MODES DE PRODUCTION DU SON
Il est plusieurs manières d'exciter le mouve^ ment vibratoire auquel est attachée la production du son ; mais on peut les rapporter toutes au frottement et à la percussion.
Le frottement peut être exercé sur les corps Solides et fluides : dans le premier cas , on se sert en général d'un archet que Ton promène constamment dans le même sens ; c'est de cette manière que l'on fait vibrer les lames et les verges métalliques, la plupart desinstrumens à cordes...; on parvient à exciter les vibrations des tubes et des lames de verre par la friction avec une pièce de drap recouverte de poudre de colophane, ou simplement avec les doigts mouillés: ce procédé, convenablement modifié, est employé dans le jeu de l'harmonica. On applique le frottement aux liquides et aux gaz, lorsqu'on fait usage d'un courant de fluide, constant pour la vitesse et là direction , à l'aide duquel on ébranle une portion du même fluide, circonscrite par des surfaces solides : le jeu des flûtes, l'exercice delà voix.... , supposent de tels frottemens.
On connaît un cas très -remarquable de pro-
(i) Bacon, Syba sykarum, cent, a,
duclion naturelle du son, dans lequel le frotte* ment est employé : on entend à Nakous , près de la mer rouge, des sons périodiques, comparables à ceux d'une harpe éolienne , et qu'un ancien préjugé , répandu dans les pays eîrconvoisins, fait regarder comme un appel à la prière de tous les Grecs d'un couvent souterrain. La montagne de ISakous, où le phénomène se produit , présente deux surfaces élevées de i5o pieds, parsemées de rochers, et recouvertes d'un sable qui glisse au moindre ébranlement, ou lorsque l'ardeur du soleil détruit sa faible adhérence. Les ébranlemens sonores paraissent tenir à cette circonstance, d'après M. Sulzen, qui a parcouru les lieux et observé de près le phénomène ; il a pu même le produire à volonté, et il lui a été facile de remarquer que l'intensité des sons se réglait sur la quantité du sable détaché , et par conséquent sur celle du frottement (i). G. Derham rapporte (2) par extrait la relation d'un voyage au mont Crapax, entrepris par D. Frœdlichius : on y lit que les pierres détachées du sommet des rochers les plus élevés tombaient avec un fracas épouvantable et un retentissement de toute la montagne.
(1) Voy. Annales de phys. et de ehim. , t. XXXIII.
(2) G. Derham, Théol. phys., t. L — Trad. franc. Leyde , 1769.
La collision des corps solides est mise en usage dans plusieurs instrumens de musique : le tamtam , les cymbales Les instrumens à anches présentent l'exemple d'un corps solide mis en vibration par un courant d'air. Les recherches de MM. Clément et Hachette , sur l'écoulement des fluides (i), leur ont fourni l'occasion d'observer un fait semblable , mais accompagné d'une circonstance particulière et très-remarquable : une lame mince, placée devant l'orifice qui sert à l'écoulement d'un courant de gaz , est maintenue parfaitement isolée dans tous les points de sa surface entre les pressions contraires du courant et de l'air atmosphérique , et exécute des vibrations appréciables à l'oreille.
La percussion peut être employée aussi à l'égard des fluides considérés comme corps sonores : une baguette vivement agitée dans l'air atmosphérique le détermine à vibrer, et , s'il faut en croire Vossius , on serait parvenu à jouer ainsi quelques airs (2). La roue armée de dents imaginée par Stancarius (3) , et la syrène , instrument ingénieux , décrit , il y a quelques années , par
(1) Clément et Hachette, Annales de phys. et de chim,, t. XXXV.
(2) J.-L. Roger , Traité des effets de la musique sur le corps humain , Paris , i8o3.
(3) De sono. De Bonon. scient, et art. instit, et acaa\ 73i.
M. Cngnard de Latour (i) , ne parviennent à exciter des sons que par la percussion que l'air ou l'eau en éprouvent. Les détonnations gazeuses qui ont lieu pendant la combustion de la poudre de chasse ou des poudres fulminantes..., offrent des exemples d'une percussion sonore des gaz réagissant en Ire eux. Le phénomène des tubes sonores est du même genre : on sait que la combustion d'un jet de gaz hydrogène, d'oxide de
carbone dans un tube de verre , de papier.... ,
s'accompagne de la production de sons quelquefois très-purs. Les physiciens avaient différemment interprété ce fait , les uns rapportant les vibrations au tube lui-même frotté dans le sens de sa longueur par un courant d'air atmosphérique ascensionnel et rapide ; les autres admettant des condensations et des expansions alternatives de la vapeur d'eau ; mais M. Faraday (2) , après avoir analysé de nouveau le phénomène et l'avoir soumis à quelques expériences , le fait dépendre d'une suite non interrompue d'explosions produites par la combustion de la matière inflammable.