‹ De l'organisation des animaux, ou, Principes d'anatomie comparée [electronic resource]Chapitre 26 sur 68 · SECTION I · texte numérisé non relu

SECTION I

Bu sens général , ou du toucher.

De son importance cl (le sa gêûéralilc;.

l’sagcs.

Le sens du toucher, ou peut-être mieux du contact, est évidemment le plus général et le plus important. Il est le plus général, puisque non-seulement tous les animaux en jouissent, mais encore toutes les parties d’un animal quelconque , il est vrai à des degrés très-différens; il est le plus important, puisqu’il est répandu partout , et qu’il est non-seulement la source de tous les autres, mais encore qu’il devient souvent leur correctif ou leur complément presque nécessaire.

La principale propriété des corps qu’il nous met en étal d’apercevoir est l’impénétrabilité, d’où nous déduisons l’existence des corps d’une manière rigoureuse; et c’est ce qui lui est presque particulier. En effet, la plupart des organes des sens spéciaux peuvent entrer en action sans irritation

ou DU TOUCHER.

extérieure, et produire en nous quelques-uns des effets de la sensation qu’ils nous procurent ordinairement, sans que l’organe ait été réellement affecté, en sorte qu’il nous est impossible de conclure rigoureusement de cette action l’existence d’un corps extérieur à nous pour la produire. Au lieu qu’il n’en est pas de même du sens du toucher ; s’il nous fait éprouver une sensation, c’est qu’un corps autre que la partie du nôtre qui est touchée l’a produite.

C’est lui qui nous fait distinguer notre propre corps des corps extérieurs, parce que lorsque nous le touchons nous éprouvons deux sensations, l’une dans la partie qui touche, et l’autre dans celle qui est touchée.

C’est lui qui nous fait connaître la figure des corps, et l’état de leur surface lisse ou rugueux; mais alors il faut que l’appareil se modifie un peu pour former ce que nous nommerons plus loin un organe de tact ou de toucher actif.

Nous pouvons également juger des distances, il est vrai peu considérables, et de l’étendue, au moyen de cet organe des sens, et cela par la continuité. '

Il en est de môme du mouvement et du repos par le changement plus ou moins rapide d’une partie fixe de notre organe sentant avec celle d’un corps qui se meut. *

Pour le degré de chaleur des corps, il est évident qu’il est toujours relatif à celui de notre corps lui-même, et que nous ne pouvons apercevoir réellement que des différences; mais 2e n’est pas moins à l’appareil du toucher que nous devons îette sensation produite par la séparation ou le rapprochement des molécules qui composent notre corps, et surtout notre enveloppe.

Quant au degré de consistance et à l’intensité du poids, ce sont des qualités des corps dont le sens du toucher proprement dit ne me semble pas donner l’idée. En effet , il est certain que nous n’en jugeons que par le degré d’effort musculaire employé, soit pour pénétrer dans un corps en en

Son si«‘ge pour U Ruiilacl.

Pour le loucher.

Son appareil.

Son degré de perfectionnement

en général.

/j(S T) U stîNs géniUal,

écartant lc.s particules, soit pour en soulever la masse; et alors c’est une sensation complexe.

Le siège du contact considéré en général doit être dans toutes les parties internes et externes d’un animal qui jouissent delà sensibilité; c’est , à ce qu’il me semble, ce qui nous donne l’idée de notre existence , quand même nous ne pourrions pas apercevoir les corps extérieurs, ou recevoir d’eux une irritation : c’est ce qui nous fait ressentir en nous un certain mouvement obscur provenant probablement du mouvement de toutes les artères.

Quant au siège du toucher proprement dit , il est évident que c’est le corps papillaire, ou la partie nerveuse de l’enveloppe animale, dont nous avons exposé plus haut la place et la structure dans l’étude^ de l’organisation de la peau considérée d’une manière générale.

L’appareil de ce sens est au contraire cette peau elle-même et surtout l’épiderme que nous avons aussi étudié plus haut. Quelquefois cet appareil se complique davantage ; mais alors le sens du toucher devient actif.

Le degré de finesse ou d’acuité du sens du toucher, varie nécessairement suivant la qualité des corps dont il doit donner la connaissance à l’animal. Il est cependant généralement proportionnel, i° à la quantité de nerfs qui se rendent à la peau, et par conséquent à la quantité et au développement des papilles qu’ils y forment ; 2° à la minceur du corp? protecteur ou intermédiaire à l’organe sentant et au corps touché. S’agit-il seulement de nous faire apercevoir l’existence des corps extérieurs ou leur degré de chaleur, il suflît que l’épiderme soit fort mince; si c’est la forme des corps, alors, outre la modification dont il vient d’être parlé, il faut que l’organe sensible soit disposé sur une partie de l’animal susceptible de toucher à la fois le plus grand nombre de points possibles du corps étranger; mais alors il faut de plus une volonté de la part de l’animal, une réflexion, et le sens du

ou DB TOUCIIO

toucher devient alors celui du tact. C’est celte considération qui nous permettra d’envisager la peau sous des rapports assez différens , c’est-à-dire comme le siège du sens du toucher passit’ou actif; mais auparavant voyons d’une manière générale son accroissement dans la série animale.

En jetant un coup d’œil rapide sur le perfectionnement Dans la série, successif de l’appareil du sens du toucher considéré dans toutes ses parties, depuis l’extrémité inférieure de l’échelle animale jusqu’à l’autre , on le voit d’abord entièrement passif, n’être formé que par une peau à peine distincte du tissu cellulaire sous-jacent, comme dans les animaux amorphes et les derniers actinozoaires ; dans quelques-uns des premiers groupes de ce type, dans les actinies, les holothuries par exemple, l’enveloppe commence à devenir plus parfaite par la distinction de ses parties. Les malacozoaires sont déjà bien perfectionnés ; leur peau , quoique encore confondue avec la fibre musculaire , étant toujours molle, flexible, est plus souvent encore que dans les animaux rayonnés, découpée en lanières plus ou moins prolongées qui bordent quelque partie de l’animal, et qui acquièrent une sensibilité exquise. Mais dans le plus grand nombre des espèces de ce type, le besoin de la conservation a souvent converti une partie de cette peau en une enveloppe solide , dure , tout-à-fait morte , et sous laquelle l’animal se met à l’abri des agens destructeurs. Les entomozoaires ou les animaux articulés extérieurement, nous offriront pour la plupart une autre modification particulière de leur enveloppe, qui est alternativement dure et molle ; cela fait que non-seulement cèlle-ci sert d’organe protecteur à l’animal par son encroûtement calcaire ou corné ; mais encore par sa solidité et sa mollesse alternantes, elle donne appui à la fibre contractile dans l’appareil de la locomotion , dont elle forme la partie passive; elle perd alors proportionnellement de sa fiiculté de sensibilité. Enfin dans le type des osléozoaires, chez lesquels un usage à peu près semblable est confié à un

5o DE l’organe du toucher passif.

appareil tout nouveau développé dans la couche musculaire dlc-môme it la peau est restée bornée à ses deux usages prin- ■cipaux, celui de garantir l’animal de l’action nuisible des corps extérieurs et celui de les apercevoir; mais c’est dans ce type que nous commençons à trouver une différence importante en ce que dans les uns le sens du toucher reste passif , ou n’agit que sans volonté de la part de l’animal , tandis que dans un petit nombre d’autres il arrfve au summum de son développement en devenant actif ou complètement volontaire et rationnel.

Sn Ui vision en D’après cela on voit que le sens du toucher peut être con-

p:issifet en ac-

nf- sidéré comme passif ou comme actif :

Comme passif, il appartient à toutes les parties du corps et à tous les animaux ;

Gomme actif, il n’existe que dans un petit nombre d’entre eux; il est borné à un très-petit nombre de leurs parties, et il est susceptible de degrés très-différens de développement.

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