poésie a pour but d'exprimer av< i D( g el force
des peoaées nobles et des sentiments élevés. Or, rien n'est plus
propre a in-pinr le po. le, BOUS le double point de \ue «lu fond et
de ut forme , que ls gréée, qui est une partleipation h la nature
divine, une participation S la >«i«ncc, a la ptUSSaDtS, a la bc.uilé de 1»
une perlons pas dn.poétequJ ne cherche qu'à exalter les
mauvaises passions de l'homme ; sa muse, au regard effronté et lascif, le sein découvert, ne trouve le bonheur que dans l'immonde volupté ; ou bien, plus retenue et moins dévergondée, elle cache sous des expressions modestes, ce qu'elle rougirait de dire plus ouvertement. Cela ne peut pas être b^au, puisque la beauté résulte de la proportion, de l'ordre, de l'harmonie. Mais, quand les péchés capitaux ont-ils été la cause ou l'effet de l'ordre et de l'harmonie ? Ceux qui trouvent cette poésie belle, doivent aussi trouver beau l'enfer.
L'auteur du Génie du Christianisme compare Homère avec la Bible, sous les rapports de la simplicité, de l'antiquité des mœurs, delà narration, de la description, des comparaisons et des images, et du sublime ; suivant lui, bon juge en pareille matière, les auteurs sacrés ne le cèdent en rien au poète de Chio. Nous voudrions pouvoir toui citer, mais il faut nous contenter de quelques passages.
« Les descriptions d'Homère sont longues, soit qu'elles tiennent du caractère tendre, ou terrible, ou triste, ou gracieux, ou fort, ou sublime.
« La Bible, dans tous ses genres, n'a ordinairement qu'un seul trait ; mais ce trait est frappant, et met l'objet sous les yeux.
« Les comparaisons homériques sont prolongées par des circonstances incidentes ; ce sont de petits tableaux suspendus au pourtour d'un édifice, pour délasser la vue de l'élévation des dômes, en l'appelant sur des scènes de paysages et de mœurs champêtres.
« Les comparaisons de la Bible sont généralement exprimées en quelques mots : c'est un lion, un torrent, un orage, un incendie, qui rugit, tombe, ravage, dévore. Toutefois, elle connaît aussi les comparaisons détaillées ; mais alors elle prend un tour oriental, et personnifie l'objet, comme l'orgueil dans le cèdre, etc.
« Enfin, le sublime, dans Homère, naît ordinairement de l'ensemble des parties, et arrive graduellement à son terme.
« Dans la Bible, il est presque toujours inattendu ; il fond sur vous comme l'éclair ; vous restez fumant et sillonné par la foudre, avant de savoir comment elle vous a frappé.
« Dans Homère, le sublime se compose encore de la magnificence des mots en harmonie avec la majesté de la pensée.
« Dans la Bible , au contraire, le plus haut sublime provient souvent d'un contraste entre la grandeur de l'idée et la petitesse, quelquefois même la trivialité du mot qui sert à la rendre. Il en résulte un ébranlement, un froissement incroyable pour l'âme ;
m LLAIRBS.
car, longue, exalté par li pensée, l'esprit s'élance dans les plus haut) soudain l'expression, au lien de le soutenir, le
se tomber du ciel en terre, et le précipite du sein de Dieu dans l«- limon de eel univers. i.<-\\r sorte « l « - sublime, le plus impétueux de tous, convient singulièrement ;i un Etre immens formidable, qui louche à la fois sus plus grandes et aux plus petite- choses i). »
La poésie humaine ne saurait décrire et chanter que la nature humaine, ou quelque objet pris dans l'ordre naturel. I e poète, s'il s 'lu génie el de la vertu, au lieu de se traîner dans la boue, place bu lieu le plus élevé du monde, C'est <ie là qu'il contemple toute la création, les hommes et les choses ; son regard, vif et perçant, découvre, dans un immense horizon, une infinité d'objets qu'il décrit avec vie et chaleur; ses tableaux sont vrais et animés : c'est la nature prise sur le fait, et représentée ou chantée par le génie.
pendant, une distance Infinie le sépare encore du génie tholique. Celui-ci B'éléve sur les ailes «le la foi, de l'espérai] de la charité, jusqu'à l'être infini, jusqu'à Dieu. Là, il considère . les tj pes de tous h - <ircs ; il les étudie, ces êtres, non plus dans ce qu'ils lui paraissent, mais dans la pensée de l'Eternel, dans le Verbe divin, par qui tout s été fait. Un regard de son intelligence, fortifiée et agrandie par la grâce, embrasse tous les cieui ' i tous les mondes : alors il chante, comme David, la beauté odeur de la Jérusalem céleste, la lutte incessante de l'homme vertueux, ses douleurs et ses joies, ses victoii combats; à la suite du prophète de Patmos, il va mesurer, avec une toise d'or, les mur- de la i ité sainte ; il ose lev< - irds
suris Divinité elle-même assise sur son trône, tandis que des jeunes gens, vêtus de robes plus blanches que le lys, balancent des encensoirs d'or, el que des vieillards, prosternés Is face contre . répondent, Amen\ comme [sale, il voit le Sublime qui habite l'éternité, qui crée les v< Dts et les u mpétes, le bien et le mal, en présence duquel les mondes ne sont que comme le grain de sable, comme la goutte de rosée qui tombe du calice d'une fleur, comme le léger mouvement qui fait pencher un des I de la
balance ; il pleure, avec Jérémie, sur le temple profané, sur les augu tnonies du culte méprisées, le- vierges, les femmes
et les vieillards traînés en captivité, les enfants «pu meurent de la
I) G ' nWninumf, î' pirl. ,
faim ou par le fer du bourreau ; il fait entendre, avec Job, les gémissements de la vertu persécutée, et célèbre le courage du juste qui a mis toute son espérance dans son Créateur et son Rédempteur ; en un mot, tout ce qui existe dans les deux ordres peut être l'objet de ses hymnes et de ses chants.
Plus d'une fois nous avons entendu d'excellents chrétiens affirmer que, sous le rapport littéraire et poétique, les écrivains sacrés et ecclésiastiques sont bien inférieurs aux auteurs profanes ; et, pour prouver cette assertion étrange, ils comparaient les harangues de Démosthènes et de Gicéron avec les Homélies des Pères. Ils ne s'apercevaient pas que cette comparaison était fautive ; car nous prouverions, de la même manière, la supériorité des premiers sur les seconds, en comparant les écrits d'Epictète avec les oraisons funèbres de Bossuet. Pour bien les juger, il faut les mettre en regard sous les mêmes rapports et dans le même genre. Or, nous serions curieux de savoir ce que l'antiquité profane peut opposer à l'éloquence de la chaire chrétienne. Où sont ses prédicateurs du dogme et de la morale ? Elle ne saurait en nommer un seul, à moins qu'elle ne cite quelques ouvrages de ses philosophes, où ceux-ci essaient d'expliquer leur doctrine philosophique. Mais à qui fera-t-on croire que les dialogues de Platon, les livres de Cicéron, de Naturâ Deorum et de Officiis, etc., etc., l'emportent, pour le fond et pour la forme, sur les discours et les homélies des Pères de l'Eglise, de saint Chrysostôme, de saint Basile, de saint Augustin, de saint Ambroise, de saint Jérôme, de saint Bernard, etc. ? Qu'on nous montre, même dans Démosthènes, un plaidoyer plus éloquent que celui de l'évèque Flavien à l'empereur Théodose, ou que les quelques pages de saint Chrysostôme en faveur d'Eutrope ? Selon nous, l'apologétique de Tertullien, cette magnifique défense des chrétiens, vaut mieux que les plus belles harangues des orateurs d'Athènes et de Rome. Enfin, que l'on compare l'éloquence de la chaire avec l'éloquence de la chaire, l'éloquence de la tribune avec celle de la tribune, l'éloquence du barreau avec celle du barreau, les philosophes avec les philosophes, les poètes avec les poètes, et l'on se convaincra que la littérature et la poésie catholiques sont à la littérature et à la poésie profanes, comme la doctrine de l'Eglise est au paganisme. Avouons-le donc, notre éducation toute païenne nous fait ignorer et méconnaître les trésors littéraires dont nous ont enrichis nos pères dans la foi.
Il n'est pas jusqu'à nos auteurs ascétiques, saint François de Sales, saint Jean de la Croix, sainte Thérèse, sainte Catherine de Sienne, sainte Catherine de Gênes, sainte Brigitte, etc., qui ne
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nous offrent de beaux modèles en CC genre, et qui ne réunissent souvent la sublimité de la pensée ;i la beauté et à l'élégance de l'expression. 1 1 iar langage, comme celui de l'Evangile et des auteurs Inspirés, est loal en Bgnrc : parée que, pour eux, la pierre, rberbe des ehampa, la fleur, l'arbre, l'insecte, l'oiseau, l'animal domestique, en un mot, chaque être visible est l'expression d'une pensée plus hante, d une idée divine.
Puisque la gTS.ee ne détruit pas la nature de l'homme, qu'elle la présuppose ei qu'elle perfectionne toutes ses facultés, son intelligence, son imagination et sa volonté, puisqu'elle le rend participant des perfections divines, et qu'elle lui découvre tout un noureau monde, le monde surnaturel et divin, il faut qu'elle élève la poésie et la littérature au même niveau, c'est-à-dire à leur plus liante puissance.
Dans son opuscule de la Grâce et de la Natun\ dont la lecture nous a fii i t entrevoir toutes les richesses de la grâce, le savant auteur de {'Histoire univergetU de l'Eglise catholique s'exprime ainsi en terminant :
« Que dirons-nous, après cela, de la poésie ? Mais, au fond, tout 1 1 1,1 i, en est-il point ? Ce magnifique ensemble des choses divines et humaines dans le Christ, n'est-ce pas l'histoire véritable, la vraie science des laits .' Comprendre cet ensemble, n'est-ce pas la vraie philosophie, la vraie sagesse ? Le sentir et le chanter, n'est-ce pas la poésie digne de ce nom ?
« Platon, non content de blâmer Homère et Hésiode d'avoir attribué aux dieui des choses qui ne sont ni vraies ni d'un bon exemple, les bannit de ss république, i a seule poésie que nous pouvoni admettre, disait-il, esi celle qui est propre a nooa donner de la Divinité une idée juste, et à nous rendre solidement ves>
tllt'UX.
« Voilà ce que disait Platon ; mais qui l'exécutera / Il bannissait de -.1 cité imaginaire Bomère et Hésiode avec leurs fables : mais qui tes bannira du monde réel .' Il voulait que la poésie chantai m qui es( vrai, ce qui « il juste, ee qui est bon, ee qui est honnête : mais qui lui fers connaître tout cela i Qui la débarrassera dk Itngi . de les vain< i illusions .' Qui lui donnera d<> connaît! de chanter avec assurance le vrai Dieu .' Ce ne sera ni Platon ni tte, mais Dieu seul. < »u plutôt la chose est déjà faite. Sans bannir Homère ni ses fables, la Providence a (ail beaucoup mieux . elle les a rendues non seulement sans péril, mais utiles encore j elle iM'ii- 1rs .1 laissées coumn' un jouet de l'enfance humaine, qui I elle -i l'homme faii la naïveté, la grâce, lea illusions du jeune
âge, et lui insinue ce qu'il doit être maintenant dans l'âge viril du catholicisme.
» Ce que Platon souhaitait, la poésie peut maintenant le faire. Dieu s'est manifesté et par lui-même et par ses œuvres. La poésie peut savoir ce qu'il est et ce qu'il a fait : elle peut le prendre même pour modèle. Poème veut dire littéralement, création ; poète, créateur. En un sens, Dieu est le vrai poète ; la création, le poème de Dieu. Le but de ce poème est la glorification de Dieu dans les créatures. Sa durée est le temps ; l'univers en est le lieu ; l'action marche d'une éternité à l'autre. Elle semble quelquefois suspendue, rétrograde même, mais elle avance toujours, emportant avec elle les siècles et les peuples Des obstacles se présentent qui paraissent tout renverser : la révolte d'une partie des anges, la chute de l'homme ; mais ces obstacles deviennent des moyens. Le Christ s'annonce et paraît : c'est le personnage principal. Il crée, il rachète ; il combat, il triomphe. Dieu et homme, esprit et corps, il unit, réconcilie tout en sa personne. Il est le principe, le milieu, la fin de toutes choses. Qui le connaît bien, entend facilement le poème de Dieu ; qui le connaît mal, l'entend mal ; qui ne le connaît pas du tout, ne l'entend pas du tout et se perd dans un fragment. Qui le connaîtrait et l'aimerait jusqu'à s'identifier en quelque sorte avec lui, jusqu'à le contempler, pour ainsi dire, dans son essence, celui-là comprendrait parfaitement tout le poème ; il en comprendrait non seulement l'ensemble, mais encore les détails ; il verrait que tout, jusqu'à un iota et un point, y est esprit et vie. La création entière lui serait' une poésie, une musique, où chaque mot, où chaque note est vivante et parlante. Ravi au-dessus de lui-même, il entendrait, il verrait, un saint nous l'a dit (1), comment toutes les créatures ont en Dieu la vie, le mouvement et l'être. Il verrait comment dans le Christ, si dissonnantes qu'elles paraissent, elles forment une harmonie ineffable. La vue d'un oiseau, d'un brin d'herbe, suffirait pour éveiller en lui, comme en François d'Assise, le sentiment de ce divin concert. Son âme en extase, comme il est arrivé à sainte Thérèse, s'exhalerait spontanément en stances poétiques.
« Ah ! quand est-ce que nous verrons des poètes répondre à leur sublime vocation ? Quand s'élcvcront-ils, par la vivacité de leur foi et de leur amour, jusque dans le sein du Poète éternel ? Quand se disposeront-ils, par la pureté de leur cœur, au souffle divin de
(1) Saint Jean de la Croix.
COROLLAIKI IS.
l'Esprit vivant qui anima les prophètes ? Ils se plaignent qu'il ne Unir rettfl plus rien I chanter. Et les plus célèbres jusqu'ici n'ont fait que bégayer quelques vers du poème infini de Dieu ! »