et se conduire d'une manière digne d'un tel hôte, qui les accompagne partout, leur est toujours présent et les regarde toujours. C'est avec raison que l'Apôtre dit : t Ne savez-vous pas que vos membres sont le temple du Saint-Esprit qui est en vous, que vous avez reçu de Dieu, et que vous ne vous appartenez plus ? Car vous avez été achetés à un grand prix : glorifiez et portez Dieu dans votre corps (ô). »
« Et saint Léon : « Reconnais, ô chrétien, ta dignité, et, devenu participant de la nature divine, ne va pas retourner, par une conduite dégénérée, à ton ancienne bassesse. Souviens-toi de quel chef et de quel corps tu es membre. — Souviens-toi que, arraché à la puissance des ténèbres, tu as été transporté dans la lumière et le royaume de Dieu. Par le sacrement de Baptême, tu es devenu le temple du Saint Esprit. Prends garde de chasser, par de mauvaises actions, un si noble hôte, et ne courbe pas de nouveau ta tète sous le joug du diable, parce que ta rançon est le sang de Jésus-Christ, qui te jugera dans la vérité, parce qu'il t'a racheté dans la miséricorde (4). »
« Et saint Augustin : « La première naissance vient d'un homme et d'une femme ; la seconde naissance vient de Dieu et de l'Eglise.
(1) Rom., 8, 29. — (2) Joan., 1, 12. — (5) I. Cor., 6, 19. — (/*) Serm. 1, de
Nativit .
l LAJRB8
& qu'ils sont nés de Dico : D'où il est arrivé qu'il a habité parmi nous. Changement étonnant : Celui-là s'est f.iii chair, celui-ci
devenu esprit Qu'est-ce que cel i " Quelle dignité, mes fi
Elevea vos i mura pour espérer ei i — éder des biens plus précieux
encore, et ne vous attaches pas aux cupidités du siècle. Vous ivex
été achetés i nu grand prix ; c'est a cause de voua que le Verbe
it f.ui chair, c'est pour vous que celui qui était le Fils de Dit u
il (;ni if (Us ilo l'homme, afin que vous, qui étiez les enfanta des
hommes, devinsse i les enfants «le Dieu [!)... Il- sont les enfants
des hommes, quand ils font mal, et ils -«uni les enfants il'' Dieu,
quand ils font bieu. Car Dieu les a rendua d'enfants des hommes
enfants 'le Dieu, parce qu il a f;iit lf Fils de Dieu til> de l'homme.
Voyea quelle est celte participation de la Divinité ! Car le Fil- de
-t fait participant de notre mortalité, afin que l'homme
mortel devienne participant de sa divinité, ('.fini qui vous a promis
divinité, a montré sa charité envers vous (2). »
€ Ecoutes saint Cyrille do Jérusalem : ■ Connaissant noire
dignité, conduisons-nous spirituellement, afin que noua devenions
digne- de l'adoption «le Dieu. Car ceux qui sont conduits par
prit de Dieu, sont les enfants de Dieu : de pour qu'il ne non-; soil
dit aussi: Si vous eues les enfanta d'Abraham, m>us feriei les
oeuvres d'Abraham. Car si nous appelons Père celui qui juge
l'œuvre de chacun, san> acception de personne, ne passons pas
- crainte le temps de noire habitation ici-bas ou de notre pèlerinage, n'aimons pas le monde ou les choses du monde. I
pourquoi, mes très chers fn res, glorifions notre P< rec< leste par afin que les hommes voient nos bonnes omh lorifient noire Père qui est dan- les cieux. Jetons en lui toute notre sollicitude ; car notre Père connait les choses dont] nous avons ^eaoin (3). »
« Ecoutez encore saint Ambroise : « Ceux en qui Dieu VOit son
Kls formé a soi image, il leur fan la grâce de les adopter pour
enfants, en sorte que comme noua avons eu «le Dieu par -on image, ainsi nous soyons appelés à l'adoption pat ii génération de son Fils... Soyei parfaits comme votre P
-le est parlait. Que B*il est parfait, Selon la plénitude >i
majesté, soyons parfaits, en noua rapprochant de lui par nos prodana la vertu '»). »
. Plein d'admiration pour celle doctrine, -ami Jean l'enseigne ta**** - (i lien, .m / : . . kn . ~.
(<> ua. s. / .3.
aux chrétiens : « Voyez, leur dit-il, quelle grande charité Dieu le Père a eue pour nous ; il veut que nous soyons appelés ses enfants et que nous le soyons en effet. Mes très-chers enfants, nous sommes maintenant les enfants de Dieu ; et il n'a pas encore paru ce que nous serons. Nous savons que, lorsqu'il apparaîtra, nous serons semblables à lui ; parce que nous le verrons comme il est (l). »
« Considérez quelle dignité c'est dans le monde d'être fils d'un prince, d'un roi, d'un empereur; rien n'est plus grand, puisque c'est être élevé au-dessus de tous les autres hommes du royaume; et, sachez qu'il en est de même dans les choses divines, que rien n'est plus grand que d'être le fils de Dieu. Etre fils de Dieu est donc infiniment plus que d'être roi, pontife, empereur, maître du ciel et de la terre, et même plus que d'être ange, archange, chérubin ou séraphin. Combien cette filiation de Dieu doit donc être ambitionnée, reçue avec empressement, conservée avec sollicitude et recherchée avec ardeur, si on l'a perdue ! Quelles grandes actions de grâces les justes ne doivent-ils pas rendre à Dieu pour ce bienfait ? Avec quelle grande confiance, quel amour et quel respect ne doivent-ils pas se conduire continuellement avec Dieu, comme des enfants avec leur père ? »
Nous avouerons que nous n'avons rien trouvé d aussi profondément pensé et aussi nettement rendu que celte admirable dissertation sur la dignité de la filiation divine. Nous croyons, avec son savant auteur, que peu de chrétiens la connaissent, et moins encore l'apprécient comme elle le mérite. Habert, dans son Traité de la Grâce, fait la même plainte, puis il ajoute que le défaut d'instruction sur ce sujet fait peut-être autant de mal à la Religion que l'hérésie. Dira-t-on que les fidèles sont incapables de comprendre des vérités aussi élevées ? Mais il ne faut pas oublier que, tandis que la parole du prédicateur retentit à leurs oreilles, l'Esprit-Saint les éclaire intérieurement. Saint Paul ne cesse de prêcher ces hautes vérités aux premiers chrétiens, qui n'étaient pas plus instruits que ceux de nos jours. Mais, en même temps, il prie Dieu sans cesse de leur donner l'intelligence de ce qu'il leur annonce, de leur accorder des yeux surnaturels, pour voir combien grande est la récompense promise aux serviteurs fidèles.
Ces réflexions, si importantes pour le temps où vivait ce célèbre théologien, ne le sont pas moins pour notre époque.
(i) I. Joao., 3,1.
i\2 CORotl URES.
.'I! Dt CHRÉTIEN, SCBLIM1T1 DE L'ÉGLISE, EXPLIQUÉES l'\l
Ml SSIBURS,
« Je tirerai mon raisonnement de deui excellents discours ii< ninl Augustin. Le premier, c'est 1«' dix-neuvième traité sur saint Jrnii •. le second, c'est le Bermon <li\-liuit île- paroles de l'Apôtre. Ce grand homme, aux lieux allégués, distingue en l'âme deui sortes de vie : l'une est celle qu'elle communique au corps : l'autre i -i celle dont elle %it elle-même. Comme l'âme est la Nie «lu e
- tint évêque enseigne que Dieu est sa vie. Pénétrons, ^'il vous plaît, -;i pensée. L'âme ne pourrait donner la vie! nos eorpi elle i)';i\;iii ces trois qualités. Il faut, premièrement, qu'elle soit plus noble ; car il est plus noble de donner que de recevoir; il f.uit. en Becond lieu, qu'elle lui soil unie : car notre vie ne peiK point être hors «le noua : il fau( enfln, qu'elle lui communique des opérations que le corps ne puisse exercer sans elle ; car la vie consiste principalement dans l'action. Ces trois choses paraissent clain ment en nous : ce corps mortel, dans lequel non- \i\on<, m vous le sépares de son âme, qu'est-ce nuire chose qu'un tronc inutile «'t qu'une masse de boue ! Mais sitôt que l'âme lui est coujomie. il se remue, il volt, il entend, il est capable de toutes les fonctions «le la Me. Si je vous Fais voir maintenant que Dieu lait, i i égard de l'âme, la même chose que ce que l'âme fait i IV «lu corps, vous avoueras sans doute que. tout ainsi que l'âme est la vie du corps, ainsi Mien est la Nie de l'âme : et la proposition «le -.uni Augustin èritable. Voyons ce -qui est, et prouvons
tout solidement par les Bcritut
1 i premièrement, que Diea soil plus noble < i plus éroinont que nos .mu i perdre le temps de vous !<• prouver, pour ce
qui regarde l'union «le Dieu avec nos esprits, il n'] .t non plu
4ieu d'en douter, après que l'Ecriture a dit tant de fois « que Dieu viendrait en nous, qu'il ferait sa demeure en nous (1), que nous serions son peuple, et qu'il demeurerait en nous (2) ; » et ailleurs que, « qui adhère à Dieu est un même esprit avec lui (3) ; » et enfin, que « la charité a été répandue en nos cœurs par le Saint- Esprit, qu'on nous a donné (4). » Tous ces témoignages sont clairs et n'ont pas besoin d'explication.
» L'union de Dieu avec nos âmes étant établie, il reste donc maintenant à considérer si l'àme, par cette union avec Dieu, est élevée à quelque action de vie dont sa nature ne soit pas capable par elle-même. Mais nous n'y trouverons point de difficultés, si nous avons bien retenu les choses qui ont déjà été accordées. Suivez, s'il vous plait, mon raisonnement ; vous verrez qu'il relève merveilleusement la dignité de la vie chrétienne. Il n'y a rien qui ne devienne plus parfait en s'unissant à un être plus noble : par exemple, les corps les plus bruts reçoivent tout à coup un certain éclat, quand la lumière du soleil s'y attache. Par conséquent, il ne se peut faire que l'àme, s'unissant à ce premier être très-parfait, Xrès-excellent et très-bon, elle n'en devienne meilleure. Et d'autant que les causes agissent selon la perfection de leur être, qui ne voit que l'àme étant meilleure, elle agira mieux ? Car, dans cet état d'union avec Dieu, que nous avons montré par les Ecritures, sa vertu est fortifiée par la toute-puissante vertu de Dieu qui s'unit à elle; de sorte qu'elle participe, en quelque façon, aux actions divines. Cela est peut-être un peu relevé; mais tâchons de le rendre sensible par un exemple.
» Considérez les cordes d'un instrument : d'elles-mêmes, elles sont muettes et immobiles. Sont-elles touchées d'une main savante, elles reçoivent en elles la mesure' et la cadence, et même elles la portent aux autres. Cette mesure et cette cadence, elles sont originairement dans l'esprit du maître ; mais il les fait en quelque sorte passer dans les cordes, lorsque les touchant avec art, il les fait participer à son action. Ainsi l'àme, si j'ose parler de la sorte, s'élevant à cette justice, à celle sagesse, à cette infinie sainteté, qui n'est autre chose que Dieu; touchée, pour ainsi dire, par l'Esprit de Dieu, elle devient juste, elle devient sage, elle devient suinte , et, participant selon sa portée aux actions divines, elle agit saintement, comme Dieu lui-même agit saintement. Elle croit en Dieu, elle aime Dieu, elle espère en Dieu ; et lorsqu'elle croit en Dieu, qu'elle aime Dieu, qu'elle espère en Dieu, c'est
M) Joan., H, 23. — (2) LeyM., 26, 12. — (3) I. Cor., (5, 17. — (i) Rom., S, 3.
Pieu qui fait en elle celle f. » i . i elle e-péranee. .1 ee s ; 1 i n t
ur. C'esl pourquoi l'Apôtre nous «lit que « Dieu rail en nous le vouloir ei le Mre (P : » c'est-à-dire, -i nous le savons bien comprendre, que nous ne raisons le bien que par faction qu'il nous donne : noua ne voulons le bien que par la volonté qu'il opère en !inu<. Donc toutes les actions chrétiennes 90m des actions divines et surnaturelles auxquelles rame ne pourrait parvenir, n'était que Dieu, B'unissanl à elle, les lui communique par le Saint-Esprit qui est répanda dans nos eœtrrs. De plus, ces actions que pi.u hit en nous, ce sont aussi actions de vie, ei même de vie éternelle. Par conséquent, on ne pèul hier que Dieu, s'unissanl à nos âmes, mouvant ainsi uns âmes, M loit véritablement la vie de nos âmes l.t e'e-i la, -i nous l'entenddns, la nouveauté «le vie dont parle r \potre S .
» Passons outre maintenant, ei ili-iui- : Si Dieu est notre vie, e qu'il agit en nous, parce qu'il nous fait vivre divinement, es nous rendant participants «les actions divines; il est absolument nécessaire qu'il détruise en nous le péché, qui, non seulement nous éloigne de Dieu, mais encore nous fait vivre eomme des liéie<, hors de la conduite de la raison. El nin-i . chréti élevons nos cœurs, < I puisque, dans cette bienheureuse nouveauté de vie, nous devons vivre « I agir selon Pieu, rejetons loin de nous le péché qui nous fait vivre eomme des bêtes brutes, « t Bimons la justice de la vertu, par laquelle nous sommes participants, comme dit l'apôtre saint Pierre, «le la nature < 1 ï x a quoi :
exhorte saint Paul, quand il «lit : ■ Si nous vivons de l'Esprit, marchons en Esprit: ■ Si Spiritu vivirmu, Spiritu n ambulemus; c'est-à-dire -i !»■ -ik vivons d'une vie divine, faisons «les actions <lid'une \ie divine. SI l'Espril «le Pieu nous anime, laissons ht chair et ses convoitises, et vivons comme animés de l'Esprit «le Dieu, .faisons des œuvres convenables è l'Espril «le Pieu -. ei comme ]i -11- hrisl esl ressuscité par la gloire du Père, ainsi marcl en nouveauté de \ie (3 . »
Pans une lettre s une demoiselle de Mets, il explique ainsi la
nature de l'Eglise : « Je tDC luis iTOUVé ee malin avec le loisir «'t
une disposition de eœur plus prochaine, pour lécher de vous
re touchant les articles que vous m'avei envoyi J'j al pensé dei ut Po u. « t voici ce qu'il m'a donné : il sait pourquoi, et le fruit qu'il en veut tirer pour vous soutenir; 9a volonté s"it faite I • L'unité <l«' l'Eglise: son modèle est l'unité des trois divines
t hrrlicnnf.
personnes. Jésus a dit : Quils soient un comme nous ! Trois sont un dans leur essence, et par conséquent un entre eux.
» Tous les fidèles un en Jésus-Christ, et par Jésus-Christ un entre eux ; et cette unité, c'est la gloire de Dieu par Jésus-Christ, et le fruit de son sacrifice.
» Jésus-Christ est un avec l'Eglise, portant ses péchés ; l'Eglise est une avec Jésus-Christ, portant sa croix.
» L'Eglise, dit le Saint-Esprit dans les Actes, n'a qu'un cœur et qu'une àme ; c'est un grand mystère, que cette unité du cœur chrétien. En cette unité de cœur, la charité ne trouve plus de distinction ; elle embrasse également tous les membres, quant à la disposition intérieure, ne les voyant qu'en Jésus-Christ, quoique l'application soit différente, selon la mesure des besoins.
» Jésus-Christ sera tout en tous dans le ciel, et il paraîtra davantage où il y aura plus de gloire ; ici, Jésus-Christ est tout en tous, et il parait davantage où il y a plus d'infirmité. C'est le mystère de la croix. Am<n à Dieu, qui nous l'a révélé.
» Il faut regarder Jésus-Christ dans toutes les faiblesses, parce qu'il les a toutes ressenties ; et même dans tous les péchés, et de nous et de nos frères, parce qu'il les a tous portés.
» En l'unité de l'Eglise, parait la Trinité en unité : Le Père, comme le principe auquel on se réunit; le Fils, comme le milieu dans lequel on se réunit; le Saint-Esprit, comme le nœud par lequel on se réunit; et tout est un. Amen à Dieu, ainsi soit-il. » Dans l'unité de l'Eglise, toutes les créatures se réunissent. Toutes les créatures visibles et invisibles sont quelque chose à l'Eglise. Les anges sont ministres de son salut ; et par l'Eglise se fait la recrue de leurs légions, désolées par la désertion de Satan et de ses complices ; mais, dans cette recrue, ce n'est pas tant nous qui sommes incorporés aux anges, que les anges qui viennent à notre unité ; à cause de Jésus, notre commun chef, et plus le nôtre que le leur,
• Même les créatures rebelles et dévoyées, comme Satan et ses anges, par leur propre égarement et par leur propre malice, dont Dieu se sert malgré eux, sont appliquées au service, aux utilités et à la sanctification de l'Eglise ; Dieu voulant que tout concoure à l'unité, et même le schisme, la rupture et la révolte. Louange à Dieu, pour l'efficace de sa puissance, et tremblcmcnlde cœur pour ses jugements.
» Les créatures inanimées parlent à l'Eglise des merveilles de Dieu ; et, ne pouvant le louer par elles-mêmes, elles le louent en l'Eglise, comme étant le temple universel, où se rend à Dieu le