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DES ONDES SONORES VENUES DU CRANE

Certaines expériences classiques ont fait admettre l'issue des sons crâniens dans l'air ambiant par le tuyau auriculaire. Le son se propage en tous sens ; le diapason que l'on applique sur le vertex étend ses vibrations sonores vers tous les points du crâne, où l'observateur peut les recueillir et les entendre au moyen d'un conducteur tel que l'otoscope (tube de caoutchouc garni d'embouts de buffle à chaque extrémité).

Ainsi, c'est tantôt à droite par le méat auditif de ce côté, tantôt à gauche, qu'avec l'otoscope on peut constater le passage d'un son plus intense, suivant que le corps sonore est plus proche de l'une ou de l'autre oreille ; mais le son est répandu partout et perceptible par l'investigateur sur toute la surface du crâne.

Le point où l'on perçoit la sensation maxima au moyen du tube conducteur est toujours le méat auditif.

On sait depuis longtemps que la sensation éprouvée par le sujet est beaucoup plus forte si le méat est fermé.

La voix est, dans ces conditions, douée d'une

résonnance particulière et beaucoup plus intense.

La montre que l'on a posée au contact de la dent

incisive supérieure droite, par exemple, donne aus-

sitôt qu'on oblitère ce conduit, un son très amplifié. Le son du diapason en vibration appliqué au front, quand on le laisse peu à peu s'éteindre et disparaître, renaît aussitôt qu'avec la pulpe du doigt on ferme doucement le conduit auditif externe. Si l'on n'a pas attendu son extinction complète et qu'il ait seulement subi un affaiblissement. sensible, on peut percevoir très nettement un renforcement dans l'intensité du son du diapason.

Telle est l'expérience ; tel est le fait. J'ai institué sur le cadavre une série d'expériences probantes pour éclairer la discussion très sérieuse à laquelle les auteurs se sont livrés pour expliquer le fait. De plus, clinicien avant tout, j'ai cherché à tirer de ces données physiologiques un ensemble -de signes précieux dans l'analyse des troubles physiques ou fonctionnels de l'organe de l'ouïe.

Et d'abord quelle est la raison de ce phénomène? Lucse s'est arrêté à cette opinion que le geste d'apposer le doigt sur le trou auditif suffit à condenser la colonne d'air incluse dans le tuyau auditif, et par suite à comprimer le labyrinthe ; de là naîtrait pour lui l'accroissement de la sensation.

Il y a deux choses à prouver dans cette opinion : 1° la compression du tympan, quand on fait seulement le mouvement de boucher le méat ; et 2", que l'effet de cette pression se trahit par un accroissement de l'audition. Nous allons étudier ces deux phénomènes expérimentalement.

L'opinion de M. Lucse n'a pas été admise par tout le monde. Hinton, entre autres, dans les annotations placées à la fin du livre de Toynbee, indique un procédé qui permet, selon lui, d'éviter la compression du tympan, et par lequel cependant le renforcement se produit également ; voyons le fait :

Si, le diapason étant posé sur le front du sujet, on ausculte au moyen d'un tube do caoutchouc qui réunit l'oreille du patient à celle de l'observateur, 'on entend le son apporté par le tube : ce son

part de l'oreille, car il cesse si l'on pince le tube de façon à effacer sa lumière.

En pinçant le tube auprès de l'oreille du sujet, celui-ci perçoit aussitôt un renforcement du son du diapason, tandis que l'observateur n'entend plus rien.

D'après quelques physiologistes, c'est l'arrêt des ondes sonores et leur reflux vers l'oreille, d'où elles sortent, qui cause le renforcement du son. (Hinton.)

Qui a raison, de Lucas, convaincu que c'est par suite de la compression du tympan que le fait se produit, ou de Hinton, qui, au moyen du tube appliqué au méat, croit éviter toute pression, et constate cependant la production du phénomène ?

L'expérience suivante permet de comprendre la valeur des deux opinions, et de les discuter. Sur une tête d'enfant bien conformée, enlevez l'encéphale ; ouvrez une fenêtre au canal semi circulaire supérieur droit, par exemple; tenez cette plaie béante, humide, baignée ; et dirigez un rayon de lumière sur celte gouttelette de liquide qui couvre l'ouverture laite au labyrinthe ; la moindre oscillation de la surface miroitante sera rendue ainsi très visible et très sensible. Ceci fait, posez doucement la pulpe du doigt indicateur sur l'orifice du méat, sans enfoncer, ni presser, ni déprimer les tissus; sans quitter des yeux le point lumineux , aussitôt la tache Lumineuse oscille. La pression, si légère soitelle, a suffi à ébranler le délicat appareil de l'ouïe. Le labyrinthe de cette tête, toute fraîche encore, a conservé sa mobilité ; et la pression effectuée sur le tympan a été transmise intégralement, rapidement. Celle-ci se transmet à volonté au vestibule et à l'oreille interne par suite de la tension générale de tout l'appareil aidé de sa mobilité et de son élasticité excessive.

Le mouvement est instantané ; la corrélation intime ; l'effet très évident ; la cause presque inap-*

préciable ; une apposition de la pulpe du doigt sur le tube auditif ; le marteau du piano n'obéit pas plus vite à la percussion sur la touche d'ivoire. Politzer a bien décrit une expérience de ce genre où la douche d'air faite soit par la trompe d'Eustache, soit par le méat externe, cause des mouvements évidents de la colonne liquide contenue dans un lube vissé au canal demi-circulaire supérieur ; mais là, la pression est faite à dessein ; c'est un effet voulu, cherché. L'auteur a voulu prouver la transmission au labyrinthe des mouvements tympaniques et son expérience a réussi.

Ici, nous fermons le méat, plutôt que nous ne le comprimons, et cependant il y a un mouvement transmis. Lucas aurait donc raison , au moins dans la première partie de son hypothèse, l'action du geste d'occlusion sur le tympan? cela semble probable.

Cette pression tympanique et labyrinthique a-telle pour effet l'accroissement, le renforcement et le réveil de la sensation ? Telle est cette deuxième question subsidiaire, importante, comme on le voit, à élucider.

Revenons à Hinton et à ceux qui, comme moi, ont pensé jusqu'ici que la cause de ce' phénomène sonore réside dans l'obstacle à l'écoulement vers le dehors des ondes sonores, qui sont alors, pour ainsi dire, perçues deux fois par résonnance. 11 s'agit de savoir si, au moyen du tube, le fait de la pression sur le tympan ne se produit plus.

Tout étant disposé, comme tout à l'heure ; au lieu de mettre le doigt au méat, faisons-y pénétrer un tube de verre garni d'un anneau de cire jaune, qui facilite l'adhérence et rend le bouchage hermétique. A ce tube de verre est attaché un fragment de tube de caoutchouc. Pressez ce tube, effacez sa lu- , mière; on ne constate rien ; aucun mouvement delà tache lumineuse de la petite fenêtre faite au canal demi-circulaire ne trahit une action sur le tympan.

Le procédé d'Hinton enlève donc cette cause d'erreur ; il empêche cet effet, et montre bien que l'opinion de Lucce n'est pas la vérité, car le renforcement du son ne s'en produit pas moins, quoique la compression labyrinthique n'ait plus lieu.

J'ai montré dans mon étude de la sensibilité acoustique au moyen du tube intra- auriculaire lue à la Société de biologie, que le renforcement du son peut être tel qu'il y ait déplacement complet du maximum, et que l'orientation soit renversée ; c'est-à-dire que si l'objet sonore est posé sur le front, à droite, par exemple, le pincé du tube inter-auriculaire près de l'oreille gauche, fait passer le maximum d'intensité à gauche, c'est-à-dire loin de la source du son, et même du côté opposé au siège du corps sonore. I! y a, par suite, dans cette petite expérience, déplacement de l'intensité maximum, qui sert à l'orientation, le corps sonore ne bougeant pas de place.

Cette pression si légère, qui passe inaperçue, qui ne se manifeste pas par l'oscillation du reflet de lumière de la gouttelette labyrinthique, n'a-t-elle donc aucun effet sur le contenu du labyrinthe?

On peut admettre que nos moyens d'investigation ne sont point assez délicats et qu'une fugitive pression est cependant transmise au centre acoustique. C'est une expérience à perfectionner peut-être? En effet, la moindre condensation du fluide aérien dans un espace aussi restreint augmente forcément la pression sur les parois : le tympan est une de ces parois et la seule mobile, et des plus sensibles et des plus vibratiles.

La condensation de l'air dans le tube auriculaire externe cause-t-elle l'accroissement de la sensation sonore ?

L'expérience répond, adaptez un tube au conduit hermétiquement clos. La montre est collée au front du même côté. Peu à peu, lentement, un aide armé d'une pince à pansement qui étreint le tube de caoutchouc glisse sur lui en s'avançant vers le su-

jet, par conséquent en diminuant peu à peu le volume d'air; donc il y a condensation de cet air. Or, au début de l'expérience, le son de la montre s'accroît manifestement; il y a plus, si l'on porte celleci au contact du tube auprès de l'oreille, il y a aussi un renforcement évident du son; l'air condensé donne lieu à une sensation plus énergique parce qu'il est meilleur conducteur du son.

Si l'on approche de plus en plus la pince du côté de l'oreille, l'air du tube se condense, et une pression sur le tympan est inévitable ; aussi alors y a-t-il une diminution notable de la sensation du bruit de la montre que transmet le crâne (montre à la bosse frontale).

Le premier effet est un renforcement ; le deuxième effet, un diminution du son. Une légère pression, tellement légère, que la vue ne la saisit point dans ses effets, peut donc suffire à accroître le son, sans dépasser les limites physiologiques et sans léser l'organe auditif.

On peut conclure de tout ceci que le renforcement du son par suite de l'occlusion du méat auditif peut reconnaître pour cause:

1° Une pression sur le tympan, amenant une tension plus accusée de tout l'appareil.

2° La résonnance du conduit, et l'obstacle à l'écoulement au dehors des ondes sonores.

LA MÉTALLO-THÉRAPIE

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