A. DES COUVENTS
Avant les deux grands ordres fondés par St. Dominique et par St. François, beaucoup de couvents avaient été célèbres par renseignement théologique ; mats la science n'y était pas cultivée comme un devoir. Ce n'était qu'une occupation accessoire, destinée à remplir iiinocriiimcnl les loisirs du cloîti e. Aussi , la réputation scientifique de ces couvents n'avait-elie rien ()e permanent ; elle dépendait uniquement du caractère de l'abbé. Le couvent de St-Victor offre un exemple frappant de cette instabilité. Après avoir prodoit an xii« siècle des lliéoIogi( t)s distingués, il n'avait pas même une chaire de théologie en i25/i. Par une combinaison originale , les ordres de St. -Dominique et de St. -François faisaient servir les vertus du moine à Taccomplissement des fonctions du prêtre. Ils pratiquaient les vertus de pauvreté et d'obéissance , pour mieui s'acquitter de la prédication et de la confession, négligées par le clergé riche et féodal. L'ascétisme n'était pas le but, mais le moyen. Le but de ces ordres, c'était l'enseignement de la religion par la prédication , et la direction des
coDseiences par la confession ; pour enseigner la religion et
pour diriger les conscicîiiccs, il fallait cludier la théologie. L'étude était donc pour les ordres mendiauts uu devoir impérieux 9 une indispensable obligation
Paris était depuis le xn* siècle le centre des études théologiqaes. Dès 1221, les Dominicains cherchèrent à profiter de la société de ces maîtres célèbres, et ils londèrenl leur couvent au milieu d'eux , sur un terrain qui appartenait à TUniversité*. Lors de la dispersion de TUniversité^ en 1229, ils obtinrent raatorisatioo d'avoir dans leur couvent une chaire de théologie, et quelque temps après ils en eurent une seconde sans opposition de la part des maîtres ^ Leur exemple excita Témulation des autres ordres religieux. Avant le xiv*" siècle , ils avaient presque tous» dans le quartier de l'Université , des couvents où ils envoyaient les plus capables de leurs moines, les Mineurs depuis 1230, les Prémontrés depuis 1262, les Bernardins depuis 1256, les Carme's depuis 1259, les Augustins depuis 1261, Tordre de Cluny depuis 1269. Chacun de ces couvents avait une chaire de théologie. Les Mathurins, établis à Paris depuis 1209 > et Tordre du Val des Écoliers, fondé vers 1223, avaient aussi, en 1253, des écoles de théologie \ Les monastères de St.-Denis et de Marmouticrs eurent à Paris un couvent d'études, le premier en 1203, le second en 1329.
Entre tous ces couvents , ou , comme on les appelait , ces
collèges de réguliers, ceux des Mendiants et des Bernardins étaient les plus importants. Ils se rattachaient au système général de Tenseignement dans ces ordres religieux. Il est in^
* Saint Bonaventure, opp. (éd. VeDet. 175ft, Y, p. 7<i7-48).
* Lo contrat dans B. 111 , 105.
' Litlera U. 1255 ( B. III , â5!i ) : Majoribus nostris , qui aonduin aliis regularium scholasticorum conventibus artabanlur, dissimulantibus. Les Dominicaios avaient donc poar eux le droit du possession. Sur ce poiot, rUniversité me semble avoir tort contre eux.
* LilteraU. ibid.,p.m
dispensable de le connaître pour bien comprendre le carac* tère de ces établissements. Noos allons exposer Torganisation
de renseignement chez les Dominicains , telle qu'elle était entr el240 et 1315 \ Elle paraît avoit été analogue à celle qu'adoptèrent les autres ordres religieux > au moins dans ses dispositions principales.
L'ordre de St.^Dominique avait été fondé surtout pour la prédication , comme l'indique le nom des Frères-Pr(^cheurs,que ses membres portaient oûiciellemcnt. La théologie devait donc ^tre l'objet principal des études. Les Frères devaient s'exercer particulièrement en tout ce qui pouvait servir k la réfutation des hérétiques et à la défense de la foi *. Ils ne devaient étudier la métapiiysique que dans les limite^ tracées par les constitutions. Il leur était interdit de se livrer à des spéculations subtiles ' et de cultiver ralcbimte \ La morale, la théologie » rétode du Livre des Sentences devaient passer avant la phU losophie.
Il était alors impossible d'étudier la théologie sans savoir à Tond la logique* Il fallait que les Frères fussent préparés à la théologie par renseignement de la logique et de la philosophie» Les couvents où Ton enseignait la philosophie, étaient d'abord distincts de ceux où l'on enseignait la théologie. Les premiers étaient appelés siudia paï Ucularia ^ ; il devait y en avoir au moins un dans chaque province de Tordre *. Si une province manquait de maîtres» les visiteurs devaient engager les professeurs qui se trouveraient inoccupés à aller enseigner dans
* D'après leurs chapitres généraux, recueillis dans Martène, Theiaunu aneedolofum, IV, 1681 sqq. Wadding ne donoe aucun renseignement important sur les études dans ses Amalet de» Mineurs.-^ J'indiquerai le chapitre général seulement par sa date, et le numéro de rarlicle qui so
rapporte aux faits que j't"'nonrn.
* 1^2-13. Lettre du Maître, p. 1687. m^Zù, » 1279-12, 1271-8.
« l3K0-Sf,mMI,l30K-l4.