‹ De l'organisation de l'enseignement dans l'Université de Paris, au MoyenÂge thèse présentée à la Faculté des lettres de ParisChapitre 15 sur 41 · DES PENSIONNATS OU PÉDAGOGIES · texte numérisé non relu

DES PENSIONNATS OU PÉDAGOGIES

Au XV* siècle» une révolution importante s'opéra dans la discipline de la Faculté des arts. La plupart des étudiants» jus-

* S. N. F. (B. V, 880). le crois qu'ils sont désignés par le nm de régente* ecclesiarum Pearœhkmarum, dans R. N. P. 1475 (de Putnmh

H naf., p. 169).

' R. N. A. 9 septembre.

» B. VI , 2oO-5i.

• Mém. contre Ph. de Thori.

qaes^là «xteroes, deviennent pensionnaires. C'est dans Torgantsalion de renseignement grammatical au moyen^ge qu'il

faut chercher l'origine de ce changement.

A chaque église cathédrale était ordinairement annexée une éeoie, espèce de petit séminaire où l'on élevait les enfants destinés à la prêtrise* On leur enseignait les connaissances élémentaires nécessaires à leur état : la lecture, l'écriture , la gram* maire, le comput ecclésiastifiue, léchant d'église. L'école était souvent placée sous la direction du chantre. On mettait alors dans les églises beaucoup de soins et même d'amour-propre à cultiver le chant Dans les villes de peu d'importance , Vécoh; cathédrale suffisait ; dans les grandes villes, comme Paris, il y avait des écoles de lecture, d'écriture et même de grammaire dans chaque paroisse. Mais on ne pouvait ouvrir école sans l'autorisation du cbantré , qui , à Paris, n'accor-. daîtla permission ({uc pour on an. Il fixait à chaque maître le nombre et le seie de ses élèves, les livres qu'il devait enseîseigner Les uns n euseignaient que la lecture et l'écriture; les autres y joignaient la grammaire. Ce mot de grammaire avait alors un sens beaucoup plus, étendu qu'aujourd'hui. 11 avait conservé la même acception que chez les anciens. Do temps deGerson,commedu temps deQuintihen, ia grammaire comprenait « non-seulement la science des lois du langage, mais encore l'étude et l'explication des poètes. Depuis que la logique dominait exclusivement dans la Faculté des arts , les maîtres de grammaire enseignaient tout ce qui tient à la littérature, et préparaient môme immédiateuieui aux études de la Faculté des arts par les éléments de la logique En réalité, leur enseignement embrassait tout ce qu'on apprend aujourd'hui dans les établissements d'instruction primaire et d'instruction secondaire ; il n'y avait pas alors, et il n'y eût

* Fêtera Slatuta ( Félib.^ Pr., I,hh7) jurés en 1380, par hi maîtres et SI mattroases d'école de Paris et de la banlieue ( ibid., p. hh9 ).

* GersoD , Doetrina pro piterit eed. IVirit. ( opp. IV, p. 718 ).

jamais, avant 1789 , une diitioction bien tranchée entre les différents degrés de renseignement On ne connaissait, en

réalité, que deux degrés : reoseiguemeDl supérieur (théologie, droit , médecine) , et l'enseignement préparatoire des sciences qu'on appelait primitives et fondamentales (lecture , écriture , grammaire et logiqoe ), On peat distinguer trois degrés dans cet enseignement préparatoire, tel qn*tl existait au moyenâge. Le premier degré comprenait la lecture , récriture et les éléments de la grammaire latine que ion apprenait dans le traité de Douât (de octo parUbui) , et que Ton appliquait aux distiques moraux de Gaton ; au second degré, on étudiait dans le doctrinal d'Alexandre de Yilledieu, les irrégularités et les anomalies grammaticales, la syntaxe et la prosodie ; on expliquait des poètes latins de l'antiquité, du xn* et du xiii' siècle ; on apprenait la rhétorique du temps, c'est-à-dire les formules que Ton doit employer dans les lettres que Ton écrit à nn seigneur , à un évêque , à un chapitre, etc. , et les éléments du calcul, sous le nom d'algori^jne. Le troisicine degré comprenait les éléments de la logique étudiés dans les summulœ, abrégé de TOrganon qu'on attribuait à Pierre d'Espagne. On copiait tousses li?re8 et on les apprenait par^cœur , même les êummuîœ que Ton devait répéter avant d'être en état de les comprendre*. Cet enseignement finissait à 12 ou iS ans, âge auquel les enfants entraient dans la Faculté des arts.

* Voir le curieux tableau que M. Taranne a dressé de l'état des collèges avant 4789, à la fin du rapport do M. Villemain , sur VlnslrucUon secondaire, et du livre de M. Kilian, sur V Histoire de l'instruction pu» hUque. Qn en a tiré dss inductions fensses relativement à l'état actuel do riostmction secondaire; on n*a pas pensé que les collèges de rancien régime, sartont en province, oomprenaieiit le degré correspondant à' notre instruction primaire. On apprenait à lire dans les collèges de rUnivorsiiéde Paris ( Claude Joly , Traité hiiloriqtu du éeoleê^^Ueepakt et ecclesiasti(]ucs. Paris , , p. 5'j'i ).

' Gerson (opp. I, p. 2i ) : Apu l logiros summulm Pétri Hispani Ira- <luntur ab initie novis pueris ad oiemonter recolcudum, etsi non statiro intelligant.

Les écoles de grammaire étaient pour la plupart des externats. Cependant, les pensionnats » appelés alors pédagogies*, deviennent iort nombreux à la fin du xiv* siècle *. îls ('•talent dirigés par un maître « appelé pédagogue, qui se faisait aider dans ses fonctions par an sous-mattre ( sudmontlor * ) qu'il logeait et qu'il nourrissait Le règlement dressé par Gerson, pour Técole de la cathédrale \ donne une idée de la discipline en usage dans ces maisons. Il devait y avoir dans l'école cathédrale un maître pour enseigner la grammaire et la logique» et un autre mattre pour apprendre le plain-chant» le contrepoint et le déchant. Les enfants seront , jonr et nuit , sous la surveillance de Tun des deux maîtres. Ils étudieront la grammaire et la logique depuis le lever jusqu'à Theure du dîner (10 ou 11 heures) , et depuis le retour de vêpres jusqu'à sou-, per (6 heures). Chacun devra dénoncer au maître les fautes de ses camarades. Voici l'énumération des principales : Parler français, mentir, donner un démenti, injurier, frapper, dire ou faire des choses déshonnêtos , se lever tard , oublier de dire les heures cauonicales» causer à Téglise ; celui qui ne dénoncerait pas serait puni comme le coupable. La punition en*usage était le fouet» châtiment commode qu'on pouvait proportionner exactement aux délits et appliquer immé<* diatement sans le secours d'un tiers.

Les communautés d'étudiants, appelées collèges, n'avaient été fondées généralement qu'en vue des études théologiques. Cependant» la grammaire n'en fut pas exclue. 70 bourses y furent spécialement affectées. Le collège d'Hubant était entière»

* La première mention de pédagogies pour lUniversité de Paris est de 1591 ( B. rv, 67^ ). Le mot pedagogw, dans ITniversîlé de Toaloose» en 1528 ( Statuts manuscrits Bibl. Nat. 4223, p. 60 Yerflo)« semble dé-

si£rnei des surveillants subalternes des enfants.

> Exubérant! pœdagogorum moltitudine ( Gerson , avant liM^, opp, 1, p. 110, v).

' Cf. Statuts (les petites écoles ( Félib., I , hh7 ).

* 0pp. IV, p. 718.

ment affeclé à six boursiers grammairiens , qui devaicut le quitter ù l'âge de 12 ou 13 ans. Kn i;^70 , le cardinal Jean deDormans fooda^ pour six boursiers grammairiens, uu col* lége organisé comme les pédagogies** Un maître ès-artsdirigeait la maison , aidé d'un soos-maltre qni était choisi et payé par lui. Far une disposition remarquable^ le cardinal permit au maître et au sous-maître d'admettre des externes qui paieraient h s. p. au procureur de ia maison , au profit de la eommunaoté» outre ce qu'ils devaient an maître et au sous-maltre ; mais il était défendu de les prendre en pension. Los collèges de Navarre, de Tréguiei , de Tours et de Boisby admettaient des boursiers grammairiens, parmi lesquels se recrutaient les boursiers des autres Facultés. Le collège de Navarre avait une communauté de 20 boursiers» qui était une vraie pédagogie , et qui fournissait des boar* siers aux communautés des artiens et des théologiens*. Cette combinaison fut iiiulée par beaucoup de pédagogues. Il n'y avait pas , à cette époque, une grande différence pour Tâge entre les étudiants de ia Faculté des arts et les écoliers de grammaire. L'enseignement même de la Faculté des arts ressemblait beaucoup à celui des écoles de grammaire. Dans les écoles de grammaire , on ne parlait que latin , on ne lisait que du latin , on apprenait même à lire et à écrire en latin. La logique dominait excJusîTement dans l'enseignement grammatical et même dans Texplication des poètes. Il était donc naturel que les pédagogues conservassent jusqu'à la délerminance, et même jusqu'à la licence , les écoliers que leur confiaient les parents. Ilslesmeuaient suivre les cours de la rue du Fooarre et les exerçaient à la dispute *. Les cheli» des communautés de boursiers prirent eux-mêmes des pension-

* Reg. 96 (arch. de TUniv.).

* Voir les règlements dans Launoi , opp. VU, p. 305.

* Statuts du collège de Séez, ih%7 (Félib., Preuves, Ui , §92, a.).

naires > ou louèrent une partie de leurs bâtimeDts à des pédagogues. Déjà, en l/i52, la plupart des étudiants de la Faculté des arts paraisseot avoir été enfermés dans des pensionoats.

I«a Facalté des arts favorisa cette tendance de tout son pOQvoir. L'Université^ appauvrie et affaiblie» ne pouvait

protéger riodiscipline des écoliers contre le pouvoir royal • devenu plus fort, et elle avait souvent à souffrir des désordres de ses étudiants. £n les renfermant tous dans des pension^ nats , elle les plaçait sons la surveillance et la responsabilité des pédagogues. En iA50, la Nation de France voulait que les externes libres , appelés Mardnels , fussent contraints à habiler les pédagogies ou les maisons voisines *. Enfin, en 1463 , la Faculté des arts décida qu'il ne serait délivré de certificats d'études à aucun étudiant qui ne résiderait pas dans un collège, dans une pédagogie, chez ses parents, ou chez quelque membre notable de TUniversité qu'il servirait gratuitement \ A partir de cette époque , les collèges et les pédagogies renfermèrent presque tous les étudiants de la Faculti des arts. Il fut cependant impossible de iiiire disparaître complètement les citernes libres ou martinets.' La Faculté était obligée de les tolérer pour ne pas exclure beaucoup d*étudi jDts pauvres qui n'auraient pu pa^er leur pension dans les pédagogies \

Les raisons qui décidaient la Faculté à renfermer les étudiants dans des pensionnats tendaient à anéantir l'ancienne organisation de l'enseignement. Les sorties des élèves étaient une occasion de désordre. On chercbaità les restreindre autant que possible. C'est ainsi que les disputes du Carême

« B. 8Si1,8!».

* R. N. p. 1478, 7 novembre, et 148S, 9l( octobre. Cf. Grevier, VI, p. kS,

furent négligées , que le cours de morale fut alMudonné ; en 1489 , oû décida que les écoliers ne marcheraient plus en tête de la procession de TUniversité ^ La Faculté défendait souvent aux pédagogues de mener leurs élèves à la promenade \ U dat paraître beaacoop plas commode pour la discipline de faire instruire les artiens dans Tintérieurdes maisons, comme on ravaitfait de tout temps en théologie et eu grammaire* C'est ainsi que l'enseignement fut transporté peu à peu de la rue du Fouarre dans les pensionnats. Déjà « en iikôOy la plupart des régents de la Nation de France enseignaient dans les pensions Les leçons de la rue du Fonarre continuèrent pourtant jusqu'à la fin du xv" siècle. Entre 1A77 et , la Nation Picarde distribuait encore les écoles à ses régents 9 suivant l'ancienne contume S Ce qui dut porter le dernier coup à ce mode d'enseignement » ce fut l'obligation de résider dans les collèges et les pensionnats , imposée aux maîtres vers 1524. Dès iA52, les pédagogues logeaient et nourrissaient leurs régents ^ Vers 152^ , il fallut demeurer dans un collège ou une pédagogie bien famée pour être capable d'exercer les offices de recteur^ de procureur» de doyen et d'intrant ; et , pour choisir les intrants% en 1530 , on interprétait ce btalut en déclarant les maïues^ qui habitaient hors des collèges et des pensionnats^ incapables d'avoir voix active ou passive dans les assemblées des Nations \ Dès-lors» renseignement de la Faculté des arts dot être presque tout entier renfermé dans les collèges et dans les pensionnats. Ramus vit

* B. y\ m. — R. N. A. 1475 ( f> 116 recio ).

* R. N. F. 1460, S9 septembre {Fofitxm UtiofUpu, eus,, p. 90).

* Les régents qui demandent des écoles fournissent Gantioa«oeqoi

semble indiquer que la Nation louait encore des salles. »~ Cf. S. F. A. i/j88 ( B. y, 785) : Quo tempore leciione* in 9ico SUramilinêi iMhotmiwr. « Réforme d'EstouteviUe. (B. V, Wl ).

' B. VI, m

mourir le dernier mattre qui eût eoseigné dans les écoles de la rue du Fouarre ^

Voici quelle était , à la fin du xv** siècle» rorganisâtion dé ces peusionnats. Nul ne pouvait établir une pédagogie sans l'autorisation de la Faculté des arts^ ni sans appartenir à celte Faculté. Les docteurs des Facultés supérieures étaient exclus Les pédagogues passaient ordinairement^ pour nné année, avec chacun de leur régents, une sorte de contrat, par lequel le régent s'engageait à faire des leçons pendant Tannée sar tel objet > et le pédagogue à lui donner la table et le logement *. Les pédagogues qui s'établissaient dans les bâtiments appartenant à des collèges , passaient nn bail avec la communauté des boursiers*. Ces baux étaient de 2 , 6, ou 9 ans. Le pédagogue s'engageait à pajer une certaine somme au collège pour cbacon de ses élèves ; il ne payait rien ponr son personnel ^i. Le chef des boursiers se réservait le droit de délivrer aux élèves les certificats d'études. L'enlèvement des immondices, Tentrelien du mobilier du collège et le traitement du portier étaient à la charge du preneur.

Les règlements dressés en 150S> par Jean Standonc > pour

le collège de Monlaigu , peuvent donner une idée de la distribution de la journée dans rintérieur de ces maisons. De U heures du matin à 0 heures , leçon ; à 6 heures ^ liiesse ; de 8 h. à iO, leçon; de 10 h. à 11 » discussion et argumen-

* Ramus prœmium reformamlœ Jcadmiœ Purit.

* S. F. A. 4ft86(B. V, 770-771 ).

' S. F. A. 15âO (B. VI, 106), et B. \i,m,C^7^-.

" Baux de pédagogie passés avec le collège de La Marche , 18 mat 1504 , el 11 mai 1506. ils sont rédigés en français ( arch. de TUniv.). — M. iarannc a déjà appelé l'allenlioD sur ces pièces curieuses, dans son travail sur les collèges.

* Dans les baux du collège de La Marche , le personnel est composé de trois régents ès-arts> d*ttn cuisinier, d'un dépensier^ d^uo porlier, de trois serviteurs» et de deux régents en grammaire. Le pédagegue payait pour chaque élève jUl s. p. en ISOft, et 18 8. p. en 1506.

taUoD ; à 11 heures , diaer ; a{irès le diaer , eiameu sur les questions discutées et les leçous entendues > ou , le samedi , dispute; de 5 il. à 5, leçon ; à 6 heures , ?êpres; de 5 h. à 6»

dispute ; à 6 heures, souper ; après le souper jusqu'à 7 h. et demie , examen sur les questions discutées et les leçons entendues pendant la journée; à 7 heures et demie» compiles ; à 8 heures» en hiver» coucher» et à 9» en été*. On voit que la dispute était l'unique exercice des étudiants de la Faculté des arts. Les pédagogues mettaient de ramour-propre à ce que leur pension retentit des clameurs de la dispute; c'était le signe d'une bonne discipline » de fortes études *.

La réunion d'élèves fort inégaux en âge et en instruction dans les grands collèges , la nature des baux passés entre les pédagogues elles régents, pour une seule année et pour un enseignement déterminé» durent conduireàdistribuer les écoliers en différences ckisses. Ces divisions paraissent avoir été établies sous le nom de leetimm S dans les coUéges et pédagogies, dès la seconde moitié du xv" siècle. Elles ont dû sans doute beaucoup varier, suivant la nature de i'enseignement , et le nombre des régents et élèves^ On n'a pas de données précises snr la division des classes en grammaire *; il est pro-

• Félib., HisL de Paris, Preuves, RI, 727-7Î8.

« Vivès in pcmdo dîaïccticos (ISiO), opp. (éd. Basil.) I, p. 28o. K. N. F. ihl7 : In prato dericorum ubi Icctio contra lectinnem insurgere solebat ( B. V, 725).— Statuts du collège de Montaigu, 1503 (Félib., //isL de Paris, Pr., III, 728 a., art. IV) : Eritque in qualibet leeHotum ex prudentioribiis aliquis qui cxtcros suœ leclionis conducat. — Cfouif est une expression de la renaissance. Le premier acte anthen • Uqoe où je Taie rencontrée est de 1839 ( b; VI » 919 ) .

» Cf. Ramas, Oraff ? ro phUûsophicâ fKfdpItnâ , ( 1093-1098). A cette époque, les études grammaticales occupaient quatre ou cinq ans; la rhétorique, deux ou trois ans. On la commençait dans la quatrième classe. En 1599, la division en sixième, cinquième, etc., paraît établie dans le collège de Narbonne ( Statuts, Félib., Pr., lU, 800, art. IIÏ), telle qtt*elle persista au xvii* siècle. Jean Sturm , qui avait professé dans rUDWersité de Paris, établit la division par classes dans le collège qall fonda à Strasbourg en 1838 (Raumer» Gesehiehte der Peâagogik. Stattgard , 1813, 1, p. 934, sqq. ).

bable que les deux premiers degrés de rcnseiguemeni forluaient deux classes confiées à deux régents. Pour la FacuUé des arts , la division était natureliement iodiquée par les eia** mens. On distingnait trois classes parmi les étudiants èsarts : les snmmnlistes , qui étudiaient le livre de Petrus Hispauus ; les logiciens , qui se préparaient au baccalauréat ; les pliysiciens» qui étudiaient pour la licence. Chacune de ces classes avait son régent'.

Quoique cette nouvelle organisation offrttplusde garanties de discipline 9 les désordres des écoliers étaient encore graves et fréquents. Gerson se plaint vivement des pédagogues de son temps j de leur ignorance, de leur négligence, de leur immoralité. Ils ne punissaient pas leurs élèves de peur de les perdre. Ils regardaient comme indigne d'eux de les former à la piété. Leurs écoliers étaient aussi étrangers que des payens aux notions fondamentales du clnistlanisme. Leur conduite au sermon était des plus indécentes; ils troublaient le prédicateur par des sifflets et des murmures*. Les pédagogues ne valaient pas mieux du temps du cardinal d'Eslouteville. Ils spéculaieut sur la nourriture de leurs élèves; ils allaient les recruter daus les iiùteis et les cabarets \ Ils prenaient part eux-mêmes aux désordres des écoliers; ils étaient quelquefois les chefs et les promoteurs de leurs querelles Dans les pensionnats , les artistes, les grammairiens étaient mêlés, malgré la différence des âges. Les écoliers sortaient pendant la nuit^ lis compromettaient TUniversité par

* Summulislae , logici, physici. Cf. R. N. A. U73(Pil6 recto.) Cr. Ramus prœmium réf. Acad. Paris, On ajouta, au xvi* siècle, «n inb^nt finirans ) pour la dernière année oh les étudiants enHroAmi dans Tune des Facultés supérieures ( anmw Infrontte^. Cf. But. YI ,

* Gorson., opp. I, p. III.

' Règlement de Charles Vil pour le collège de Navarre, iftftîi (B. V,

des pièces saliriques jouées lors de TÉpiphaoïe, et pleines de traiu mordaDts contre des personnages poissante ^ Dès on sentit la nécessité de soumettre les collèges et les

pédagogies à une inspection r(5gulière. La réforme de ordonna que les Nations choisiraient tons les ans quatre maîtres, bacheliers ou licenciés dans Tuoe des Facultés supérieures , qni, sous le titre de emêeun^ visiteraient les collèges et pédagogies pour en réformer l'administration , la discipline , et Fenseigoemeut ^ Ce règlement ne fut exécuté que quelques années après*. Tous les aiis,tlaus les derniers jours d'octobre, chaipie Nation nommait un censeur, ou, comme on l'appelait alors, nu réformateur {reformatar). L'esprit d'anarchie et de ▼iolence qni régnait dans la société d'alors^rendaitrexerdce de leur autorité très-difiQcile. En 1477, ils forent obligés de réclamer la protection de la Faculté contre les dangers auxquels ils s'étaient exposés pour avoir fait fouetter en leur présence « dans le réfectoire de leurs collèges, an son des docheSy des écoliers qui avaient pris part à un combat *. Cette inspection ne paraît pas avoir prodoit des résultats importants, parce qu'elle manquait de sa ne lion. L'exécution appartenait à la Faculté des arts, qui n'était composée que de pédagogues, et de régents qui dépendaient de ces pédagogues.

La nouvelle organisation contenait d'ailleurs un vice radical : sans parler des pensionnats particuliers dont la discipline était et devait être nécessairement mauvaise, les collèges fou-

' Les Nations commencent vers l/i68 à nommer régulièremeni les réformateurs. Leurs lonclions sont exprimées dans les termes mêmes de la réforme de IU^% Cependant ils ne sont jamais appelés censeurs. On trouve dans R. N. P. 1478, 7 novembre : Reformatores habebuni bis in anno vtsitare collegia et cogère marliiietas ad moram faciendum in coHegiis t si oompertam sit quod possiot sulferre onera coUegiorQin.

* Defenderent eos ab omnl pericnlo* R. N* A. U77, 9 juin. » B. V, 7».

des pour de peliLes communaulés de boursiers déjà capables de se conduire par eux-mêmes^ n'étaient pas propres à devenir des pensioDBats. Les liâtimeots n'étaieDt nnltement appropriés à cet Qsagpe % et l'on sait que pour la discipline , cette circonstance est loin d'être indifférente. Le chef de la commu-^ nautédes boursiers devait être originaire d'un certain diocèse. Cette restriction renfermait le choix du principal dans un cercle trop étroit « et écartait du gonvernement des collées des hommes capables et expérimentés* ; enfin les intérêts op* posés, les procès^ les rivalités des diverses communautés fon^ dées dans la môme maison , détruisaient cette union et cette uniformités! nécessaires à la discipline. Il était fort difficile de réformer ces inconvénients» Il y fidlut plus de deux siècles. Les offices des collèges étaient des bénéfices, une sorte de propriété particulière, garantie par des testaments qu'on croyait ne pouvoir briser sans attenter à des droits acquis*. En présence de cette organisation incohérente et embarrassée par ses traditions , les jésuites eurent l'avantage d'avoir table rjise » et de pouvoir s'accommoder immédiatement à la nouvelle situation que la renaissance des lettres faisait à renseignement.

Malgré ses imperfections, cette nouvelle organisation de Ja Faculté des arts fut cependant très-avantageuse Elle enleva }es étudiants à la vie irréguliàre qu'ils menaient au xtn* et an

^ Advis pour le bien et la conservation de ^Université de Paris, p. 9.

* On pensait déjà en ISSl (Pétri Gallandiî — contra novam Academiam Peiri Rami oratio Parisiis. 18K1, a% 33 verso) à supprimer les petits collèges; c'était ane réforme jug^ orgeDto. Elle ne fut accomplie qa'en 1765. Je remarquerai en passant que Pierre Galland est le malus genius que Ramus altnque dans son Oratio pro phUoaophicà disei'" plinâ ( Pétri Gallandii , etc., 1!5 recto ).

* Ptamus l'a attaquée avec violence. Mais il s élait, forgé une ancienne Université iinaginairc. Il croit qu'avant les collèges, il n'y avait que trois ou tout au plus 8ix maîtres de philosophie pour toute la Faculté des arls (Oral, pro ph. dise., p. liOO) , et que lors des examens, les étudiants

xif • siècle. La plupart étaient trop jeunes pour être abandonnés à eux-mêmes dans le Paris du moyen-âge. D'ailleurs, en aucun temps , ce n'est pas à 14 ou 15 ans qn^on peut user convenablement de sa liberté; d'un autre côté, les mattres fîirent obligés à pius (Je régularité et d'exactitude. L'enseignement ne fut plus abandonné au hasard; il fut soustrait à la bonne volonté 9 G'est*à-dire , à la négligence des mattres et des étudiants. On n'atteignit pas le bien , mais on obtint le mieni.

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