ORIGINES DE L'UNIVERSITÉ DE PARIS
Le XII" siècle est une grande époque pour la chrétienté. L'Occident entreprend les croisades; la papauté étend et affermit sa puissance ; les commiineB conquièrent leur indépendance en France et en Italie ; enfin , au même temps , la renaissance de l'étude da droit romain en Italie, et le développement de la scûlastique au nord de la France , réunissent à Bologne et à Paris un concours nombreux de maîtres et d'étudiants^ qui s'organisèrent au xm* siècle en ces corporations célèbres connnes sous le nom d'Universités*
L'Université de Paris fut le résultat naturel et spontané dn mouvement scientifique qui se produisit en France , au lujrd de la Loire, au commencement du xn" siècle. Elle ne fut créée ni constituée par aucun pouvoir ; les rois et les papes furent ses patrons et non ses fondateurs. Elle naqoit du besoin que les hommes qui cultivent leur intelligence ont de se rapprocher; et elle se constitua sous l'empire de c(jt esprii d'association qui produisait en même temps les villes Lombardes > les communes de France» et les corporations de métiers.
Pour retracer avec précision les origines de l'Université de Paris , il faut poser et résoudre les trois questions suivantes: 1* Quelle était la nature du mouvement intellecincl qui se développa au nord de la Loire, au xii' siècle? 2*'Com> ment se fixa-t-il à Paris P â« Quels furent les premiers rapports des écoles de Paris avec Tantorité spirituelle?
Depuis rinvasion des Barbares , renseignement était exclusivement renfermé dans les aiouastères et les chapitres des églises cathédrales. A la fin du xi* siècle, principalement dans les écoles monastiques et capitulaires qui étalent an nord de
la Loire» on étudiait avec ardeur la logique d'Artstote, d'aprl*$ les tradoctioDs et les ouvrages de Boèce; on commençait
mèaïc à rappliquer à la théologie *. Ces étudies prenaient une importance toute nouvelle à côté et en dehors de l'ancienne encyclopédie du trivium et du quadrivium , qui avait compris jusque-là tout renseignement Les monastères du Bec ' en Normandie, de Laon * en Picardie, les écoles capi-> tulaires de Tours et d'Angers * furent quelque temps célèbres par l'enseignement philosophique et tbéologique de Lanfranc, d'Anselme , et de Béreoger*
A l'église cathédrale de Paris était annexée» suivant l'usage» ' une école placée sous la surveillance du chapitre. Cette école paraît n'avoir en d'abord aucune importance; la célébrité de ces écoles dépendait uniquement de la capacité du maître qui était chargé d'y enseigner. L'école gagnait et perdait avec un mattre habile ses élèves et sa réputation. Vers 1100» Guillaume de ChampeauY attirait beaucoup d'étudiants à l'école cathédrale de Parif> par l'enseignement de îa dialectique Son disciple, Abèlard» eut encore plus de réputation et jeta plus d'éclat. Il enseigna successivement la dialectique à Melun» à Corbeil» à Paris» dans l'école cathédrale et sur la Montagne Sainte-Geneviève, et au monastère de Saint-Denis. A son retour de Laon, il enseigna la théologie dans l'école cathédrale de Paris*, De cet enseignement d'Abèlard estsoriie l'Luiversité de Paris. Les leçons d'Abèlard donnaient une importance souveraine à l'étude de la dialectique; son exemple passionna
' Saint Anselme est mort en 1109. — Roscelio se rétracta au oondle de Soissons en t09S. — Cf. sur l'abus que Bérenger faisait de la dialectique, Lanfranc, de EucharUHà^ c. 7. ( Bibl. PP. Lugd. XTUL)
• Saint Anselme fut abbé du Bec en 1078.
' Abèlard alla y étudier la théologie sous Anselme > chanoine et doyen de réglise de Laon. ( Hi$l. calamit.f cap. 2.)
Bérenger fut schoiasticus à Tours et archidiacre d'Angers.
' Abèîiird, Ilist. calnm., rnp. I.
* Abèlard, llht. mlam., cap. * , 2, 8.
pour la dispote et pour renseigoement; enfia sa répatatioo
attira à Paris uo concours nombreux d'étrangers de toutes les nations *. Paris ne perdit pas ces avantages avec la présence d'Abèlard. Les circoostaDces étaient favorables et fécondèrent le germe déposé par son eDsetgoemeot On contiDua à cultiver la dialectique a?ec une ardeur exclusive ; tous les éto> diauts rêvaient la gloire d'Abèlard, et aspiraient à professer couime lui; les étrangers ^ surtout les Anglais et les Allemands *» avaient pris Tbabitode de venir à Paris , pour s'instruire dans cette ville» célèbre parla subtilité de ses logiciens et de ses théologiens.
L'enseignement d'Abèiard à Paris dura, avec différentes interruptions, de 1102 à 1136 environ De 1150 à 1200^ Paris était plein d'écoles et de maîtres. On peut distinguer parmi ces écoles, l'école cathédrale de Notre-Dame , Técole monastique de Saint-Victor, et les écoles répandues sur le versant sepunij ïonai de la Montagne Sainte-Geneviève.
L'école cathédrale de Notre-Dame était surtout une école de théologie. Abèlard y avait inauguré cet enseignement par des leçons sur Eiéchtel. La tradition rationaliste d'Abèiard fut continuée avec éclat parle célèbre auteur du livre des Sentences *.
L'école monastique de Saint-Victor était aussi nne école
* Epistola Fulconis ad Aba?îardum. (Laurioi, De Srholis celebrioribus , opp. VU , 67.) L'expression de ce témoignage me paraît un peu hyperbolique; il faut ùC detier de la rhétorique des écrivains de ce temps.
* Parmi les disciples célèbres des écoles de Pans, au xu*' siècle, lu nombre des Italiens est innniinent moins cons>idérable que celui des Allemands et surtout des Ân^luls. Cf. do Boulay , Catalogut Jeademiconim iUu9frium, Il serait du reste possible <|ae les biographes eussent souvent donné leurs suppositions pour des rivalités. Hitt. «luV. Par. 11.
' Abèlard, Hist. ra/amt'r, cap. i. — Cf. Hémasst, Abètard , t. f, p. 15, cl Salisbury, Metalogicvs , II , cap. 10.
" Pierre Lombard fut évéque de Pari.-;, en li59, et mourut en 1 104. Pierre !c Mangeur, chancelier de .Nutre-Dame, cl Pierre le Chantre , chai) Ire de Péglisc de Paris, durent enseigner AU$ài lu Ihcoloij'e dan.s l'école du cloilre.
de Uiéologie y mais rifale de celle de Notre-Dame. Au ratîo* nalisme d'Abèlanl et de Pierre Lombard , elle opposait le
mysticisme deHufjuos ci de Richard de Saint-Vicior Quoique cette école ait eu beaucoup de réputation au xii* siècle , elle ne réussit pas plos & maintenir sa réputation qu'à faire prévaloir sa méthode. Elle s'eflace an xm* siècle sans laisser de traces.
Les écoles répandues sur la Monlague Sainte-Geueviève ne devaient leur origine qu'à Abèlard. Elles semblent complètement indépendantes de toute autorité ecclésiastique on civile. On enseignait dans ces écoles le trtviom et le quadri** viuiii, mais surtout la dialeclicjue Los analytiques d'Aristote, qu'Abèiard n'avait pas connus \ donnaient à cet enseignement un aliment nouveau \ La dialectique était enseignée , étudiée» et exercée avfic passion, aux dépens de toutes les autres sciences. On appelait déjà la logique l'art par excellence *; dès le xiV siècle, on lui sacrifiait la graniiiia ire et les études littéraires. Les maîtres et les étudiants de Paris tombaient déjà dans tous les excès de subtilité vaine et de sophistique puérile qui ont déshonoré la scolastique Le siège de l'enseignement dialectique était resté sur la Montagne Sainte-Geneviève^ où Abèlard l'avait transporté au commencement du siècle. Sa parole avait peuplé les clos jusqueslà déserts de cet|e hauteur. Les disciples d'Abèlard y étaient
' Cf. Les grossières attaques de Gautier de Saint- Victor contre Abèlard, Pierre Lombard, Pierre de Poitiers, et Gilbert de la Porrée, dans Bul. HitL un.PùrU.^ Il» 900, «OS, 6S9-660.
* Joannes Saridberieiisis, Melalogieui, lib. Il, cap. 10.
* M. GoosÎQ Ta démontré (PragmenU philosophiques, 18^7, II, 86-^9* Jean de Salisborjr traite des analytiques, Meuaog,^ Hb. lY, cap. 1-6.
Il était à Paris vers 1136, Tannée qui suivit la mort du roi d* Angleterre, Henri I. {MeL, lib. II, cap. 10.)
^ Ars est employé dans le sens de dialectique par Abèlard, DtalecL,
p. Uôh, Ed. Cousin, ft».
^ Job. Saridb., Melatog., lib. I, c. 3.
restés après son départ , et se confinaient pendant des années entières dansTétiide et rexercicc de la logique *.
C'est de la réunion des écoles de logique établies sur la Montagne» a?ec Técole de théologie > qui était dans le clottre Noire-Dame , que s'est formée TUniversité de Paris.
On ne trouve pas, au xii* siècle, le moindre vestige d'associatioo entre les maîtres des écoles de Paris. Abèiard semble avoir inspiré à ses disciples sa passion ponr l'indépendance. On avait à peine étudié , qu'on se hâtait d'enseigner. Tous les jeunes gens ambiLioiiuaient ce glorieux titre de maître qu*Abèlard avait eotouré de tant d*éclat. Encore imberbes , ils montaient dans la clnire doctorale On commença ft craindre que cette liberté illimitée de l'enseignement ne menaçât la pureté de la foi *. Tons ces maîtres rivaux cherchaient à se distinguer par des doctrines nouvelles que les disciples recherchaient et adoptaient avec Tenthousiasmo de la jeunesse. On avait vu par les exemples de Roscelin» d'Abèlard» et de Gilbert de La Porrée quelles conséquences pouvaient avoir pour le dogme de simples théories logiques. L'hérésie n'était déjà plus renfermée entre les savants et les clercs; elle se popularisait parmi les laïques. Dans les contrées les plus diverses de la France, à Agen, à Soissons» à Périgaenx» à Reims» à Arras, h Besançon, et surtout dans les provinces du Midi , rhérésie pullulait. Des laïques lisaient TËvangile , en opposaient les préceptes aux mœurs du clergé, et se prétendaient plus fidèles aux exemples donnés par Jésus -Christ et ses ap<ktres *.
Ces dangereux symptdmeb devaient appeler 1 ailuniiou des
* Joh. Sarisb., McUU.^ lib. H, cap, 10. Jucundum... visum est, vetciTS tjiios roliquLM'aui, et quos adhuc Dialectica detiaebat, in monte roviscru socios. Il les avait quittés depuis dix ans.
' Joh. Sarisb. j MctaL, lib. I, imi*. 7>. Pclrus Blescnsis , EpiM. 251. ( du .Muuluiei. 1082. p. 3C$.)
* Gieselei, khchcngenchkliU' , 11, | Bb.
évéques sar la liberté illimitée de renseignement L'empressement avec lequel Abèlard encore tout jeune avait entrepris d'enseigner de sa propre autorité « semble avoir été déjà blâmé Depuis la seconde moitié du xn* siècle» ceux qui voolurent enseigner furent obligés d'en demander l'aotortsation préalable au pouvoir ecclésiastique. C'est ce qu'on appela la licence ( licentia docendi ).
Il est fort difficile de déterminer avec précision quand et comment s'établit cette coutume. L'école capitulaire annexée à toute église cathédrale était en même temps pour le diocèse «ne sorte de séminaire. Avant d'être ordonnés, les aspirants il la prOtrise étaient assujétis à une sorte de stap^e à l'évêché, pour se former à leurs fonctions et permettre de s'assurer de leur moralité \ L'école cathédrale était donc pour ainsi dire commune à tout le diocèse. Le chanoine qui était chargé de la diriger semblait ôlrc en droit de prétendre à être le chef de l'enseignement dans toute l'étendue de la circonscription épiscopale ; il put se prévaloir de l'analogie qui existait entre les fonctions de la prédication et celles de l'enseignement « pour forcer tous ceux qui se proposaient d'ouvrir une école dans le diocèse à demander préalablement son autorisation. Nul ne pouvait prêcher sans la permission de l'évêquc ^ ; il dut sembler naturel que nul ne pût enseigner sans la permission de l'écolâtre» à qui l'évéque avait délégué cette importante partie du soin des âmes qui consiste dans l'enseignement.
Cette coutume, quelle qu'en soit l'origine, parait généralement établie du temps du pape Alexandre 111 (1109-1181). Le droit des écolâtres était cependant contesté. Dans le dio-
' Abèlard , JfMorla eaUmUatunit cap. 8. Duo praBcipaè absenti mihi Bemperobjiciebant—quèd sine magistro ad magisterium divin» lecUonis accèdere presumpsissem.
* Goncil. Taroo., a. 815» c. i3.
' F. Walter, Lehrbueh des Kirelwnreeht», % 177.
cèse de Cbâlons, l*abbé de Saînt-Pierre-du-Mont en appela à Alexandre III de l'écolâtre de Chàioiis , qui prétendait lui défendre d'instituer uo maître d'école sur le territoire de son abbaye. Dans une lettre à rarchevéqoe de Aeinis» Alexandre 111 blâtne fortement l'écolâtre , et semble reconnaître la liberté d'ouvrir ùcolc sans autorisation préalable Cependant le concile de Latran (1179 ) reconnaît implicitement aux écolâtres le droit de conférer Taotorisation d'enseigner ( Ikmtia doeendi)^ il leur Interdit seulement de la vendre à ceux qui la demandent» et de la refuser à ceux qui méritent de l'obtenir *.
Le droit de conlérer cette permission d'enseigner, qu'on a appelée plus tard lieenee, était exercé à Paris par le chancelier do chapitre de Notre-Dame. Le chancelier était une sorte
de notaire chargé de rédiger, de sceller, et d'expédier les actes passés par le chapitre \ Ces fonctions ne pouvaient être remplies que par un homme instruit. Elles furent souvent confiées à des théologiens qui réunirent à leurs attributions la direction et la surveillance de l'école épiscopaie \ Vers 1173 , le chancelier de Notre-Dame , qui était alors Pierre le Mangeur, théologien célèbre, paraît être eu possession du droit de conférer la licence ^ Le pouvoir du chancelier fut encore augmenté par Philippe-Auguste. £n 1200» ce roi exempta les
' Voir la letlre du pape dans Launoi, De Scholis cclcbr. (opp. VII, p. 58). Libenun esse débet cuique talentum gratis eni voluerit erogare. Je crois, toutefois t que le pape défend seulement de vendre la permission d*eD8dgDer. Gela résulte de Tensemble de la lettre» et particulièrement de Tavant dernière phrase : Non enim vénale débet exponi quod munere gratise cœlestis aquirllur...
* Le décret est daos Bul., II > 430.
' Cf. Le décret rendu en Hla, par l'évéque de Paris, sar les fonctions du chancelier (Hcmer<Bus , De Àcademià Parisîensi, p. 63 ).
' Elle est attribuée au chancelinr, dans le décret de 1^15.
' Letlre d'Alexandre III au légat Pierre Chrysogone ( Bul., H , 370). il autorisa Pierre le Mangeur à recevoir de Targcnt pour la coUalioo de la licence.
malires et tes étudiants de Paris de la juridiction du prévôt ^
pour les soumettre à rofficialité '. Le chancelier iîitervcnait donc dans le jugement de ces causes. Son pouvoir sur les maîtres et les étudianls devint dès lors exorbitant; il avait sur eux l'ascendant moral qae lui donnait renseignement tfaéologîque ' ; il était mattre de lenr donner ou de lenr refuser l'autorisation d'enseigner; il pouvait excommunier les rebelles^; enfin il les jugeait au civil et au criminel. Le chancelier exerçait donc au commencement du xiu* siècle le poavoir le plus absolu sur les maîtres et les étudiants de Paris \ Il ne tarda pas à en abuser; dans les premières années du xiii* siècle , le chancelier ne tenait aucun compte des recommandations des maîtres dans la collation de la licence ; il ne l'accordait qu'en imposant des serments conformes à ses intérêts personnels; il faisait emprisonner arbitrairement les maîtres et les étudiants; il les ruinait par des exactions et des amendes ^ Il eut même pendant quelque temps un cachot à lui
La nécessité de défendre des intérêts communs contre cette autorité despotique» força sans doute les maîtres des écolea de Paris à s'unir entre eox plus étroitement qu'ils ne l'avaient
fait jusqu'ici; ils eurent recours à la protection du grand Innocent 111 , qui était favorablement disposé pour les écoles
B* 111, 2. L'original do cotte piècu n'existe plus.
» berner., lie Acad. Paris. lî*j-12b.
5 Synode do Paris. 1208. ( Bu!., III, hh.)
* L'auteur anonyme d^iine réfuta lion do du Boulay, cilcc par Crevier, et intitulée Unh crsHa!!" P^rhiensU cjusquc faculUilum quaiuor ortgo vera advcrsus fabulas ac fabulaiores vindicata ( Bibl. de l'Université. Us. Université, n° i), a seul bien compris et nettement exprimé ce fait important ( p. 50a, 399» 525, 52/ï, 536). Cet ouvrage passionné, mais savant, est le meilleur qu'on ait fait sur les origines de rUniversité de Paris.
* Ces reproches sont contenus dans une bulle d'Innocent III de Vannée 1313. Elle se trouve insérée dans le concordat manoscrit de lâl5.( Arcb . ^e rUnivorsité.)
< Bulle de Grégoire IX. 1231. (Bol., III, 141.)
de i'arib où il avait ctiidié liii-inômc *. il autorisa les maîtres, en 1208, à se faire représenter par un syndic', cl en 1209^ à s'imposer sous ia foi du serment robligation d'obser?er les réglemeots qui leur paraîtraient convenables. Ces deux bulles constituaient les maîtres et les étudiants de Paris , en une vraie corporation ( ( nivcrsUas) * selon le droit Romain. La nouvelle corporation lutta désormais avec une constante opiniâtreté pour s'affranchir complètement de ia domination du chancelier et obtenir la jouissance de tous ses droits» Sur les plaintes des maîtres de Paris contre le chancelier. Innocent III ordonna, en 1213, à l'évôqiie et au doyen de Troycs, de redresser les abus qu'on lui avait signalés. Le pouvoir judiciaire du chancelier fut soumis à certaines restrictions ; il lui fut interdit de refuser la licence à ceux que les maîtres lui recommanderaient. Ces nouvelles garanties furent consi-
' Il le dit lui- môme dans la bulle de 1213, citée plus haut.
' La décrétale dans Bol. ID , 50. Elle so trouve c. 7, X. De Prœurator. {i, 58). Walter ( Lebrb, Kirehenr., p. 70S, d. i%) , lai donne la date de
' Ap. Bul., Hï, 52.
* Savigiiy , Hisloire du Droîl 7'omain au moyen-âge (trad. fr. III, 29b sq.) li est à remarquer que dans les actes relatifs à l'Universilé, avant 1261, le mot univcrsitas est toujours employé avec le géuilif magistronnn ou scliolarium sous-cnLcndu. Il exprime toujours Tassocialion des maîtres do Paris, considérée comme corporation légale. Pour désigner rUniversitô comme corps enseignant , les papes emploient toujours l'expression sîudl«m, ttudhan ParUîmte, Le mot tiiàitm gtnerals se trouve pour la * première fois dans une bulle d* Alexandre lY de 13S0 ( B. III, 351). Je ne pense pas que Tépilhèie de ye^ierale se rapporte , comme le croit Savigny {loc.cit.)^ au privilège de doccmio hic et Je crois que sfudium
générale a ici le môme sens que chez les Dominicains ( Cf. infra , ch. II, §2. A.), et se rapporte aux diverses nations (jui étaient représentées dans l'UniversiLé de Paris. — Le mot & Univcrsitas Parisicnsis csl appliqué pour la première fois, sans aucun sous-^ntendu , et dans le sens de corps enseignant, dans la bulle dTJrbain IV, 1261 (Bul. III, 366) : SctenUarum fbtttem irrîgunm, fluvinmque virlutumParisieosem scilicet universitatem Aposlolico favore digne proscquimur. L'expression Jcademia Pariiitfuis se rencontre dans une bulle d'Alexandre lY de 1256 ( B. III, 352) : Quatenus Academia Pavislrnm... conlrà noxia qiirrlibct... solida permaneat. Je n'en ai pas rencontré d'autre exemple avant le xvi" siècle.
giiéesdaus une sorte d'accoi d, passé en 1213, entre lesmaiu es et le chancelier^ sous la médiation de l'évêque et du dojea de Troyes Cet acte peut être considéré comme la charte de rUnlversité de Paris. Cette eonveotioD fut confirmée en 1215 par le légat Robert de Gourçon *. Il sanctionna en même temps de son autorité les règlements d'études que les maîtres avaient établis; il leur coofirina le droit de se soumettre par serment aux règlements qne la corporation ferait sur l'orga-* nlsation des cours, des disputes , et snr son administration ; ce privilège enlevait aux chanceliers toute autorité sur l'Université; aussi fut-il souvent attaqué par eux. Mais il fut confirmé par le légat Romain en 1225, par Grégoire IX en 1228' et par Innocent IV en 1244 S En 1219, Honorius 111 désarme le chancelier, en défendant d'excommunier aucun membre de rUniversité sans rautorisation du St. -Siège*. Ce privilège fut confirmé par Innocent IV en En 12M^ Grégoire IX
prot^ea l'Université de Paris contre le pouvoir civil, obligea le chancelier à prêter serment lors de son installation devant des maîtres chargés de représenter la corporation , et arma rUniversité du redouta])le privilège de suspendre les cours et les sermons, si on refusait de lui rendre justice Enfin le âO mai 1252, l'Université obtint d'Innocent IV le droit d'avoir un sceau qui lui fut propre^; ce droit était le signe et la garantie d'une complète indépendance. Elle fut dès lors,
' Il se trouve aux archives de TUnivcrsité.
* Ap.Bol.III,8i-8S.
> Ap. Bul. Ifl , 130.
« Ap. Bal. UM93.
» Ap. Bnl. IIÏ, 93.
* Du Boulay n'en parle pas. La bulle est citéo par son adversaire anonyme {Origo vera , p. o62-563 ).
' Ap. Bul. III, 1/iO-
" Labullecstauxardiivesde rUiiiversilé.Lc privilège est accordé pour 17 ans. La bulle C8t ainsi dalée : Dalura Pei usiis 3. Kal. junii ronlif.an.9.
comme corporation , complètement affranchie du chancelier.
En même temps, IHIniversité complétait son organisation intérieure; et Ton distinguait» dès 1250» les éléments des sept corporatloQS qni devaient la composer. Ici se présente la question si passionnément agitée au roilien do xrii* siècle : rUniversité était-elle primitivement organisée en nations ou en facultés ?
Pour résoudre la question , il faut distinguer entre l'asso* cîation volontaire, et la corporation légale, entre le fait et le
droit. Il était iiaiurel que les maîtres qui enseignaient la même science fussent habituellement réunis par la similitude de leur profession » et s'assemblassent fréquemment pour r^ler leurs intérêts communs. Des circonstances locales rendaient cette séparation encore plus profonde dans le corps enseignant de Paris. Je ne parlerai pas des médecins que leur profession devait isoler de tous les autres maîtres, par cela seul qu'elle n'avait pas l'enseignement pour objet principal. Les roattres en théologie et en droit-canon formèrent dès l'origine une société particulière, et ne furent jamais confondus avec les maîtres ès-arts. La connaissance du droit-canon était nécessaire an chapitre pour la défense de ses intérêts, et ceux qni l'enseignaient trouvaient un auditoire tout prêt dans l'école du cloître *. Il semblait naturel que renseignement de la théologie, auquel se joif^nait oi dinairementledroitde prêcher, dépendît plus étroitement que tout autre de l'autorité épiscopale. Les matlres en théologie n'enseignèrent donc longtemps que dans l'école cathédrale. Lorsque les maîtres en théologie et les maîtres en décret voulurent la quitter, le chancelier ne leur accordait la licence qu'à la condition de s'engnger à ne pas enseigner au-delà des ponts \ Les théologiens étaient d'ailleurs les assesseurs ordinaires de l'évêqne dans les jugements
* Cf. infra , ch. III, $ 8.
* Bulle do Grégoire IX. mi. (Bul. III, m-\t^.)
iriïéi^sie •. Ils étaient fort i>«mi nombreux F.esMntutsde Robert (le Gourçon exigeaient vingt-nn ans pour enseigner les arts , et 35 pour enseigner la théologie'. Ainsi par la nature et le siège de leur enseignement , par leur dépendance immédiate (le l'autorité épiscopale , })ar leur petit nombre , et enfin par leur âge, les tbéologiens étaieut complèiement isolés des maîtres ès-arts. Des raisons analogues peu?ent être appliquées à l'enseignement du droit-canon.
Quant aux maîtres ès-arts et à leurs étudiants, ils étaient fort nombicux an commencement (hi xiii* siècle; toutes les nations de r£urope étaient représentées parmi eux. 11 était naturel que les étudiants et les maîtres, étrangers poor la plupart à Paris, se groupassent suivant les affinités de langue, (l'oiigine et de diocèse. C'est un fait qui se piuduisit dans l'Université de Bologne ^ et que Ton a pu observer de nos jours dans les Universités allemandes ^ 11 est probable que^ dès le xu* siècle, les maîtres et les étudiants, originaires du même pays, vivaient ensemble et habitaient la même maison.
Toutes ces associations, formées d'ahuid spontanément et sans caractère public, se conslituaient successivement en corporations légales, possédant sceau, coffre commun, et droit d'obliger par serment leurs membres à l'observation des règlements qu'elles décrétaient Toutefois , on ne voit pas de traces d'organisation légale d*aucune des parties de l'Université avant le temps d'Innocent IV. Jusque>Ii\ les actes authentiques ne semblent reconnaître dans TUniversité d'autre distinction que celle qui provenait de la nature de l'ensei-
« Cf. Bul. 111,176, 191.
' Leur nombre fal Gxé à huit par innocent in, en 15M>7, ( Bal. 111, 36.)
* Bul. m, S).
* Cr. Savigny, MUl, âu Droît romafn ( lU, p. 138, e.)
* Vers 18111^ , tes étudiants de Tabingue s'étaient groupés , suivant lour
origioe, on différentes associations appelées .• Sueaa , Danubia, Hchelia. ( K n il pfel , GeschichUund besehreUmng der Umvcrsitœl Tubingm, Tubiogen. im, p. 293.)
gnement. Les slalulsdes légats et les bulles des papes règlent séparémenl ce qui concerne les théologiens , les artistes , les décrétistes , et les médecios. Dans aucun de ceB actes il n'est teno compte des nations comme formant des compagnies séparées. Le coiicoi dai de 1213 exige que sur les six maîtres ès-arts qui recommanderont au chancelier les aspirants à la licence > trois devront être nommés par les artistes. Il n'est pas question des nations. Certes, si elles avaient formé déjà quatre compagnies séparées , on eût accordé huit maîtres , dont quatre nommés par les nations.
Cependant les artistes étaient placés dans des conditions plus favorables que les théologiens et les décrétistes pour obtenir de bonne heure tous les droits d'une corporation indépendante. Ils élaient trop nombreux pour que le chancelier pût les soumettre à une surveillance bien exacte ; et la foule turbulente d'écoliers armés « qui les entourait^ devait lui rendre difGcile Teiercice habituel de l'autorité. Enfin , renseignement des arts se donnait en dehors de la cité, sur le territoire de la puissante abbaye de Sainte-Geneviève, qui prétendait relever immédiatement du Saint-Siège S et dont la rivalité devait être un obstacle au chancelier de Notre* Dame. L'abbé de Sainte-Geneviève paraît même avoir obtenu du Saint-Siège , entre 1231 et 125Zi , le pouvoir de conférer la licence pour la Faculté des arts ^ Ce privilège assurait l'indépendance des 'toiattres en leur permettant de tenir en échec Tun des chanceliers par l'autre. En 12ii5 , les artistes
* Cf. Le procès de Sainte-Genevièvo avec l'évôque do Paris (Ap. BuL lu 'J5S-5^iO). Il fut décidé en ISOl, par Innocent III. La bulle dans Bul. lil, 13.
* Le plus ancien acte authentique prodoit en faveur de ce privilège est la bulle de Grégoire IX. i3S7. (Bal. III, ISft.) Hais, dans cette bulle, il n'est nullement question d'un chancelier, mais seulement de Yabbé et
du couvent. De licentiâ ipsonim se rapporte à l'abbé et nu couvent, et, évidemment, ne signifie pas ici la licence ou permission d'enseigner. A quelle occasion, si ce n'est en leur conférant la licence, le chancelier de
«UnijMH (U'jii tli\isés en nations *; en i'2A9, ces muions , un nombre de quatre , avaieot chacune leur sceau particulier, ei élisateot tous les mois un clief cominoo appelé reeieur *. Les pays qui envoyaieot à Paris le plus de maîtres et d'étailiants , I lie de I rauce, la Normandie, la Picardie, et l'Angleterre donnèrent chacun leur nom à l'une des nations. T^es Allemands» les Flamands, et les italiens étaient en trop petit nombre pour constituer une compagnie séparée. Ils doreot se joindre à la nation avec laquelle ils avaient le plus d*aftinité^ les Allemands à la naiiou Aiiglnise, les Flanuinds à la nation Picarde, les Italiens et les méridionaux à la nation Française.
Les théologiens et les décrétistes n'obtinrent qu*en 1227,
du pape Grégoire IX, la permission d'enseigner en dehoi s de la cité. Les décrétistes et les médecins eurent un chef
Noire-Dame aarailr-il pu forcer les maîtres en théologie et en décret à jurer qu*ils enseigneraient dans la rilé? S'ils avaient reru la licence du chancelier de Sniiito-rW noviève, ils cussonf été complèlomcMil indépendants du chancelier de Noire-Dame. Il est probable que pour exercer sur lo territoire de Sainte-Geneviève le droit général d'enseigner ou ia licence que conférait le chancelier de Notre-Dame , il fallait en demander rautorisation (de lieentià iptorum ) ao couvent et è Tabbé de Sainte- Geneviève, comme un prêtre qoi aurait le droit de prêcher dans tous les diocèses , demande Tautorisalion de révêquc pour prêcher dans tel on tel diocèse. Je ne vois pas de mention authentique du chancelier de Sainte- Geneviève avant la bulle que lui adresse Alexandre ÏV, en 1255 ( Bu), m, 203), A quelle époque l'abbé de Sainte-Geno^iève a-t-il reçu le privilège de faire conférer la licence aux artistes en vertu de rautorilé pontificale? On l'ignore.
* Bulle d'Innocent IV, <2/ta ( liul. III, 202). Le prétendu concordat do IM6 entre les nations (Bul. 111, 51) était vraisemblahlemeni Tacle de 1966 ( Crcvier» I , m note et Vil , 117).
* Statut des artistes sur Sélection du recteur ( Bul. III, SU).— Du Boulay se trompe en interprétant, dans le privilège de Philippe- Auguste , Capitule Parisiensis studii scholarium par recteur. Dans les serments prêtés en français par K; prévôt, et rédigés d'après ce privilège, i! n'est pas question de recteur fOrigo vera, p. 596). Le mémoire écrit contre le chancelier Philippe de Thori , vers 1283 ( Archives de l Univ., M, Leclerc en a donné l'analyse, Histoire littéraire de la Fi ance, t. XXi),
appelé doyen, 1267 ' ; les décrétistefi oblinrent même nn
sceau particulier en 1271 S et les médecins en i^JkK L'éman cipation des théologiens fut beaucoup plus tardive. La nature de leurs fonctions les mettait en rapports directs et fréquents avec l'aotorité éptscopale^ et le chancelier^ qui était ordinairement nn théologien , resta longtemps leur seul chef. Les couvents des Cisterciens, des Prémontrés, du Val des écoliers, des Trinitaires, des Dominicains, et des Franciscains, la fondation de la maison de Sorbonne pour les séculiers transportèrent renseignement de la théologie en dehors de la cité. Les maîtres en théologie avaient on doyen en 1296*. Les quatre compagnies des maîtres ès-arts , des théologiens , des décrétistes^ et des médecins prirent désormais le nom de facultés
II résulte de cette exposition :
l"" Que les écoles de Paris sont nées de la philosophie
scolastique.
2° Qu'Abèlard peut être considéré comme le fondateur de (ait de l'Université de Paris. Il a popularisé la méthode
applique Tcxprcssion eapilale, ele.» à un maître rég^ten médecine. Elle désigne donc les maîtres et non le recteur. — Le mot recior^ sans doute par dérivation de regere scholas, est employé pour régent dans les actes suivants : Décrélale d'Innocent III. 1210 ( Bul. lïl , 60) rccfor»- 6ms nnhersis sacrœ paginœ; bulle d'Innocent IV. 124ft (Bul. III, L'anonyme ( Origo «ero, p. 562) cite ce passage d'une bulle d'Innocent IV. i346 : NqIIus in unîversitatem vestram magistroram aut scbolariam aat procaratorem eorum vel rteUtrm et^meumque faeuUatit aut qoemcom-
qoe alinm — excooimaDicationis — scntentias aodeat promulgare
procurator ambie désigaer ici le chef de la corporation, et reetorm professeur,
* Bulle de Clément IV. 1268 (BuL IV, 262).
» Bul. 111, ^10!.
» Stat. Fac. med. (B. 111, 410 ).
* Acte cité par Panonyme (Origo vera , p. IftS), et Crevier, II, 8u.
* Ce mot signifiait d*abord tdenee. De là un équivoque dans les actes oh se trouve ce mot. Il est pria pour la première daaa le sens de corporation , sans aucun douie, dans un statut de la Faculté des aris.
(B. 111, 347). Jurent coram tota Faeultate,
de son enseignement; il a fixé à Paris la scolastiqoe par son long s^oiir dans cette ville ; par sa réputation, il a habitué les étrangers à prendre le ebemin de Paris.
5* Que les maîtres de Paris, soumis depuis la fin du XII* siècle à l'autorité absolue du chaocelier de Notre-Dame, ne se sont organisés en corporation indépendante que de 1200 àl2d0, avec l'appui et la protection d'Innocent Ul, de Grégoire IX , et dlnnocent IV La puissance royale n'a contribué en rien à cette émancipation ; et le privilège de Philippe-Auguste est le seul qu'elle ait accordé à TUniversité avant Pbilippe-le^fiel \
4* Que dès 1200, les nations et les Facultés ont existé simultanément et séparément eomme associations de fait; mais elles ne se sont consii tuées que successivement en corporations publiquement reconnues, et possédant sceau, coffre commun , et droit de se donner des statuts» les nations vers i2à5, les Facultés vers 1260.
De 1200 à 1300, l'organisation des compagnies, qui for* maient TUniversité , s'affermit et se complète. Nous allons exposer la coastitution de rUoiversité » telle qu'elle fut » principalement au xiv* siècle.
DE LA GONSTITUTIOxN DE L'UMVERSÏTÉ.
L'Université de Paris était une université de maîtres et non d'étudiants. Il fallait être mattre ès-arts pour être membre
* L'anonyme ( OHgo t«m , p. Kf7-670) a très-bien compris ce fait.
* La royauté, au jun" siècle, est même pen bienveillante pour TUniversité. Phi!ippe-le-Bcl la combla de privilèges , parce qu'il en avait besoin contre Boniface YUI. Les rois qai lui ont snccédé n'y ont presque riea ajouté.
delà Faculté des arts; il fallait être docteur pour participer aax délibérations des autres Facultés \ Cette exclusion des étudiants s'explique sans doute par la grande jeunesse des écoliers de la Faculté des arts, dont les autres Facultés suivirent Tcxemple.
L'Université était une république esseotiellement fédérative. Les quatre nations et les trois Facultés étaient autant de compagnies- séparées et complètement indépendantes les unes des antres; Chacune de ces corporations était elle-même une sorte de fédération. La Faculté de théologie dtait une agrégation de communautés régulières et séculières qui ne jouissaient pas des mêmes droits. La Faculté de décret ^ composée d*on petit nombre de membres , était seule homogène» La Faculté de médecine se subdivisait^ pour les élections , en quatre nations, comme la Faculté des arts. Les nations qui constituaient la Faculté des arts^ étaient composées, .exceptée la nation de Normandie, d'un certain nombre de provinces*» Cette subdivision servait, il est vrai , plutôt aux élections qu'aux délibérations, excepté dans la nation de France *. La nation de France comprenait les cinq provinces de Paris, Sens, Reims, Tours, et Bourges \ La nation Picarde se par-
* Les bacheliers des Facultés supérieures, qui élaient raaUres ès-arts, faisaieot partie do la Faculté des arts tant qu'ils n'étaient pas docteurs. Le doctorat les exclaaii du droit de participer aux élections et aux délibérations de la Faculté des arts. Les religieux de la Faculté de théologie, et la plupart des bacheliers dé la Faûolté de décret, ne faisaient pas partie de la Faclulé des arts.
' Provînciœ. Je n'ai jamais rencontré au moyelli-Àge le mot Irittu, qui fut e\r!nsivement usité au xvii* siècle.
' UegisU-e du procureur de la nation de France. 90 mars iUk9 (Bul. V,
* La province de Boorges comprenait tout le midi de France, les Italiens et les Espagnols. Chaque province se subdivisait en dîocè6es.Yoîci une énnmération de diocèses pour chaque province, que Ton trouve à
lu fin du registre de la nation de France {ikkk-ikbl). — Province de* Paris: Paris, Meaux, Senlis , Chartres. — Province de Sens: Sens, Anxerrc , Troyes , Lnngres, Besançon, Lausanne, Tarenlaise, Aosle, Sainl-Jean-de-Maurienne , Genève, Bâle , Grenoble , Die i Vienne » Beiley,
tageait en deux parties composées chacune de cioq diocèses : ]a première comprenait Beaavais^ Amiens , Noyon^ Arras» Tér^aanne; la seconde Cambray» Laon» Toornay^ JJège, Utrecht \ Pendant les premières années du xit* siècle, la
nation Anglaise était divisée en deux provinces, la province Anglaise composée du seul royaume d'Angleterre , et la province non Anglaise composée de onze royaumes *• Plus tard cette prépondérance des Anglais ne répondait plus à leur nombre 5 et excita des jalousies et des querelles. En iSdl , la nation abolit cette dtàtiuction par un statut, que F Université conûrnia en 1333 '.Vers la fin du xiv* siècle, la nation se subdivisa en trois provinces, Uaute-Aliemagne , Basse-Allemagne et Ëcosse.
Tous les pouToirs étaient concentrés dans les assemblées des compagnies. Elles votaient les règlements, statuaient sur les demandes particulières , et nommaient directement à tous les offices. L'autorité de leurs chefs était plus honorifique que réelle. Ils pouvaient cependant prendre d'eux-mêmes quelques mesures, dans des circonstances urgentes qui n'auraient pas permis les délais qu'entraîne la réunion d'une assemblée. Mais en général ils ne devaient riei^ décider sans avoir pris les ordres de leur compagnie. Ils la convoquaient » la présidaient 9 et la représentaient, et c'est à cela ordinairement que se bornaient leurs fondions. Aussi ne restaient-ils en charge que fort peu de temps. D'ailleurs , chacun des membres de la compagnie prétendait participer à son tour à
Lyon . Maçon , Chfilons-sur-Soônc , Autan , Nevers , Orléans , Pamiers. — ProMDCo de Hhoiras : Rheims, Soissons, Châlons, Touî, Metz, Verdun. — Province de Tours : Tours, Angers, Le Mans , Dol , Quimper, Nantes, Saint-Malo, Lyon. — Province de Bourges : Bourges, Limoges, Poitiers, Glermont, Le Pay, Viviers, Nîmes, Maguelonne^Narbonne, B&lers,..., pintes, Uzés, Lucoo, Tulles, Genève, Yalence» Tenœ, Arles, Touloitse, Bordeaux.
* Reg. nat. Picarde (1477-1483) passim. ( Ms. archives de PUnIv.)
' Stat. nst. Angl. 1931. (Ms. archives de TUniv., liasse %)
' Ibid.
ces honnearo. La continuation des chefs dans leurs fonctions
excitait des troubles et des dissensions *. Le recteur n'était eu charge que trois mois % les chefs des nations ou procureurs 9 DU mois ; mais ils pouvaient £tre continués ^ Les doyens des Facultés de théologie , de décret et de médecine avaient une autorité plus sérieuse. C'était de vrais administrateurs. Les doyens de décret et de médecine conservaicut leurs fonctions pendant un an \ et le syndic, qui faisait dans la Faculté de théologie fonction de doyen, pendant deux ans *. Los formes des élections variaient en général , suivant le nombre des électeurs. L'clcction du doyen et du syndic était directe dans les Facultés de décret et de théologie. Daos la Faculté de médecine quatre électeurs ou intrants, nommés par les mattres^de chaque nation , choisissaient le doyen , le premier samedi après la Toussaint Le recteur était de même élu par quatre intranls que choisissaient les quatre nations. Les électeurs du recteur étaient eux-mêmes nommés par le suffrage à deux degrés dans les nations de France et de Picardie. Dans la nation de France, chacune des cinq provinces élisait tour à tour Tintrant ' ; dans la nation de Picardie > chacun des diocèses de Tune des deux parties nommait pendant deux élections successives un intrant^ et ces cinq intrants choisissaient celui qui devait élire le recteur K Dans la nation
' Beg. nat. Aogl. 1405* Si soplembro. ( Ms. archives de TUniv.)
* Depuis le statut de Simon de Brie, 1966. (Bul. III, 580.) " Cf. Les registres des nations, passim.
* Registres de la Faculté de médecine. Cf. Bul. IV, m. Avant 1358 , le plus ancien régent était doyen. — Liber FacuUalis decretonim, p. 115.
(Ms. bibliothèque do l'Arsenal. îlisloiro, n° 157.)
* Le doyen de la Faculté de théologie était le plus ancien maître régent séculier (B. III, 576). F.e syndic fut institué en 158ft f Origo icra , p. G02). Le doyen de la Faculté de décret était élu après la première leçon qui suivait la Toussaint (Lib. Fac. dccr., p. 113.)
* Rcg. de la Fac. de médecioe.
' Stat. nat. Fr. 1335. (Bul. IV, m,) ' Reg. nat. Pic. passim. (Ms.)
Anglaise, chaque province oommait à 80D tour TiatraDt, avant
1331 Depuis le suffrage fut direct comme dans la natiao Normande Le procureur de la nalion de France était élu par cinq intrants nommés par les cinq provinces; celui de la nation Picarde était choisi par cinq intrants que nommait alternativement chaque partie ^ Chaque province delà aatioa Auglaise noauiiaii alLeniativement le procureur avant Depuis il fut élu directement, comme dans la nation Normande \ Ces élections indirectes semblent avoir eu pour priocipal objet de ménager les droits des différentes proviaces qui composaient chaque corporation.
Chaque nation , chaque Faculté faisait elle-même ses règlements disciplinaires, disposait de ses écoles, percevait et dépensait ses revenus. Chacune avait ses officfers, son scean, son coffre commun » son patron , ses messes. Tous les laîls relatifs aux privilèges de la Faculté des ans, à la licence et à la maîtrise^ à Tiieure et la forme des cours et des disputes étaient ordinairement réservés à la décision des nations assemblées en Faculté. Chaque Faculté réglait elle-même tout ce qui était relatif à ses grades et à ses études. Les assemblées n'étaient composées que des maîtres régents pour l'expédition des affaires courantes ; dans les circonstances graves on ap* pelait les non^régents \ L'assemblée avait ordinairement lîeu iesamedi, après la messe du matin, dans Téglise de Saint Julien-le-Pauvre ou aux Mathurins pour la Faculté des arts et pour les nations, aux Mathurins pour la Faculté de théologie ^ dans la chapelle de Saint-Jean-de-Jérusalem pour la Faculté de^ décret , dans la maison du doyen pour la Faculté de médjBcine. L'I^uissicr ou bedeau de la compagnie transmettait
* St. n. A. 1531. (Ms.) » Bal. V, 868..
* Reg. n. F. et n. P. passim. ( Ms.).
* Reg. n. A. passim. (Ms.)
* Bal. III ,808.
atix mattres le jour, Theure , et les motifs de la convocation. Dans les assemblées des Facultés de théologie , de décret et de médecine , et dans les nations on opinait par tête. Mais dans la Faculté des arts on opinait par nation ; chaque nation ne comptait que pour une yoh, quel que fftt d^aillenrs le nombre de ses membres. Les nations délibéraient à part, et leur procureur rapportait leur avis dans rassemblée générale. C'est là une disposition commune à tous les états fédératils, et destinée à maintenir Tharmonie et l'équilibre entre les éléments inégaux et hétérogènes qui les composent Le procureur concluait pour la nation , le recteur pour la Faculté des arts, et toujours conformément à î'onanimité des voix *, Les aûaii es personnelles > comme la réponse à une pétition particulière » ou la poursuite d'une offense faite à un maître de la corporation étaient ordinairement décidées par les assemblées, séance tenante. Quand il s'agissait d'affaires plus graves, et spécialement d'un statut à décréter, la nation ou la 1 acuité nommait une commission qui préparait le travail et lui soumettait son projet ^ Le statut n'était voté qu'après trois délibérations
Les questions réservées à Tasseniblcc des sept compagnies^ en Université étaient d'une double nature. Les unes , celles qui touchaient auxpriviléges dont jouissaient tous le&membres de l'Université 9 ne pouvaient être décidées qu'en assemblée générale. Les autres étaient des questions toutes particulières (jui auraient pu éUe décidées par telle ou telle nation , par telle ou tçile Faculté. Les questions qui touchaient l'Univcr-
* La formule nemine penitus réclamante se rencontre à chaque instant. ' Dans les registres, on mention lu toujours dans l'énuméralion des
articles des délibérations arikulxa communU super suppiicaliQmùus et injuriis.
> St. n. F. iSSK. ( Bal. V, m). St. n. A. tm. (Reg. nat. A. Us,), St. Fac. th. ia93 (Ricber. bîst. acad. Paris. Hs., lib. III , cap. Cest ce que signiQa de dnuiUo bonorum ci pt*ufkntium.
* St. n. A. iHVi cl 1446, 26 août ( Reg. nat. A. Us.)
silé tout entière se rapporlaienl àja violation ou à l'abus de 869 privilèges > et au gouverneineat des industries qai étaaeat dans sa dépendance, eomme la librairie et la parcheminerie.
Les questions particulières étaient de la nature la plus diverse. Ainsi rUnivcrsiic sanctionna en 1333 Tabolition des provinces dans la nation Anglaise ^ £n 1360 elle fixa les limites de la nation Picarde et de la nation Anglaise En 1389 elle soumit les bacheliers en théologie à Tobligation de séjourner à Paris jusqu'à leur licence'. Dans ces circonstances rintervcn lion de rUni?ersité n'était réclamée que lorsque la compagnie intéressée se sentait trop faible oo trop divisée ponr soumettre ses membres à sa propre décision. L'Université inlerveoait alors , mais plutôt pour sauciionner de son autorité des statuts déjà discutés, que pour imposer des dispositions nouvelles. Le recteur nommé exclusivement par la Faculté des arts et parmi les mattres qui faisaient partie de cette Faculté, était pourtant considéré comme le chef de rUniversité tout entière *. Mais il n'avait pas d'autre pouvoir que celui de convoquer et de présider rassemblée de TU Diversité. Le bedeau de la Faculté des arts allait porter aux dojens des trois autres Facultés les lettres de convocation contenant le jour, l'heure et les articles do la délibéraiion . L'assemblée se tenait ordinairçi^ent dans le eloiire desMathurins. Le sujet delà délibération étant proposé par le recteur, chacune des sept compagnies se retirait pour en délibérer à part. La délibération terminée , les compagnies se réunissaient de nouveau pour faire connaître leur avis î)ar l'intermédiaire des doyens et des procureurs. Chaque nation, et chacune des trois autres Facul-
* Cf. supra , p. SM>, note Bul. IV, 335.
Bul. IV, 637.
Co fait tient vraisemblublemenl au grand nombre ûcs suppoL-; de la Faculté des arts, et à ce que cette Faculté s'émancipa de rautoiiio du chancelier avant les autres.
* D'après le statut de Simon de Bric. 1S79. ( Dul. III, hHH),
tés ne comptait que pour uue voix L*unatiiinité des voix était habituelle et exigée. Le recteur devait conclure» et toujoars conformément à Tavis exprimé par les sept compagnies.
Chaque compagnie élisait deux officiers subalierncs appelés bedeaux, qui étaient chargés de proclamer les congés, les heures et les jours de leçons , de publier les décisions de la com'pagnieet d'en assurer l'exécotion matérielle^ enfin de précéder, avec des masses d'argent, le recteur, le doyen, ou le procureur dans les grandes cérémonies Dans la Faculté des arts y les bedeaux de chaque nation résignaient tous les ans leurs masses à la coropagoie^ qui leur renouYelait rinvestiture de leur olBce *. L'Université réglementait souverainement et sans contrôle toutes les industries qui se rattachaient à la librairie, et qui n'avaient à Paris d'autre débouché que dans cette population de maîtres et d'étudiants, la librairie, la parcheminerie, la reliure» et Tenluminnre ^ Les mmagm» qui servaient d'intermédiaires entre les étudiants de la Faculté des arts et leurs familles, choisis d'abord librement, furent nouHiK's, l\ partir du xv* siècle, par les nations \ Ces clients de rUnivcrsité étaient admis à la jouissance de ses privilèges en matière d'impôts et de charges municipales.
« Stak. uaiv. 1589, et U86 (apud , I^é/eiw cfet éroU» de PUnivenUé â0 PûHt. Paris. 1ÔS7. P. 177, 179).
* Cr. Dtt Doalay, Remarques mr les Btimux, Paris. 1670. Itt-V*. 26-37. Statut extrait du livre du recteur.
» St. n. A. 1424. (Ms. Rcg. n. A., VIII , f» 2 verso), et le Registre de la nation de France ( 1447-1456) passim au mois de janvier.
* Sur les libraires.Cf.Stat. uni V. 1275(8.111,419), 17)25 ( B. iV, 202), 1342 (B. IV, 178), 1370 (B. IV, 455). — Sar les Parcheminiers, St. Un. 1291 (B. 111, 499).
* La première mention aulhonticîue de la nomination des messagers , par les nations, se trouve Reg. nat. Angl. , août 1444 (1* 87 reciu) — On appela plus tardées oiessagers petiUmemnerx, pourleéi distinguer dos grands messagers. Cf. Crevier, VII, 158.
Dans rUniversité, tous les officiers, toas les candidats à ao grade» tous les clieots prêtaient y aTant de prendre leur nouvelle position, un serment solennel dans leqnel ils juraient
qu'ils remplissaient toutes les conditions exigées et qu'ils s'acquitteraient de toutes leurs obligations. Dans celte société semi-barbare, où les moyens d'assurer Texécution des volontés générales étaient soovent inefficaces, on cherchait des garanties dans les terreurs de la conscience. La peur de la damnation éternelle devait remplacer la crainte des châtiments que l'homme se sentait incapable d'infligep. L'infraction aux règlements était aggravée par le crime du parjure. Mais plus un ressort est délicat, plus il doit être ménagé. On jurait sur les Évangiles d'obéir à des règlements inexécutables, ou de pratiquer des couiumcs lumbées en dé?aétiide *. Les serments étaient chargés de tant d'articles qu'il était impossible d'en garder le souvenir, ou de dispositions tellement minutieuses qu'on était nécessairement conduit à les enfreindre. La confusion de l'impraticable et du possible » la dispro* portion entre la solennité de l'acte et la multiplicité et la nature des obligations allaiblissaient l'effet moral du serment , et le réduisaient la plupart du temps à une vaine forma<* lité.
L'Université et la Faculté des arts n'avaient ni dépenses ni
recettes régulières. Lorsque la Faculté des arts ou l'Université avait un procès à suivre, une ambassade à envoyer, on y pourvoyait par une cotisation extraordinaire qu'on imposait sur tous ceui qui jouissaient des privilèges de l'Université *. Chaque compagnie administrait exclusivement ses finances , et réglait par elle-même la perception et l'emploi de ses revenus. Les nations coutiaient ce soin à un receveur élu tous
* Cf. Réforme de tft52{Bul. V, 570-77). il faut évidemment lire: Siwcialiter aulem nolumus et non volumui. Les nations avaient demandé ces dispenses au cardinal ( Reg. n. A, Um, 31 janvier).
» Cf. Défense des droits, etc., diap. V et VII.
les ans S la Faculté de théologie au grand bedeau *, la Faculté de décret à un trésorier % la Faculté de médecine à son
doyen ^ Les dépenses obligatoires consistaient en frais de location , de réparation et de construction des écoles , et en frais de service divin. On y pourvoyait par une taxe levée sur chaque candidat à cluicun des examens qu'il passait C'était là la principale» et pour ainsi dire l'unique source du revenu de chaque connpagnie. Elles avaient quelques maisons, mais sans importance *. Les prairies qui s'étendaient le long de la Seine, depuis l'emplacement de la rue des Saiots-Pères jusqu'à celui de l'esplanade des Invalides, et qui sont connues sous le nom de Pré-aux-Glercs S appartenaient en commun à la FacLili^; des arts, qui ne put en tirer aucun profit avant le xvii^ siècle. L'excédant des recettes sur les dépenses était distribué entre les maîtres et les bedeaux , et consommé au cabaret On ne fiiisait jamais d'économie. Ainsi s'explique la pauvreté de l'Université comme corporation
L'Université de l'aris jouissait de nouibreux privilèges. Les privilèges 9 au mojen-âge, n'étaient pas des dérogations au droit commun ; car il n*y avait pas alors de droit commun* La société eccl&iastique et la société laïque étaient corn*posées d'une foule de compagnies séparées qui passaient , chacune pour leur compte, soit avec le pape, soit avec le roi,
' SL n. A. ïm, et Reg. n. F, passim; St. n. P. 1520 (B. IV, âii).
* Livre du grand bedeau. 14^9-1403.
» Lib. Fac. decr., p. 114.
* Reg. Fac. med. passim.
* Cf. Le registre da grand bedeau de la Pacalté de tbéohjgie.
* Première meotioa dans le statut de tSiH (Bal. III , 8S).
' Dftos les registres de la nation Anglaise , au xiv* mècto ^ oo trouve à
chaque instant celte expression : InlnnT fabernani. Cf. Bal. IV, 67^1, cl Si. n. A. 1391 (ibid.); Si. n. P. 1572 (Bul. IV, khO); St. n. F. mS ( Diil. V, 824). — La Nation accordait quelquefois des secours à des maîtres malades (R. n. Â. 1383, 13 juillet), et prêtait sur gages ù ses membres ( R. n. Â., YI , f° 65 recto , année 1(1 15, et ailleurs ). ■ Crevier,n,/iO'i, et Bul. V, 55?).
des espèces de coati ai» dont les clauses réglaient leurs rapports avec Tautorité suprême et avec les autres corporattous. Ces clauses étaieut leurs privil^s , et leur étaient plus on moins avantageuses , suivant que le pape ou le roi jugeait coDforine à Tinlérêt général ou à son intérêt particulier de favoriser la corporation qui traitait avec lui. L'Université, cet institut tbéologique de l'£urope chrétienne > ne fut maltraitée ni par les papes ni par les rois»
Aucun maître , auonn étudiant de l'Université ne pouvait eUe astreint à plaider hors Paris *. En vertu du privilège de Philippe-Auguste, les maîtres et les étudians ne pouvaient être jugés au criminel que par Tofficialité de Paris. En matière . civile , le prévôt de Paris connaissait des causes civiles où un membre de l'Université était intéressé contre un laïque , soit comme deiiiandeur , soit coauae défendeur L'évèque de Beauvais, l'évêque de Meaux, ou l'évêque de Senlis, au choix de l'Université, jpgeaitsous le titre de conservateur des pri^ viléges apostoliques 9 les causes relatives aux bénéfices possédés par un membre de l'Université \ L'interdit et l'excommunication assuraient l'exécution de la sentence. Le conservateur apostolique déléguait ses fonctions à un vice-conservateur qui tenait ses audiences aux Mathurins. Toutes les difficultés qui s'élevaient entre les membres de l'Université étaient jugées par leur compagnie assemblée Ceux qui se croyaient lésés pouvainnt en appeler h l'Universiié , qui nomuiait des arbitres et sanctionnait leur décision °. Plus tard, en iàhQ, Charles VU mît le Parlement de Paris en possession déjuger les catim, querelles, et négaeei de VUniversiU et de ses suppôts**
* C'est ce qtt*oii appelait le privilège de non trahi extra,
' Ordonnaoce de Philippe de Valois, 2 mars 1338 (Bal. IV, 836).
' Bnlle do Glémeal V, I30S( Bul. IV, 115).
S(. Ti. A. vm.
*- Ce lut rorigiiie du tribunal du recteur. St. Univ., 1310 ( Bul. IV, 128). ^ Ordonnance dans Bul, V, î<39. L'Université, comme corps, prétendait être jugée par le roi en personne.
Dé]) ni s ce tcmp^ la juridiction du Parlemeot absorba par degrés toutes les a&Taires relatifes à l'Université. En matière d^mpôts» tes membres de rUnîTersité étaient exempts de tonte charge personnelle, comme taille et péage, à Paris, à f aller et au retour. Leurs biens ne pouvaient être pris, ni leurs revenus arrêtés sous aucun prétexte Ils avaient droit de toucher pendant sept ans les revenus de leurs bénéfices sans y résider Tous les ans l'Université envoj^ait an pape une liste où elle lui recommandait une partie de ses suppôts pour la collation des bénéfices. Le i q)Oiidait par de
bonnes paroles^ et TUniversité n'eu obtenait guères que des politesses Au reste , lorsque le clergé français fut en pos* session de conférer les bénéfices » TUniversité n'en était pas mieux traitée \ Les privilèges de l'Université étaient garantis parla faculté que lui avait conférée Grégoire IX de suspendre ses leçons, ses exercices, et les sermons^ jusqu'à ce qu'on lui eût rendu justice ^ Cette eessaiion, comme on l'appelait > était publiquement annoncée en chaire par les prédicateurs qui, comme religieux on théologiens séculiers, appartenaient tous à l'Université C'était là un dangereux privilège dans des moments de fermentation séditieuse. L'Université le perdit en li^09
L'importante question de savoir si PUnIversité était un corps laïc ou ecclésiastique a été toujours (Controversée. Il faut distinguer entre les époques et surtout entre les corpo>
♦ Ordonnance de Philippe-le-Bel , 129:). 1297, 1303. (Crevier, II, 157-59). Ordonnance de Philippe do Valois, mO (B. IV, 2G'i).
> Balles de Jean XXII, 4330 (B. IV, 253), de Clément VI, 4346 (B< lY, m), de Clément Vn (D. lY, 396).
» Cf. B.V, 186, 774; VI, 719-28.
» Bulle de 1231 (B. III, l'H).
^ Voir dansBul. V, 83(^-34, Thisloire do la cessation de 1^i99.
' La cessation de 1!<99 fol la dernière. Louis M avait obtenu de Pie II, en lft82, une bulle conlre les cessations, que Félibien a imprimée (///s-loirc de Paris , Preuves, III, 707).
rations qui conijinsaicfU l'I Diversité. Au fond rUniversîî<? n'était qa'uoe unité uominaie; elle n'avait ni officiers *,m finances. La question ne peut £tre décidée que pour chacune des compagnies. La Faculté de théologie était uniquement composée d'ecclésiastiques séculiers et réguliers ; la Facolté de décret admettait les laïcs, les séculiers, et les réf?uliers; mais les laïcs ne pouvaient se marier ^ ; la Faculté des arts excluait rigoureusement les réguliers elle admettait des ecclésiastiques sécntiers, et des lafcs auxquels le mariage était interdit * ; les ecclésiastiques séculiers ou réguliers étaient exclus de la Faculté de médecine ' , et les laïcs qui la composaient n'obtinrent qu'en 1Â52 la permission de se marier ^ Cette obligation du célibat imposée aux membres laïcs de rUniversité, prouve combien l'esprit ecclésiastique dominait dans celle corporation. D'ailleurs les artistes n'avaient d'occasion de continuer leurs études que dans l'état ecclésiastique » le seul où il fût alors possible de cultiver son intelligence. Les médecins eux-mêmes n'aspiraient qu'à posséder des bénéfices Au moyen-âge, l'Université était bien cer-
* Du moins au mii^ et au \iv" siècle. Du Boulay ne peut pas cornmenccr le Catalogao des greffiers (^«crtôa?^ de l'Uuniversité avant 1400 ( B. III, 586), ni celui des receveurs (quœstor es), avant 1480 ( !U, 591). L'Université avait pour procureur le promoteur de la cour du conservateur des privilèges aposloliques (B. III, 583). Elle ne parait avoir eu de procureur spécial qu'au xvi* siècle (B. III , 584).
* DélibéralioD de l'Université, im (B. YI , m). Cf. B. TI, m.
* Serment des nouveaux maîtres au \iv< siècle (B. IV, 274) : Nallum rellgiosnm eiûoscamque fuerit proressionis recipielis in aliquâ examinalione. — Cf. Reg. nat. A. 1468, 6 avril. La Nation force un novice de l'ordre do Sainl-Antoine de reooocer à sa profession pour être admis aa baccalauréat.
* St. Fac. A., 1588 (B. VI, 797).
■ Reg. Fae, med., ift03 (B. lY, 895).
* Réforme d^Estouteville (B. Y, 669). La Faculté avait accordé quel-* quefois des dispenses. Reg. Fac. med., Ut8, 1*' et S9 avriL
» Cf. Reg. Fac. med. (l**^ registre, p. 204, ÎI9). Les médecins célèbres
du xv*^ siècle, cités par Tlnzon ( Notice des hommes les plus célèbres de la Faculté de médecine en TUniversité de Paris. Faris. 1778.10-4**. P. 14, 10, 17), ont tous obtenu des dignités dans l'Eglise.
tainemcut ecclésiastique par l'esprit^ par les habitudes , et par les espérances de la plupart de ses membres; elle lat U>o<> , jours traitée comme un corps ecclésiastique au xiii*, au xit* et au XV* siècle. Cependant la législaiiou des Facultés, si i'ou en excepte celle de théologie, n'opposait pas un obstacle iasormoDtable à la sécularisation de rUntversité, £lle fut même généralement traitée comme un corps laïc an xni* et an XTin* siècle. Cette question ne commença à être dis-> culée qu'au xvi' siècle*.
La distance est toujours grande entre ce qui est et ce qui devrait être, et cette distance était considérable au moyen* âge où manquaient tontes les ga nanties régulières propres à assurer l'exécution dis lois et des règlements. Le régime purement fédératif de riuivcrsité et de ses compagnies était fort anarchique. La faculté des arts , remplie d'une jeunesse turbulente , ne marchait pas toujours d'accord a?ec la Faculté de théologie, composée d'hommes plus âgés et plus ras> sis Les quatre nations et leurs provinces ne s'accordaient pas davantage entre elles. La nation de France , à elle seule aussi nombreuse que les trois autres, souffrait de n'a?oir qu'une voix dans les assemblées La Faculté de théologie élail aussi en proie à tles discord< s intestines ; les séculiers étaient souvent en querelle avec les réguliers , toujours tracassiers et intrigants, toujours incapables de se soumettre à d'autres lois que celles de leur ordre \
< Cette question était débattue à propos des bénéBces plsoés sous lo patronage de rUoiversIté (Cf. sar ces bénéfice, B. 111, 890-694). Ce palronege était-il laïc ou ecclésiastique! La question fut portée devant lo parlement en iîiftO ( B. YI , 3ftft-3ft5), et en lb86 ( B. VI, 785-786). Alors
rUnivorsilé prétendait jouir des privilèges du patronage laïc; le parlement les lui accorda définitivement en i6()7 (Crevier, V; 352).
* lis eurent un procès avec les théologiens en 1359 (B. IV, 559). ' Statut de SiiDOO de Brie, 1566 ( B. III, 375*99).
* Tous les nouveaux maîtres en tliéologie juraient de faire observer la paix entre les séculiers et les réguliers.
Les assemblées de la i*'aculté des arts et des ualioiis étaient souvent tamuItQeuses. Pendant quelque temps, dans la nation Anglaise^ ce n'étaient que clameurs, injures, rixes; les
gens raisonnables en étaient dégoûtés, et ne venaient plus aux assemblées On y était d'ailleurs peu assidu. Les nations , les Facultés n'étn lent souvent représentées que par de trèsfaibles minorités *. Les hommes en général se plaisent plan à réclamer leurs droits qu'à les exercer. Aux Mathurins , on n'était souvent que cinq ou six ; mais au cabaret^ on se trou* vait trente
Les offices de TUnivcrsiié , malgré leur courte durée , mettaient en jeu les ambitions. On sollicitait , on briguait • on corrompait» surtout pour le rectorat \ Des jeunes gens sans expérience parvenaient, à force de promesses et d'intrigues^ à se faire nommer, et à écarter des hommes plus capables et moins remuants \ '
Les importants privilèges conférés à TUniversité donnaient lieu aux plus graves abus. Les membres de rUnivershé prenaient lutéièi clans des causes qui leur étaient étrangères pour les faire évoquer à Paris *. L'exemption de la sévère juridiction du prévôt lâchait la bride à l'insolence natorelle des étudiants.
En somme, le gouvernement de l'Université, comme celui dé la plupart des corponuions du inoyen-age , était fort in)parfait. L'Université se maintenait par Ja force de l'habitude et
• Reg.n. A., septembre 1570 ( f»i6).Cf. Réforme de lfto2 ( B.V, 870).
■ En 1243, Innocent IV ordonna aux membres de l' Université d'être assidus aux asseaiblées (Crevier, i, ooO).
■ Reg.n. A., 10 mars i417. A modo magislri non venientesad congregationes nonedam intrent taberoam; viso quod, quandè est congregatto, àiint h vel 5 , in labernis aulem 50 vel eo circa.
• Réforme de vm (B. V, 570).
St. n. A., t/i59(â« liasse, Q« 30). — Gf.Roberl Gaguia , epistola 5S
(ap.Bul. V, 7ft5).
• St. Univ., l/ibi ( B. V, 55/»). St. Uuiv., 1528 (B.IV, 2l7-i8). SU Univ. 1317 (B. IV, f78).
riofluence des traditions. Cette égalité absoJue de droits entre les mattreB , Ja familiarité de leurs relations avec les étudiants rendaient impossible une application inflexible des règlements; et d*aillears le petit nombre ' des membres de TUniversité n'en faisait pas sentir très-vivement la nécessité. Ensuite TUniversité, et particulièrement la Faculté des arts, était comme renouvelée par un courant perpétuel de maîtres. L'enseignement était plutôt un stage qn'nne profession* Le professeur ëfudtatf *;il n'entrait dans rUniversité que pour aeqaérir des bénéQces ; il ne se proposait pas d'y rester. On était indifférent à beaucoup de désordre'; et d'irrégularités, parce qu'on n'avait pas à en souffrir longtemps. On ne tient pas à embellir une maison que l'on ?a quitter bientôt.
* Le nombre des étadiants de toutes les Facultés peut être évalué eu moyenne à 1500 , et celui des maîtres régents h 900» anx époques les
plus florissantes de l'Universilo.
* Universitas magistrorum et scholarium Pnrij;iis studenlium. Cctto formule est au commencement de la plupart des bulles des papes du xni" siècle. — Rebuffus, de nomin. quœst. 10, n. 15 : Yerbum sludens est indifîerens ad docendum et audiendum ot discendum.