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SUR LA THÉRAPEUTIQUE DES MALADIES

La médecine n’aura atteint sa perfection que lorsqu’on pourra, par des signes certains, reconnaître le siège, l'étendue et la nature des altérations morbides, et fonder, surces données, une thérapeutique certaine.

Congl dérut ions générales sur le degré d’utilité de l’una-

ioinie pathologique dans le traitement des maladies.

Tout ce qui est clair, positif, et surtout satisfaisant pour la raison, en médecine, nous vient de l’anatomie pathologique; tout ce qu’il y a d’obscur, 'd’incertain, de pénible pour l’esprit, n’est dû qua l’absence des lumières qu’elle nous donne. Quoi Ide plus satisfaisant, en effet, que l’accord régulier Ides symptômes, des altérations des organes, et des effets de nos moyens thérapeutiques ! Quoi de plus pénible que le désaccord de l’un de ces élé-

menls avec les autres? Que peut-on désirer de mieux que de pouvoir juger, pendant la vie, par l’expression fonctionnelle, du développement, de l’état, du décroissement d’une altération viscérale, et de baser sur des données aussi sûres ses indications thérapeutiques? Quoi de plus regrettable que d’être privé de ces lumières, et d’être obligé de fonder son traitement sur des conjectures, sur les chances d’un vain hasard ! C est cependant à l’anatomie pathologique que nous devons de marcher avec celte assurance dans le traitement des maladies. Nier qu’elle ait eu celle intluence, c’est J nier le progrès de l’art; c’est nier que les tiavaux j des Bonel, des Valsalva, des Morgagni, des Senac, des Portai, des Corvisart, des Bayle, des Laennec et de beaucoup d’auteurs vivants, aient eu aucune ’ influence sur le traitement des maladies; c est niei j que l’étude de l’anatomie soit utile à quelque chose, j A quoi bon, en effet, connaître les organes sains, si ce n’est pour mieux apprécier leurs altérations? <. Bien plus, c’est nier que le diagnostic des maladies soit la meilleure source des indications de ti aile— ment ; c’est dire que pour traiter un malade, autant vaut ignorer ce qu’il a que de le savoir; cest termer les yeux à la lumière; c’est tomber dans l’absurde.

Dire que l’anatomie pathologique a éclairé le

diagnostic des maladies depuis près d’un siècle, c’est avancer un fait si évident que son énonciation est presque une trivialité. Dire que le diagnostic des maladies est la plus sûre base de leur traitement, que pour combattre une maladie il faut la connaître, c’est énoncer une vérité si simple, qu’on éprouve quelque pudeur à l’émettre. Tous les bons esprits sont d’accords sur ces points.

Qui le croirait? il s’est cependant trouvé de nos jours des médecins qui ont*osé nier l’utilité du diagnostic dans le traitement des maladies.

L’auteur d’un système moderne affirme que toutes les altérations organiques sont le résultat d’une même cause morbifique, l’irritation, et par conséquent qu’il est inutile de chercher à les distinguer les unes des autres; que tout diagnostic est inutile, puisque le traitement est toujours le même. Ceci doit se déduire rigoureusement de ce qui nous a été dit à nous-même à propos des affections du cerveau ; le raisonnement s’applique incontestablement à toutes les maladies, puisqu’elles sont les mêmes pour tous les organes :

« L’auteur s’occupe, en terminant son ouvrage, « à distinguer la maladie des congestions san- « guines cérébrales, des congestions séreuses ou « de l’hydrocéphale, des arachnitis, des apoplexies « nerveuses, auxquelles il ne croit pas, à mon avis,

« avec beaucoup de raison, des apoplexies san- « guines, des cancers du cerveau, des tumeurs « fongueuses de la dure-mère, des acéphalocystes « ou hydatides, des tubercules du cerveau, des « tumeurs osseuses des parois internes du crâne ;

« enfin, des affections admises comme nerveuses,

« telles que la syncope, l’asphyxie, la léthargie,

« l’épilepsie, la catalepsie.

« Toutes ces affections, excepté la syncope et l’as- « phyxie, sont, aussi bien que le ramollissement, des « effets de l’irritation cérébrale, et comme le traitement « de toute irritation de ce viscère est absolument le « même, ces nuances d’altération ne peuvent être con- « sidérées que comme des traces un peu différentes « d’une affection toujours la même, et non pas comme « des maladies de diverses natures. A quoi bon ser-

(( VIRAIT LA PRÉTENTION DE LES DISTINGUER AVANT « DE LES COMBATTRE? etC. 1 »

Un autre médecin, vraisemblement effrayé des résultats où pouvait mener l’abus du raisonnement, a été conduit à soutenir que l'empirisme seul, l'empirisme pur, devait diriger dans l'étude et dans la pratique de la médecine; et comme tout diagnostic défection interne ne peut être*que le résultat d’un

' Examen des doctrines médicales , etc., par F. -J. V. Brous sais, etc. A Paris, chez Méquignon-Marvis, 4821, p. 770.

travail intellectuel, il l’a d’abord considéré comme sujet à erreur, comme douteux et comme inconnu dans une multitude de cas; en second lieu, ayant vu guérir une foule de maladies sous l’influence du traitement le moins rationnel, il en a conclu que le diagnostic et le raisonnement ne pouvaient servir à rien, puisque l'expérience démentait presque constamment les données qu’ils pouvaient fournir.

Cependant, quoi de plus satisfaisant que la connaissance exacte, pendant la vie, du siège, de l’étendue et de la nature de la maladie? sur quels fondements plus solides veut-on en asseoir le traitement?

Pour apprécier toute l’influence de l’anatomie pathologique sur le traitement des maladies, il est donc nécessaire d’établir la valeur réelle du diagnostic local et différentiel dans les indications thérapeutiques. Si nous parvenons à prouver que le diagnostic local et le diagnostic différentiel fournissent pour le traitement les données les plus im-’ portantes, les plus sûres, les plus certaines, il demeurera démontré que l’anatomie pathologique, qui a éclairé cette espèce de diagnostic, a donné et donne tous les jours les indications les plus précieuses dans le traitement des maladies.

La certitude de la médecine se révèle à nous par le triple accord de la lésion fonctionnelle, de la

lésion organique et de l’action des puissances thérapeutiques. Le médecin ami de son art et de l’humanité éprouve de cet accord une satisfaction de conscience et d’amour-propre, qui résulte autant de la conviction acquise qu’il tient en lui le pouvoir inappréciable d’être utile à son semblable, que du sentiment d’avoir évité l’erreur, d’avoir trouvé la vérité.

Quoi de plus propre à produire cette satisfaction que de pouvoir dire : Il existe dans tel organe une lésion de telle étendue, de telle nature, et tel mode de traitement la fera disparaître?

Voyez ce malade : il éprouve une douleur profonde dans l’un des -côtés de la poitrine; le son rendu par la percussion est obscur dans cette région ; le murmure respiratoire s’y fait mal entendre; on y perçoit de la crépitation et du souffle bronchique, et cela dans une étendue donnée; la toux est suivie de crachats rouillés et visqueux. Le malade est fort, jeune ; la peau est chaude, le visage animé; le pouls bal avec force. L’anatomie pathologique vous a appris que dans ce cas un travail inflammatoire a appelé les fluides dans une portion du parenchyme pulmonaire; ce parenchyme pénétré de sang est rouge, friable, imperméable à l’air.

Vous le voyez pendant la vie; vous touchez l’altération au doigt; vous concluez que les moyens

capables d’enlever l’hypérémie diminueront et feront disparaître les accidents. Vous saignez le malade : la fièvre tombe; la douleur s’affaiblit et s’éteint; la crépitation cesse de se faire entendre, ainsi que la respiration bronchique; le murmure vésiculaire renaît; la toux diminue; la matière expectorée n’est plus sanguinolente ;. le son redevient clair par la percussion. Le malade guérit. Est-ce là de la certitude? est-ce là la perfection de l’art? Et ce sont les cas les plus ordinaires!

Veut-on un autre exemple non moins satisfaisant? Un individu, au milieu d’une santé brillante, tombe et perd connaissance ; sa face est rouge, animée; ses yeux saillants, ses lèvres injectées; ses artères temporales battent avec force; son pouls est plein, développé; la respiration fréquente. Ses sens sont insensibles aux impressions extérieures; une hémorrhagie s’est opérée dans le côté du cerveau opposé à la paralysie : il faut l’arrêter et favoriser l’absorption. Vous saignez largement le malade : la compression cesse, la connaissance revient; les sens sont impressionnés par leurs excitants propres; les phénomènes généraux diminuent d’intensité. La paralysie seule persiste, mais moins

profonde ; de jour en jour elle diminue et finit par

disparaître. L’anatomie pathologique vous a appris par quelles phases la lésion locale a passé pendant

la durée de la maladie; elle vous a dicléle traitement convenable. N’est-ce pas encore là le comble de la certitude de l’art, la dernière limite de sa perfection? et c’est à l’anatomie pathologique qu’on le doit ! Que n’en est-il de môme pour toutes les affections !

Les détracteurs du diagnostic local et différentiel pensent que les symptômes seuls suffisent pour établir le traitement; ils s’appuient sur l’exemple et l’autorité des médecins de l’antiquité, qui n’avaient pas d’autres guides dans leurs indications thérapeutiques, puisque l’anatomie pathologique leur était inconnue, et n’a guère pris naissance que vers la fin du xvne siècle. Voyons jusqu’à quel point leur opinion est fondée, et s’il serait vrai que les travaux de tant de génies modernes n’aient ajouté aucune richesse à l’art de guérir, et que leurs efforts n’aient eu d’autre résultat que de satisfaire une stérile curiosité.

Lcn KymptôineN seuls peuvent-ils eondiilrc a nu traitement

rationnel ?

11 est des hommes d’un esprit distingué qui soutiennent que les symptômes seuls peuvent donner des indications thérapeutiques suffisantes. Vous les voyez, dans leurs prescriptions, associer des médi-

caments dirigés contre chacun des phénomènes morbides présentés par le malade; ils appellent cela faire de la médecine analytique. L’un des plus célèbres médecins de l’école de Montpellier, Barthez, procédait ainsi : dans la pleurésie, par exemple, il administrait des médicaments contre la douleur, l’opium; contre l’inflammation, la saignée; des cataplasmes contre la chaleur, contre la fluxion. Il appelait cela de l’analyse, et ses disciples de crier à la merveille! J’ai vu des médecins donner à un malade des remèdes contre les suèurs, contre le dévoiement, contre l’infiltration, et j’ai vu de jeunes médecins admirer cette habile et savante médication.

Les partisans de la médecine du symptôme disent : Puisque les symptômes traduisent exactement au dehors la maladie locale et ses différences, qu’on se borne à étudier exactement les diverses espèces de symptômes, à quoi bon remonter plus haut? Lorsque l’expérience aura suffisamment démontré, par une série de faits assez nombreux, que tel groupe de symptômes se montre constamment dans un certain ordre, et guérit sous l’inlluence de telle médication, qu’a-t-on besoin d’en savoir davantage? Sans doute, si l’on pouvait parvenir à quelque chose de positif par celte manière de procéder; mais deux mille ans d’observation ont prouvé

qu'on ne pouvait arriver qu’à des erreurs par celle voie.

Mais encore ce raisonnement n’est-il que spécieux. Comment est-on parvenu à savoir que les symptômes traduisaient exactement telle lésion locale? C’est sans doute en voyant la lésion locale après avoir observé le symptôme. C’est donc à l’anatomie pathologique qu’on est redevable de savoir que tel symptôme ou tel groupe de symptômes constituent telle ou telle affection ; c’est donc l’anatomie pathologique qui est la source de toute certilude médicale; c’est donc toujours à elle qu’il faut remonter. Cela est si vrai, que même aujourd’hui les médecins les plus exercés dans l’art précieux, mais si difficile du diagnostic, sentent toujours la nécessité de recourir à l’ouverture du corps, lorsque le malade succombe, pour confirmer leur jugement, et que les bons esprits s’accordent enfin à reconnaître qu’il ne peut y avoir d’observation médicale complète, c’est-à-dire d’observation certaine, incontestable, sans ce contrôle irrécusable.

Mais prenons dans la symptomatologie quelques exemples pour faire toucher au doigt l’insuffisance des symptômes comme indications thérapeutiques.

Commençons par la digestion.

Un malade se présente avec une déglutition dif-

fîcile. Voilà un symptôme. Ira-t-on , d’après ce symptôme, indiquer un traitement? Non, sans doute. La difficulté de la déglutition peut dépendre de causes organiques fort différentes, d’inflammations très-variées, simples, spécifiques, d’ulcérations, de dégénérescences cancéreuses et autres, de compression mécanique exercée par une tumeur voisine, anévrysmatique ou autre; elle peut dépendre de la présence d’un corps étranger, de paralysie. Irez-vous dans tous ces cas faire le même traitement? Le symptôme est le même : c’est toujours la même difficulté de la déglutition. Qui vous a éclairé sur la différence des maladies qui le produisent ? C’est l’inspection des parties malades ; c’est l’anatomie pathologique. C’est elle qui vous a fait reconnaître ces diverses altérations; c’est elle qui vous a forcé à chercher, dans les nuances que présentenlles expressions fonctionnelles, les signes qui distinguent ces altérations, et qui vous a conduit à les traiter comme il convient à chacune d’elles, c’est-à-dire d’une manière bien différente.

Poursuivons.

Un malade vomit. N’importe pour l’instant la matière vomie; n’examinons que l’acte, que le symptôme. Pouvait-on savoir, avant d’y avoir regardé, c’est-à-dire avant d’avoir employé les ressources exploratrices de l’anatomie pathologique,

quelles étaient les causes organiques du vomissement? Non, certes : c’est à elle que l’on doit de savoir que le vomissement peut être occasionné par une multitude de lésions diverses; qu’il peut dépendre de la gastrite, de l’embarras gastrique, de l’indigestion, d’un état nerveux particulier, du ramollissement de la membrane muqueuse de l’estomac, du cancer, du fongus de ce viscère, d’un étranglement intérieur, d’une néphrite, d’une péritonite. Pense-t-on que le même traitement puisse convenir dans tous les cas? Non, sans doute. Que penser alors des anti-émétiques de Lazare Rivière, administrés encore par des médecins de nos jours, toutes les fois qu’un vomissement est opiniâtre? Mais comment feraient-ils autrement, les jeunes médecins entre les mains desquels on met des formulaires où se trouvent exposés, sans critique, des médicaments, des formules anti-émétiques! Croit-on que ces anti-émétiques n’exaspéreront pas la gastrite, le cancer de l’estomac, et ne pourront pas conduire le malade au tombeau? Et dès lors qui niera que l’anatomie pathologique n’ait rendu les services les plus éminents, en taisant connaître la diversité des causes organiques qui produisent le vomissement, et en forçant les médecins à chercher à les distinguer pendant la vie?

Circonscrivons-nous dans un exemple plus res-

treint; prenons l’hémalémèse. Je suppose, pour un moment, que l’on ait bien déterminé que le sang vient de l’estomac et non du poumon, distinction qui, pour le dire en passant, est encore un fruit de l’anatomie pathologique. L’hémalémèse, longtemps considérée comme une maladie, n’est encore qu’un symptôme. Qui va nous apprendre à quelle lésion organique il appartient, si ce n’est l’anatomie pathologique? Elle va nous apprendre que l’hématémèse peut être l’effet d’une simple exhalation primitive, avec hypersthénie ou hyposthénie; consécutive d’une affection organique éloignée; supplémentaire d’une autre hémorrhagie, et peut-être critique; qu’elle peut être symptomatique d’une ulcération, d’un cancer. Dans tous ces cas, n’aura-t-elle pas été d’une immense utilité, en taisant appliquer à chacune de ces espèces le traitement qui lui convient?

Prenons encore pour exemple les tumeurs abdo minales. Certes, c’est bien à l’anatomie pathologique que l’on doit de savoir que ces tumeurs peuvent être formées par un abcès, un anévrysme de quelques gros vaisseaux, un amas endurci de matières fécales, un étranglement interne, une dégénérescence cancéreuse, polypeuse, fibreuse, un kyste, etc. On me dira que si elle a appris cela, elle n’a guère appris les moyens de les guérir.

Voyons cependant. Une femme âgée entre à l’infirmerie de la Salpétrière : depuis longtemps elle vomissait; elle n’éprouvait pas de phénomènes de réaction. Pinel examine la malade, la palpe, et reconnaît une tumeur dure, circonscrite, mobile, vers la région épigastrique; il signale un cancer de l’estomac. Cependant un examen plus attentif me fait souppçonner que la tumeur dépend d’une agglomération de fèces dans la portion transverse du côlon : j’administre un purgatif; une abondante évacuation a lieu ; la malade est guérie.

Passons sur les autres symptômes fournis parles fondions digestives; passons sous silence les douleurs abdominales qui accompagnent toutes les maladies de tous les viscères abdominaux, et contre lesquelles les médecins symptomalistes dirigent le même remède, l’opium. Arrivons à la constipation. C’est encore un symptôme. Mais ici, pour faire sentir l’ulililé du diagnostic , et par conséquent celle de l’anatomie pathologique, qui l’éclaire, je vais citer simplement un fait dont j ai été le témoin.

Une dame de quarante-cinq ans environ éprouvait depuis longtemps une constipation opiniâtre. C’était à l’époque où la doctrine de l’irritation, ayant fasciné beaucoup de jeunes esprits, appliquée sans réserve et sans discernement, avait ôte à un

grand nombre jusqu’à la facullé de réfléchir. Un médecin imbu des principes de celte nouvelle doctrine fut appelé à donner des soins à la malade. Attribuant la constipation à V irritation, comme de raison, ce médecin fit appliquer des sangsues en assez grand nombre et réitérées à l’anus. La constipation persista avec opiniâtreté; la panacée échoua. Vint un autre médecin, dont la doctrine était que la constipation tenait à la paresse des intestins. Il déclara qu’on avait eu grand tort d’appliquer des sangsues, qu’on avait aggravé le mal, au lieu de le diminuer; sans plus d’examen, il ordonna un purgatif. Des coliques violentes, non suivies d’évacuations, furent l’effet du remède. Vint enfin un troisième médecin , qui , pensant qu’il ne pouvait y avoir de traitement rationnel que celui qui est fondé sur le diagnostic, examina la malade, la palpa avec attention, et reconnut dans le petit bassin une tumeur de la grosseur du poing, laquelle fut bientôt reconnue appartenir à lovaiie gauche, et qui comprimait fortement le rectum. Ce dernier médecin pensa que si l’on pouvait dilater mécaniquement l’intestin, faire cesser la compression, on pourrait produire la disparition de la constipation. Il fit donc coucher la malade sur le flanc droit, de sorte que le poids de la tumeur servît plutôt à dilater qu’à resserrer l’intestin;

il fit injecter de l’eau dans le côlon, et bientôt une abondante défécation vint délivrer la malade de tous les accidents auxquels elle était en proie. Je dois ajouter, comme un fait assez intéressant, que la tumeur avait contracté des adhérences a\cc le rectum : ce qui fut rendu évident par 1 évacuation d’une grande quantité d’hydalides qui survint quelque temps après, et fut suivie d’une diminution notable dans le volume de la tumeur.

Voilà seulement quelques points donnés par les fonctions digestives. Si nous voulions passer en revue toute la symptomatologie . nous verrions combien l’anatomie pathologique a jeté de clarté sur la valeur diagnostique de la plupart des expressions fonctionnelles, et par conséquent sur le traitement qui convient dans les diverses alterations organiques qu’elles accompagnent; mais le développement de ces propositions donnerait naissance à un long ouvrage. Ce sont les principes que nous avons exposés dans nos divers écrits, et principalement dans notre Médecine clinique.

Il existe cependant, il faut le dire, des phénomènes morbides qui, lorqu’ils se trouvent réunis en certain nombre, acquièrent une valeur thérapeutique très-importante, et peuvent meme, indépendamment de la connaissance de la lésion locale, servir à fonder le traitement du malade.

Mais, admettant que c’est à V anatomie pathologique que la médecine moderne doit son immense supériorité sur la médecine antique, en admettant qu’elle a éclairé de sa vive lumière une multitude de maladies, et qu’elle en a, par conséquent, rendu le traitement plus sûr, plus rationnel, plus effi-

cace, nous sommes loin de penser que son utilité soit sans bornes; nous voulons seulement dire qu’elle donne les bases les plus solides sur lesquelles on puisse asseoir la thérapeutique. Malheureusement un trop grand nombre de maladies échappent à nos investigations, et ne laissent après elles aucune trace. Nous verrons que, dans ces maladies, le traitement est en général aussi peu avancé que les connaissances des lésions locales, et qu’elles échappent ordinairement aux moyens de l’art, ou guérissent sans eux.

Nous n’ignorons pas que les causes des maladies fournissent souvent seules les indications thérapeutiques, indépendamment de la connaissance des lésions anatomiques.

Nous n’ignorons pas qu’une multitude d’autres circonstances, indépendantes de la lésion organique, ne doivent modifier le traitement des maladies. Ces circonstances sont : la marche, la durée des maladies, les forces des malades, leur âge, leur

constitution, leur sexe, les habitudes, les idiosyncrasies.

La nature de la maladie doit surtout imprimera son traitement une immense modification.

Il est même des maladies simples qui, par le caractère particulier qu’elles revêtent d’hypersthénie ou d’hyposthénie, exigent un traitement absolument différent.

Enfin, pour tout dire, nous devons avouer que les expressions fonctionnelles ne traduisent pas toujours exactement les altérations anatomiques, et par conséquent que celles-ci ne peuvent, dans ce cas, servir de base à la thérapeutique.

Il est d’ailleurs des indications que l’on peut appeler générales, et sur lesquelles on peut fonder un traitement convenable.

Nous allons développer ces propositions dans autant de paragraphes particuliers.

Lu lésion anatomique constitue-t-elle l'essence de la maladie? Est-elle seule lu mulndie? N’y n-t-ll rien un delà?

L’une des objections que les antagonistes de l’anatomie pathologique répètent le plus volontiers, le plus fréquemment, est celle-ci : « Mais la lésion « anatomique ne constitue pas 1 essence de la ma-

« ladie ; elle n’est elle-même qu’un effet, par consé- « quent elle n’est qu’un symptôme, elle n’a pas plus « de valeur; en remontant à la lésion anatomique, « vous ne faites que reculer la dilliculté, vous ne « la résolvez pas. » Ceci mérite que nous nous y arrêtions. 11 est bien vrai de dire que, dans le plus grand nombre des cas, l’altération organique n est qu’un effet. Cela est ainsi toutes les fois que la maladie reconnaît une cause spécifique, et même toutes les fois qu’elle reconnaît une cause spontanée qui nous échappe. Dans les alleclions simples, cela n’est pas ainsi; mais ce sont les cas les plus rares. Ainsi, nous accordons bien que la lésion anatomique n’est en général qu’un effet secondaire, qu’elle ne constitue pas l’essence de la maladie ; mais c’est le dernier point auquel l’observateur puisse s’arrêter : au delà, il n’y a plus que conjectures, il n’y a plus que ténèbres. C’est ici qu’est applicable cette sage sentence de Gaubius, que M. Cbomel a prise pour l’épigraphe de sa Pathologie générale : Melius est sisiere gradum qaam progredi per tenehras. Sous peine de retomber dans les dégoûtantes erreurs où l’élude des causes prochaines jeta nos devanciers, il faut savoir s’arrêter. La lésion anatomique tombe sous les sens; elle est susceptible d’être étudiée sous les rapports physiques et chimiques, d’être suivie dans ses phases

successives depuis son apparition jusqu’à sa terminaison. Elle offre un point solide sur lequel l’esprit peut s’appuyer; c’est l’effet le moins douteux, le moins variable, le plus positif, le plus facile à saisir de tous ceux que déterminent les causes morbifiques. Il doit donc être considéré comme le phénomène le plus important des maladies; il doit être préféré aux expressions fonctionnelles, fugitives de leur nature, et la plupart du temps sujettes à erreur.

El maintenant, en considérant toujours comme un effet la lésion anatomique, quel effet plus que celui-ci est capable de faire reconnaître l’essence, la nature intime des maladies, autant du moins qu’il nous est donné de connaître l’essence de quelque chose?

Les chimistes, les physiciens connaissent-ils l’essence de la gravitation, l’essence de l’électricité, l’essence du calorique? Non, certes, ils n’en connaissent que les effets. La chute des graves, le mouvement uniformément accéléré, les étincelles, les attractions et les répulsions, la dilatation et la contraction des corps, etc. : voilà les phénomènes qui leur révèlent une cause, une puissance occulte, inconnue, qu’ils ont nommée attraction, électricité, calorique, mais dont l’essence leur échappe. Eh bien ! les lésions anatomiques sont, pour les méde-

cins, le mouvement uniformément accéléré, les étincelles, les attractions, les répulsions, la dilatation, la contraction des corps : elles lui dévoilent une cause spéciale qui a dû produire cet effet, et cela tout aussi sûrement que les phénomènes physiques dont nous venons de parler révèlent au physicien la cause qui les fait naître. En effet, si les lésions que nous trouvons après la mort présentent toujours un certain caractère , ne sera-t-on pas conduit à admettre qu’une cause particulière leur donne naissance? ne remontera-t-on pas à une cause toxique, par exemple, si la lésion anatomique est trop peu étendue, trop peu grave, pour rendre compte des désordres fonctionnels observés pendant la vie, pour expliquer la mort? de même que l’éruption des pustules varioliques, des exanthèmes morbilleux, scarlatineux, forceront de remonter à une cause spécifique qui les produit et constitue la circonstance principale de la maladie. Qu’on ne s’étonne plus si nous les considérons maintenant comme le plus solide fondement des indications thérapeutiques \

1 11 paraît en ce moment, clans un journal, une série d’articles sur l’école de Paris qui prouvent de la manière la plus irrécusable c[uc l’auteur ne connaît pas les principes de l’organicisme. La plupart de ceux qui se complaisent dans les mômes critiques se créent un système eux, un organicisme de leur

Mais les symptômes sont-ils toujours en rapport avec les lésions organiques, et peuvent-ils dans tous les cas les traduire au dehors pendant la vie?

Le» altérations anatomiques sont-elles toujours en rapport avec les altérations fonctionnelles?

Il s’en faut de beaucoup, malheureusement pour la clarté et la certitude de l’art, que les altérations

façon. Ils imaginent des propositions exclusives, impossibles, qu'ils se donnent le facile plaisir de frapper à outrance et de réduire à néant. Comment comprendre autrement les reproches qu’ils font à l'école de Paris, puisque ces reproches se basent sur des vérités dont l’organicisme s’est tout d’abord déclaré le propagateur? Reproches d’une telle nature, d ailleurs, qu il faudrait supposer, s’ils étaient fondés, que les professeurs de celle école sont entièrement dépourvus d'intelligence. Ceci, à la vérité, n'est pas énoncé explicitement; mais on voit bien que c’est le fond de la pensée de l’auteur. La lecture de quelquesuns de nos écrits, entre autres de notre ouvrage sur la Médecine clinique , eût suffi, nous n’en doutons pas, pour arrêter sinon désarmer la critique. On nous répondra que nous demandons beaucoup. — Soit. Mais alors, trouvez un moyen de ne pas frapper à faux.

Nous ne nous arrêterions pas à signaler ces critiques peu jnstes, si elles n’étaient de nature à produire un effet fâcheux sur l’esprit d’une certaine classe de lecteurs, en leur persuadant que tels sont en réalité les principes de l’école organique. Nous espérons que la réimpression de ces principes répondra suffisamment aux objections qu on adresse à cette doctrine.

fonctionnelles soient toujours en harmonie avec les altérations organiques. L’expérience la plus commune a fait voir à tout le monde qu’il existait souvent des désordres fonctionnels considérables là où l’on ne trouvait après la mort que de trèslégères altérations anatomiques; bien plus, que dans quelques cas, rares à la vérité, on ne trouvait après la mort aucune espèce d’altération, aucun vestige de cause organique de la cessation de la vie; que dans d’autres cas, on rencontrait des altérations considérables qui, pendant la vie, n’avaient produit aucun dérangement fonctionnel. Ces cas-là existent, ils sont incontestables, malheureusement pour la certitude de l’art et pour le bien de l’humanité. Mais ce sont des faits exceptionnels, et qui diminuent tous les jours, à mesure que l’anatomie pathologique et nos moyens d’investigation font plus de progrès. Peut-être viendra t-il un jour où toutes ces discordances disparaîtront entièrement. Aujourd’hui, nous ne pouvons que déplorer qu’il existe encore des faits de celle nature l.

Ces anomalies dépendent de quelques circonstances dont il est quelquefois possible de se rendre compte.

1 Des symptômes des maladies considérés dans leurs rapports avec les lésions anatomiques ; thèse pour l’agrégation, le 8 août 1832, par Nalalis Guillot.

Ces anomalies peuvent dépendre du degré d’excitabilité du sujet, de l’état d’exaltation ou de faiblesse du système nerveux, de l’intensité et de la nature de la cause qui a produit la maladie, du mode plus -ou moins lent, plus ou moins rapide de développement de celte maladie.

Déjà l’on sait que chez les enfants, chez les femmes et chez les individus doués d’une constitution nerveuse, les phénomènes généraux, d’ensemble, sympathiques, sont bien plus prononcés que chez les individus d’un autre âge, d’un autre sexe, d’une autre constitution. Chez les premiers, dès qu’un organe est atteint, toute l’économie animale semble participer à sa souffrance, et chaque organe manifeste sa douleur par des désordres tellement prononcés qu’il est impossible souvent de discerner quel est celui qui a été primitivement frappé; il est môme quelquefois difficile de prononcer s’ils ne le sont pas tous ensemble, et d’autres fois s’il en est un qui le soit plus que les autres.

Dans d'autres cas, l’inverse a lieu. Chez les vieillards principalement, chez les individus aloniques, peu sensibles, un organe est souvent altéré, sans que le malade éprouve la plus légère douleur; il n’a nullement le sentiment de sa destruction. Les ravages organiques les plus profonds se produisent

sans que la victime en ait la conscience, et la mort arrive sans que ni le patient, ni les personnes qui l’entourent, ni les médecins, se soient aperçus de son approche. Telles sont les maladies latentes, fléaux des personnes dont l’âge a miné le système nerveux.

D’autres fois, des maladies lentes dans leur marche, envahissant de proche en proche et d’une manière insensible les molécules organiques les unes après les autres, habituent, pour ainsi dire, les organes à leur présence. Ceux-ci continuent d’exercer leurs fonctions d’une manière assez normale; puis il arrive un moment où, l’envahissement ne pouvant aller plus loin, un changement subit s’opère, tel que la rupture d’un vaisseau, ou la destruction d’un seul rameau bronchique qui restât pour livrer passage à l’air nécessaire à l’entretien de la vie (si la maladie occupe le poumon), etc., et l’individu qui, peu auparavant, ne paraissait pas malade, succombe tout à coup. A l’ouverture de son corps, l’on s’étonne qu’il ait pu vivre si longtemps! On ne peut concevoir qu’une si vaste altération ait pu permettre une si longue carrière, lorsqu’une lésion presque imperceptible occasionne si souvent le trépas! et de gémir alors sur l’incertitude et l’impuissance de l’art!

La cause qui produit la maladie ou la mort peut

être aussi d’une telle nature ou d’une telle intensité, qu’elle ne laisse après elle aucune trace de son passage. Telles sont beaucoup de causes toxiques. La cause du choléra agissait quelquefois avec une telle violence, que l’individu succombait en peu d’heures; à l’autopsie, on ne trouvait aucun vestige de maladie. La foudre tue souvent de la même manière; certains gaz, l’acide hydrocyanique et la plupart des poisons végétaux ne laissent après eux aucune trace.

Les altérations anatomiques chroniques ne se traduisent en général au dehors que par des expressions fonctionnelles presque semblables: ainsi le cancer du cerveau, le tubercule, l’acéphalocyste, etc., n’ont guère, dans l’état actuel de la science, que des symptômes analogues, peu propres à les faire distinguer les uns des autres d’une manière positive. Il en est de môme des altérations chroniques du poumon et des autres viscères.

Ces faits sont à la connaissance de tous les observateurs. Sans doute, pour la régularité de la science, il vaudrait mieux qu’ils n’existassent pas. Il faut les accepter tels qu’ils sont, puisqu’ils sont. Ce n’est certes pas une raison pour rejeter les principes de l’organicisme, applicables dans la trèsgrande majorité des circonstances. Sans doute, un jour viendra où tous ces cas anormaux cesseront

d’êire tels. Déjà, depuis la percussion et l’auscultation, inventées ou perfectionnées de nos jours, il n’existe plus de pneumonies, de pleurésies vraiment latentes pour le médecin attentif et exercé. Je suis profondément convaincu que , pour les autres organes, les altérations anormales diminueront à mesure que les moyens d’investigation se perfectionneront, et que l’anatomie pathologique fera plus de progrès : ce sera, sans doute, elle encore qui portera sa lumière sur ces cas obscurs et difficiles.

Ainsi, bien que dans quelques cas il y ait vraiment. défaut de rapport entre la lésion locale et les symptômes, ces cas sont trop rares pour être une objection valable contre l’utilité de l’anatomie pathologique; ils ne pourraient être de quelque poids qu’autant que leur fréquence serait telle quelle pût rendre douteux tout diagnostic local.

Indications thérapeutiques générales d'après lesquelles

on peut établir un truitenient rationnel, indépendamment de in connaissance de l'altération anutoiuiquc.

Un des arguments les plus puissants que fassent valoir les antagonistes de l’anatomie pathologique, relativement à son utilité thérapeutique, c’est qu’il existe une foule de sources d’indications au moyen

desquelles on peut se passer de diagnostic local et différentiel. Ces indications thérapeutiques, qu’on peut appeler générales , parce qu’elles s’appliquent à tous les cas, sont incontestables; elles servent même merveilleusement le médecin lorsqu’il ignore le siège et la nature de la maladie. Pour apprécier avec exactitude le degré d’utilité thérapeutique de l’anatomie palhalogique, la justice et la raison exigent que nous signalions ces sources générales d’indications.

La première, la plus importante, se lire de la réunion d'un certain nombre de symptômes, qui tantôt exigent le traitement antiphlogistique, tantôt le traitement tonique, et quelquefois, mais plus rarement, un traitement spécial. Les causes des maladies fournissent encore souvent seules les indications de traitement ; puis les circonstances de l’âge, du sexe des malades, de leur constitution, de leurs habitudes, des maladies antécédentes, des lieux qu’ils habitent, de leurs professions.

Des phénomènes morbides qui seuls, cl indépendamment de la connaissance de la lésion locale, peuvent servir de base il un traitement convenable.

Quoique la médecine du symptôme soit la plus pitoyable de toutes les médecines, c’est-à-dire la

plus sujette à erreur, et par conséquent la plus dangereuse, on ne peut disconvenir que dans une multitude de cas ou l’on ignore le diagnostic local, on ne soit obligé d’y recourir, et que bien souvent un groupe de symptômes ne suffise pour établir un traitement vraiment utile. Ainsi, quelle que soit la lésion anatomique existante, il est incontestable que les phénomènes morbides suivants ont par eux-mêmes une valeur réelle, Ainsi nous reconnaîtrons comme indiquant en général le traitement antiphlogistique :

La soif vive; la rougeur, la sécheresse, la rudesse de la langue; son augmentation de volume, quelquefois sa diminution , sa consistance , ses éruptions aphlheuses ou autres; l’adhérence et la viscosité des enduits qui la couvrent; la rougeur et le gonflement des parties de l’arrière-bouche; la douleur dans la déglutition; les nausées, le vomissement, au moins dans un grand nombre de cas; les matières bilieuses, muqueuses, le sang, rendus par cet acte morbide ; sa fréquence et les douleurs qu’il occasionne; la douleur épigastrique, surtout lorsqu’elle augmente beaucoup par la pression; la constipation, le dévoiement, la douleur d’entrailles; la dureté, la tension, le météorisme du ventre; la douleur de la défécation; la liquidité ou l’extrême consistance des fèces, leur

couleur rougeâtre, le sang qu’elles contiennent;

La force, la fréquence, la grandeur, la dureté du pouls; le battement des artères carotides, temporales, de l’aorte abdominale; l’activité de la circulation capillaire ; le gonflement, la tension des veines superficielles; la consistance, la couleur vermeille du sang, la présence delà croûte inflammatoire, l’absence de sérosité, quelquefois la rougeur des vaisseaux lymphatiques; la force des battements du cœur, du choc, de l’impulsion de ses pulsations, leur fréquence;

La fréquence, la gêne de la respiration, au moins dans les états aigus ; le stertor, le ronflement, le clangor, la chaleur de l’air expiré ; le râle crépitant, l’absence de la respiration; le râle muqueux, quelquefois l’égophonie; le son mal rendu par la percussion ; la toux fréquente, douloureuse, sèche; la difficulté, la douleur de l’expectoration; les crachats sanglants, rouillés, visqueux, tenaces, leur âcreté, leur chaleur; la douleur au côté du thorax, etc.;

La chaleur vive et générale, son augmentation partielle dans certains cas; la sécheresse de la peau;

La diminution des exhalations; la sécheresse, la chaleur des membranes muqueuses; la diminution et, dans certains cas, l’augmentation des exhala-

tions séreuses ; les exhalations sanglantes, actives idiopathiques, symptomatiques, supplémentaires ; la suppression ou simplement la diminution d’une hemoi ihagie habituelle ; la rougeur et la sécheresse des surfaces qui suppurent;

L’abondance des larmes, leur suppression ; une salivation abondante, ou, au contraire, sa diminution : la difficulté et la douleur de l’excrétion sali-

vaire, une augmentation considérable dans la sécrétion biliaire ; la rareté, la rougeur, la chaleur des urines, quelquefois leur transparence, leur tenuité, rarement leur augmentation; l’hématurie, la miction difficile et douloureuse;

L’embonpoint, l’hypertrophie générale ou partielle; une altitude ferme et assurée, une grande agitation; la fermeté des chairs, la largeur des cavités, le développement des traits; la couleur rosée, i rouge de la peau, sa chaleur, son augmentation de 1 volume, l’expression assurée et animée de la face, ïsa coloration vive, sa consistance ferme, rénitente,

'Son augmentation de volume; les yeux brillants, rrouges, fixes, injectés; l’augmentation de la con-

tractilité musculaire, quelquefois les lassitudes générales, les douleurs des membres, la paralysie récente ;

La force de la voix ou au contraire sa faiblesse, dans les maladies aiguës des voies aériennes ;

l’exaltation de la sensibilité générale, quelquetois sa diminution ou môme son abolition ; 1 intensité de la douleur, lorsqu’elle est intlammatoire ;

L’exaltation des sens, dans certains cas leur perversion; le délire aigu, et principalement le délire bruyant, furieux; l’insomnie ou le sommeil agité, troublé par des rêves ; quelquefois la stupeur, la somnolence ;

Enfin, la diminution ou la suppression des menstrues.

Telle est la série des signes qui exigent plus particulièrement l’usage des moyens antiphlogistiques; mais il faut bien se garder d oubliei que ces assertions ne sont point absolues, qu’elles ne sont que relatives; que dans beaucoup de cas, un grand nombre de ces phénomènes morbides ne réclament point un traitement antiphlogistique; que dans un grand nombre d’autres, des phénomènes en apparence inverses peuvent l’exiger. Il ne faut pas oublier que les signes que nous venons d’exposer ont la signification thérapeutique que nous

leur attribuons, surtout dans les maladies aiguës et dans leur principe ; enfin il ne faut pas oublier que le traitement antiphlogistique est loin d’être le

même dans tous les cas.

Un point sur lequel nous devons attirer l'allen-

tion du lecteur, c’est le cas des phlegmasies sur-

aiguës, chez des sujets jeunes et vigoureux, lesquelles s’accompagnent quelquefois de phénomènes adynamiques : décubilus dorsal, altération, pâleur de la face, langue sèche et brune, défécation difficile et quelquefois involontaire; petitesse et fréquence du pouls; froideur de la peau; difficulté de la respiration, etc. Ces symptômes opposés aux précédents peuvent en imposer pour une faiblesse réelle et conduire à une thérapeutique mortelle. Nous ne saurions trop insister sur ce danger. Ces cas sont au nombre des plus difficiles de la médecine pratique; il faut se garder de les confondre avec les suivants, qui exigent ou permettent en général un traitement tonique et excitant; ils sont presquedous semblables aux précédents. Ce sont :

La soif nulle ; la pâleur ou la teinte brune, noire de la langue, mais sans sécheresse; 1 enduit muqueux et filant qui la recouvre; la lenteur des digestions; les dévoiements atoniques; le météorisme chronique du ventre;

La faiblesse, la petitesse, la mollesse du pouls; la lenteur de la circulation capillaire; l’affaissement des veines superficielles; la pauvreté du sang, sa couleur noire, brune, son peu de consistance, la grande proportion de sérosité; l’obscurité, la faiblesse des battements du cœur;

La difficulté de la respiration, qui résulte de la aiblesse des puissances inspiratrices; la froideur de l’air expiré, dans certains cas sa fétidité; le râle trachéal, l’impossibilité de l’expectoration, la suppression des crachats;

La froideur générale ou simplement celle des extrémités ;

L’augmentation de l’exhalation séreuse; l’infiltration des cavités et des membres; une exhalation sanglante longtemps continuée, hyposlhénique ; la couleur pâle, blafarde ou noirâtre des surfaces qui suppurent;

La pâleur de l’urine, sa froideur; la difficulté ou l’impossibilité d’uriner; la miction par regorgement; la maigreur, le marasme;

Un étal de prostration et d’accablement dans l’attitude, la difficulté de se mouvoir; le décubitus dorsal; la mollesse, la flaccidité des chairs; la petitesse des traits; le peu d’ampleur des cavités;

La pâleur, la lividité de la peau, ses marbrures, ses ecchymoses spontanées; 1 abattement de la face ; les yeux ternes et chassieux ; la lourdeur des paupières, qui sont à demi closes;

La faiblesse de la voix, la fatigue extrême pour prononcer quelques mots; l’insensibilité générale; la disparition des douleurs, l’atonie des sens; la stupeur, la somnolence, l’état chlorotique, etc.

Tels sont les signes qui font recourir ordinairement- à l’emploi des toniques et des excitants; mais beaucoup de ces signes peuvent aussi dépendre de la concentration des forces dont il est bien important de les distinguer.

Des causes «les maladies qui doivent fournil' seules, et indépendamment de in connaissance de la lésion locale, les buses du traitement.

Les indications que les causes nous fournissent, quoique reconnaissant des bases moins solides que celles que donnent le siège et la nature des maladies, peuvent être cependant quelquefois d’une grande utilité *.

Sans appliquer d’une manière rigoureuse l’axiome de physique : sublatâ causa, tollitur effectus, puisque, dans beaucoup de cas, la cause a cessé d’agir, et que les maladies n’en suivent pas moins leur cours, bien que leur cause .n’ait été que momentanée, et qu’alors il est superflu et même impossible de diriger aucun moyen contre celte cause, il est cependant un certain nombre de cas où elle continue d’exister et entrave la marche de la maladie; il en

1 An aliquando morbi naturel et Iherapeia , in causa potiùs quàm in symptomatibus et lœsionibus quœrendœ? NalalisGuillot, Competitio ad agregationem ; 1 829.

est quelques-uns où, quoiqu’elle n’existe plus, elle peut imprimer au traitement des modifications importantes. C’est surtout en l’appliquant aux causes bien plus qu’aux phénomènes morbides qu’Hippocrate a dit : Contraria contrariis curantur.

Parmi les agents morbifiques qui produisent une maladie lorsqu’il existe déjà une prédisposition, il en est un grand nombre contre lesquels l’art ne peut rien : ainsi l’impression d’un air chaud ou froid, le passage rapide de l’un à l’autre; un bain trop chaud ou trop froid; un vêtement trop léger, humide; l’impression de la pluie ; un excès dans le boire ou le manger; des aliments ou des boissons insalubres; un vomitif ou un purgatif pris mal à propos; l’exercice immodéré d’un organe; la respiration d’un air froid ; l’équitation contre le vent : les cris, les chants; une impression morale vive; la privation du sommeil, etc., sont dans ce cas. Cependant on doit en tirer celte indication, qu’il faut laisser dans le repos l’organe qui paraît avoir trop agi : ainsi recommander le silence lorsque les cris, les chants, la déclamation, etc., auront produit la maladie; recommander la diète après les écarts du régime, le repos après la veille, etc.

Mais la suppression d’une évacuation habituelle, telle qu’une hémorrhagie, les règles, un exutoire, un ulcère ancien ; la rétrocession d’une éruption,

de la goutte, etc., fournissent les indications les plus impérieuses: saisies habilement, elles peuvent arracher un malade au trépas.

Sous peine de commettre la plus grave et la plus pernicieuse des erreurs, le médecin ne peut se dispenser de fixer son attention sur ces causes et d’employer tous ses efforts pour les détruire. La nature semble elle-même nous en donner le précepte par les exemples qu’elle nous présente. La suppression de la menstruation et d’un exanthème exige qu’on cherche à les rappeler. A la vérité, lorsqu’on y parvient, cela ne suffit pas pour que la maladie soit guérie ; mais cela favorise singulièrement sa résolution. Voici un fait, entre un grand nombre d’autres, qui pourra faire sentir l’utilité de ce précepte : Une femme d’environ cinquante ans portait un ulcère chronique à la jambe droite ; elle était d’ailleurs convalescente d’une légère irritation gastrique, lorsqu’elle me demanda à sortir pour affaires pressantes. Elle se fatigua beaucoup, et revint le soir à l’infirmerie dans un grand étal de malaise. Le lendemain matin, à la visite, elle me présenta tous les signes locaux et généraux d’une pleurésie des plus intenses. Je voulus voirl’ulcère, que je trouvai complètement desséché. J’ordonnai un traitement actif, pour combattre d’abord les phénomènes les plus graves, me proposant d’employer

promptement les révulsifs indiqués. Mais la nature prévint mon intention : la suppuration avait reparu, et la pleurésie s’était dissipée. Ce fait prouve encore qne, lorsqu’on est appelé pour un cas de ce genre, il faut d’abord combattre les accidents les plus graves, les plus urgents, et renvoyer à une époque plus éloignée les indications présentées par la cause occasionnelle.

Nous admettons des causes spéciales et des causes spécifiques, cette dernière dénomination ne nous paraissant convenir qu’aux agents susceptibles de se transmettre en général par contagion, et dont l’effet, constamment le même et pour ainsi <lire nécessaire, ne saurait dépendre d’autres causes. Les causes spéciales produisent bien une maladie d’une manière plus particulière, mais celte maladie peut être déterminée par plusieurs causes: je n’en veux pour exemple que l’asphyxie, laquelle est produite par la submersion, la strangulation, la respiration de certains gaz, etc., et que cependant chacun de ces agents produit d’une manière certaine. Au reste, nous devons dire que nous ajoutons fort peu d’importance à ces sortes de distinctions.

Parmi les causes spéciales, les poisons doivent tenir le premier rang. C’est ici que nous trouvons le plus de faits qui démontrent l’utilité qu’on peut retirer de la connaissance des causes : en effet, le

traitement de la plupart des empoisonnements varie suivant la substance toxique qui l’a déterminé. Le traitement général n’est pas le même si le poison est de la classe des irritants, des narcotiques, des septiques, des narcolico-âcres, etc., et chaque empoisonnement réclame en outre un traitement approprié. Mais cette matière est très-étendue et forme à elle seule une division importante de l’art de guérir. M. le professeur Orfila, par ses savantes recherches, 1 a élevée, dans ces derniers temps, à un haut degré de perfection, et c’est dans son excellent ouvrage qu’on doit puiser les connaissances relatives à ce sujet.

Ce que nous disons des substances ingérées dans l’estomac, nous devons le dire aussi des gaz que l’on respire. Il en est de non respirables et de délétères : la première des indications est de soustraire le malade à la cause qui agit sur lui, de lui laiie respirer un air libre et pur, et d’employer ensuite les autres moyens indirects.

Les mêmes indications sont données par l’air chargé de vapeurs animales décomposées. L’encombrement dans une prison, un hôpital, etc., exige d’abord qu’on fasse circuler l’air et la lumière, et qu’on dissipe cet encombrement, sous peine de voir périr tous les individus qui y sont exposés. L exhumation des cadavres, la putréfaction d’ani-

maux à la suite d’une épizootie, les gaz des fosses d’aisance, commandent impérieusement de faire cesser la causse des ravages qu’exercent les maladies typhoïdes, soit en purifiant les lieux infectés, soit en les abandonnant. Il en est de môme pour les matières végétales, les vapeurs métalliques, qui occasionnent des accidents particuliers. Dans ces cas, la connaissance de la cause donne des indications thérapeutiques précises. Si un individu éprouve des coliques violentes , et que l’on apprenne en même temps que sa profession l’oblige à travailler le plomb ou le cuivre, le diagnostic pourra ne pas être le même que pour tout autre individu : chez lui on pourra attribuer les douleurs à la substance métallique, tandis que chez l’autre on devra la rapporter à toute autre cause. Il est inutile d’ajouter que le traitement devra essentiellement différer.

Lorsque le froid intense ou la chaleur excessive auront produit l’asphyxie, on devra encore faire

subir au malade un remède différent.

La strangulation, l’immersion dans l’eau, réclameront aussi des moyens divers. L’amour, la nostalgie, enfin les diverses passions de l’âme non satisfaites, exigeront de la part du médecin un traitement philosophique, dont on ne trouvera pas la recette dans les formulaires. C’est là qu’on

voit mentir cette sentence de Celse : Morbos non eloquentiâ sed remediis curari; c’est là qu’on doit dire : Morbos non remediis sed eloquentiâ curari. Enfin les vers intestinaux réclameront aussi des moyens particuliers.

Les causes spécifiques ne sont pas moins fertiles en indications curatives. Les venins, véritables poisons animaux, formant une transition naturelle entre les causes précédentes et celles-ci, veulent être traités par des moyens dont l’expérience a fait connaître l’utilité. Les virus et les principes contagieux, dont l’existence a été si fortement contestée de nos jours, exigent surtout impérieusement des moyens spécifiques. L’hydrophobie, la syphilis, la peste, la gale, etc., ne peuvent être traitées comme des inflammations simples. Parmi les maladies contagieuses mêmes, il en est qui agissent, par l’intermédiaire de l’atmosphère ou d’autres corps, sur un grand nombre d’individus, et qui réclament d’autres remèdes que celles qui se transmettent par un contact immédiat, par insertion, etc.

Il est en outre une multitude de circonstances qui favorisent la contagion, et qu’il est très-important de connaître, afin de s’y opposer de tous ses efforts.

Nous pourrions parler ici de quelques animaux

parasites, tels que le pou du pubis, etc.; mais ces sujets sont peu importants.

Maintenant, si nous abordons les causes prédisposantes, nous trouverons encore plusieurs circonstances propres à modifier le traitement. Un régime trop riche et trop réparateur, en produisant une hématose trop abondante, dispose à la polyérnie et à toutes les maladies inflammatoires avec hypersthénie. La première indication qui dérive de cette circonstance, c’est de diminuer la quantité des matériaux de nutrition, et d’ôter par des saignées 1 excès de sang qui existe. Oter du sang et empêcher d en faire, telle est la conduite qu’impose un régime de ce genre longtemps continué; mais il ne faut ôter du sang que lorsque les accidents le réclament rigoureusement.

Une alimentation pauvre et peu réparatrice exigera qu on soit sobre dans l’emploi des évacuations sanguines, et qu’on ait recours, dès que les accidents le permettront, à une alimentation riche.

L’abus du vin et des liqueurs fermentées occasionne fréquemment des maladies graves et souvent mortelles. Les indications à tirer de cette habitude ne sont rien moins que précises; mais, dans tous les cas, la discontinualion de celle funeste habitude est impérieusement commandée. Il faut en dire autant de l’abus du thé, du café et des autres

excitants, clans les maladies qu’ils déterminent. L’usage de boissons corrompues et d’aliments décomposés produit souvent des maladies, telles que le scorbut et autres, qui guérissent par l’usage de l’eau saine et fraîche et des végétaux récemment cueillis. Lorsque ce régime insalubre a fait naître des maladies adynamiques, typhoïdes, etc., il faut souvent, après les premières périodes, avoir recours à des remèdes toniques.

L’usage longtemps continué du même régime alimentaire, devant finir nécessairement par déterminer quelques maladies, nécessite qu’on varie les substances dont on se nourrit.

Lorsqu’une maladie naît sous l’influence d’une habitation insalubre, le médecin doit prescrire, avant tout remède, le changement de domicile.

Nous devons en dire autant des maladies produites par la coutume de porter des vêtements trop serrés, trop légers, trop chauds, etc.; la première indication est de corriger ces habitudes.

Les bains chauds habituels ou froids doivent être suspendus lorsqu’ils plongent l’individu dans une faiblesse, une langueur fâcheuses, ou qu’ils font naître la polyémie.

Les évacuations excessives sont loin d’être sans influence sur la santé, et nous ne croyons pas que les maladies qui naissent sous l’influence de celte

cause puissent être traitées comme des maladies ordinaires. Raphaël, à l’âge de trente-sept ans, après avoir commis des excès dans les plaisirs de l’amour, tomba malade, /u£ saigné un grand nombre de fois, et mourut. Il est vraisemblable que, s’il n’cùt pas caché la véritable cause de son mal, les arts eussent été enrichis encore d’un grand nombre de chefs-d’œuvre de sa main. Il est superflu de dire que dans un cas semblable il faut être réservé dans l’emploi des débilitants.

Les excitants naturels des sens, mais principalement les impressions morales et les actes intellectuels, réclament l’attention du médecin thérapeutiste; ce n’est pas impunément pour le malade qu’il pourrait négliger les indications qui découlent de ces circonstances.

L’excès ou le défaut d’exercice musculaire, le sommeil ou la veille trop longtemps prolongés, exigeraient qu’on prescrivît des bornes à ces actes de l’organisme, s’ils paraissent disposer à quelques maladies particulières.

Lorsque le malade a déjà éprouvé des maladies antécédentes, on peut en tirer quelques indications précieuses. On doit s’informer alors quels sont les remèdes dont on a fait usage, et quels effets ils ont produits; les éviter s’ils ont été nuisibles, les employer de nouveau s’ils ont été avantageux.

Les anciens, dont l’imagination active se complaisait dans la contemplation des grands effets de la nature, et qui se doutaient peu de l’intérêt que pouvait offrir l’étude de détails, avaient fixé leur attention d’une manière spéciale sur les phénomènes généraux ; ils avaient étudié avec le plus grand soin les causes qui paraissent agir sur les masses. Ainsi l’air, les eaux, les lieux, leur avaient inspiré de brillantes conceptions, et souvent fécondes en résultats admirables. Le livre d’Hippocrate où il traite de cette matière est un des plus beaux que l’antiquité nous ait transmis. Les applications de ces principes en faveur d’Agrigente furent sans contredit les plus utiles qui aient jamais été faites, et sont encore aujourd’hui les plus beaux exemples de ce que peut le génie de l’observation.

Malgré ces travaux, et malgré les moyens d’observation si savamment et si ingénieusement multipliés entre les mains des modernes, nous sommes encore peu avancés sur ce sujet. Il est peu d’indications thérapeutiques à déduire de la durée et de la direction des vents; des degrés d’humidité, de sécheresse, de froid et de chaud, de lumière, d’électricité, répandus dans l’air, et agissant sur des masses d’individus.

Nous bornerons ici l’énumération des circons-

tances qui fournissent par elles-mêmes des indications particulières, notre intention n’étant pas d’épuiser celte immense question.

Nous finirons ce paragraphe par quelques objections que l’on a adressées à l’anatomie pathologique elle-même.

On a adressé à l’anatomie pathologique ellemême des objections nombreuses plus ou moins fondées, et que nous ne devons pas passer sous silence.

Gelse avait déjà dit, il y a deux mille ans : « N’esl-il pas ridicule de vouloir que le cadavre « manifeste à nos yeux les phénomènes de la vie « qui n’y est plus, et de penser que les choses sont « dans l’homme mort comme elles étaient dans « l’homme vivant? »

Beaucoup d’altérations, qui n’existent pas dans la vie, peuvent survenir après la mort; il sera difficile de les discerner.

Beaucoup d’autres existantes pendant la vie peuvent disparaître quand elle vient à cesser.

Enfin, l’anatomie pathologique ne nous a dévoilé que peu de chose sur les altérations des fluides, et moins encore sur celles des gaz.

Comment, avec des moyens si insuffisants, conserver encore la prétention de fonder la pathologie sur les lésions anatomiques?

Il faut l’avouer, ces objections sont puissantes, mais elles ne sont pas irréfutables; et le fussentelles, elles prouveraient seulement que l’anatomie pathologique a des bornes, ce que personne ne conteste, mais que son utililé ne saurait être niée pour cela.

Il est vrai de dire, avec Celse, que la prétention de vouloir reconnaître dans le cadavre ce qui se passait pendant la vie est une prétention exagérée, puisque nous manquons alors d’une multitude d’éléments; mais ce reproche ne peut s’adresser qu’à l’élude des mouvements, des actions organiques qui ont cessé, et nullement à la texture même des viscères. Les expériences sur les animaux vivants qui se rapprochent de l’homme peuvent, jusqu’à un certain point, suppléer à ce que l’anatomie pathologique nous dénie. Quant à l’étude des changements matériels survenus dans les organes solides, les reproches de Celse ne sont nullement fondés.

Aujourd’hui on est parvenu à distinguer assez nettement ce qui est survenu après la mort de ce qui a dû être produit par la maladie. Les engouements hypostatiques, les imbibilions, les augmentations ou diminutions de consistance, les altérations de couleur produites après la mort par la

température, la position des cadavres, sont assez bien appréciés pour n’avoir pas à craindre d’applications erronées, et il est probable que, par des recherches subséquentes, on portera plus loin encore l’exactitude.

Quant aux altérations qui ont dû exister pendant la vie, et qui disparaissent après la mort, il n’est pas aussi facile de les apprécier; mais il faut avouer qu’elles sont bien peu nombreuses, relativement à celles qui laissent des traces évidentes : les névroses, les névropathies, les fièvres intermittentes, en forment la majeure partie. Nous aurons occasion de revenir sur ce sujet.

Enfin, les altérations des liquides et des gaz nous échappent. Ce doit être là, sans doute, un motif de regrets éternels; cette imperfection ne fait-elle pas sentir que l’on attend beaucoup de l’anatomie pathologique, et que si elle avait éclairé les altérations des fluides comme celles des solides, elle aurait sans doute fait faire un pas immense aux indications thérapeutiques? Qui serait assez téméraire pour affirmer que ce progrès lui est interdit? M. Andral, dans son Traité d'anatomie pathologique, a déjà fait des efforts heureux pour combler celle lacune : il a consigné les altérations des fluides qui nous sont déjà connues. Espérons

que des recherches ultérieures reculeront sur ce point les homes de la science (1).

Après les considérations générales qui précèdent, nous pouvons encore jeter un coup d’œil rapide :

1° Sur les maladies dont l’anatomie pathologique a éclairé le traitement;

2° Sur les maladies dont elle n’a que peu ou point éclairé la thérapeutique ;

3" Sur celles qu’elle paraît susceptible d’éclairer un jour.

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