De l'oreille
L'essai que je présente est la première partie d'un travail plus étendu qui devait offrir une Monographie complète : Tanatomie et la physiologie de l'oreille en sont l'objet principal ; la dernière devait comprendre la pathologie du même organe. A cet effet , j'avais rassemblé quelques matériaux ; mais , convaincu de la nécessité de soumettre les résultats que j'allais exposer à une plus longue épreuve de la réflexion et de l'expérience , épreuve indispensable aux sciences d'observation , j'ai séparé de cet essai l'étude des maladies de l'oreille. Je recueillerai de nouveaux faits , et m'appliquerai à en disposer l'ensemble, pour le publier dès qu'il me paraîtra digne de l'intérêt et de la confiance que devraient toujours inspirer les ouvrages sortis de la plume des médecins.
Ce court préambule me justifierait de l'importance trop exclusive que je paraîtrai, aux yeux de certaines personnes , accorder aux sciences de Tanatomie etdela physique; mais, je ne crains pas de l'avouer, l'union de l'art de guérir et des sciences exactes me paraît utile à ses progrès, et propre à inspirer une plus grande confiance dans les résultats qui lui appartiennent. Il ne faut point accuser Tanatomie des erreurs auxquelles se sont abandonnés quelques esprits trop facilement prévenus , expliquant par un mécanisme grossier les fonctions les plus secrètes de Técozjomie animale. L'extension abusive des résultats
les plus certains des sciences exactes , ne saurait excuser la proscription à laquelle certains médecins les ont condamnées ; il serait également injuste de les rejeter sous le vain prétexte de leur médiocre importance actuelle , ou de leur .attribuer la cause de notre impuissance à en (étendre l'application. Socrate condamnait l'étude de la géométrie qui lui paraissait une distraction frivole Il ne prévoyait pas que les
propriétés abstraites des lignes et des nombres seraient appliquées par un génie immense à la découverte d'une grande loi de l'Univers. Espérons , pour l'art de guérir , une heureuse iniiuence de la culture de toutes les sciences , et de la bonne direction imprimée à tous les esprits généralement éloignés aujourd'hui des simples spéculations.
L'acoustique , rapidement enrichie par les belles recherches de M. Savart, n'offre un corps entier de doctrine dans aucun traité de physique. Les matériaux de cette science renouvelée sont répandus dans les mémoires de ce médecin savant et laborieux que l'Académie de Paris vient de s'associer , dans les ouvrages classiques de MM. Chladni , Biot.... , et dans les détails d'une haute analyse traitée par MM. Laplace et Poisson; Je les ai rassemblés pour en déduire l'exposé des lois du mouvement vibratoire. Fidèle au titre de cette première division de mon travail, j'évite de me livrer à aucune discussion des phénomènes.
Le domaine de l'anatomie s'agrandit chaque jour davantage par le concours des travaux auxquels participent des savans de toutes les nations ; chaque jour de nouvelles découvertes changent l'état de nos connaissances sur l'orgar
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nisation. Dans l'exposé anatomique qui com-> pose la seconde division de cet essai , je n'ai rien négligé pour profiter des observations délî* cales et nouvelles dont l'oreille a été l'objet J'ai consulté tour-à-tour et comparé les cuivrages de Duverney , Yalsalva , Morgagni , Cotuguo i
Geoffroy, Vicq-d'Àzyr, Camper , et ceux
de MM. Cuvier, de Blainville, Cloquet, Scarpa,
Weber , Pohl Ces recherches m'ont permis
de rectifier quelques erreurs relatives à l'histoire de l'anatomie. Quelques-unes de mes remarques intéressent des auteurs vivans ; je me plais h penser qu'ils voudront bien ne me supposer d'autre intention que celle de rendre hommage à la vérité : je n'ai pas eu le dessein de les priver du mérite de leurs travaux. La forme de tableaux que j'ai adoptée me dispense d'entrer dans des descriptions trop minutieuses qu'il ne me convenait pas d'entreprendre ; elle jouit d'ailleurs de l'avantage sur toutes les autres , d'offrir d'une manière plus commode les résultats utiles. Les faits se multiplient avec excès , et pour que l'esprit parvienne à les embrasser , il est indispensable d'en abréger l'étude par le choix d'une bonne méthode d'exposition,
L'anatomie pathologique, appliquée à l'organe de l'ouïe , ne présentait que des faits épars ; je les ai recueillis avec soin. J'ose croire que le tableau que j'en ai dressé est assez complet , et qu'il ne sera pas sans intérêt.
Je consacre la dernière section de cet écrit à la physiologie de l'oreille. Les recherches auxquelles je me suis livré m'ont convaincu que cette matière a été- traitée fort imparfaitement. La plupart des écrivains se sont bornés à répéter
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à peu près les mêmes erreurs sur le mécanisme? de l'audition, comme si l'élude de la faculté d'entendre se bornait à celle d'un seul fait , comme si la sensibilité acoustique n'était susceptible que d'un seul mode. J'ai cherché à rendre à cette partie de la science de l'homme toute l'importance qu'elle mérite : je ne me flatte point d'avoir réussi. Puissé-je au moins exciter sur un sujet aussi neuf et aussi attrayant l'attention d'un autre plus capable , et m'applaudir de m'ëtre ainsi rendu indirectement utile à la science ! Lorsque j'ai trouvé des contradicteurs , je les ai combattus avec toute la modération que devait me conseiller une juste défiance de mes forces , mais sans renoncer au droit , ou mieux au devoir de penser et d'écrire avec indépendance.
Envisagé comme je l'ai fait , mon travail de^ vait se compliquer de l'indication d'un grand nombre d'ouvrages. J'aurais désiré de supprimer sans inconvénient tout ce luxe d'érudition auquel je suis peu attaché ; mais j'ai dû le conserver pour garantir mes assertions.
En terminant cette courte analyse , je ne puis me dispenser de témoigner ma reconnaissance à M. le docteur Fages , Agrégé près la Faculté de Montpellier , pour les excellens conseils qu'il m'a communiqués avec toute la franchise de l'amitié , et pour l'extrême obligeance avec laquelle il a mis à ma disposition les secours d'une bibliothèque riche et choisie.