TROISIÈME DIVISION
MALADIES DONT l’aNATOMIE PATHOLOGIQUE PARAIT SUSCEPTIBLE D’ÉCLAIRER LE TRAITEMENT.
Malgré les progrès incontestables que l’anatomie pathologique a faits dans ces derniers temps, celte science, bien jeune encore, est loin d’avoir atteint son dernier degré de développement. Jusqu’ici les médecins qui se sont occupés de son élude se sont contentés de décrire, le plus exactement possible, les caractères physiques qui distinguent chacune
* Thèse sur la question suivante : De l'Influence de l'anatomie pathologique sur la thérapeutique , par Natalis Guillot (Concours pour la chaire de pathologie interne, 1840).
des altérations morbides; mais on n’a point encore songé à creuser plus profondément dans celle mine à peine exploitée ; on n’a pas songé à reconnaître la cause de la production, la nature intime de la lésion organique. Il est vrai que dans la majorité des cas, on peut fort bien se passer de la connaissance de la nature intime des maladies, ainsi que nous l’avons avancé précédemment; cependant cela pourrait être utile dans certains cas. Les circonstances qui précèdent, celles qui accompagnent ou qui suivent l’évolution de l’altération organique, les phases successives de celle révolution, éclaireront sans doute les médecins à venir sur ces importantes questions, et lorsqu’on aura des connaissances positives sur chacune de ces circonstances, il est très-probable qu’on arrivera à trouver des moyens de traitement efficaces pour chacune d’elles.
Il est bien évident qu’on ne peut espérer d’atteindre ce but si désirable que par des recherches ultérieures plus assidues, plus fines que celles auxquelles on s’est livré jusqu’ici; qu’en un mot, c’est l’anatomie pathologique à laquelle sont confiées les destinées de l’art de guérir.
Veut-on voir, par exemple, de quelle utilité peuvent être ces recherches? Supposons un moment que l’opinion de M. Andral sur la formation des
tubercules soit bien exacte, bien fondée; admettons pour un moment qu’elle soit hors de toute contestation : « la formation du tubercule est précédée d’hypérémie. » N’est-il pas évident que l’indication curative qui découle de ce fait, c’est qu’il faut enlever l’hypérémie, et que si l’on y parvient, ce qui est très-possible, on s’opposera à la production de cette terrible altération?
Que sera-ce si les recherches ultérieures nous font pénétrer la cause véritable du développement de ces lésions morbides?
Il est immense le nombre des altérations que l’anatomie pathologique est appelée à faire connaître. J’appelle faire connaître dévoiler la cause de l’évolution de la maladie, les circonstances qui la favorisent, qui l’accompagnent.
Toutes les espèces de cancers, trop multipliés,
comme l’a fort bien dit M. Andral, pour n’êlre
qu’une seule et même maladie, réclament d’abord
ce genre d’étude. D’après la classification de Bayle,
il existerait un cancer chondroïde ou cartilagi-
niforme, un cancer hyaloïde ou vilréiforme, un
cancer larinoïde ou lardiforme, un cancer bunioïde
ou napiforme, un cancer encéphaloïde ou cérébri-
forme, un cancer colloïde ou gélaliniforme, un
cancer composé, un cancer entremêlé, un cancer
superficiel ; ces espèces ont été modifiées, changées depuis Bayle, mais il n’en reste pas moins démontré que des objets très-divers ont été décrits sous le même nom, et que M. Andral a fort bien fait de chercher à les décrire d’après leurs qualités élémentaires.
Les mêmes vœux, les mêmes espérances, nous sont inspirés au sujet des tubercules qui déciment l’espèce humaine, au sujet des tumeurs fongueuses, osseuses, fibreuses, au sujet des granulations, des mélanoses, des kystes de tous les genres. Il faut joindre à ces altérations celles des liquides et des gaz.
Voilà des altérations très-nombreuses, dont l’anatomie pathologique est appelée à faire connaître la nature et éclairer le traitement. Elle seule nous paraît capable d’atteindre un but si utile; à moins que l’on n’aime mieux s’en fier aux chances d’un vain hasard, d’un aveugle empirisme.
Les espèces de lésions que nous venons de signaler sont nombreuses sans doute, mais elles ne sont rien auprès des maladies aiguës, dont le siège et le traitement sont si bien connus : la fréquence d’une seule d’entre celles-ci, la pleurésie, par exemple, est telle qu’elle dépasse de beaucoup en nombre la totalité des lésions organiques. Les cas où la médecine peut être vraiment utile dépas-
sent donc de beaucoup ceux où elle est condamnée à l’impuissance.