‹ De l'organisation de l'enseignement dans l'Université de Paris, au MoyenÂge thèse présentée à la Faculté des lettres de ParisChapitre 16 sur 41 · DE LÀ LIBERTÉ D'EXÂMEN DANS LÂ FACULTÉ DES ARTS · texte numérisé non relu

DE LÀ LIBERTÉ D'EXÂMEN DANS LÂ FACULTÉ DES ARTS

Pour. se faire nne idée complète de Torganisation de l'enseignement dans la Faculté des arts, il est impoitant de savoir quelles limites on fixait à la liberté d'examen et de discussion. Celte question dépend de deux antres : quels étalent les rapports de la pbilosophie avec la théologie? à quels règlements renseignement des maîtres était -il soumis ?

Les docteurs du moyen-âge admettent une lumière nalu« relie , suffisante pour nous diriger en industrie , en politi<* qne^ en morale. Nous ne pouvons atteindre , par nos propres forces 9 les vérités indispensables à connaître pour notre

salut éternel. Il faut donc que Dieu nous les révèle. Ces vérités ne sont pas en contradiction avec celles que nous dé-

ne payaient que deux bourses (ibid., p. 1101 ). — Dans sa réponse, Galland ne relève pas ces énorniilcs, et se conleote de dire ( Pclri*Gallaodii, etc., f*55 recto) :Nequo ego, neque lu, Rame, neque qui utToqne noslmm — plus videt , quo ordine, qoft ratione et vià omnia 8cbol& tttm admioistrarentar vix pronuntlare potest.

coutre !a lumière naturelle. Elles en sont le ( omplcment nécessaire. Oo trouvait dans Aristote, ou comme od disait dans te^losopkef les principales vérités accessibies à la iumièra oaturelle. L'Écriture sainte est le dépôt de la révélation. En général , les scholastiques discutent peu les limites qui séparent Ja révélation divine de la i aison humaine. Ils les admettent toutes deux et les emploient concurremment sans beaucoup se préoccuper de leur rapport A celte époque, si on ne doutait pas de la révélation > on ne médisait pas de la raison.

L'application de ces principes souffrit d'abord quelques difficultés. Au Xiii« siècle » les mattresde la Faculté des arts» uniquement occupés de logique et de métaphysique, formaient une corporation qui semble avoir été beaucoup plus indépendante de la théologie^ qu'elle ne le fut plus lard. Par esprit de corps, les artistes pouvaient se trouver entraînés à mépriser la théologie et à décider les questions suivant Ans* tote et les commentatenrs arabes, plutôt que suivant la fol orthodoxe. Etienne Tempier, évêque de Paris» condamna» en 1270 , quelques hérésies philosophiques ofk Ton reconnaît rinfluence de la métaphysique arabe'. En 1271 , la Faculté des arts décida qu'aucun maître ou bachelier ne devait entreprendre de traiter une question purement théologiqoe» comme de la Trinité et de rincamation. Chacun doit se ren~ fermer dans sa spécialité. Si le maître, après avertissement de la Faculté» ne se rétracte pas publiquement daus les trois jours , au lieu même oik il a parlé» il sera exclu de la corpo* ration. S'il décide contre la foi une question mixte» il sera exclu comme hérétique , à moins qu'il ne se rétracte dans les trois jours , apr^8 avertissement préalable , en présence de la Faculté assemblée. S'il rencontre dans les textes qu'il explique des propositions contraires à la foi , qu'il les déclare erro-

* B. ili , 597.

nées, ou qu'il les passe*. Cette ordonnance ne parait pas avoir produit immédiatement tous les résultats qu'on en atteodait Six aas après^ en 1277, Etienne Tempier condamnait les propositions saivantes, qu'on est étonné de rencontrer ao siècle de St.-Loois ; L'aatorité ne suffit pas pour donner la certitude. — Les sermons des théologiens reposent sur des fables. — On n'en sait pas davantage pour avoir appris la théologie. — Le christianisme çontient des fables et des erreurs tout comme d'antres religions. — ^Le ebristianlsme fait obstacle à la science. — Il ne faut croire que ce qui est évident par soi-même, ou ce qui résulte de principes évidents par euxmêmes. ^ Il ne faut pas prier.^ — Il ne faut aller k confesse qae pour la forme*.

Au xiT* siècle on ne rencontre plus d'exemples de cette lutte de la philosophie contre la théologie. La Faculté de théologie avait alors une grande prépondérance dans l'Université ; elle était composée d'homme mCtrs, expérimentés , et la plupart de ses bacheliers enseignaient dans la Faculté des arts» Les nouveaux mattres admis dans la Faculté des arts, juraient entre les mains du recteur d^observer les artir des du règlement de 1271 ^; et l'on ne voit pas qu'ils aient été enfreints.

£n tout ce qui ne touchait pas à la théologie , la Faculté des arts était complètement indépendante de l'autorité ecclésiastique. L'opinion du temps est exprimée par Occam , à

propos d'une condaiiniaiion prononcée en 1276, par l'archevêque de Caotorbéry, contre des propositions de philosophie, de logique et de grammaire, enseignées à Oxford: des propositions de philosophie qui ne touchent pas à la théologie , dit Occam» ne doivent pas être condamnées solennellement; en

* B. m, m. Siger de Brabant est un exemple do la liberté qui régnait alors en matière d'enseignement. Voir, l'article de M. Le Clerc, Hiiloirc liUérairc de ta France, t, XXI, p. 120, iâi.

» B. IV, m.

pareille matière ebaean doit être libre ^ et dire librement ce qui lui convient. Il faut donc tenir pour ti iik raire l'arrôt porté par cet archevêque , contre des propositions de grammaire» de logique et de pore philosophie '.

La Faculté des arts ne prescrivit jamais rigoureusement de suivre de préférence les opinions d'Aristote *. En rexpliquant, on le discutait fort librement. On le suivait par goût et non par force. La persécution exercée contre le Nomi» nalisme» semble laire exception à ces habitudes de liberté ; mais an xtv* siècle , elle ne fut pas sérieuse » et an xt* elle ne fut qu'accidentelle. Les arrêts rendus par la Faculté des ans, en 1339 et 1340 *, contre le Nominalisme, semblent se rapporter à quelques propositions prises dans un sens exagéré 5 plutôt qu'à l'ensemble de la doctrine. La nécessité de réprimer quelques désordres qu'elle avait occasionnés dans les disputes , paraît avoir <^té la cause principale de ces statuts. Tous les docteurs illustres de la tin du xiv* siècle , n'en furent pas moins des uominalistes décidés. Au XTi* siècle, en 1473 , à la suite d'une querelle tbéologique, les réalistes firent intervenir Louis XI contre leurs adversaires; les livres des Nominaux furent cloués dans les bibliothèques, ou livrés au premier président \ Cette ridicule persécution ne fut qu*un acte de vengeance, exercé par quelques intrigants , à l'aide du pouvoir civil ; on ne peut Tim* puter & rUniversité. Si la persécution fut violente , elle ne dura pas longtemps. Les livres des Nominaux furent rendus aux maîtres en ±hHi \ et leur doctrine régna dans TUniversité jusqu'au xvi' siècle.

* Ockam, Dkilogi, P. i lib. Il, cap. 22.

* La seule prescription formelle dans le Juramenlum iocipientium ( B. IV, 27b) à l'occasion du Nominalisme.

* B. V, 700. Cf. 079 et d'Argentrô : CoUectio juikiorum, 1, p. 3, p. 987.

La révolution opérée dans la discipline de la Faculté îles arts, par le développeiuent des pédaîjogies , fut plus favorable que nuisible à la liberté. Les réformateurs avaient peu d'autorité réelle. Les pensionnats et les collèges étaient en réalité autant de petits royaumes , que les ehe6 de maison gouvernaient avec une indépendance à peu près complète. C'est ainsi que la renaissance des lettres put trouver dans la métropole de la scholastiqueun accès beaucoup plus libre que dans d'autres Universités. On expliquait même des poètes licencieox % les colloques d'Erasme ; la dialectiqne d'Agricola remplaçait la logique d'Aristote*. En 1550, il ne restait depuis longtemps dans renseignement phiiosophiqne aucune trace de la barbarie scbolastique'. On ne saurait douter que rindépendaoce des pensionnats n'ait contribué à bâter ces changements.

Les mattres de la Faculté des arts jouissaient donc dans ' i leur enseignement d'une grande liberté, et le régime anarcbique de TUniversité y contribuait sans doute beaucoup plus que l'esprit de tolérance» qoi ne se rencontre jamais dans les •corporations fortement constituées.

* Réglemenls da collège de Hontaigu. 1805 (Félib., Pr„ III, 738,

art. 6). Je crois qu'il est fait allusion à cet abus dans S. F. A. 1488, fi. Y, 78a, et R. N. A. IftSS , 6 févner.

' Pelri Gallandii, — Oralio , GO recLo et verso. Les parva logicalia n'étaient plus enseignés en Jam pridem exolevére.

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