‹ De l'organisation des animaux, ou, Principes d'anatomie comparée [electronic resource]Chapitre 25 sur 68 · CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES · texte numérisé non relu

CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES

l’organe est plus externe ou plus en rapport avec les corps exlérieurs, et nous verrons plus tard que c’est en sens inverse pour le système vasculaire.

5“ Que sa structure soit calculée de manière à pouvoir recevoir et transmettre au centre nerveux l’impression reçue d’après un certain mode.

Pu iionitm! (i-;s Ce n’est que d’après cette définition que l’on pourra arriver

organes des , , . . * ^

sens. l’i déterminer d’une manière certaine le nombre des organes des sens, et ce n’est réellement qu’eu se bornant à en juger par analogie, qu’il est admis par presque tous les physiologistes, et sans discussion préalable, que l’appareil général des sens ne peut être composé de plus de cinq organes spéciaux , en comprenant celui qui est la base de tous les autres, qu’on le considère physiologiquement, ou anatomiquement, c’est-à-dire le toucher.

Il est bien vrai que quelques auteurs en ont admis un plus grand nombre. Ainsi Spallanzani a voulu que les chauvessouris eussent un sens particulier pour se diriger au milieu de l’obscurité la plus profonde dans les cavernes qu’elles habitent, parce qu’après les avoir mutilées par la destruction des yeux, des narines et des oreilles, elles le faisaient encore presque aussi bien qu’auparavant ; mais s’il eût un peu réfléchi, il aurait vu que c’est très-probablement l’organe même qui leur sert à voler, ou la peau très-fine, nue, extrêmement nerveuse, réunissant les différentes parties du tronc et des membres antérieurs, qui est le siège de cette faculté, et que par conséquent ce prétendu nouveau sens n’est que le sens du toucher porté à son summum, comme nous le verrons par la suite. Il en est à peu près de même du sixième sens que Buffon a nommé le sens de l’amour. Si par-là il entend le désir souvent invincible qui porte un sexe vers l’autre , il est évident que c’est un besoin ou une passion , et non une sensation particulière ; si c’est au contraire la grande sensibilité des organes de la génération irrités par le désir

SUR LES ORGANES DES SENS

qu’il a envisagée, ce n’est encore qu’une légère inodificalion du sens du toucher.

D’autres auteurs ont commis une erreur de la même nature en considérant comiT^e des espèces de sensations la soif et la faim; car il est évident que ce ne sont encore que des désirs ou des appétits qui diiFèrent beaucoup des sensations , et qui sont en effet bien plus profonds, jxiisque ce sont des rapports nécessaires et tout-à-fait incompréhensibles entre un être vivant et un corps extérieur à lui. Saas les satisfaire, comme nous le verrons plus en détail en physiologie, il ne peut vivre long-temps , tandis que l’on peut très-bien concevoir qu’un animal puisse être entièrement privé de sensations sans cesser de vivre. Si la faim et la soif étaient de véritables sensations , il en faudrait .dire autant des désirs d’excrétion. Dans le langage ordinaire , on dit bien la sensation de la faim , de la soif; mais c’est peut-être à tort , le besoin ou la privation d’une chose ne pouvant être l’objet d’une sensation.

Nous reviendrons au reste sur ce sujet dans la physiologie proprement dite : en ce moment cette digression n’a pour but que de montrer que nous sommes obligés d’admettre qu’il n’existe que cinq appareils des sens, et par conséquent cinq sensations simples. Nous allons les étudier successivement ; mais dans quel ordre ?

Les physiologistes ont encore beaucoup varié sous ce rap- i>oairc(i;ir port, et cela parce qu’ils ont envisagé les organes des sens dorvela sous des points de vue assez différens.

En les étudiant sous le rapport de la distance plus ou moins considérable à laquelle ils font apercevoir les corps , ou les divise en deux sections , la première contient ceux qui agissent immédiatement au contact, comme le toucher et le goût; la seconde, ceux qui semblent agir à une distance plus ou moins grande; savoir, l’odorat, l’ouïe et la vision.

En considérant l’état d’agrégation des molécules des corps, on arrive à la même classification; en effet, par le molmacs

cludiés.

D'après ;

1° La distance à la(|uelle ils agissent.

LVlat d'agrégation des

eorps iju'ils font apercevoir.

3' Leur mode (l’action.

4° L'ordre des rnnclioDS aiixtiuclles ils appartiennent.

44 CÜNfiïDKllATIONS GKNKRALES

toucher le corps est aperçu sans changer de natuie et par sa résistance ; dans la gustation il est préalablement dissous dans un fluide ; dans l’odoration il faut qu’il soit à l’état aériforme; dans l’audition ce ne sont que de simples vibrations des molécules du corps qui sont perçues ordinairement au moyen d’un fluide intermédiaire ; enfin dans la vision , ou bien, suivant les uns, c’est la lumière elle-même, corps si subtil que des physiciens en font un être intermédiaire aux corps et aux esprits ; ou bien , suivant d’autres , ce sont, comme dans l’audition, les vibrations d’un fluide imperceptible ou de l’éther.

En envisageant le mode d’action des organes des sens, M. Jacobson est arrivé à une classification différente. Il établit, comme nous le verrons plus en détail dans la physiologie , que les organes des sens peuvent agir de deux manières différentes, chimiquement ou mécaniquement. Il considère dans le premier cas l’organe comme formé par une expansion membraneuse à la surface externe de laquelle les nerfs finissent en forme de pointes mousses couvertes d’une mucosité qui sert d’intermédiaire aux corps extérieurs et aux nerfs. Quand le contact s’établit, la chaîne galvanique se forme, l’action s’opère et est transmise au nerf par la mucosité. Deux seuls organes des sens sont dans ce cas , c’est celui de l’odoration et celui de la gustation. Dans le second cas, où d’organe doit agir mécaniquement, il le regarde comme souvent composé d’un tube rempli d’une humeur liquide communiquant à l’extérieur par l’une de ses extrémités, et au fond duquel le nerf se déploie sous forme de membrane. Par le choc extérieur il se produit dans le fluide une ondulation qui se propage jusqu’au nerf. Dans cette seconde classe, M. Jacobson range l’ouïe, la vision et le toucher.

D’après l’ordre des fonctions de l’animal avec lequel les organes des sens sont le plus en connexion, Bichat et Buisson les partagent en trois classes. Dans la première, ils placent ceux qu’ils nomment inidkctuch -, ils ont entre eux et le

SUR LES ORGANES DES SENS

corps qui agit un corps intermédiaire , ce qui leur permet d’éprouver une action à distance : tel est l’organe de l’ouïe et celui de la vision. Dans la seconde classe, ils rangent l’odorat et le goût, qui sont intermédiaires aux organes de la vie animale et à ceux de la vie organique et qui commencent les fonctions digestives. Enfin la troisième classe ne renferme que le toucher, qui s’exécute toujours consécutivement, va toujours chercher la sensation, et qui, au contraire des autres , est purement volontaire ; mais il est évident que Buisson n’envisage ici le sens du toucher que comme actif, ce qui est le cas le moins ordinaire.

M3I. Gall et Spurzheim me semblent avoir été plus heureux en traitant des organes des sens d’après leur plus ou moins grande généralité et la spécialité du système nerveux qui les anime. Ils placent alors le sens du toucher comme le sens général, et ensuite successivement le goût, l’odorat, l’audition et la vue.

Une sixième manière d’envisager les organes des sens consiste A les regarder comme composés ou comme simples. Par organes des sens composés, j’entends peux qui sont formés d’un plus ou moins grand nombre de petits appareils réunis en membrane plus ou moins étendue, comme dans les sens du toucher, du goût et de l’odorat. Les organes des sens simples peuvent au contraire n’être formés que d’un seul appareil de chaque côté, comme pour l’oreille et l’œil : nous verrons cependant que dans plusieurs animaux articulés on trouve des yeux véritablement composés.

Enfin la dernière manière d’envisager les organes des sens serait celle qui, outre le sens général du toucher, placerait les quatre autres dans le rang qu’ils occupent sur un animal, ou mieux d’après l’ordre de la sortie du nerf qui les anime en allant d’avant en arrière; alors le sens de l’odorat serait le premier, puis celui de la vision, après lequel viendraient l’audition et enfin la gustation.

5° La plus ou moins grande généralilé du système nerveux.

6° Leur simplicité ou complexité.

Leur position sur l’animal.

l\ G I) l) s E N S général,

L’ordre que nous adopterons est celui qui considère les organes des sens d’après le plus ou moins de spécialité du système nerveux qui s’y rend; ce qui se trouve concorder avec la distance à laquelle ils agissent, avec l’état d’agrégation des molécules des corps qu’ils font apercevoir, et même avec leur degré de complexité ou de simplicité.

Un organe des sens, qu’il soit simple ou complexe, général ou spécial , offre toujours deux choses distinctes, savoir, le siège et l’appareil. Le siège est la partie du système nerveux qui s’y rend , qui s’y développe , et à l’aide de laquelle la sensation est produite et transmise; l’appareil est une disposition particulière de l’enveloppe extérieure et de quelqu’une de ses parties, propre à mettre le corps en état d’être aperçu. C’est de ces dispositions spéciales dont nous allons traiter en ce moment, en nous bornant à citer seulement le siège dont nous devrons nous occuper dans le livre consacré à l’étude du système nerveux.

Page 1