DES DOCTEURS
La plupart des étudiants n'aspiraient qu'au grade de bachelier » tout au plus à celui de licencié ; ils ne prenaient leurs degrés qu'en vue d'un métier et non de l'étude. Ils se contentaient du strict nécessaire
D'ailleurs, les docteurs iounaieiH, sons le nom decoKcf/iuin, une corporation dont l'accès n'était pas moins difiîcile que celui de la Faculté de Bologne Pour être admis au doctorat, il fallait justiier de 80 1. p. de revenu *; le candidat ne devait
' R.N.P.U81,iaiDai.
* Les lislea de docteurs que Ton trouve dans V. L. ( f° recto, 11 verso, et 15 recto), donnent SI5 docteurs en 1398» 11^ en 1440, et 30
en m^.
' Cf. Savigny, III, p. tTi. La Faculté de Bologne portait aussi le nom de coUeginm (id. 111, p. 172, n. b ). On reconnaît dans la Faculté de décrel ([uelqucs traces de riiuilation des Universités italiennes.
• L. D., p. 7ft. D'après les estimations de M. Lcber , celle somme valait en moyenne, de à 1300, SOO francs an marc, aa pouvoir de ^000 francs.
êare chapelaio ni d'une communauté» ni d'un particulier , ce qui eût dérogé à la dignité du eoltége et du doctorat \ Il devait passer les actes de son doctorat sous le doeteur qui
ravait présenté h la licence Les actes du doctorat étaient analogues à ceux de la Faculté de théologie ; le premier était appelé vespéries ; dans le second , on imposait ie bonnet de docteur ' ; le troisième consistait en une leçon solennelle appelée repetitio \ Dans les vespéries, un bachelier arguiueutait contre ses collègues sur une question que lui avait assignée le président de Facte ^
Le récipiendaire donnait au président de ses actes de belles robes et de bonnes fourrures *. Chaque docteur régent recevait deux bonnets, les non-régents, un seul Chaque bedeau de (locteiir devait avoir As. p. , et clia(jue sous-bedean , 2 s. p. «. Le nouveau docteur donnait un banquet aux docteurs, aux licenciés» aux bacheliers» à tous les bedeaux. 11 devait inviter les prélats et les nobles qui se trouvaient à Paris» la cour du parlement 9 les autres juges et conseillers du roi *.
Les docteurs, comme dans les autres Facultés, étaient distingués en régents et en non-régents.
Les régents étaient tenus de faire » tous les ans » une leçon solennelle » appelée repetitio » dans les écoles de la rue du Cl^t-Bruneatt'^ Trois fois par an» la veille des Rameaux» de
L. D., p. 7K. C'est ainsi que je traduis : Sub quo fueiitU Ikmîkttù » Gel acte était appelé dœtùrixaUa < Yet. Sut., B. IV, m ). Il est à
remarquer que, suivant Tusage des Universités italiennes ( Savigny. III , p. 155 , n . i.), les membres de la Faculté de Décret sont toujours appelés
doctores et jamais magittrù
ia Peiilccoi.(j , de i\oël, un docteur^ clioi^^i à la Saiut-Joiin par rang d'ancieonelé» devait faire uue leçon solennelle sur uoe décrétale désigoée à Tavance^ et ioterdite aux leçons des bacheliers
Le Décret de Gratien était l'obiet exclusif des leçons des docteurs. Ils ne pouvaient lire les Décrétales sans rautorîsatîon de la Faculté > et même , en ce cas, ils perdaient leurs priv ilotes de docteurs, et n'étaient plus considérés que comme simples bacheliers \
En dehors des jours de congé fixés pour la Faculté , les docteurs ne faisaient pas leçon le jeudi , jour de la messe de la Faculté Us avaient aussi des vacances qui leur étaient particulières ; ils ne faisaient pas leçon du 17 décembre au premier mardi après TEpiphanie, le jour de la Saînt-Maiir (1(3 janvier) , du 28 septembre au premier mardi après la Toussaint \ Us ne devaient pas mettre entre leurs leçons un intervalle de plus de iô jours * ; ils ne pouvaient se faire remplacer plus d'un mois, sans la permission du collège *; Après une absence prolongée , s*ils voulaient reprendre leur titre de régents, ils étaient tenus de jurer qu'ils reprenaient leurs leçons , avec intention de les continuer \
Ils commençaient leur leçon au coup de prime de Notre- Dame * , immédiatement après la leçon des bacheliers. La leçon devait durer une heure Ils ne pouvaient lire que dans les salles situées rue du Clot-Bruneau. Le chapitre de Notre- Dame obtint cependant de Clément VII , en , Tautori-
3 Vet. Slat. (B. IV, 428).
• Vel. Kal.
* Cf. supra p. 175.
sation d'avoir un docteur qui lût le Décret dans le cloître. Ce docteur devait appartenir au collège et être chanoine prébendé de i'égtise Notre-Dame. Au commeDGenieftt de l'ordinaire, il devait faire deux leçons rue do Gldt-Bmneao , et demander an collège , à la prochaine mesae, rautorisation de les achi^ver dausle cloître \ C'était une sorte d'hommage que le collège exigeait de lui. Chaque docteur avait , rue du Clôt- Braneau » une salle qui lai était assignée. S'il s'absentait» il ne pouvait la perdre qu'après une année révolue. La salle vacante était attribuée au plus ancien docteur *. Nul docteur ne pouvait entrer dans la salle d'un docteur absent, sans protester qu'il la lui rendrait lors de son retour. La grande salle de la Faculté était réservée aux actes solennels comme priacipium, hareinga, repelitio. Elle était commune à toute la Faculté Chaque docteur avait» comme à Bologne, un bedeau et un sous-bedeau chargés de fonctions analogues à celles des bedeaux des Facultés *. Le nouveau docteur recevait de son président le bedeau et le sous-bedeau ^ C'était vraisemblablement des offices que l'on vendait à ceux qui désiraient participer aux privilèges de TUniversité *.
En , le collège décida qu'après 20 ans d'exercice les docteurs jouiraient des privilèges de la régence sans eu avoir les charges Mais» en réalité » ils étaient tous dans cette pofiitioD au commencement du xvi" siècle $ ils se regardaient comme dispensés de faire des leçons ordinaires. Ils commettaient un bachelier a la lecture du Déciel : à la iin de 1 auuée^
* Cette transaciion fui passée .en 1586, entre le chapitre de Notre- Dame cl le collège, ËUo se trouve L. D., p. 85.
* L. D., p. ft9,B0.
^ Cela semble résulter de I., D., p. 40.
' Ce statut se trouve L. D., p. 154.
<::e hatiielicr résignait ses fondions au collège, qui le contî* iiuait s'il le jugeait convenable \
Les docteurs ne paraissent pas avoir jamais ensei^pié sérieasement. Ils étaient» pour la plupart» de riches ecclésiastiques*» qui considéraient le doctorat comme un bénéfice de plus à exploiter. La Faculté de décret était la plus corronapue et la plus vénale de toutes les Facultés. Elle n'avait ai maîtres» ni étudiants; elle n'avait que des vendeurs et des acheteurs. On ne pouvait attendre aucune réforme volontaire de ce corps gangrené; au xti« siècle, le parlement trancha dans le vif. Le 1'^ mai 15^^B, il arrêta que six docicurs régents liraient publi(iiiciii( rit le Décret et les Décrétales dans la grande salle de la Faculté, tes candidats à cette place devaient soutenir en public deux argumentations solennelles ou repeiUionu» Les plus dignes seraient choisis la première fois par la Faculté , assistée de deux conseillers. Les six places étant ainsi remplies , la place vacante serait donnée au concours dans les mêmes formes» parles docteurs restants» assistés de deux conseillers *. Dès lors » la Faculté fut renfermée tout entière dans ce collège sex-viral.
• Arrêt du parlement, 1521 ( D. VI , iô'i ).
• Voir les listes des docteurs V. L., f** 11 verso et 12 rcclo. « L*arrét dans B. VI , m-m.