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DE LA PEAU DANS LES OSTÉOZOAIRES

lure a dû quelquefois sacrifier la sensibilité à la sûreté, lorsque l’animal par ses organes locomoteurs ne pouvait se soustraire à quelque poursuite destructive.

Nous avons donc ù considérer la peau , i® comme organe de sensibilité passive et comme organe défensif ; 2" comme organe de sensibilité active, et nous verrons que pour devenir propre à l’un de ces trois usages, il suffira d’une modification proportionnelle dans certaines de ses parties. C’est ce que nous allons successivement étudier dans les différens groupes d’animaux.

Article I. De la peau dans les ostéozoaires ou dans les

animaux vertébrés.

Dans ce premier type des animaux la peau est composée de toutes les parties essentielles et de perfectionnement que nous avons définies plus haut; mais en général elles sont d’autant moins distinctes , d’autant moins évidentes que l’on descend davantage dans l’échelle, ou qu’on se rapproche plus des poissons. En outre le développement de chacune des parties de l’enveloppe extérieure varie suivant quelques circonstances particulières.

Le développement du derme, celui du réseau vasculaire, et encore mieux celui du corps papillaire ou nerveux sont généralement en rapport inverse du développement de l’épiderme et du système phanéreux. Ces différences sont évidemment en relation avec la différence dans les fonctions de l’enveloppe.

L’âge a une influence d’autant plus considérable sur le développement des différentes parties de la peau, que l’animal vertébré est plus rapproché de l’espèce humaine : ainsi le derme est d'autant plus mou, plus flexible, plus extensible et même plus perméable aux fluides entrans ou sortons que l’animal est plus jeune et plus élevé dans la série.

Gonsiaéralions

generales.

Diliéreuces.

Dans sa striinlure , suivant

L’üge

DE LA PEAU

L« séjour.

L'habitation.

Le groupe naturel.

ConsiitérationS générales, et diftërences générales.

Le séjour que l’animal affecte exerce aussi une influence évidente pour la modification de la peau, et surtout dans ses parties accessoires.

L’habitation n’est pas non plus tout-à-faitsans produire des changemens dans quelques parties de la peau , et surtout dans le pigmentum colorant; ainsi les espèces et les parties exposées à l’action d’une lumière et d’une chaleur vives sont presque toujours plus ou moins fortement colorées, tandis que celles qui se trouvent dans des circonstances contraires sont ordinairement blanches et étiolées.

C’est aussi dans cette catégorie qu’il faut ranger la coloration exagérée ou presque éteinte qu’une série de circonstances excitantes ou débilitantes, parmi lesquelles on doit compter la jeunesse et la vieillesse, produisent dans les mêmes parties de la peau.

Mais les différences les plus évidentes semblent dépendre du groupe auquel l’animal appartient , quoique l’on conçoive qu’elles puissent provenir davantage du milieu dans lequel il devoit vivre, sans apercevoir cependant bien évidemment la connexion de cause et d’effet. Ces différences qui portent essentiellement sur la structure et la forme des organes accessoires sont tellement tranchées , tellement importantes qu’elles traduisent assez bien l’ensemble des caractères sur lesquels reposent les subdivisions secondaires ou classiques que la zoologie a introduites parmi les animaux vertébrés; c’est ce qui doit nous déterminer à étudier séparément la peau dans chacune de ces divisions ou classes.

A. Dans les animaux mammijeres.

C’est dans ces animaux, et surtout dans l’espèce humaine, que la peau a été le plus souvent et le plus complètement étudiée , depuis Malpigbi qui le premier en a exposé la structure déduite, il est vrai, par analogie de celle de la langue ,

jusqu’à M. Gautier qui s’en est occupé d’une manière toute spéciale dans ces dernières années.

Dans les animaux mammifères le derme , d’une épaisseur Dansic deme. et d’une densité variables, est toujours plus ou moins libre ^

et mobile sur la couche musculaire sousposée. La surface externe ordinairement lisse, est quelquefois relevée en saillies de formes différentes, ce qu’on appelle ordinairement des papilles, et quelquefois même des écailles. Ces papilles simples ou bifides sont séparées par des sillons plus ou moins profonds , de manière à offrir des dispositions particulières. On trouve aussi quelquefois des sillons du derme qui semblent être le résultat des mouvemens de la peau, et qu’on nomme des rides } elles n’ont aucun rapport avec les sillons papillaires.

Le réseau vasculaire se moule évidemment sur le derme ; °®"ascuiaireT^ et par conséquent lorsque celui-ci présente à sa superficie des éminences, il est évident que le premier doit former des espècesde bourgeonssanguins ou vasculaires, comme M. Gautier l’a fait justement observer ; mais il ne me semble pas que ces bourgeons existent ailleurs. Cette partie de la peau est du reste toujours bien visible dans tous les animaux mammifères , mais son développement offre des différences suivant l’espèce et les parties du corps , comme nous allons le voir tout à l’heure. Elle est composée d’une très-grande quantité d’artères, de veines et de vaisseaux lymphatiques,

Le pigmentum qui forme la matière colorante de la peau , LepigmeDium. ne me paraît pas exister constamment, au moins d’une manière bien évidente; mais quand il existe, il est toujours placé au-dessus du réseau vasculaire, dans les mailles qu’il forme. Il est produit ou déposé par les vaisseaux veineux qui composent le réseau vasculaire sousposé. C’est probablement cette couche non, vivante que M. Gautier a nommée la membrane brune.

La couche ou membrane nerveuse quoique moins évidente

DE LA PEAU

L'cpiderrae.

Les cryptes.

Le phanère.

Du poil en gé néral .

existe nécessairement dans tous les animaux de cette classe. Quoique je ne pense pas que l’on puisse regarder comme appartenant au système nerveux seul les papilles que l’on trouve dans quelques endroits de la peau des mammifères, il me paraît probable qu’elles offrent, au moins à leur superficie, immédiatement sous l’épiderme, une couche fort mince qui doit être entièrement nerveuse. Si l’observation directe ne, peut établir ce fait, l’analogie et la sensibilité de la peau quand l’épiderme a été enlevé ne permettent guère de rester dans le doute.

L’épiderme est toujours assez épais, bien distinct dans les animaux de cette classe ; quant aux différences d’épaisseur, de forme, etc. , elles vont être exposées tout à l’heure.

Parmi les parties accessoires de l’enveloppe cutanée des mammifères, si la structure des cryptes ne nous offre rien de bien particulier, non plus que la matière qu’elles produisent et rejettent à la surface de la peau , et qui paraît être toujours graisseuse; il n’en est pas de même des phanères qui forment une espèce tellement particulière qu’elle distingue peutêtre mieux cette classe d’animaux que toute autre considération. Cette espèce de phanère est ce qu’on nomme poil, en comprenant sous ce nom la partie vivante ou productrice , et la partie morte ou produite.

Le poil est en effet composé d’un bulbe producteur et d’une partie cornée produite, que l’on désigne le plus communément sous le nom de poil proprement dit , ou sous des dénominations particulières, d’après quelque circonstance de forme, d’usage et de position sur l’animal.

Considéré anatomiquement, le bulbe d’un poil est ovale et formé, comme celui id’un phanère en général, d’une enveloppe fibreuse , blanche , plus ou moins épaisse et située plus ou moins profondément sous ou dans le derme. Cette première enveloppe est percée à son extrémité interne par le filet nerveux qui se rend dans l’intérieur, et beaucoup

plus largement à l’externe pour la sortie du poil proprement dit : elle reçoit aussi des vaisseaux sanguins plus ou moins nombreux qui y pénètrent soit en arrière, avec le nerl, soit en la traversant dans quelque point de ses parois. Tout le reste de la cavité du bulbe est rempli par une sorte de pulpe plus ou moins abondante , plus ou moins vasculaire qui produit le poil proprement dit. Ce poil , quelquefois composé de deux substances d’aspect différent, quoique de nature également cornée; l’une iutenie, plus blanche, plus molle, et l’autre externe plus' dure, plus colorée, n’est dans le plus grand nombre des cas formé que de celle-ci, qui est alors homogène. L’une et l’autre sont dues à une excrétion de la surface du bulbe. Les molécules excrétées, colorées ou non, se disposent à la fde et par couches successives, en poussant par la base , de manière à produire par une sorte de coagulation un poil de forme , de grosseur et de longueur variables , suivant celles du bulbe et la force et la durée de son activité.

Le poil ainsi produit sort de la capsule à mesure qu'il végète pour ainsi dire de sa base; il traverse le derme par un pore naturel ou artificiel, et quand il est arrivé à sa superficie , il soulève lé réseau vasculaire , le pigmentum et surtout l’épiderme qui se prolongent plus ou moins à sa base.

Quant à la couche musculaire sous-dermienne , la classe n,u"ciUaîre des mammifères présente presque toujours cette disposition peaussier, évidente , que la plus grande partie des fibres contractiles s’est entièrement séparée de la peau pour servir à la locomotion générale, comme nous le verrons en traitant de celte fonction, tandis qu’une autre beaucoup moins considérable est restée adhérente au derme et s’est disposée pour en mouvoir les différentes parties ; c’est ce qu’on nomme le peaussier ou le pannicule charnu.

Le peaussier dans les animaux mammifères est non-seule- Divise, ment beaucoup plus distinct, mais encore bien plus divisé en diverses portions que dans les autres ostéozoaircs. Quoiqu’il

Ï3E LA PEAU

Peaussier cêp halique-

El gastro-llioracique.

soit possible de ranger ces parties d’après leur position par rapport l’axe du corps , comme nous le ferons [>our les muscles de la locomotion proprement dite, nous croyons plus simple de considérer le peaussier comme composé de deux parties principales seulement , l’une antérieure et l’autre postérieure.

La première est celle que je nommerai céphalique , parce qu’elle appartient essentiellement à la tête dont elle meut la peau avec plus ou moins de force; c’est elle qui, en se prolongeant jusqu’à l’extrémité des mâchoires et en se subdivisant, forme les muscles particuliers de la conque auditive, du nez et des lèvres, dont’il sera traité à l’article de chacun de ces organes.

Mais ce muscle considéré comme mouvant la peau de la tête en général, se subdivise en deux portions, l’une supérieure et l’autre inférieure.

La première correspond à Voccipito-f routai de l’homme ; je préfère de la nommer cervico-nasale , parce qu’elle commence toujours en arrière sur le cou pour se terminer à l’os du nez.

La seconde est le ihoraco-facial des anatomistes de l’homme. Elle naît en effet plus ou moins loin sous le thorax pour se continuer avec les muscles de la face.

Quelquefois ces deux portions du peaussier céphalique se réunissent par les bords de manière à former une sorte de gaine, dans laquelle la racine du thorax est renfermée, ainsi que la partie postérieure de la tête ; d’autres fois il y a division dans les lignes médianes, et même dans les lignes latérales.

La seconde partie du peaussier général peut être désignée sous le nom de gastro - thoracique , parce qu’elle enveloppe plus ou moins complètement l’abdomen et le thorax, en dessus , de côté et en dessous. Elle diffère essentiellement de la précédente en ce que très-souvent elle prend son point d’appui sur une partie du système osseux.

Elle peut être subdivisée en trois portions : i"Le peaussier latéral ou le hrachio-derniien j qui des parties latérales et souvent un peu supérieures du tronc , du coccyx, et même de l’aponévrose de la cuisse va se terminer au membre antérieur, le plus ordinairement à l’humérus.

a* Le peaussier supérieur ou scapulo-dermien ; le plus souvent en connexion intime avec le précédent, il occupe la face dorsale du tronc, en se portant plus ou moins en avant ou en arrière.

5" Le peaussier inféricurou gastro-humérien est moins évidemment attaché à la peau que les précédens; il naît en arrière sous la portion antérieure du muscle grand -droit de l’abdomen , et va se terminer à l’os du bras, souvent avec le brachio-dermien. Il semble n’être qu’une portion du grandpectoral ou d’un des principaux muscles moteurs du bras.

Il y a bien encore d’autres muscles dont l’origine ou la terminaison est à la peau ; mais comme par leur autre extrémité ils s’attachent à quelque organe extérieur, et que leur usage est plutôt relatif au mouvement de ces organes qu’à ceux de la peau, nous n’en parlerons qu’à l’article de chacun d’eux Nous nous bornerons à dire ici deux mots des muscles qui meuvent les poils. Dans tous les mammifères les poils sont susceptibles d’être hérissés ou relevés. Quoiqu’on ne puisse souvent démontrer les fibres musculaires qui produisent ce mouvement , il est extrêmement probable qu’il y en a , puisque, comme nous le verrons par la suite, dans les mammifères chez lesquels les poils sont devenus des organes évidemment défensifs, l’existence de ces muscles est trèsaisée à démontrer. Il paraît eependant qu’il n’y a jamais que des extenseurs , c’est-à-dire des muscles qui de la peau qui environne le poil se portent à la base de celui-ci, sur le côté opposé à son mouvement d’abaissement.

Après avoir étudié d’une manière générale ce qui caractérise la peau des mammifères, voyons maintenant les diffé-

DilTdrctir.pô spdciülcs.

DE LA PEAU

rences qu’elle présente en totalité et dans chacune de ses parties.

Ces différences sont de plusieurs sortes ; il en est qui tiennent aux parties du corps que la peau recouvre; au séjour et aux lieux que l’animal habite , à l’âge auquel il est parvenu, au sexe, ainsi qu’au groupe naturel auquel il appartient ; enfin il en est d’autres qni sont tout-à-fait spéciales, et qui dépendent de quelque cause particulière.

*^ie"ia pcîuren^ Commencerai par faire observer qu’en général la peau

totaiiic. pgj. conséquent le derme est d’une étendue seulement

suffisante pour envelopper la masse qui constitue l’animal , qu’elle se moule sur cette masse ; mais il arrive aussi, assez souvent, qu’elle se prolonge plus ou moins au delà en formant : des lobes ou des poches, comme à la racine anté-

rieure du cou de plusieurs espèces du genre bœuf, ce qu’on nomme fanon, à la partie postérieure de l’abdomen, pour contenir les testicules , ce qu’on désigne sous le nom de scrotum, ou plus en avant sous l’abdomen, d’où résulte la bourse abdominale des femelles des didelphes; 2“ de larges plis aux régions scapulaire et lombaire, comme dans plusieurs espèces de rhinocéros; 3° enfin des expansions plus ou moins considérables entre le tronc et les membres ou entre les parties qui composent ceux-ci; c’est ce dont on voit des exemples dans les écureuils , les polatouches, les phalangers , les galéopilhèques, et surtout dans les chauve-souris, et enfin dans presque tous les animaux qui nagent habituellement, comme dans les loutres, les phoques, les castors, etc.

On désigne par des noms particuliers ces pincemens ou prolongemens de la peau, formant des espèces de membranes sur les côtés de l’animal. Celle qui des parties latérales du cou se porte plus ou moins loin au bord antérieur du membre thoracique, est la membrane cervico-brachiale ^ la portion de peau qui des côtes de la poitrine ou de l’abdomen va au bord postérieur du bras ou antérieur de la jambe , est

la membrane pleuro - bmchiale dans le premier cas , ou pleuro-fémorale dans le second ; et si ces deux portions se réunissent, la membrane unique qu’elles forment reçoit le nom de b rachio -fémorale. La dernière expansion de la peau du tronc sert à réunir la queue au membre postérieur ou les deux membres postérieurs entre eux : c’est alors la membrane caudo-f érnorale ou inier-fémorale. Quant aux membranes qui réunissent les doigts, elles sont connues sous le nom de membranes inter-di^talcs.

On remarque aussi quelquefois des prolongemens de la peau dont l’usage est tout-à-fait inconnu, comme à la face du sanglier d’Afrique : cette espèce de sac convexe , mou , lâche et très-rugueux qui est sous les yeux et surtout le lobe dur, déprimé, arrondi, peu mobile qui est au-dessous.

Le derme offre aussi des différences dans sa mobilité et son adhérerÿîe au tissu sous-jacent; il est toujours plus adhérent et moins mobile dans la ligne médiane supérieure et inférieure, sur les os, comme sur la tête, les extrémités , la queue , etc.

On remarque que l’épaisseur et la densité du derme sont en général plus grandes dans la ligne médiane , dans j les parties du corps qui sont le plus exposées à l’action des corps extérieurs ; ainsi dans les espèces qui marchent I à quatre pieds, c’est le dos et la partie externe des membres I qui offrent le derme le plus épais ; dans l’homme dont la sla- I tien est verticale , il y a presque égalité d’épaisseur entre la I peau du dos et celle de la poitrine ; quelques mammifères I quadrupèdes qui ont l’habitude de se défendre en se renver- [ sant sur le dos et en présentant les quatre pattes armées de griffes à leur ennemi , ont aussi la peau de la partie inférieure du tronc d’une épaisseur considérable et égale à celle du dos, comme le blaireau et le paresseux, La taupe est dans le même cas.

On trouve des différences encore plus grandes dans l’épais-

Dans Fa mobilité.

Dans l'épaisseur du ilerme , suivant les parties du corps.

Suivant les usages.

b IL LA PILAU

Le séjour.

L'igp.

Le sexe.

La (|iiantilé poils.

seur (lu derme, suivant certains usages des parties qu’il recouvre; ainsi il est fort mince aux paupières, pour qu’elles liiissent passer un peu de lumière; sur la conque auditive, pour qu’étant moins molle, elle absorbe, pour ainsi dire, moins le son ; aux lèvres de l’homme, au prépuce, et en général aux endroits où la peau devient le siège du toucher actif, pour rendre le tact plus délicat ; enfin en général dans les endroits d’articulation , pour faciliter les mouvemens. Il est au contraire plus épais aux endroits qui doivent loucher des corps durs, comme dans les abajoues des hamsters, ou qui doivent servir de points d’appui, comme aux mains et aux pieds, où il contribue à former ce qu’on nomme des pelottes ou des callosités dont la disposition est fixe dans chaque groupe naturel.

Le séjour détermine aussi des différences évidentes dans l’épaisseur du derme ; ainsi les espèces qui vivent exposées à toutes les intempéries de l’air, comme presque tous les animaux ongulés et surtout les pachydermes ont la partie principale de la peau fort dure et fort épaisse; au contraire de celles qui vivent dans des trous, ou qui peuvent s’abriter d’une manière quelconque , comme la plupart des rongeurs dont la peau est extrêmement mince.

C’est à peu près pour la même raison que l’âge a une influence si évidente sur l’épaisseur et surtout sur la densité et la sécheresse du derme. Chez les animaux qui viennent de naître, et surtout chez les espèces qui naissent extrêmement imparfaites, la peau est beaucoup plus tendre, plus molle, plus gonflée et par conséquent plus perméable, au contraire de ce qui a lieu dans les animaux adultes, et surtout chez ceux qui sont arrivés à un âge avancé.

Le sexe a aussi quelque influence sur l’épaisseur et la densité du derme; il est en effet d’un tissu moins serré dans les individus femelles, et il est par conséquent plus perméable.

On voit aussi que le derme est en général plus épais et

plus dur chez les animaux qui sont presque nus ou couverte de poils rares : ainsi les pachydermes sont ceux qui ont cette partie plus dure ; certains carnassiers et surtout les rongeurs qui ont une grande quantité de poils ^ ont au contraire la peau fort mince. Les espèces de ces groupes qui ont moins de poils, comme les cabiais , les chiens, les hyènes , les édentés suivent les pachydermes ; l’homme, les singes précèdent ensuite la plupart des rongeurs, c’est-à-dire qu’ils ont le derme plus épais qu’eux.

D’où l’on peut apercevoir que ces différences s’accordent La dégradation assez bien avec la dégradation de l’organisation. Ainsil’homme a le derme plus mince que les singes ; ceux-ci plus que la ; plupart des carnassiers ; si cependant les rongeurs l’ont quel- I quefois plus épais , ce sont seulement les derniers de ce : groupe ; chez les ruminans, les chevaux, les véritables par chydermes et les éléphansson épaisseur s’accroît. Les sarigues ( ont aussi le derme fort épais en dessous comme en dessus.

Enfin il est des modifications toutes particulières du derme Quelques ano qui tiennent à des imperfections plus ou moins évidentes dans i les organes des sens et de la locomotion, ou à un but dét terminé qui demandait une sensibilité exquise quoique pas-

• sive ; et c’est alors qu’il devient .un appareil protecteur et c défensif, ou un organe de toucher extrêmement délicat. La f grande épaisseur du derme du paresseux et de la plupart des t édentés terrestres paraît tenir à la première cause. C’est ( en effet dans un génre de cette famille , celui des tatous , que ; se trouve le seul exemple, parmi les mammifères, d’un c derme osseux ou encroûté de sels calcaires. Il est du reste c composé comme à l’ordinaire, et fort épais ; mais dans toute

• la partie supérieure de la tête, du corps, sur toute la queue tet à la partie externe des membres, des molécules calcaires Mse sont déposées dans les mailles du tissu cellulaire primitif ïet cela seulement dans des endroits déterminés et en c commençant à la hase des poils ; il en est résulté alors des

DE LA PEAtI

Dans sa surface.

espèces de polygones de forme très-variable , disposés par bandes ou en larges boucliers susceptibles cependant de plus ou moins de mobilité A cause de la partie de la peau qui est restée flexible. Il y a un premier bouclier qui recouvre la tête, c’est le céphalique , un autre beaucoup plus large sur les épaules, \e scapulaire ; et enfin un troisième sur la croupe, le lombaire. Les bandes en nombre variable occupent l’espace compris entre les deux boucliers du corps. Elles sont formées de parallélogrammes dont la partie antérieure est un peu amincie, et qui peuvent ainsi plus ou moins s’imbriquer les unes les autres d’avant en arrière : c’est ce qui permet à l’animal de bomber ou d’aplatir son dos. Quant aux boucliers, ils sont composés ordinairement d’hexagones plus ou moins réguliers ; lisses à la face interne, ils présentent à leur surface externe une espèce de travail de guillochis un peu variable dans les différentes parties du bouclier, mais qui me paraît caractéristique de chaque espèce, quoique les zoologistes y aient fait peu d’attention. A la queue les polygones osseux se disposent par anneaux complets.

Dans les chauve-souris la peau qui sert à réunir les membres au tronc et à la queue, ainsi que les doigts extrêmement allongés de la main, offre dans son derme une modification tout opposée à celle que nous venons de voir dans les tatous, non-seulement à cause de son extrême finesse, mais encore parce qu’il se développe dans son tissu , et dans des directions nombreuses et très- variables , des filets de tissu jaune élastique qui le rendent susceptible de se plisser dans tous les sens et de revenir à cet état quand la force musculaire a cessé son action. Alors cette modification du derme a surtout pour but la locomotion. Aussi se trouve-t-elle à peu près la même dans la membrane inter-digitale des loutres, des castors , etc.

Un autre point de vue sous lequel le derme offre encore dos différences suivant les espèces de mammifères et suivant

les parties qu’il recouvre, c’est dans la saillie plus ou moins considérable de ses rugosités extérieures, qui semblent quelquefois former des papilles , comme nous en remarquerons dans les parties de la peau modifiées pour le sens du toucher actif ; mais d’autres fois ces saillies ne sont rien moins que papilleuses : on en voit, par exemple, de bien singulières dans un petit rhinocéros des îles de la Sonde , où elles forment comme des têtes de clous, du milieu desquelles sort un poil. C’est une disposition à peu près semblable à ce que nous venons de voir dans les tatous.

La queue d’un assez grand nombre de rongeurs offre aussi quelque chose de remarquable dans l’apparence d’écailles qu’elle présente. Dans le castor, par exemple , le derme de la queue est très-adhérent au tissu sous-jacent qui est lardacé ; il présente à sa superficie des saillies partagées par des sillons assez régulièrement disposés pour que plusieurs auteurs les aient décrites sous le nom d’écailles, mais à tort. Ce nom convient mieux aux saillies du derme de la queue des rats, des gerboises et même des marmottes, en ce . qu’elles s’imbriquent plus ou moins. C’est du bord de I ces espèces d’écailles que sortent les poils. Le derme de la I queue des sarigues offre encore bien mieux cette disposition > squammiforme régulière ; il est fort épais, et sa structure fait r ressembler la queue de ces animaux à un orvet.

Dans les loirs, le derme de la queue offre seulement des ‘sillons annulaires qui en partagent l’étendue en tronçons as- 'sez nombreux. Je n’ai pas trouvé la même disposition dans lies écureuils.

Quant à la couleur du derme elle est toujours blanche.

Le réseau vasculaire de la peau des mammifères me parraît offrir en général moins de différences que le derme, I mais peut-être parce qu’il a été beaucoup moins étudié : il f est cependant fort probable que, puisqu’il est la source de la liinalière qui colore l’enveloppe cutanée, il y o quelque rap-

Différences dans le résean vasculaire.

DE LA PEAU

Dans le pigmenlum etduns , la coloration.

port entre son développement et le pigmentum coloré ; qu’il est plus considérable dans la jeunesse ou dans toute la vigueur de l’âge, et dans les climats où les circonstances extérieures sont évidemment excitantes. Enfin il est évident que dans certaines parties du corps il doit être plus abondant que dans d’autres , ce que l’on peut' juger à la quantité de vaisseaux qui se rendent à la peau, et à la couleur qu’elle prend momentanément ou constamment par l’arrivée du sang dans ces vaisseaux. L’homme seul me paraît cependant offrir cette modification particulière du réseau vasculaire dans la peau des lèvres et dans celle des joues ; et encore n’existet-elle pas dans toutes les races de cette espèce.

Le pigmentum me semble être autre chose que cette coloration dont nous venons de parler, et que l’on peut nommer 'vasculàire ; c’est, comme il a été dit plus haut, un véritable dépôt de matière colorante fait à la surface du réseau vasculaire, par ce réseau lui-même, et par conséquent susceptible de modifications dépendantes de l’action des propriétés vitales.

Les mammifères offrent un assez grand nombre de différences sous le rapport de ce pigmentum, non-seulement dans sa couleur, mais encore dans l’activité ou la vivacité de cette couleur, et dans son étendue à la surface de l’animal.

L’âge et les circonstances extérieures semblent avoir un effet marqué sur son développement et sur la vivacité de sa ^ couleur. En effet dans les mammifères très-jeunes , dans ceux qui sont exposés à des causes débilitantes ou qui sont parvenus à un âge très-avancé, le pigmentum semble ne pas exis- : ter, tant il est difficilement perceptible, ou bien sa couleur s’affaiblit au point d’être complètement blanche : ce qui forme i Y albinûmc. Si les circonstances extérieures sont au con- j traire excitantes, si l’animal appartient au sexe le plus vigoureux, ou à l’âge de la vigueur, la coloration se prononce j plus ou moins fortement, ce qui produit le mélanisme. I

Lbs espèces qui ont le corps revêtu d’une petite quantité de poils ont ordinairement un pigmentura plus évident, plus épais et plus coloré, tandis que celles qui ont un très-grand nombre de poils ont au contraire toujours la peau presque blanche , ou à peine rosée , au point que l’on pourrait penser qu’il y aurait un rapport inverse entre la coloration de la peau et celle des poils.

Cette observation s’étend aux parties du corps qui sont ' habituellement presque dépourvues de poils, comme à la face, aux paupières, aux narines, au pourtour des organes de la génération. ,

Ainsi l’espèce humaine étant celle dont la peau est le moins velue, et cela dans toutes les parties du corps, c’est elle en effet qui présente la peau le plus généralement colorée ; viennent ensuite les singes , mais seulement à la face et autour de la terminaison externe des organes de la génération , et enfin les pachydermes. Dans presque tous les autres mammifères le pigmenlum n’est que légèrement coloré, au point qu’il est probable qu’il n’existe pas.

Parmi les couleurs qui se remarquent à la surface de la peau des mammifères , la couleur presque blanche ou légèrement rosée est la plus commune, puisqu’elle existe dans presque toutes les espèces qui ont beaucoup de poils. La couleur de chair se prononce davantage dans la race blanche de l’espèce humaine. On trouve un bleu vif à la face du mandrill , de quelques callitriches et autour des organes déjà génération de plusieurs espèces de singes. La couleur rouge carmin se voit à la face du même mandrill, à la peau de l’organe mâle de la génération et au pourtour de ces organes. La face , la paume des mains, les oreilles du petit singe mico , le nez du rat sablé sont aussi delà même couleur. L’espèce humaine offre aussi quelquefois une couleur d’un rouge cuivré. Il paraît que chez elle la peau peut être aussi colorée naturellement en jaune. Le noir ou le brun plus ou moins

DE LA PEAU

D011S le corps papillaire.

Dans IVpi- (Icrinc, suivant

foncé 86 trouve dans la race nègre de la même espèce. Dan# le buffle et la plupart des espèces de cochon la peau est de la même couleur. L’éléphant, le tapir, le rhinocéros, l’hippopotame, les lamantins sont d’un gris noir plus ou moins foncé. La très--grande partie des cétacés sont de la même couleur.

Ainsi le pigmentum dans les mammifères peut présenter les trois couleurs fondamentales : le rouge, le jaune et le bleu , ainsi que le blanc qui en est le mélange, et le noir qui en est l’absence.

J’aurai peu de choses à dire des différences que le corps papillaire peut offrir dans la série des mammifères. En effet puisque son existence est assez difficile à démontrer d’une manière générale, comme nous l’avons fait observer plus haut, ces différences doivent être encore beaucoup moins saisissables.

On conpoit cependant que son développement soit plus grand chez les espèces et sur les parties de la peau qui jouissent d’une plus grande sensibilité ; et en effet nous verrons par la suite que les filets nerveux qui forment ces parties de la peau ou qui s’y rendent sont beaucoup plus nombreux , beaucoup plus gros.

C’est surtout dans les parties du corps modifiées pour devenir des organes de toucher actif que nous devrons trouver le corps papillaire plus développé, et c’est en effet ce qui a lieu.

Nous avons également fait remarquer plus haut que son développement doit être en rapport inverse de l’épaisseur et de la dureté du derme, et surtout du développement du système épidermique et du système pileux, et c’est ce qui est en effet, en en jugeant toujours par la quantité de nerfs qui se rendent à la peau.

L’épiderme n’est pas dans le cas de la couche nerveuse ; scs différences sont beaucoup plus aisées à apercevoir.

Plus mince dans le jeune âge, où U est presque nul, son épaisseur augmente avec lui ; mais elle augmenterait encore beaucoup davantage, s’il ne s’usait et s’il ne tombait par l’action des corps extérieurs.

Il est toujours plus épais dans les parties exposées à cette Les parties du action, à peu près comme le derme, mais surtout dans les endroits qui servent à transmettre le poids du corps au sol sur lequel il s’appuie dans la station ou dans la locomotion. C’est ainsi que sous les extrémités antérieures et postérieures son épaisseur est, pour ainsi dire, proportionnelle au poids du corps : fort mince dans l’homme aux mains , il est déjà assez épais sous les pieds, et surtout sous le talon et sous la racine du gros orteil. Dans les singes et les quadrumanes en général, son développement est à peu près aussi grand en avant qu’en arrière : il ne forme pas encore de callosités distinctes.

Dans un grand nombre de carnassiers il n’en est plus de môme : son épaisseur est d’abord plus considérable , et il se divise par plaques ou callosités. Ces callosités sont de trois sortes : la plus postérieure, ordinairement la plus petite , appartient au pouce ou au poignet ; aussi elle est souvent divisée en deux parties , l’une polliciale et l’autre carpienne ; celle-ci correspond ordinairement à l’os pisiforme. La seconde sorte est le plus souvent unique et beaucoup plus large que les autres, c’est la callosité palmaire ou plantaire; elle se trouve à l’endroit de l’articulation des doigts avec le métacarpe ou le métatarse, aussi est-elle quelquefois un peu subdivisée en trois ou quatre lobes. Enfin les plus antérieures sont plus petites, mais plus nombreuses, puisqu’il y en a autant que de doigts : elles sont situées à l’articulation de la seconde avec la troisième phalange, ce sont les callosités digitales. Les rongeurs ressemblent assez aux carnassiers sous ce rapport.

Mais c’est surtout dans les animaux mammifères désordres inferieurs qui ne marchent pas sur les ongles que l’épiderme acquiert sa plus grande épaisseur, comme cela se voit

la proportion Uüs autres parties de la peau.

Le groupe.

68 LA PEAU

dans l’cléphant, le rhinocéros, l’iiippopolame el les chameaux. Chez eux en effet il n’existe plus sous les pieds qu’une seule callosité en forme de large semelle sur laquelle l’animal s’appuie et qui est presque entièrement formée par l’épiderme.

Ce qu’on nomme la fourchette dans le cheval n’est que la callosité digitale du seul doigt qui reste.

Dans les animaux qui se reposent sur d’autres parties que les membres, l’épiderme y acquiert aussi une épaisseur considérable ; c’est ce qui se voit aux tubérosités ischiatiques d’une grande partie des singes de l’ancien continent, ainsi qu’au poignet, au genou, au coude et surtout à la poitrine des chameaux et des dromadaires.

L’épiderme est au contraire fort mince sur les partier* de la peau qui sont le plus à l’abri des corps extérieurs, comme à la face ventrale du tronc, à la face interne des membres, sur celles qui sont souvent en contact entre elles, comme dans les articulations , sur celles dont le système nerveux est fort développé, et qui deviennent des organes d’un toucher fort délicat, comme aux lèvres, aux doigts, au prépuce, aux ailes des chauve-souris, etc.

Comme l’épiderme peut servir à former un appareil protecteur, on conçoit que son développement concorde rarement avec celui du derme , et surtout avec celui du système pileux, puisque ces deux organes peuvent constituer un appareil de même usage; mais c’est nécessairement avec la couche nerveuse que son développement doit être en rapport inverse, leurs usages étant entièrement opposés. Et en effet, les parties de l’enveloppe cutanée qui jouissent d’une trèsgrande sensibilité, ont un épiderme fort mince, au contraire de celles qui n’en ont qu’une très-obtuse.

On ne voit donc pas trop que les différences dans l’épaisseur de l’épiderme des mammifères soient exactement en rapport avec la place qu’ils occupent dans la série. En effet, l’homme l’a en général fort mince; mais il l’est peut-être en-

core plus dans les quadrumanes, dans la pluparl des carnassiers, et surtout chez les petits rongeurs : au delà il est évident qu’il acquiert une épaisseur beaucoup plus considérable, et surtout dans les pachydermes, ce qui supplée à l’absence presque totale de poils dans ces animaux.

.le ne trouve pas que le séjour dans un milieu différent de celui de l’air où vivent ordinairement les quadrupèdes , ait beaucoup d’influence sur l’épiderme. Cependant les espèces qui vivent habituellement dans l’eau, qui n’en sortent pas, comme les cétacés, ont un épiderme singulier qui paraît remplacer chez eux les véritables poils. Il est en effet composé de filets collés les uns aux autres, perpendiculaires à la peau, et qui s’enlèvent avec la plus grande facilité : je suis fort porté à regarder cette partie comme appartenante plutôt aux poils qu’à l’épiderme proprement dit. C’est ce que l’on peut confirmer par ce que dit Steller de la structure de l’épiderme de la grande espèce de lamantin du nord de l’Asie. Quoique la peau ou le derme n’ait que deux à trois lignes d’épaisseur, l’épiderme est épais de plus d’un pouce ; il forme autour de l’animal une sorte de croûte : elle est composée de tubes perpendiculaires à la peau, que l’on peut séparer aisément dans leur longueur. Chaque tube est arrondi, bulbeux à son extrémité; ces bulbes pénètrent dans le derme, de manière que celui-ci est poreux à sa surface. Aussi Steller compare cette écorce pilifère au sabot d un quadrupède. Il sort de ces espèces de tubes une mucosité séreuse peu abondante sur le dos, mais qui l’est beaucoup davantage sur les côtés et autour de la tête.

Steller ajoute que l’épiderme de la baleine est tout-à-fuit semblable à celui du lamantin. J’ai vu , en effet, que la peau d’une baleine que couvrait une coronule, offrait une grande quantité d’espèces de longs poils cylindriques blancs ; mais ils n’étaient pas agglutinés.

.le ne connais guère d’autre anomalie dans le développement

Le séjour.

()i flore lices Anumals> .

DK LA PEAU

Difft5rences ttnns les Grjples.

de l’épiderme chez les mammifères , que ces singulières parties cornées, rugueuses, ovalaires, que l’on remarque dans le cheval au côté interne de l’avant-bras , au-dessus du carpe dans les membres antérieurs, et au-dessous du tarse dans les postérieurs : on les nomme châtaignes ; elles ne sont pas composées de poils agglutinés, mais elles semblent n’être qu’une sorte d’exsudation épidermique. On en ignore tout-àfait l’usage et même l’analogue. On voit aussi sur les membres antérieurs et postérieurs du lama, des espaces où il n’y a pas de poils ; mais l’épiderme ne paraît pas y être plus épais qu’ailleurs.

Dans les organes accessoires de l’enveloppe cutanée des mammifères, les différences vont nous paraître plus considérables, et surtout plus évidentes ou plus aisées à saisir.

Ce n’est cependant pas encore dans les cryptes proprement dits que cés différences sont bien importantes. Leur structure est en effet probablement toujours la même, quoique le fluide qu’ils rejettent soit souvent de nature assez dissemblable; mais ils diffèrent surtout par leur quantité générale , par leur répartition plus ou moins inégale, et leur entassement dans quelques endroits particuliers delà peau.

Commel ’usage général du fluide qu’ils versent à sa surface est encore de la défendre contre certaines circonstances extérieures, on conçoit qu’ils soient d’autant plus nombreux et plus généralement répandus, que l’animal est plus dépourvu à la fois d’épiderme et de poils. En effet, l’homme et surtout la race noire est parmi les mammifères l’espèce qui semble avoir la plus grande quantité de ces cryptes, du moins en leur rapportant la production de la matière huileuse qui s’exhale à la surface de la peau. Les outres espèces en ont sans doute aussi, et c’est môme très-probablement ce qui produit le suint dans les moutons. Mais comme il se pourrait que ces matières fussent le résultat d’une simple exhalation à travers les parois de la peau, il peut réellement y avoir

qnelque doute sur l’existence de ces cryptes dans toutes les parties de l’enveloppe cutanée.

Il n’en est pas de même de ceux qui se trouvent dans les endroits du corps qui sont exposés à quelque frottement; ils y sont plus évidens, comme dans les articulations de jonction des membres au tronc, l’aile du nez dans l’homme, dans les replis de la conque auditive, au prépuce, etc.

Il en est encore d’autres qui s’accumulent dans certains endroits, et qui versent des fluides assez diflërens. L’homme ni les singes ne paraissent avoir de ces amas de cryptes cutanés. On en trouve d’assez gros qui sont développés sur les parties latérales de la base de la queue des desmans ou des musaraignes musquées, et sur les flancs des musaraignes ordinaires. Une espèce de chauve-souris [vesp. soricinus) offre au-dessous de l’œil un petit sinus cutané : je ne connais rien de semblable dans les autres carnassiers. Dans les rongeurs, la marmotte souslick a aussi au-dessous de l’œil une petite glande sous-cutanée qui a la forme d’un croissant.

La plupart des espèces de cerfs et un assez grand nombre d’antilopes, ont un amas de cryptes cutanés dans une sorte de poche qui se trouve au-dessous de l’angle interne de l’œil, et qu’on a désignée sous le nom de larmier, parce que. l’on a supposé à tort que cette poche avait quelque rapport avec les larmes. Celte poche , dont le développement est variable, se loge ordinairement dans une excavation correspondante de l’os sur lequel elle s’appuie, et son ouverture à l’extérieur est sous la forme d’une fente plus ou moins étroite dirigée obliquement sur les côtés de la face. Cette fente paraît dans quelques espèces pouvoir s’ouvrir probablement par l’action de quelques fibres musculaires du peaussier. Le larmier est quelquefois remplacé dans les antilopes par une bande étroite de peau nue qui se prolonge au-dessous de l’œil , et qui sécrète aussi une humeur particulière. Le sanglier du Cap a aussi une sorte de sillon lacrymal.

I armisr

DE LA l’EAÜ

Dans ces mêmes antilopes on trouve souvent dans l’aine, c’est-à-dire à la face interne de l’origine des membres postérieurs, une autre sorte d’amas crypteux qui verse le fluide qu’il sécrète dans une petite poche formée par un repli de la peau : on la nomme poche inguinale. La peau qui la forme présente à sa surface un grand nombre de petites papilles, et au-dessous une substance rouge évidemment glanduleuse. Son usage est tout-à-fait inconnu.

Il en est à peu près de même d’autres petites poches de même forme et de même nature que l’on voit dans l’écartement des doigts du chamois, et même à ce qu’il paraît à la racine de ceux des rennes.

Mais le plus singulier de ces amas crypteux est celui qui se remarque sur le dos du pécari, ou du représentant du groupe des cochons dans le Nouveau-Monde. Il est situé à la partie postérieure du dos, et forme une masse ovale très-déprimée, composée de petits -corps glanduleux adhérens entre eux, s’ouvrant dans une sorte de bassinet ou de poche ; cette poch communique à l’extérieur par une petite fente de deux à trois lignes de longueur, et qui est cachée par les poils.

Enfin il est de ces amas de cryptes sous-cutanés, qui semblent être en rapport avec la fonction de la génération , puisque l’apparition du fluide qu’ils sécrètent concorde avec le rut de l’animal. Dans l’éléphant c’est une grosse glande dont le canal excréteur se termine par un très-petit orifice temporal. Dans les chameaux, l’amas de cryptes est situé en arrière des oreilles; et il n’y a pas de canal commun.

La partie de l’enveloppe extérieure des animaux mammifères qui offre le plus de différence , est évidemment le poil ; nous allons en faire connaître les principales.

A. Sous le rapport de la structure on peut diviser les poils en deux espèces : dans la première le poil est formé de deux substances physiquement distinctes; l’une extérieure , dure, solide, colorée; l’autre interne, spongieuse, très-peu solide

et blanche. Dans la seconde espèce de poils il n’y a que la substance dure et colorée. ' .

Si dans la première espèce la substance externe est fort mince, proportionnellement avec l’interne, il en'résulte des poils secs, cassans, comme dans presque tous les cerfs et quelques antilopes.

D’autres fois la couche externe est un peu plus considérable, surtout ù la pointe, ce qui produit les piquans des porc -épies du Nouveau-Monde , c’est-à-dire de l’urson (i) et du coendou qui sont beaucoup moins résistans que ceux du porc-épic ordinaire.

Les piquans de celui-ci ont en effet la couche extérieure beaucoup plus épaisse, et dans les plus résistans celte substance envoie dans l’intérieur de l’autre des demi-cloisons disposées en rayons, et indiquées à la surface extérieure du piquant par des stries longitudinales.

Les poils piquans du hérisson sont aussi striés à l’extérieur. Leur écorce est aussi fort épaisse et très-dure; mais la substance spongieuse forme des espèces de cloisons transverses fort serrées.

On trouve aussi dans l’échidné une structure de piquant qui diffère des précédentes : l’écorce est extrêmement épaisse , lisse, très-dure, et la matière médullaire peu considérable est aussi disposée par espèces de rondelles : ce sont évidemment les poils piquans les plus résistans. Ils semblent avoir une espèce de fente à leur extrémité.

Il faut aussi ranger dans cette espèce certains poils creux de la queue des porcs-épics ordinaires, et qui ne sont creux que parce que la substance médullaire est nulle ou du moins fort rare.

Les soies du pécari sont aussi creuses à l’intérieur, et com-

(i) Je n’ai pas vu la disposition singulière en vis barbelée à la pointe > que Sarazin attribue aux piquans de l’urson.

DU LA riiAU

La longueur la grosseur.

Piquans.

Soia ou crii

Laine.

Bourra.

posées de deux substances; ce qui n’a pas lieu dans nos sangliers, dont les soies sont au contraire bifurquées ù l’extrémité.

La seconde espèce de structure de poils se trouve le plus souvent dans les mammifères : ce sont les poils ordinaires qui semblent n’êlre composés que de la substance externe de la précédente , et dont le tissu est homogène, et B. Sous le rapport de la longueur et de la grosseur, les poils varient encore plus ; quand ils sont très-gros, roides, résislans, ce sont des piquans , comme dans les hérissons , les porcs-épics, les coendous, leséchimys, l’échidné, et dans les lamantins au bord des lèvres, où ils font l’oflTice des dénis.

S’ils sont encore assez roides, assez durs, mais longs et flexibles, c’est ce qu’on nomme des soies ou des crins. Exemple , ceux du corps des sangliers , du pécari , de la queue du cheval , du rhinocéros.

Ceux qui sont encore fort longs, mais très-fins, contournés en tout sens et plus ou moins cachés, prennent le nom de laine, comme dans certains ruminans.

El enfin si la finesse de cette dernière modification est pour ainsi dire extrême, les poils forment la tourné proprement dite.

Presque tous les mammifères ont deux sortes de poils, les soies ou poils soyeux qui sont toujours extérieurs, lisses , luisans, comme imbriqués, et les poils laineux ou la bourre, toujours très-fins, très-contournés, et cachés par la première sorte.

Ces deux espèces de poils sont assez bien en opposition dans leur prédominance , et leur développement est en rapport avec la température. Ainsi dans les climats très-chauds les poils sont en général plus rares, et c’est l’espèce lisse qui prédomine au point d’être la seule, au contraire des climats froids où la bourre est de beaucoup plus abon-

'jS

liante. Mais elle n’existe cependant jamais complètement seule (i). Dans les climats qui sont alternativement froids et chauds la bourre tombe à une époque pour repousser <i une autre. Et ces différences sont tellement en connexion avec la température, que la même espèce peut les offrir toutes ; la chèvre en est un exemple.

C. Sous le rapport de la forme, les poils varient encore Dans la forme, beaucoup plus parmi les mammifères ; ainsi ils peuvent être :

1® Coniques, c’est-à-dire plus larges à mesure qu’on se rapproche davantage de la base; la plupart sont ainsi quand ils sont jeunes ;

2° Fusiformes, lorsqu’ils sont plus renflés dans une partie de leur longueur qu’aux deux extrémités; c’est le cas le plus ordinaire ;

3® Tubuleux, lorsque appoinlis à l’extrémité adhérente , ils sont cylindriques et creux dans le reste de leur étendue, comme dans certains poils tronqués de la queue des porcsépics ; mais il est certain qu’ils ne naissent pas ainsi;

4“ Flexueux , quand assez gros, assez coniques ou fusiformes, ils sont fléchis dans différens sens, comme dans les poils de l’élan, du porte-musc, de la plupart des cerfs;

5® Aplatis, lorsqu’ils sont pointus aux deux extrémités , et plus ou moins aplatis et élargis dans le milieu ; c’est ce dont la plupart des véritables rats, et surtout les échimys nous offrent un exemple. Dans ces derniers animaux ils ont une de leur surface comme creusée par une rigole longitudinale, à cause du bourrelet qui en épaissit les bords ;

6® Herbiformes : ils sont alors assez longs, très-aplatis, mous et flexibles , comme dans le paresseux à deux doigts , et môme un peu à la queue de l’bippopotame ;

(i) En effet, dans les moutons domestiques , où l’art a produit le développement le plus grand que nous connaissions de la bourre ou de la laine , il reste toujours un peu de poil qu’on nomme jar.

Dli LA PEAU

Mo nilif ormes , quand ils sont renflés d’espace en espace, comme dans les moustaches de certaines espèces de phoques ;

8“ V ésiculeux : ce sont ceux qui dans une partie de leur étendue présentent des renflemens vésiculeux ; on n’en connaît encore qu’un exemple dans une espèce de rongeur de l’Inde.

D. Sous le rapport du mode et de la direction de leur implantation, les poils offrent encore quelques différences.

L'impiania- L’implantation peut être superficielle ou profonde, et alors les poils tombent ou s’arrachent avec plus ou moins de facilité/ ce qui est en outre en rapport avec la forme de la partie implantée. La plupart des espèces de cerfs sont sous ce point de vue à une extrémité ; en effet leurs poils déjà d’une structure si peu résistante , ne tiennent à la peau que par un pédicule très-court et d’une finesse extrême. Les porcs-épics et surtout les hérissons sont à l’extrémité opposée. Les poils de ces animaux sont implantés profondément sous le derme dans le peaussier sous-jacent. Mais dans les premiers le pédoncule d’insertion est un peu conique et presque sans renflement, tandis que le piquant du hérisson est renflé subitement à son origine en forme de tête de clou , après quoi il forme une sorte de eou très-rétréci. Il en résulte qu’on ne peut arracher ces poils qu’en déchirant la peau , tandis qu’ils tombent très-aisément dans le porc-épic, le coendou.

Les autres mammifères, sous le rapport du mode d’implantation des poils sont intermédiaires aux eerfs et aux hérissons. C’est d’après cette considération que l’on juge de la solidité d’une fourrure. Les hamsters ont le poil très-adhérent ; les écureuils beaucoup moins.

Dans leur répartition à la surface de la peau , les poils peuvent aussi prendre des dispositions différentes : le plus ordinairement cette disposition est en quinconce et plus ou moins irrégulière. Mais dans le porc-épic, les poils se réunissent cinq à cinq, sept à sept, rarement au delà sur la même ligne, et leurs racines prennent ainsi à la face interne de

la peau une sorte de disposition scpiammeuse. Dans le sanglier du Cap , les soies quoique beaucoup plus rares sont aussi rassemblées en séries de cinq.

Quant à la direction de leur implantation, les poils se divisent en :

1“ Rudes ou he'risse's , quand ils sont presque perpendiculaires à la peau ;

2'’ Couchés et lisses, lorsqu’au contraire ils sont tellement

obliques, qu’ils lui sont presque parallèles;

5® Rebroussés ; ce sont ceux qui marchent en sens inverse de la direction du tronc ou même des membres ; on en voit un exemple dans la crinière de plusieurs animaux ruminans , et à l’avant-bras de l’homme et des premières espèces de singes.

4° Enfin les poils sont en épis quand ils sont implantés de manière à s’irradier plus ou moins complètement d’un centre , comme cela se remarque dans les cheveux de l’espèce humaine, de plusieurs singes, et en difFérens endroits du corps des chevaux et de plusieurs animaux ruminans. *

E. Sous le rapport de la quantité, d’où les épithètes di épais, tde rares, que l’on donne aux poils et qui s’entendent d’eux- I mêmes, nous avons déjà fait l’observation que le nombre des f poils est en rapport avec la chaleur du climat, et même avec |l l’âge et le sexe. Aussi sont-ils beaucoup plus nombreux dans les l'différentes espèces et dans la même, suivant qu’elle vit tdans des climats plus froids , et qu’elle est plus complètement .arrivée au summum de son développement. Les individus imûles ont aussi généralement plus de poils que les felimelles.

Ils sont surtout plus nombreux dans les parties du corps Ile plus exposées à l’action des corps extérieurs, et par conséijquent sur le dos et à la face externe des membres. L’espèce diurnaine fait exception du moins pour le tronc ; elle est en •■effet plus velue sur la poitrine et sur le ventre que sur le dos.

La (lirecliou.

La quantité.

La jitar.e d'oij le* noms du

DE LA PEAU

Cheveux.

Sourcils.

Cils.

Favoris.

F, Sotis le rapport de la place qu’ils occupent, les poil* prennent les dilTérens noms de cheveux, de sourcils , de cils, de barbe, de lavoris , de moustaches ou de vibrissœ, de flocons, de crinière, etc.

Les cheveux sont les poils ordinairement fort longs de la peau du crûne proprement dit; il n’en existe de bien marqués que dans l’espèce humaine, et peut-être dans quelques singes.

Les races diverses de l’espèce humaine offrent des différences assez tranchées sous le rapport non-seulement de la quantité, mais encore de l’état lisse, ondulé ou crépu et comme laineux des cheveux.

Le climat a évidemment une action sur le développement et la quantité de celte espèce de poils.

Le sexe semble aussi avoir quelque influencé sur le développement des cheveux; on observe en effet que les femmes les ont plus nombreux et surtout plus longs.

Les sourcils et surtout les cils ont des rapports évidens avec l’appareil de la vision. Les premiers sont composés de poils durs qui forment au-dessus des yeux une bande étroite plus ou moins longue ; c’est ce qui a lieu dans l’espèce humaine seule. Dans les animaux mammifères ce n’est plus qu’un petit bouquet de quelques longs poils, placé au côté interne du rebord orbitaire sur un renflement plus ; ou moins considérable qui s’y remarque. i

Les cils sont des poils également longs qui bordent les ^ paupières; ils sont recourbés en sens inverse, ceux delà y supérieure en haut, ceux de l’inférieure en bas : ceux-ci ^ manquent assez souvent. ;

Les mammifères de l’ordre des édentés aquatiques, et les lamantins n’en ont aucune trace , non plus que de poils distincts en général.

Les Javoris ne semblent autre chose que la continuation de la chevelure qui descend au-devant de l’oreille, et qui va

rejoindre la barbe. L’homme seul en a de véritables , ù moins qu’on ne veuille regarder comme tels les touffes de poils fort longs qui existent en cet endroit chez plusieurs espèces de singes de l’ancien continent ; ou ce qui serait plus dans l’analogie , le petit bouquet de poils posé sur un tubercule arrondi qu’on voit à l’origine de la joue dans plusieurs mammifères, chez les chiens, par exemple.

La harhe est formée par des poils , ou mieux par des crins qui entourent la mâchoire inférieure, et qui se prolongent plus ou moins sous cette mâchoire et quelquefois à la partie antérieure du cou.

Elle n’existe bien marquée que dans l’espèce humaine; mais elle est plus développée dans certaines races que dans d’autres; il semble que son développement suive assez bien la vigueur de ces races. La race caucasique est celle qui a la barbe plus fournie , plus étendue; puis la race tatare , la race malaise, la race caraïbe (i) enfin la race nègre : chez elle elle est crépue, courte comme les cheveux.

Celte modification des poils n’existe pas dans le sexe femelle, ni dans les jeunes individus du sexe mâle.

Dans les autres mammifères on donne le nom de barbe à des poils plus longs, mais de même nature que les autres , qui occupent l’extrémité de la mâchoire inférieure, comme ( dans certaines espèces de singes et plusieurs animaux rumii nans. Il se pourrait que ce nom dût être réservé à un petit f bouquet de soie noire qui se trouve dans quelques espèces un peu eu dehors de la symphyse de la mâchoire.

Les moustaches ne sont que la bande des poils de la barbe qui ornent la lèvre supérieure de l’homme. Cette modification n’existe ainsi disposée que dans l’espèce humaine. Son 1 analogue dans les mammifères me paraît être un petit pinceau

(i) On a cru long-temps que celte race n’avait pas de barbe; mais il est certain qu’elle en aurait si elle ne s’épilait pas.

Barbs.

Moustaches et vibrisscs.

DE LA PEAU

(Je crins que plusieurs espèces ont à la lèvre supérieure, et qui est plus ou moins développé. Ce pinceau est en effet souvent composé d’un grand nombre de poils très-gros, fort longs, peu flexibles, implantés dans le système musculaire sous-dermique, qui occupent surtout rcxlrémilé postérieure et la commissure des lèvres; c’est alors ce qu’on nomme 'vibrissœ. Ces organes sont susceptibles d’être redressés par l’action musculaire, et deviennent presque des organes du loucher actif , tant le nerf qui s’y rend est considérable.

Les singes ont ces vibrisses peu développées. Dans les carnassiers, et surtout dans les espèces nocturnes, comme dans le genre des chats, des phoques, des loutres, elles sont trèsgrandes; elles le sont de même chez la plupart des rongeurs, et surtout dans les écureuils et les véritables rats ; dans les ongulés, pachydermes , brutes et ruminans, elles le sont au contraire en général fort peu.

Chez les lamantins, et probablement chez les dugongs, elles éprouvent une modification singulière dans leur forme et surtout dans leurs usages, en ce qu’elles sont fort grosses, mais très-courtes, résistantes, logées dans le coin de la bouche et dirigées vers elle ; aussi servent-elles d’espèces de dents pour arracher les fucus dont ces animaux se nourrissent. \

On ne désigne pas par des noms particuliers les poils ou crins plus ou moins frisés qu’on remarque sous les aisselles de l’espèce humaine, et qui ne se trouvent que chez elle, non plus que ceux qui entourent plus ou moins complètement les organes de la génération à leur sortie. Il me semble qu’il n’y a guère non plus que l’espèce humaine, l’orangoutang, le chimpanzé et peut-être quelques autres singes qui offrent cette disposition. Un petit nombre d’animaux carnassiers ont cependant quelque chose d’analogue.

Le nom de crinière est donné aux poils allongés et souvent criniformes qui garnissent une partie plus ou moins

Crinière.

DANS LES MAMMIFÈRES. 8l

considérable de la ligne dorsale, et quelquefois la partie antérieure du corps. Ils sont généralement susceptibles d être relevés où hérissés beaucoup plus que les autres par l’action du peaussier.

On voit une crinière dans quelques carnassiers, dans les lions , par exemple , les civettes et les hyènes ; je n’en connais parmi les rongeurs que dans les porcs-épics et dans les agoutis; mais dans les ongulés elle existe plus fréquemment. En efl'et toutes les espèces de chevaux en sont pourvues. Les sangliers, les pécaris, la giralîe, plusieurs espèces d’antilopes*, les buffles , les ovibœufs en ont également une.

'Lt?,Jlocons ou pincectux ioni encore des amas de poils plus ou moins longs qui peuvent se trouver dans différentes parties du corps des mammifères ; c’est ordinairement vers l’extrémité de quelque organe qu’on en observe, comme ù la queue et aux oreilles, à la mSchoire inférieure, à la racine des épaulps , au paturon , au poignet ; dans ce dernier cas on leur donne le nom de manchettes.

Les brosses sont, au contraire , des amas ordinairement peu étendus de poils ou soies, courtes, roides, perpendiculaires à la peau, et qu’on ne trouve guère qu’à la partie externe et supérieure du métatarse de quelques espèces de cerfs et d’antilopes.

Plusieurs rongeurs, et entre autres la marmotte, ont un petit pinceau de longs poils ou de soies porté sur un tubercule à la face Interne et postérieure de l’avant-bras.

Mais c’est surtout sous le rapport de la couleur que les poils varient dans la classe des mammifères, non-seulement dans l’espèce de couleur, mais encore dans leur disposition générale, d’où résulte ce qu’on nomme le pelage.

Les couleurs les plus communes dans les poils des mammifères sont le noir et le blanc, puis le brun dans toutes ses nuances, depuis le brun presque noir jusqu’au fauve clair et presque jaune, ou jusqu’au brun rouge ou roux assez vif;

Flocons, pinceaux.

Brosses.

Des différences dans les couleurs cl dans leurs dispositions.

DE LA PEAU

Du peLigc.

mais le ronge proprement dit, le bleu, le vert et même le jaune pur ne se trouvent pas dans cette classe.

Les poils n’ont pas toujours la même couleur dans toute leur étendue, c’est-à-dire qu’ils peuvent être partagés en bandes alternativement de couleur dilTércnte, c’est ce qu’on nomme des poils annelds : c’est ordinairement le blanc qui lait ainsi l’alternation. La coloration est le plus souvent moindre à la base , et le sommet est cependant aussi souvent blanc ou moins coloré, ce qui produit le glacé du pelage de certains animaux. Le glacé est de blanc lorsque les poils se terminent j)ar une couleur plus claire que le reste, comme dans certains renards, de brun ou de noir, dans le cas contraire , comme dans le putois, etc.

De la disposition des couleurs de chaque poil, résulte le pelage qui est assez fixe pour chaque groupe naturel.

Il y a d’abord toujours symétrie parfaite dans la disposition générale des couleurs, du moins chez les animaux à l’état libre ou sauvage, c’est-à-dire qu’un côté est parfaitement semblable à l’autre.

Il paraît cependant que dans les espèces dont la coloration passe du noir au brun foncé, au blanc, on trouve souvent de grandes plaques foncées non symétriques. Certaines espèces de phoque et d’ours sont dans ce cas.

La coloration supérieure est toujours plus grande aux extrémités du tronc, comme sur la tête , le museau et la queue, de même qu’à celle des appendices.

La coloration inférieure, quand elle est blanche, est également plus pure, plus vive aux extrémités des parties inférieures; c’est-à-dire vers la gorge et dans la région inguinale. C’est cette partie de la couleur plus claire de la face ventrale qui, en remontant jusqu’à la racine de la queue, s’élargissant quelquefois jusqu’aux ischions , forme la grande plaque du })odex caractéristique des espèces de cerfs.

Les parties supérieures de l’animal , depuis une extrémité

jusqu’à rantrc, sont ordinairement plus colorées que les inférieures; mais quelquefois il y a une dégradation insensible des unes aux autres, tandis que souvent la différence est tranchée, et alors les inférieures sont blanches.

Les mêmes observations peuvent se faire pour les membres, en comparant le côté externe à l’interne.

Il arrive rarement que les parties inférieures soient au contraire plus colorées que les supérieures. On en voit cependant un exemple dans le blaireau, le hamster et dans les chinches; ceux-ci offrent surtout cette singularité d’avoir le blanc pur en dessus. Le tapir de Sumatra est à peu près dans le même cas.

Les différences de couleur peuvent être rangées sous quelques titres généraux.

La couleur est uniforme quand elle est d’une seule teinte qui s’éclaircit seulement des parties supérieures aux inférieures.

La couleur est piquetée quand elle forme réellement encore une teinte générale uniforme, mais comme piquetée de jaunâtre ou de blanc par la couleur annclée des poils, comme dans tout le groupe des callitriches , dans tous les ichneumons et dans un grand nombre d’écureuils. Elle est glacée de noir ou de blanc , quand la terminaison du poil est d’une autre couleur que le reste.

Enfin la couleur du pelage est variée quand il est coloré par grandes plaques, ou que sur un fond d’une couleur il y a des taches ou des bandes verticales ou horizontales.

L’âge a une influence manifeste sur la coloration du poil des mammifères; en général les teintes d’abord plus claires deviennent plus vives à mesure que l’animal approche davantage du summum de sa vigueur, pour décroître ensuite et pour passer souvent au blanc que l’on peut nommer sénile.

Il apporte aussi des différences dans l’ensemble descouleui s ou du pelage; dans ce cas l’animal naît avec une disposition

Dos difrérens syslénies de coloraUou.

Uniforme.

Piquetée.

Variée.

Des dillérenccî de couleurs délerininécs par l’âge.

DE LA PE Al)

Le clinial.

La riinille.

qu’il perdra; c’est ce qu’on nomme une livrée ^ comme nous en voyons dans le tapir et plusieurs espèces de cerfs et môme dans le lion.

Le climat exerce surtout une grande action sur la coloration du poil des animaux : les plus vivement colorés en toute autre couleur qu’en blanc appartiennent évidemment aux climats chauds.

Les espèces constamment toutes blanches ne se trouvent que dans les climats froids. Quant aux autres couleurs qui peuvent se rencontrer dans les climats où il ne règne pas constamment un froid extrême, le poil blanchit plus ou moins, en commençant par l’extrémité, à mesure que la température s’abaisse , comme on en voit des exemples dans le renne, l’élan, l’ours commun, le renard, la belette, l’hermine, les lièvres, etc., et il est brun plus ou moins foncé, ou fauve quand il vient de paraître ; ainsi cette espèce d’albinisme a quelque analogie avec celui des animaux ûgés.

Ces considérations nous permettront par la suite d’expliquer cet albinisme et le mélanisme qui lui est opposé, et dont presque toutes les espèces de mammifères sont susceptibles. £n effet, l’un est le produit d’un ensemble de causes débilitantes, au contraire de l’autre; aussi le premier est-il commun dans les climats froids, et l’autre dans les climats chauds.

Enfin on trouve que chaque famille affecte une coloration particulière.

Les véritables singes n’ont jamais que la couleur uniforme proprement dite, la couleur uniforme piquetée, comme tout le groupe des calUtriches , et la coloration variée par plaques j ce qui est beaucoup plus rare.

Les makis sont tout-à-fait dans le même cas : la coloration variée est cependant plus commune.

Les carnassiers ont assez rarement la couleur uniforme proprement dite, plus souvent la couleur uniforme piquetée ,

et surtout la couleur par taches ou par bandes plus foncées sur un fond clair.

Les édentés ont presque toujours la couleur uniforme.

Les rongeurs n’offrent le plus souvent que la coloration uniforme, quelquefois la coloration piquetée, comme dans un certain nombre d’écureuils, très-rarement lu coloration variée par plaques, et presque jamais celle par taches ou par bandes; mais dans ce cas les bandes sont claires sur un fond plus foncé.

' Les animaux ongulés offrent toutes les sortes de coloration.

Les pachydermes ont presque toujours une coloration uniforme, grise ou noirâtre : on trouve cependant une espèce de tapir de Sumatra qui a une grande plaque blanche sur le tronc proprement dit, le reste étant d’un brun marron.

Les solipèdes ont aussi le plus ordinairement une couleur uniforme; mais quelquefois aussi la coloration par bandes plus claires que le fond.

Quant aux ruminans , c’est encore la coloration uniforme qui est la plus commune; mais on y trouve aussi toutes les autres espèces, et même un exemple de taches plus foncées que le fond dans la giraffe : c’est le seul exemple de ce pelage dans les animaux herbivores.

La coloration des didelphes n’offre rien qui leur soit propre; les espèces carnassières ont quelquefois des taches blanches sur un fond plus foncé. Les rongeurs ont presque

toujours la coloration uniforme ou piquetée ; quant aux édentés , leur pelage est toujours de couleur uniforme.

Le dernier rapport sous lequel les poils varient chez les mammifères, est celui de leur simplicité ou de leur composition.

Ils sont simples , comme dans le très-grand nombre de cas , lorsqu’un seul bulbe donne naissance à une seule partie cornée qui est toujours libre;

Des diHërences clans la coinpositiündes poils.

DE LA PEAU

Ils sont composes quand, au contraire, une série plus ou moins considérable de bulbes, disposés d^une manière variable , produisent autant de parties cornées qui se réunissent , s’agglutinent pour faire un tout d’une forme et d’un usage différens.

De? cornjs Lorsquc les bulbes serrés les uns contre les autres dans un

pleines.

espace circonscrit, produisent des poils qui s’agglutinent en une masse plus ou moins considérable et conique, parce que les poils poussent d’autant moins , ou sont d’autant plus courts qu’ils se rapprochent davantage de la circonférence; il en résulte ce qu’on nomme une corne pleine, comme on en voit une et quelquefois deux sur le chanfrein du rhinocéros. Cette corne, dont la forme est cependant un peu variable, se réduit en effet par la macération en un très-grand nombre de poils.

Des cornes Si au Contraire ces bulbes ne forment qu’un petit nombre

creuses. ^ a

d’anneaux autour de la base d’une saillie osseuse végétante sur le front, et que les poils qui en proviennent se réunissent sur les côtés, il se produira un cône creux : que cette réunion de poils quitte les bulbes chaque année, comme les autres poils, et qu’il s’en produise une nouvelle qui s’emboîte dans la première et ainsi successivement à mesure que la saillie osseuse poussera et même au delà ; il en résultera une corne creuse ou une véritable corne, comme il en existe dans tous les ruminans cérophores, mais sous des formes et dans des directions extrêmement variables, suivant celles de l’axe osseux.

L’âge aura donc une influence évidente sur la grandeur de ces cornes; le sexe en a une au moins aussi évidente et de la même sorte; mais le climat ne paraît pas déterminer de différences dans la forme ni dans l’étendue de leur développement, chez aucune espèce qui en soit pourvue.

Il est probable qu’il faut faire la même observation sur l’espèce de corne ou d’ergot qui revêt un prolongement os-

seiix du larse de rornilhorlnquc, et qui appardenl bien évidemment au genre d’organes dont nous parlons ; mais ce qu’il y a de plus remarquable c’est que cet ergot est percé vers son extrémité par un orifice étroit , ovalaire qui correspond à un orifice semblable de l’os qu’il recouvre.

En disposant maintenant les bulbes formateurs non plus Dcsécaüics. en anneau, mais suivant une seule ligne peu courbée, ou qui se courbe de plus en plus de manière ce que ses deux extrémités se rapprochent et même se touchent ; alors les poils de ces bulbes en se soudant produiront des cônes très-aplatis, dont l’emboîtement successif formera des ongles ou bien des espèces d’écailles, comme cela se voit sur toutes les parties du derme des pangolins. Ces écailles, qui diffèrent beaucoup de ce qu’on nomme ainsi dans les poissons, comme nous le verrons plus loin, sont en effet un peu creuses à la base, où elles sont remplies par un pincement du derme, et tranchantes t\ leur partie libre, qui s’imbrique d’avant en arrière.

Ces fausses écailles sont dans le cas des cornes, elles croissent avec l’âge et ne tombent jamais.

Les ongles sont formés presque de même, c’est-à-dire Dus «nsios en

{5Ôiici'al.

qu’une surface plus ou moins considérable de la peau qui termine les doigts en recouvrant l’os que nous connaîtrons sous le nom de phalange onguéale , produit des rangées de poils qui se soudent et s’imbriquent les unes les autres; une partie reste adhérente à la peau et est fixe; l’autre se prolonge au delà, et tend toujours plus ou moins à se recourber en une sorte de ci’ochel. 11 se forme ainsi une espèce de large écaille si les bulbes n’occupaient que la partie antérieure de la phalange, ou un étui plus ou moins complet s’ils occupaient au contraire une plus ou moins grande portion de sa circonférence. C’est sur celte différence qu’est établie la distinction des ongles proprement dits , des griffes et des sabots, entre lesquels il faut ccpendanl avouer qu’il existe des nuances presque insensibles. En général la forme des

DifTérences des oncles suivant la forme «Je la phalange , ou Ongle proprement ilil.

GriHc.

Sabot.

ongles dépend beaucoup de celle du dernier os des doigts ou de la phalange onguéale, comme nous le verrons. On nomme couronne y le bord supérieur ou la racine de l’ongle; muraille, toute sa partie adhérente; pince , son bord libre, et surtout dans sa partie la plus longue; talons, les angles postérieurs formés par la réunion de la couronne et du bord inférieur; sole , toute la partie antérieure de la surface inférieure fourchette , sa partie postérieure; ces deux dernières parties ne se trouvent guère que dans l’espèce d’ongle qu’on appelle sabot. L’une a reçu le nom de sole, parce que c’est sur elle que l’animal appuie sur le sol, et l’autre fourchette , à cause de sa forme en V dont chaque pointe de l’ouverture appuie sur l’extrémité jjostérieure de la muraille ou en dedans des talons; nous avons vu plus haut que c’est l’analogue de la callosité digitale..

Les ongles proprement dits n’occupent que la face antérieure de la phalange, et sont plus ou moins aplatis; leur partie non adhérente tend à se recourber et à former une sorte de pointe, quand elle n’est pas détruite à mesure qu’elle est produite.

Les griffes sont des ongles qui occupent non-seulement la partie antérieure de la phalange, mais encore une plus ou moins grande étendue de ses côtés ; et comme elle est alors fort comprimée, il en résulte que dans la partie libre de l’ongle les deux côtés se rapprochent beaucoup, et forment ainsi une sorte de lame de corne plus ou moins recourbée et plus ou moins tranchante, terminée par une pince en crochet.

Le^aiotestune espèce d’ongle dans laquelle les poils composans naissent de toutes les parties du derme qui enveloppe la phalange onguéale, c’est-à-dire non-seulement de sa circonférence, mais encore de sa face inférieure ou terminale , en sorte que l’extrémité du doigt y est enfoncée comme notre pied dans la chaussure que nous appelons un sabot ;

€l que l’animal clans la marche appuie sur l’ongle lui-même.

La dislinction des animaux mammifères en onguiculés et en ongulés est établie sur la considération de la forme des ongles comme nous le verrons en zoologie.

On ne trouve de véritables ongles que dans l’homme et les quadrumanes; encore dans les dernières espèces de ce groupe commencent-ils à beaucoup ressembler à des griffes en prenant une forme comprimée, pointue et un peu recourbée dans leur portion libre.

La très-grande partie des carnassiers et même des rongeurs ont des griffes, comme nous les avons définies; mais c’est surtout dans le genre des chats et dans celui des écureuils que les ongles en ont le plus tous les caractères, et cependant pour des .usages assez dilférens.

Dans les derniers rongeurs on commence à voir des ongles qui ont un peu la forme de sabots; cette forme devient de plus eu plus évidente dans les animaux véritablement ongulés, à mesure que le nombre des doigts devient plus petit. Ainsi c’est le cheval qui offre le type le plus complet du sabot j aussi est-ce sur cet animal que l’on a désigné par des noms diûerens les différentes parties de l’ongle, telles que nous les avons indiquées plus haut.

D’après ce qui vient d’être dit sur la forme générale des ongles, on voit que le passage des ongles proprement dits aux griffes et aux sabots, suit assez bien la dégradation classique; mais nous verrons <ju’elle se trouve encore mieux concorder avec le mode de station et de locomotion.

L’usage que fait l’animal de ses ongles a aussi une influence manifeste sur leur forme; ils sont aigus, tranchans, recourbés dans les espèces qui arrêtent leur proie ou qui grimpent aux arbres avec ces organes, ou qui s’en servent pour s’accrocher, comme les chauve-souris aux pieds de derrière. Ils sont plus obtus, plus larges, plus épais dans celles qui s’en servent à fouir, et surtout pour chercher leur

Suivant la l'a mille.

L’usage.

DE LA PEAU

Lo séjour.

L’àgc.

Diderrnces

anomales.

nouiTilure dans la terre, coinine les taupes et genres voisins , la plupart des édentés terrestres , comme les tatous, les pangolins, les oryctcropes, et enfin les espèces de rongeurs terriers. Ce sont alors de petits sabots.

Le milieu dans lequel l’animal doit vivre a aussi une influence sur la forme et le développement des ongles. En général plus l’espèce est, pour ainsi dire, terrestre, et plus les ongles sont forts ; celles au contraire qui parcourent et voltigent dans les airs, comme les chauve-souris, ont le plus souvent quatre doigts de la main entièrement dépourvus d’ongles. Enfin dans les espèces aquatiques ces organes semblent diminuer de plus en plus à mesure qu’elles peuvent moins quitter le sein des eaux ; ainsi les loutres et les phoques ont encore des ongles à tous les doigts, quoique souvent assez peu développés, comme dans les phoques à oreilles ; les lamantins et les dugongs n’en ont plus que d’assez petits; mais les véritables cétacés en manquent tout-à-fait.

L,’âge modifie aussi non-seulement la dureté, ce que l’on conçoit aisément, mais encore la forme des ongles. Dans les chats, par exemple, à l’état de fœtus la pointe de l’ongle est , pour ainsi dire , émoussée par une singulière substance blanche, molle, qui en occupe tout le bord inférieur , mais qui n’appartient pas absolument à l’ongle. Dans les solipèdes au contraire , le fœtus encore dans le sein de sa mère a ses sabots avec la forme d’ongle, c’est-à-dire terminés par une pointe obtuse et un peu recourbée; c’est par l’usage qu’elle s’aplatit.

Enfin les ongles des mammifères offrent encore quelques différences anomales, qui ne peuvent être rapportées à une cause plus ou moins évidente.

C’est' dans cette catégorie que nous rangeons la singularité que présentent l’orang-outang et surtout les véritables didelphes de n’avoir point d’ongle au pouce des extrémités postérieures.

L’éléphant en a aussi moins que de doigts, et ceux qui existent ne correspondent pas toujours aux doigts auxquels ils appartiennent. Ce caractère ne se trouve que dans cet animal. Les lamantins en ont cependant aussi moins que de doigts ; les deux externes en manquent.

Souvent les ongles ne se ressemblent pas dans les deux extrémités. Ce sont en général ceux des membres antérieurs qui sont plus fins, plus aigus, plus crochus, ou au contraire plus robustes, plus larges, suivant que l’animal doit s’en servir à retenir , à déchirer sa proie , ou à fouiller dans la terre.

Dans les espèces qui se servent de leurs ongles pour grimper, ils sont à peu près semblables en avant et en arrière. Les écureuils , les galéopithèques sont dans ce cas.

Mais dans les chauve - souris ce sont au contraire les ongles des membres postérieurs qui sont les plus aigus, Iranchans et recourbés , ceux des doigts de devant étant le plus souvent nuis.

Enfin il est possible que les ongles soient dissemblables dans la même extrémité ; ainsi dans la famille des makis l’ongle du doigt indicateur et quelquefois celui du doigt suivant des membres postérieurs diffèrent beaucoup pour la forme de ceux des autres doigts ; ils sont allongé^ , droits, pointus, ce qu’on nomme subulds.

Le daman offre aussi au doigt interne des pieds de derrière un ongle très-différent de ceux des autres doigts. Il est en effet long, subcylindrique, obtus et fortement recourbé, tandis que les autres sont très-petits et n’occupent presque que la face dorsale du doigt.

Dans le castor et dans un blaireau de l’Amérique méridionale, l’ongle du second doigt du pied de derrière est double, ou mieux bifurqué horizontalement.

En général l’ongle du pouce est plus largo , plus plat que celui des autres doigts dans les quadrumanes , par exemph;, et dans beaucoup de rongeurs.

DI- LA Pli A U

On voil clans plusieurs espèces de mammifères de la famille des taupes et de celle des rongeurs terriers que tous les ongles des menabres antérieurs ne se ressemblent pas ; il n’y en a quelquefois que deux ou que trois qui soient modiliés et propres à fouir. Dans le lemming les deux externes ' sont beaucoup plus forts; celui de l’indicateur est en alêne, et celui du pouce est terminé par deux pointes. Les chrysocblores sont presque dans le même cas.

Les kanguroos présentent une anomalie encore plus considérable, en ce que des quatre doigts des membres postérieurs les ongles des deux doigts internes sont excessivement petits comparés aux deux autres, ce qui se trouve en rapport -, avec la disproportion des doigts eux-mêmes.

Nous ne parlerons pas des autres différences de forme qu’affectent les ongles des mammifères ; elles appartiennent ,, à la zoologie.

Des (iifiërences Pour terminer l’examen des différences que présente l’en- .

dans les parties * *•

du peaussier, vcloppe cutanée dans les mammifères, il ne nous reste plus qu’à parler de la couche musculaire ou du peaussier.

Nous avons vu plus haut que nous comprenons sous ce nom 1” les faisceaux musculaires qui appartiennent à la peau ; considérée d’une manière générale, et non pas ceux qui ap- . prochent d’un appareil de sens spécial ; 2° les petits muscles qui peuvent mouvoir les poils.

Dans tous les mammifères qui ont la peau plus ou moins mobile sur la tête, le muscle occipito-nasal existe plus ou moins développé. Il est probable qu’il l’est davantage et qu’il se prolonge plus en arrière dans les espèces qui ont une crinière ; mais c’est ce dont je ne suis pas absolument certain.

Ses connexions ou mieux sa réunion avec les muscles des oreilles et même avec l’orbiculaire des yeux sont plus évidentes dans les animaux dont la physionomie est plus mobile.

Dans l’homme il est subdivisé en deux portions charnues.

Tune occipitale et l’autre IVontale, par une large partie fibreuse intermédiaire.

Dans les singes et les makis il est beaucoup plus mince, plus effacé que dans l’homme. Tjson dit même positivement qu’il n’existe pas dans le chimpanzé.

Dans les carnassiers et les rongeurs il me paraît n’exister que comme servant aux mouvemens des oreilles.

Il en est de même dans les animaux à sabots : c’est dans le bœuf qu’il est beaucoup plus évident.

La partie inférieure du peaussier céphalique ou le thoracofacial est en général plus développée que la supérieure.

Son développement se trouve assez bien en rapport avec la mobilité de la peau de la face. Dans quelques espèces il paraît aussi qu’il a quelque action sur le mouvement du bras agissant comme organe de natation ou de vol; et alors le thoraco-facial se porte fortement en arrière; mais d’autres fois il ne commence que vers l’attache du cou.

Dans l’espèce humaine ce muscle est foible , ne dépasse . guère en arrière la clavicule, atteint à peine la ligne latérale et dépasse peu le bord de la mâchoire inférieure.

Mais dans les quadrumanes et surtout dans les singes très- ^ grimaciers, comme les magots, les macaques, les mandrills, le thoraco-facial embrasse toute la partie antérieure de la poitrine, en dessus comme en dessous, par consé- . quent en enveloppant le moignon de l’épaule; arrivées vers la i tête ses fibres s’écartent : les supérieures se continuent avec ' l’occipital , tandis que les latérales et les inférieures passent à la face , et vont jusqu’à l’orbiculaire des paupières.

Dans les carnassiers ce muscle est en général déjà moins étendu ; il offre cependant à peu près la même disposition, i Dans les taupes il est considérable et vient de l’aponévrose de : l’avant-bras.

Dans le thoracofacial.

Il est assez peu développé dans les rongeurs. Il me l’a ■•paru davantage dans la marmotte et dans les écureuils que

Dans le thoracique.

dans les autres csp^jccs. Dans la marmolle surtout il enveloppe tout le cou, en dessus presque comme en dessous, et vers le moignon de l’épaule il s’en échappe un petit faisceau qui va jusqu’à l’avant-bras. Ce peaussier recouvre un muscle qui , de l’extrémité de l’apophyse acromion se porte à la commissure des lèvres , et que quelques auteurs ont regardé à tort comme appartenant au panicule charnu.

Les animaux ongulés n’offrent presque plus que des rudiraens du thoraco-facial proprement dit; et il se prolonge assez peu en arrière pour dépassera peine l’attache du cou à la tête. Il n’existe pas dans l’éléphant.

Dans le cheval son origine est à la partie externe de l’encolure vers la racine de la langue, et sa terminaison à l’angle des lèvres ; quelques fibres viennent de l’arcade zygomatique.

Le cochon offre à peu près la même disposition.

Dans les ruminans- les deux parties de ce muscle facial sont plus séparées.

La portion du peaussier que nous avons désignée sous le nom de thoracique ne varie pas moins que l’autre : son développement est en général en rapport non-seulement avec la mobilité de la peau, mais encore avec certains modes de locomotion.

Il n’existe aucune trace des trois parties qui la composent dans l’espèce humaine.

On commence à apercevoir le peaussier latéral ou l’huméro-dermiendanslessinges (i)etdans les makis ; maisil estpeu considérable. Il vient des parties latérales et supérieures du dos, et se fixe avec le tendon du grand pectoral à l’os du bras.

(i) Il SC pourrait cependant qu’il n’existât pas encore dans le ehira-* panzé , ni dans l’orang-outang. En elFet , Tyson n’en fait nulle inention|i dans le premier, et je ne me rappelle pas de l’avoir vu dans le seconde»

Lescarnassiers ont deux portions dans le peaussier latéral : rhuméro-dermien proprement dit, comme dans les quadrumanes 5 et celle qui de l’aponévrose du grand droit de l’abdomen va, comme la précédente , se réunir à l’aponévrose d’insertion du grand pectoral. Mais l’huméro-dermien est toujours beaucoup plus étendu que dans les quadrumanes ; en outre par son bord inférieur il fournit une bande qui se porte vers les organes de la génération, et qui devient le muscle rétracteur du prépuce dans les individus mSles.

On trouve aussi dans ce groupe une partie scapulaire plus ou moins distincte. *

Dans le coati la portion latérale naît en arrière vers la crête de l’os des îles.

Dans l’ours elle est moins étendue.

Dans le blaireau le muscle huméro-dermien est composé de deux larges bandes, occupant chaque partie latérale du troue, depuis la ligne médiane supérieure jusqu’au bord inférieur du grand oblique, et qui s’étendent de l’aponévrose du fascia lata en arrière jusqu’à l’os du bras.

En dessous il s’en détache une bande qui va àu prépuce dont elle forme le muscle rétracteur.

Les carnassiers vermiformes, les fouines, belettes, etc. , ont ce même peaussier latéral fort prolongé en arrière.

11 1 ’est un peu moins dans les chats, le tigre, le lion, etc.

Le chien l’a encore moins prolongé en arrière ; mais il offre toujours la même disposition, la bande du prépuce et la portion scapulaire.

Les carnassiers insectivores ont en général le peaussier latéral assez développé.

Dans les taupes il ne s’étend cependant pas beaucoup en arrière. Il occupe les flancs, et se termine à l’aponévrose anti-brachiale, plutôt qu’à l’humérus.

Dans le desman la portion brachio-abdominale paraît considérable. Elle naît dans l’aisselle, et se porte en s’irradiant

g6 r^A PEAÜ

sons la poitrine, le long des flancs, et surtout sur le dos où elle est fort épaisse. Il existe aussi une partie de peaussier vers le pubis.

Les édentés l’ont egalement assez épais ; il existe même dans les cétacés; ses fibres obliques et courtes occupent toute la longueur des flancs; mais ce n’est qu’à l’épaule qu’elles convergent vers la face externe du bras.

Dans l’ordre des rongeurs on trouve encore la même disposition du peaussier latéral, en ce qu’il prend son point fixe à l’humérus ; mais en outre il arrive souvent qu’il en prenne un autre aux premières vertèbres de la queue. On ne trouve plus chez eux la bande du prépuce.

Dans les écureuils ordinaires il est assez grand ainsi que dans les loirs ; et il s’attache en avant à la tubérosité externe de l’humérus avec le grand pectoral.

Il est beaucoup plus considérable dans la marmotte, dont il enveloppe presque tout le tronc ; mais du reste il n’a pas encore de point fixe à la queue, quoiqu’il commence vers son origine et à la face externe de la cuisse.

Dans le rat il couvre tout le dos, commençant en arrière par un faisceau d’insertion à la seconde et à la troisième vertèbre coccygiennes. Ses fibres naissent successivement delà ligne dorsale jusqu’au bord antérieur de l’omoplate, convergent vers l’aisselle, et se terminent en dedans delà ligne d’insertion du grand pectoral. Il faut même remarquer que les fibres antérieures de ce muscle passent d’un côté à l’autre. Dans cet animal on trouve aussi un petit faisceau inférieur abdominal qui se confond à sa terminaison avec le grand pectoral.

Dans le castor il y a également unepetite partie du peaussier latéral qui va au tendon du grand pectoral.

Dans le porc-épic ce muscle est extrêmement étendu en même temps que fort épais. Il naît en arrière, en dessous de la face externe de la cuisse et môme de la jambe, en dessus

DANS LES mammifères.

des apophyses épineuses et transverses des trois ou quatre vertèbres de la queue qui suivent la seconde. Il forme ainsi un plan musculaire beaucoup plus épais supérieurement ; parvenu vers le bras, il se réunit avec la portion abdominale ou inférieure venant de la poitrine, recouvre toute la partie postérieure de l’épaule, et se termine à la crête de l’omoplate. Ainsi il n’y a pas de portion terminale à l’os du bras.

Dans les lièvres et les lapins le pannicule charnu est beaucoup plus mince et surtout beaucoup moins étendu en arrière. II se fixe par un tendon fort aplati , distinct de celui du grand pectoral, à l’os du bras.

Les cochons d’Inde et les différentes espèces de la famille à laquelle ils appartiennent, offrent une disposition fort analogue à ce qui a lieu dans la famille précédente.

L’éléphant a son peaussier latéral assez large et assez épais; il offre déjà le caractère commun aux animaux ongulés de ne pas se fixer à l’os du bras; en effet, provenu de la face externe de la cuisse et même du genou, il occupe les flancs, le dessous du ventre , et se termine vers la partie postérieure du sternum et les cartilages des côtes.

Dans la famille des solipèdes les fibres presque parallèles et horizontales du peaussier latéral naissent en arrière du tissu cellulaire qui recouvre la face externe de la cuisse, de celui qui occupe la ligne dorsale, et même un peu de la partie postérieure et inférieure de la poitrine, pour se terminer à la face externe du bras.

Une autre portion tout-à-fait scapulaire naît de la face externe de l’omoplate, et se termine vers le' pli du bras, à la tubérosité externe. Ses fibres sont presque verticales.

Dans le pécari le grand peaussièr latéral paraît assez peu étendu. Il naît en arrière de la croupe, et passe un peu sous la glande dorsale.

Dans les cochons la disposition du pannicule charnu est semblable à ce qui a lieu dans les solipèdes.

I)!î l.,l PEAi;

Des différences cln peaussier suivant ses usages.

Pour la reptation .

Enliii dans les animaux ruminans le peaussier latéral naît aussi de toute l’aponévrose de la cuisse, et même de celle de la jambe par des fibres dirigées obliquement, puis de toute la série des apophyses épineuses des vertèbres du dos et en dessous de la ligne médiane inférieure. De ces différens points les fibres se dirigent, les postérieures, d’arrière en avant, les antérieures un peu scapulaires, d’avant en arrière, recouvrent le grand dorsal et se terminent à toute la ligne externe de l’épaule et du bras.

Une autre portion antérieure vient de la partie postérieure de la poitrine, et se porte transversalement pour s’attacher à la partie interne du coude et de l’aponévrose anti-brachiale.

Dans les didelphes, la disposition générale du gastro-thoracique n’offre rien de bien remarquable , si ce n’est qu’il contribue quelquefois par sa portion inguinale à la formation de la poche qui renferme les mamelles, et dont nous parlerons en traitant de celles-ci. II est généralement très-développé, surtout’ dans les kanguroos, où il enveloppe presque tout le tronc. Il se fixe du reste constamment à l’humérus avec le tendon du grand pectoral.

D’après ce que nous venons de dire sur le peaussier considéré d’une manière générale dans la série des mammifères , on a pu voir qu’il offre un développement qui semble assez en rapport avec la dégradation, ou mieux peut-être avec l’espèce de station ; mais il est d’autres différences qui tiennent au mode de locomotion, et surtout à ce que la peau a été convertie en un organe essentiellement défensif.

Nous rattachons au mode de locomotion par une sorte de reptation du tronc, le développement du peaussier dans les carnassiers vermiformes, comme les belettes, fouines, putois , etc. Mais il devient encore plus considérable dans les loutres , et surtout dans les phoques qui , à cause de la grande brièveté de leurs pâtes, se servent beaucoup du tronc luimême dans leur locomotion sur la terre.

Dans la loutre le muscle peaussier céphalique enveloppe dans son origine postérieure la moitié antérieure de la poitrine en dessus comme en dessous, tout le cou, et se termine en s’épanouissant tout autour de la tête et de la face.

Dans le phoque ce muscle est encore plus épais, plus étendu en arriére , et dans son élargissement antérieur il enveloppe la tête de manière à passer sur le canal auditif externe ; il ne se termine en dessus qu’au muscle orbiculaire des paupières , et en dessous il se confond avec les muscles de la face.

Quanta la partie gastro-thoracique, la loutre n’offre sous ce rapport qu’un développement plus grand de ce qui a lieu dans les autres carnassiers vermiformes ; et en effet le peaussier latéral né de la face externe de la cuisse, de toutes les parties latérales du tronc, se termine à la face externe du bras, tandis qu’une autre partie va se réunir à une portion du grand pectoral.

Mais dans le phoque non-seulement ce muscle est beaucoup plus épais; mais encore par sa disposition il empêtre les membres abdominaux. Son attache postérieure se fait nonseulement à toute la face externe de la cuisse et d’une partie de la jambe , mais encore à quelques vertèbres de la queue ; il forme du reste une large bande qui va se terminer à l’os du bras. Une autre partie se porte du thorax à l’aponévrose anti-brachiale.

Les espèces de mammifères qui peuvent se soutenir ou même voler dans les airs au moyen de larges expansions de la peau, offrent aussi quelques différences dans le peaussier, mais qui ne sont toujours que des modifications du type principal.

Les écureuils ordinaires ont déjà un pincement latéral de la peau entre les membres : aussi voit-on que ce pincement est rempli par un petit faisceau du peaussier latéral.

Dans le polatouche le repli de la peau étant beaucoup plus large , la portion du peaussier qui sc loge entre les deux

Pour le vol

DE LA PEAO

lames du derme est plus grande; mais c’est surtout dans le taguan, très-grande espèce d’écureuil volant de l’archipel Indien, que Ja modification est arrivée à son summum.

Comme dans ces animaux il y a un repli anguleux de la peau entre la tête et le bras, le peaussier céphalique a fourni un faisceau qui , né des côtés de la face, suit le long du cou en se logeant dans l’expansion cutanée, et va se terminer par un tendon très-fin au poignet.

Le muscle gastro-thoracique est divisé en trois portions : Tune qui de l’aisselle et probablement de l’os du bras, se répand en rayonnant dans la duplicature de la peau étendue entre les deux membres ; c’est là notre huméro- dermien. Une autre occupe le bord même de cette expansion ; elle forme une bandelette étendue depuis un os du poignet en forme d’éperon jusqu’à la base de l’os moyen du pied, où elle se termine par un tendon très-court.

Enfin comme il existe encore un pli de la peau entre la queue, la cuisse et la jambe, il contient un autre petit muscle peaussier qui est attaché d’une part à la troisième vertèbre de la queue et de l’autre à l’os du talon.

Les galéopilhèques doivent offrir quelque chose de semblable à ce qui existe dans les écureuils volans ; mais c’est ce que nous ne pouvons pas assurer.

Il en est de même des phalangers dans la sous-classe des didelphes.

Quant aux chéiroptères proprement dits ôu aux chauvesouris, quoique la locomotion aérienne soit bien plus parfaite chez eux que dans les animaux dont nous venons de parler; cependant comme c’est essentiellement au moyen de la modification des doigts qu’elle a lieu, le peaussier n’offre pas d’anomalies aussi importantes que dans les écureuils volans. Le peaussier thoraco-facial est peu considérable : quelques fibres latérales s’en échappent de la base de l’oreille pour former un petit muscle inter-brachial. Quant à la por-

tion gastro -thoracique , elle me semble peu développée : je ne voudrais pas même assurer qu’elle prît son point d’appui à l’os du bras.

Il nous reste maintenant à parler des modifications du pouriaddfen»*. peaussier déterminées par la disposition de la peau à devenir un appareil défensif.

Nous avons déjà vu que le porc-épic offre non-seulement une grande épaisseur du musclé gastro-thoracique , et surtout de sn partie latérale, et qu’il prend un point fixe aux vertèbres de la. queue ; mais cela se trouve aussi dans le rat : en sorte que le porc-épic n’offre réellement pas d’anomalie même apparente. Il est plus que probable que les échimys ou rats épineux sont dans le même cas, ainsi que les coendous et peut-être les échidnés..

Les tatous, les pangolins de l’ordre des édentés terrestres doivent aussi offrir quelques modifications dans le peaussier; mais elles ne peuvent être bien importantes, ces animaux ne pouvant pas se mettre complètement à l’abri des circonstances défavorables.

C’est le hérisson qui de tous les mammifères jouit de cette faculté au plus haut degré : c’est donc lui qui doit offrir le peaussier le plus compliqué ; il est cependtfnt possible d’en rapporter les différentes parties à celles qui se trouvent dans les autres mammifères.

C’est la portion scapulaire ou dorsale du peaussier gastrothoracique qui a acquis le plus grand développement. Elle forme en effet dans l’état de repos un large disque musculaire ovale, composé de fibres circulaires, plus nombreuses sur les bords qu’au milieu , et qui occupe tout le dos de l’animal depuis la racine du cou jusqu’à celle de la queue : c’est ce muscle qui correspond à la partie de la peau la mieux armée d’aiguillons. Par la disposition circulaire de ses fibres il pourra former une sorte de bourse ; mais il faut pour cela que scs bords aient dépassé tout autour le corps de l’ani-

DE EA PEAU

Dps piuscles 'ctuij poils.

mal : c’csl cc que produisent les autres parties du peaussier.

D’abord en avant, le peaussier céphalique supérieur en connexion intime avec le peaussier du tronc par le grand avancement de celui-ci , forme trois paires de muscles qui du bord du disque musculaire vont, la paireinterne se terminer à l’os du nez, la paire moyenne au-dessus de l’orbite, et la troisième ou l’externe à l’oreille. Ces deux derniers sont des muscles de l’oreille ; il n’y a que la première dont nous ayons déjà parlé , c’est notre cervico-nasal.

En arrière, le disque musculaire dorsal se termine seulement par une paire de muscles qui s’attache d’une part assez avant sous le disque musculaire dorsal, et de l’autre aux vertèbres de la queue.

Enfin sur les côtés et en dessous sont restées les parties du peaussier gastro-thoracique, savoir l’huméro-dermien qui de l’humérus se porte à la peau des flancs en se prolongeant dans toute leur longueur, et rhuméro-gastrien qui du même humérus va s’épanouir dans la peau du ventre.

On trouve aussi entre la portion supérieure du gastro-thoracique ou du disqup dorsal et ses parties latérales et inférieures quelques petits faisceaux de communication et presque tout-à-fait ‘verticaux qui sont situés sur les côtés de la poitrine.

Enfin le thoraco-facial existe comme à l’ordinaire; il est même assez développé.

Dans le hérisson, je n’ai pas trouvé que les piquans fussent pourvus de muscles particuliers. Et en effet ils peuvent être dirigés dans tous les sens par l’écartement des fibres du disque musculaire dans lequel ils pénètrent. Il n’en est pas de même pour les piquans du porc-épic, et probablement pour ceux du coendou, de l’échidné, du pangolin et en général de tous les mammifères dont les poils solidifiés n’ont cependant qu’un mouvement d’élévation et d’abaissement. Ces gros poils ont l'hacun un petit muscle distinct qui du tissu cellulaire sous-

dennien se porte la face dorsale de leur base. L’élasticité du tissu qui les enveloppe de l’autre côté ainsi que celle du derme sont l’antagoniste de ces petits muscles.

Il est extrêmement probable que tous les mammifères qui ont ainsi la faculté de hérisser leurs poils dans une partie quelconque de leur corps ont aussi de ces petits muscles à la base de chacun d’eux ; mais leur petitesse ne permet pas de les démontrer.

B. Dans les oiseaux.

Les différences générales que présente là peau dans la classe des oiseaux, consistent dans une plus grande finesse du derme , et dans une sorte de luxe de la partie produite de l’appareil phanéreux, devenue non-seulement un corps protecteur et cohibant de la chaleur qui s’exhale du corps de l’animal , mais encore un organe accessoire de l’appareil de la locomotion, d’où il s’en est suivi un bien moindre développement dans l’activité du sens du toucher.

Quant aux différences spéciales dans l’étendue de la classe, elles sont véritablement peu considérables, ou au moins assez peu importantes.

La peau est toujours copaposée des cinq parties que nous avons distinguées dans celle des mammifères.

Le derbie est en général beaucoup moins épais , beaucoup moins dense que dans les animaux de cette première classe. On y aperçoit aussi un rapport inverse entre l’épaisseur du derme et le développement de l’appareil phanéreux : en effet, dans les endroits qui sont recouverts déplumés, le premier est fort mince, tandis que dans ceux qui n’en sont pas revêtus, sur les pales, par exemple, il acquiert une épaisseur remarquable, et il y forme des saillies de grosseur et de forme variables.

Le réseau vasculaire est au contraire fort considérable,

DiffeTenr.es

générales.

Dans le derme.

L" ré.scan v«icnUirr.

Dans

le pigmentum.

La couche nerveuse.

L'e'piderme.

Les cryptes.

104 DELAPEAU

beaucoup plus aisé à voir que dans les mammifères; aussi le système sanguin qui se porte à la peau est-il extrêmement développé. Je ne crois cependant pas que ce système vasculaire produise de véritables bourgeons sanguins.

Le pigmentum colorant est le plus ordinairement nul, si ce n’est dans les endroits dépourvus de plumes, et alors son épaisseur est proportionnelle à la coloration.

La couche nerveuse paraît devoir être moins considérable ; aussi les papilles sont-elles extrêmement fines ou à peine perceptibles , à moins qu’on ne regarde comme telles les saillies plus ou moins fortes que forme le derme à la face interne des doigts, ce qui me paraît peu convenable.

L’^épiderme est en général excessivement mince dans toutes les parties de la peau qui sont recouvertes d’une plus GU moins grande quantité de plumes ; mais au contraire dans celles qui sont nues sous ce rapport, l’épiderme devient fort épais, et il se dispose par tubercules ou par plaques plus ou moins grandes , dont la forme et la combinaison caractérisent assez bien les groupes naturels. C’est à ces plaques d’épiderme déterminées dans leur forme et leur saillie par la disposition du derme, que l’on donne le nom à' écailles.

Mais c’est surtout dans les parties accessoires de l’enveloppe cutanée des oiseaux que se présentent les plus grandes différences.

L’appareil crypteux général est moins évident qup dans les mammifères ; et je ne connais dans les oiseaux qu’un seul amas de cryptes situé à la partie postérieure du dos, ou sur le croupion. C’est une masse mamilliforme plus ou moins considérable , d’un blanc jaunûtre et formée de beaucoup de petits grains contenus dans des mailles de tissu cellulaire, d’autant plus disposées en canaux qu’elles se portent davantage vers le sommet de la masse. Celle-ci est en effet terminée en arrière par un mamelon unique, percé par deux groupes distincts de pores qui sont la terminaison de ces canaux.

DANS LES OISEÂLX.

Mais le principal caractère de la- peau des oiseaux se Dans^ie^ph»' trouve dans la modification particulière du phanèrc à laquelle on donne le nom de plumes, modification qui ne se voit que dans cette classe et sur tontes les espèces qu'elle renferme.

On observe cependant dans les oiseaux de véritables poils simples; ainsi dans le mâle des espèces du genre dinde , il existe à la racine inférieure du cou un bouquet d’une sorte de crins.

On doit aussi regarder comme des poils les soies aplaties qui bordent la mâchoire supérieure de l’engoulevent et de plusieurs autres espèces d’oiseaux.

Dans le jeune âge , ce qu’on nomme le duvet n’est aussi quelquefois formé que par des poils extrêmement fins.

Mais-dans le très-grand nombre de cas le corps des oiseaux De la plume, est couvert de plumes, c’est-à-dire de productions cornées, générai, formées par un axe ou tige sur les parties latérales de laquelle sortent d’autres productions plus petites nommées barbes, elles-mêmes souvent encore subdivisées en dentelures que l’on désigne sous le nom de barbules.

Ces plumes, considérées dans leur ensemble, sont du reste composées comme un poil simple, c’est-à-dire d’un bulbe partie productrice et d’une partie produite ou de la plume proprement dite.

Le bulbe situé sous et même dans le derme est en général • beaucoup plus gros, et surtout beaucoup plus actif que le bulbe d’un poil dans les mammifères, à cause de la grande quantité de matière qu’il doit produire; aussi reçoit-il une bien plus grande quantité de sang, et s’accroît-il long-temps.

On y reconnaît toujours la capsule fibreuse blanche , épaisse.

A l’intérieur pénètre le système vasculaire ; et enfin sa cavité est entièrement remplie par une matière subgélatineuse , vivante, ayant une forme déterminée, et offrant à sa surface des stries ou cannelures dont la disposition indique la forme de la plume. Le principal de ces sillons occupe le dos du

DE LA PE AL

io6

bulbe, et s’étend plus ou moins d’une extrémité à l’autre, en diminuant seulement de largeur et de profondeur; les autres, beaucoup plus fins, tombent obliquement etrégnlièremenl par paires de chaque côté du sillon principal, et ils commencent dans la ligne médiane et ventrale du bulbe. Il est fort probable que chacun de ces sillons latéraux reçoit lui-même de chaque côté des sillons tertiaires et beaucoup plus fins, du moins dans les plumes complètes; mais c’est ce que je ne puis assurer que par analogie , ne les ayant pas vus.

De cette structure du bulbe producteur il résulte que lorsqu’il vient à exhaler la matière de la plume, qui se dépose par grains non adhérons, à peu près comme le pigmentum, il se forme réellement une succession de cônes non distincts; mais ces cônes ne s’emboîtent pas d’abord les uns les autres, ils se fendent le long de la ligne médiane inférieure, ou les filets cornés produits des sillons, se réunissent, et dans la longueur même de ces filets cornés , très-probablement à l’endroit des sillons tertiaires. C’est ainsi que se forme la lame de la plume, ou la partie dont l’axe est plein et solide, et qui est pourvue des barbes et des barbules. Mais lorsque le bulbe a produit celte partie qui est sortie au fur et à mesure de la capsule rompue à son extrémité , il a considérablement diminué d’activité vitale , et soit que les sillons s’effacent , ou mieux que sa base n’en offre plus , il exhale de toute sa circonférence de la matière cornée qui forme alors un tube complet. Ce tube renferme donc la pulpe, et comme l’extrémité de celle-ci, à mesure qu’elle diminue se retire, elle produit des espèces de cloisons en forme de verre de montre ; c’est ce qu’on nomme l’âme de la plume : ce n’est autre chose que la succession de l’extrémité des cônes qui composent le tube.

Cependant la cause organique qui avait déterminé le sang à se porter en si grande abondance dans les bulbes des plumes

qui les avait forcées de sortir en partie, et de faire pour ainsi dire hernie en dehors de la peau par un pore correspondant, venant à cesser, la partie du bulbe qui était extérieure disparaît peu à peu, la capsule se réduit en poussière écailleuse, la pulpe diminue de jour en jour dans le tube de la plume, et il ne reste plus sous le derme que la partie essentielle et primitive de ce bulbe ; la plume y tient à peine, et n’adhère presque que par le derme qui l’entoure à sa base : aussi tombe-t-elle avec la plus grande facilité, mais suivant des lois de l’organisme, pour être remplacée par celles que le bulbe reproduira.

Une plume ordinaire, mais complète, est donc composée de deux parties principales qui sont cependant la continuation l’une de l’autre ; le tube et la lame. Le tube est la partie creuse entièrement cornée et plus ou moins cylindrique qui forme l’extrémité inférieure de la plume ; elle se termine à sa base par une pointe conique percée d’un petit trou , et par son autre extrémité elle se continue avec la partie cornée de la lame. Celle-ci, qui forme l’extrémité" libre de la plume, est généralement beaucoup plus longue; on y distingue une partie médiane, convexe et lisse d’un côté, plus ou moins courbée et creusée par un sillon médian de l’autre; c’est la lige de la plume. La plus grande partie de cette tige est d’un tissu médullaire serré d’un trèsbeau blanc, recouvert par une partie évidemment cornée, translucide, plus épaisse du côté convexe que de l’autre. C’est sur les cotés dé cette tige plus ou moins carrée que s’attachent les petites lames fort minces triangulaires que l’on nomme les barbes. Chacune de ces barbes offre une

structure assez analogue à la lame entière , en ce qu’elle a j également un axe ou rachis formé de matière médullaire et ! de matière cornée à l’extérieur, et qu'à u"n certain point de sa longueur commence une série de lames extrêmement fines, j peut-être encore elles-mêmes divisées et qu’on nomme les

io8

DE LA PEAU

harbules. Cü sonl ces barbules, quand elles existenl, qui s’entre-croisent les unes avec les autres de manière à réunir

Dans les poils agj^lulinés.

Dans le pcaiis • tier.

les barbes , et i\ former ainsi un tout plus ou moins résistant.

Quant aux poils agglutinés dans les oiseaux, ils sont composés comme dans les mammifères; ils se trouvent comme chez eux à l’extrémité des doigts, et surtout de ceux des pieds où ils forment les ongles, en enveloppant constamment la phalange onguéale qu’ils dépassent plus ou moins; quelquefois ils revêtent une saillie osseuse plus ou moins considérable de la tête, comme dans le casoar casqué, du poignet, comme dans le kamichi et les jacanas, ou du tarse comme dans beaucoup de gallinacés : c’est alors ce qu’on nomme des éperons.

Mais ce qui est un caractère classique et presque exclusif pour les oiseaux, c’est que les mâchoires supérieure et inférieure sont aussi revêtues par une expansion cornée formée par des poils agglutinés, qui lient lieu du système dentaire dont en effet elle est l’analogue. Il en résulte ce qu’on nomme un bec, dont nous traiterons avec détail lorsque nous parlerons des mâchoires et de la peau qui les revêt, comme organes de mastication.

Le peaussier des oiseaux est en général peu développé ; on démontré cependant assez aisément le thoraco-facial qui embrasse le cou jusqu’à la tête, ainsi que le cervico-nasal ; mais je n’ai pu voir de traces d’aucune portion du gafetrothoracique.

Les muscles de certaines plumes qui deviennent auxiliaires de la locomotion sont fort évidens, comme aux pennes des ailes et surtout à celles de la queue, ce que nous verrons dans la description de l’appareil locomoteur ; mais pour toutes les autres, quoique susceptibles d’être relevées, dans tous les oiseaux pulvérulateurs et dans beaucoup d’autres espèces, et surtout à la tête , on ne peut les admettre que par analogie sans pouvoir les démontrer.

Des difForenceo spéciales.

Les différences que la peau présente dans la classe des oiseaux sont en général assez peu considérables.

Il m’a semblé que le derme est un peu plus épais dans les parties supérieures du corps que dans les parties inférieures.

Il l’est eertainement beaucoup plus dans les endroits qui sont dépourvus de plumes, et surtout au tarse et aux pieds. Et cependant il l’est moins dans les parties de la peau qui forment des excroissances ou des appendices plus ou moins érectiles , comme dans un grand nombre d’oiseaux gâllicés autour de la tête.

Il l’est aussi davantage dans les espèces qui ont un système pennaire peu développé, comme les autruches, le casoar, etc. , et dans celles qui habitent la mer, et surtout les climats très-froids , comme les pingoins , les manchots, etc., où le derme est en outre doublé par une couche graisseuse.

On trouve encore moins de différences dans le réseau vasculaire, le pigmentum, la couche nerveuse et l’épiderme.

L’épaisseur et la densité du réseau vasculaire ont sans doute quelque rapport avec la quantité de plumes et le pigmentum colorant ; il est surtout fort développé dans les appendices érectiles de la peau.

Le pigmentum est nul ou presque nul dans toutes les parties dont la couleur est blanche ou à peine couleur de chair, c’est-à-dire partout où la peau est couverte de plumes ; i mais aux pâtes et dans tous les endroits de la peau colorés I en bleu , en rouge ou en jaune, le pigmentum est évidem- \ ment abondant et proportionnel à l’intensité de la coloration ; il paraît que celte intensité est assez en rapport avec l’âge , le sexe et l’état de santé.

i On trouve quelquefois dans les oiseaux la coloration vasculaire qui ne provient pas d’un pigmentum ; c’est ce qui a lieu dans la crête , et les appendices sous-maxillaires des coqs, des dindes, les tubercules de la face ou des yeux des ' faisans, perdrix, etc.

Dans le derme.

Le reseau vasculaire.

Le pigmentum.

I>E LA PEAU

U;ii)s la coiicliü L'ilpidcrme.

La couclie nerveuse cloîl être plus évidente à la peau qui garnit la partie inférieure des doigts, et surtout dans les es-^ pèces qui, comme les perroquets, s’en servent pour prendre leur nourriture, que dans toute autre partie du corps, et que dans les espèces qui marchent beaucoup ; mais ce n’est que par analogie qu’on peut le penser.

L’épiderme est toujours plus épais sur les parties du corps qui en supportent le poids, comme à la face inférieure des pieds, ou il forme en effet des espèces de callosités, et par conséquent la pesanteur de l’animal a une influence directe sur son épaisseur.

On trouve à la facp antérieure de la poitrine de l’autruche et du casoar, une large callosité épidermienne , parce que dans le repos ces animaux s’appuient sur cette partie.

Les régions du corps qui n’ont pas de plumes ont aussi cet épiderme assez épais, comme les tarses et les doigts.

Il y forme même des apparences d’écailles ou des tubercules dont la disposition est fixe dans chaque famille naturelle, et qu’il sera par conséquent utile de faire connaître brièvement.

Dans les oiseaux qui ont une partie plus ou moins considérable des membres pelviens dénuée de plumes (car il en est où ces membres sont empennés jusqu’aux ongles,) l’épiderme, par suite de la disposition du derme sous-jacent, peut former :

1° Des tubercules granuleux dans toute l’étendue de la peau : les perroquets ;

2" Des aréoles polygones dont les bords ne sont pas plus épais en bas qu’en haut, et qui n’ont pas ainsi l’apparence de s’imbriquer : les édienèmes , les poules d’eau et la trèsgrande partie des échassiers sont dans ce cas ;

3” Des plaques quadrilatères dont le bord inférieur est plus épais ; il en résulte alors des espèces d’écailles.

Dans cette sorte de recouvrement épidermique des pâtes

des oiseaux, il y a une grande variété de forme et de combiT liaison de formes que nous étudierons en zoologie.

4“ Des plaques quadrilatères comme les précédentes dans la partie antérieure seulement, et des tubercules ou de grandes plaques à la partie postérieure.

5“ Enfin quelquefois l’épiderme de la peau des jambes est lisse ou sans traces d’aréoles ni d’écailles : les martins-pêcheurs sont dans ce cas.

L’appareil crypteux sus-coccygien, le seul bien évident chez les oiseaux, ne laisse pas que d’offrir d’assez grandes différences dans son développement proportionnel , un peu dans sa forme ainsi que dans la manière dont le mamelon excréteur se termine, et est garni de plumes en pinceau dans une disposition souvent assez singulière.

Mais c’est surtout dans le système pennaire que l’on trouve les plus grandes différences dans l’enveloppe cutanée des oiseaux.

1® Dans la structure et dans la forme.

Dans la structure proprement dite, je n’en connais cependant pas de bien considérables, si ce n’est dans la proportion relative des deux substances composantes de la tige, c’est-àj dire de la substance blanche et de la substance cornée : celle-ci ' est évidemment plus épaisse , et termine même à elle seule l’axe dans les plumes qui sont roides , comme dans les manchots et dans celles de la queue des pics. Elle est au contraire j fort mince dans les plumes dont la tige est flexible. Il paraît I qu’il y a aussi quelque différence dans la densité, et que les 1 plumes très - vive^ient colorées sont plus denses que les autres.

Quant à la forme et à la proportion des parties qui peuvent I exister dans une plume, les différences sont bien plus nom- 1 hreuses.

Le tube ne porte le plus souvent qu’une seule lame qui eir ' est la continuation; mais les casoars offrent cette singularité

Dans les cryp

tes.

Les plumes.

Slruclure et forme.

DE EiV PEAU

qu’il y a deux lames appliquées l’une sur l’autre pour chaque tube qui est fort court.

Quant à la longueur proportionnelle de ce tube, elle varie beaucoup davantage; c’est surtout dans les pennes de l’aile ou de la queue qu’il est plus long et plus résistant, et ce sont les plumes duvet qui l’ont au contraire plus court.

Le casoar casqué a cela de remarquable que les pennes de ses ailes qui ne sont qu’au nombre de cinq, sont entièrement formées par un tube roide, pointu , creux dans toute son étendue, sans aucun indice de lame.

L’axe, le plus souvent carré, est aussi quelquefois plus ou moins élargi ou déprimé , comme dans les plumes des manchots qui ressemblent un peu à des écailles; il est d’autres fois à peu près cylindrique ; enfin ordinairement droit, il peut aussi être tordu : les plumes de l’aigrette de l’oiseau royal sont dans ce cas.

L’axe peut être extrêmement court, et donner presque immédiatement naissance aux barbes. II en résulte alors le duvet des oiseaux.

Le plus souvent il est long et plus ou moins flexible.

Dans le très-grand nombre de cas cet axe se prolonge dans toute la longueur de la plume qu’il termine; mais il arrive aussi quelquefois que ce sont les dernières barbes qui le dépassent beaucoup : les plumes du croupion du martinpêcheur, celles de la queue des pics sont dans ce cas.

Cet axe peut donc être accompagné dans toute sa longueur, ou seulement daus quelques parties de son étendue par les barbes.

Les barbes le plus souvent assez roides , comprimées en lame d’épée et serrées les unes contre les autres, sont aussi quelquefois plus ou moins flexibles, cylindriques et espacées.

Ordinairement assez longues, et quelquefois au point de ressembler à des poils très-fins, il arrive qu’elles soient si courtes qu’elles paraissent de simples denticules.

1 là

Il existe le plus souvent deux rangs de barbes dans toute la longueur de la lame d’une plume; mais on trouve des plumes qui n’en ont de bien évidentes que dans une partie de leur longueur, et quelquefois seulement d’un côté.

Les deux rangs de barbes sont rarement égaux, l’antérieur ou l’externe étant ordinairement plus court que le postérieur ou l’interne; dans les pennes des ailes, plus la disproportion est grande et plus la plume est rapprochée de la première. Il en est de même à la queue.

On trouve même assez souvent dans les oiseaux des différences de longueur dans les barbes du côté antérieur , ce qui donne à la plume une forme effilée ; c’est ce que l’oii' voit dans beaucoup de passereaux et de grimpeurs, où les pennes digitales surtout semblent avoir été échancrées dans une plus ou moins grande étendue de leur bord antérieur.

Les barbes sont le plus souvent subdivisées elles-mêmes des deux côtés par des barbules dont l’entrecroisement oblique et alternatif fait de la lame un tout plus Ou moins imperméable à l’air; mais il arrive aussi quelquefois qu’il n’y en a pas du tout, comme aux barbes du côté antérieur de la première penne digitale appelée hout-d’ aile , d’un très-grand nombre d’oiseaux.

Les plumes des oiseaux de proie nocturnes ont, outre les barbules ordinaires, le bord supérieur des barbes pourvu de poils soyeux qui s’appliquent sur la lame et lui donnent un aspect velouté tout particulier. Cette disposition paraît être la cause du peu de bruit que ces animaux font en volant.

Les barbes qui terminent les plumes du croupion du martin-pêcheur, du dos des aigrettes, du cou des pigeons, et en général celles de toutes les plumes dont les couleurs sont très-brillantes, pourvu qu’elles soient matles , paraissent être toujours, d’après l’observation d’Audebert, cylindriques, comme tronquées à leur sommet et sans traces de barbules. Au contraire les barbules sont très-larges, très-serrées dans 1. 8

a° Dans leur place à la surface (lu corps, d'où les noms da pennes,

Pollicialcs.

Digitales.

les plumes dont la couleur est changeante ou métallique, et les barbes sont extrêmement fines.

Gn trouve enfin des plumes dont les barbes sont pourvues de barbules, mais qui sont libres et plus ou moins espacées : ces plumes alors ne servent plus au vol; si c’est dans toute leur étendue, ce ne sont que des plumes de luxe plus nuisibles qu’utiles, et qui ne se développent guère que dans les individus mâles; si ce n’est au contraire qu’à la base, comme dans les plumes ordinaires, cette disposition sert à conserver la chaleur, et elle est en effet plus développée dans les oiseaux des climats froids, et dans ceux qui s’élèvent dans les hautes régions de l’air.

Les plumes qui bordent les oreilles sont souvent aussi décomposées dans toute leur longueur.

2® D’après la place qu’elles occupent à la surface du corps, les plumes prennent des dénominations différentes.

On nomme pennes celles qui sont modifiées pour le vol, et qui pour cela sont en général plus longues et surtout plus résistantes que les autres; celles qui occupent le bord externe de la main, sont les pennes primaires ; celles qui bordent l’avant-bras jusqu’au coude, sont appelées pennes secondaires ; enfin on donne le nom de rectrices aux pennes de la queue qui sont implantées à l’extrémité du croupion.

Le nombre et la proportion de ces pennes des ailes et de la queue sont fixes dans chaque groupe naturel, et nous fourniront de très-bons caractères dans la zoologie. Je dois donc les définir ici.

Je nommerai pennes polliciales ou du pouce, celles qui se meuvent avec le pouce ou le doigt interne de la main des oiseaux : elles forment Vaile bâtarde des ornithologistes.

Pennes distales, celles qui appartiennent aux doigts; elles ne sont jamais au-dessus de quatre ; la première occupe le bord postérieur de la dernière phalange du grand doigt; elle a pour caractère d’avoir toujours les barbes de son côté an-

DANSLESOISEAL’X. 1»5

lérieur sans barbules et beaucoup plus courtes que celles du côté postérieur; les deux suivantes bordent le côté externe de la seconde phalange de ce même doigt; enfin la quatrième appartient é la seule phalange du doigt externe.

Pennes métacarpiennes , celles qui bordent la branche externe de l’os du métacarpe; elles sont le plus souvent au nombre de six; mais quelquefois il n’y en a que cinq, comme dans l’ordre des oiseaux de proie.

Pennes cubitales , celles que les ornithologistes nomment secondaires ; séparées des pennes métacarpiennes par un espace plus ou moins considérable, elles occupent tout le bord externe du cubitus. Leur nombre est assez variable et proportionnel à la longueur de cet os : l’égalité des barbes des deux côtés est à peu près complète.

La longueur proportionnelle de ces trois espèces de pennes et leur nombre, forment plusieurs genres ou systèmes que nous croyons convenable de faire connaître, parce que chacun d’eux a une certaine influence dans le vol, et qu’il nous fournira de bons caractères zoologiques.

Le premier genre est celui qui se trouve le plus communément dans l’ordre des passereaux et dans celui des grimpeurs ; l’aile médiocre n’a que dix-huit pennes en tout : les quatre digitales sont sensiblement les plus longues , et parmi elles la seconde et la troisième qui sont égales ; les cinq métacarpiennes décroissent assez subitement pour qu’il y ait un petit ressaut entre les digitales et Il n’y en a pas au contraire entre les métacarpiennes et les cubitales qui sont au nombre de neuf.

La proportion des pennes cubitales qui sont égales , ou qui augmentent jusqu’à la sixième alors beaucoup plus longue que les autres, établit une petite sous-division dans ce genre d’aile. Toute la famille des merles, celle des conirostres, appartiennent à lu première; celle des motacillcs et des véritables alouettes à la seconde.

Métacarpien-

nes.

Cubitales.

DE LA PEAU

On peut aussi rapporter à ce premier genre d’aile celle» des martins-pêcheurs, quoiqu’elles soient beaucoup plus courtes, et que le nombre des cubitales soit de onze.

Le second genre présente une aile en général courte, mais aussi quelquefois assez allongée; le nombre des pennes est de dix-neuf, presque sans aucun ressaut; il y en a cinq digitales , dont la première est très-courte et étroite ; la seconde est plus longue , quoique beaucoup moins que les trois suivantes qui augmentent un peu de la première à la dernièré; des cinq métacarpiennes, la première égale la précédente , les autres décroissent insensiblement , et passent ainsi sans ressaut aux pennes cubitales qui sont au nombre de neuf, comme dans la première section du genre précédent.

L’aile des troglodytes, des mésanges, des rouge-gorges, des becs-fins en général , et même de celle des loriots , des grimpereaux, des souis-mangas appartiennent à ce genre.

Quoique l’aile de la famille des corbeaux soit assez développée, elle offre aussi la même combinaison. Le nombre des pennes cubitales est cependant un peu plus grand; il va jusqu’à dix ou onze; il en est de même chez la pie, le torcol, etc.

Le troisième genre a quelque chose du précédent; le nombre total des pennes est cependant plus considérable, puisqu’il est de vingt-deux , quoiqu’il n’y en ait le plus souvent que neuf à la main. Des quatre digitales, la première est très-sensiblement là ^s courte; et des trois autres c’est la dernière qui est la plus longue. Les cinq ou six métacarpiennes vont en décroissant depuis la première qui est presque égale à la quatrième digitale, jusqu’à la dernière. Les treize cubitales sont à peu près de la même longueur. Cette espèce d’ailes qui se voit dans les oiseaux de proie ignobles, comme l’épervier, l’autour, le milan a été désignée sous le nom à' aile volière par M. Hubner.

Le quatrième genre est formé par l’aile des oiseaux de

proie nobles ou de haut vol. Le nombre total des pennes et leur distribution, sont les mêmes que dans le précédent; mais ici, des quatre digitales, la seconde est un peu plus longue que la première, et toutes deux le sont plus que la troisième, ce qui donne à l’extrémité de l’aile une forme pointue ; quant à la quatrième et aux cinq ou six métacarpiennes elles décroissent assez rapidement.

M. Hubnera donné à cette espèce d’aile la dénomination (Vaile rameuse : elle se trouve non-seulement chez les oiseaux de proie diurnes, mais encore dans les oiseaux de proie nocturnes et dans les pigeons.

Peut-être devra-t-on former un genre particulier de l’aile encore plus aiguë, plus pointue de la famille des canards, des cormorans, des mouettes, et en général des palmipèdes et même des oiseaux-mouches, qui sous tous les autres rapports en sont si éloignés. Elle ne diffère cependant de la précédente espèce qu’en ce que c’est plus évidemment la première penne digitale qui est la plus longue des dix de la main : toutes les suivantes décroissent ensuite régulièrement et assez rapidement. Les pennes cubitales dont le nombre paraît n’être jamais au-dessous de seize dans les palmipèdes, mais qui varie dans chaque famille, augmentent d’abord un peu pour décroître ensuite ; mais en général elles sont courtes et presque égales.

Dans les oiseaux-mouches, chez lesquels la main est trèsgrande , proportionnellement avec l’avant-bras et le bras qui sont excessivement courts, on ne trouve presque que les pennes digitales et métacarpiennes toujours au nombre de dix, décroissant de la première à la dernière et rapidement : les cubitales sont très-courtes, très-peu nombreuses et à peine distinctes : j’appellerai cette espèce d’aile aiguë.

ün dernier genre d’aile est celui qui se remarque dans les gallinacés. L’aile, considérée en général, est courte et composée de vingt-quatre à vingt-sept pennes, ce qui varie un

DE LA PEAU

Caudales.

De plumes.

peu dans chaque groupe. Il n’y en a cependant jamais plus de dix à la main : la première est très-étroite et la plus courte ; les cinq suivantes sont presque égales ; les troisième, quatrième et cinquième un peu plus longues que la seconde ; la sixième, la plus longue de toutes : les quatre autres décroissent assez vite. Quant aux cubitales, la première est toujours plus courte et plus grêle que les autres qui sont presque égales et variables en nombre.

Enfin les pennes caudales sont celles qui forment la queue. Elles sont toujours par paires dont le nombre est fixe; leur implantation forme une courbe hyperbolique ou en fer à cheval, dont les branches sont plus ou moins serrées; elle ne se fait pas exactement sur le même plan ; la paire externe que je nommerai la première étant toujours attachée le plus bas, et la paire interne ou dernière étant fixée le plus haut, et quelquefois tout-à-fait hors de rang; c’est la paire que l’on peut nommer coccjgtenne parce qu’elle est en contact immédiat avec le coccyx. C’est cette paire qui acquiert souvent un développement de luxe fort singulier. Quand les paires de pennes qui composent la queue des oiseaux sont égales, la queue est carrée -, si elles vont peu en augmentant de la première à la dernière , elle est arrondie ; si cette augmentation est rapide, on dit la queue etcrgee ou cunéiforme, et surtout lorsque les deux pennes coccygiennes se recouvrent assez exactement pour paraître n’en former qu’une ; enfin quand, au contraire, les paires de pennes vont en décroissant de la première à la dernière, la queue se nomme échancrée, pu plus ou moins hifurquée.

Les autres plumes qui recouvrent la peau des oiseaux, donnent lieu à des considérations moins importantes; il en est cependant quelques groupes qui ont encore reçu des dénominations particulières, parce qu’il arrive souvent qu’elles offrent des singularités de forme ou de développement.

Les plumes axillaires sont celles qui occupent le bord

postérieur de l’articulation du bras ou de l’aile ; elles forment un faisceau assez bien distinct, et qui souvent est fort développé.

Les couvertures des ailes sont les plumes qui recouvrent les grandes pennes qui bordent la main et l’avant-bras à leur origine»

Les couvertures de la queue sont de même les plumes qui occupent le croupion en recouvrant plus ou moins les pennes caudales. Quelquefois elles sont beaucoup plus longues que celles-ci, dans le paon par exemple.

Il n’est pas besoin de définir les plumes que l’on désigne sous les noms de cervicales, scapulaires, dorsales, sub~ alaires, parce que ces termes s’entendent d’eux-mêmes.

On a appelé huppe un groupe de plumes plus longues que les autres, et qui droites ou couchées occupent la partie supérieure de la tête, comme on en voit dans le paon, dans la grue couronnée; les principales sont toujours sur deux rangs.

Les aigrettes ou oreilles sont formées par quelques plumes plus longues et érectiles, situées sur la tête de plusieurs oiseaux, comme les hiboux. Souvent les plumes qui bordent l’ouverture du tympan se prolongent aussi, et alors elles mériteraient mieux le nom d’oreilles.

On donne aussi quelquefois le nom de fanon à des plumes allongées qui se trouvent implantées à l'a partie inférieure de l’origine du cou. La famille des hérons offre souvent cette disposition.

3® Sous le rapport de la grandeur, les plumes des oiseaux varient beaucoup : toutes celles qui recouvrent la plus grande 1 partie du corps sont en général courtes et comme squami- ! formes , tandis que les pennes proprement dites sont toujours ! plus ou moins longues.

Les suhalaires , les couvertures des ailes , celles de la queue ont quelquefois un développement considérable , comme on en voit des exemples pour les premières dans une

DE LA. PEAU

espèce d’oiseau de paradis , et pour les dernières dans ie paon.

Il est à remarquer que le développement de certaines plumes, que l’on peut presque dire de luxe, dépend de l’âge, du sexe et de l’époque plus ou moins rapprochée des amours.

>5 O Dans le mode Le Diode d’implantation des plumes et leur disposition

d'implanta- ^ ^

tion. offrent aussi quelques différences; en général les plumes recouvrantes s’attachent une à une en quinconce obliquement, de manière à ce qu’elles s’imbriquent d’avant en arrière et latéralement ; mais il arrive aussi quelquefois que l’implantation soit verticale à la peau , et alors quand elles sont en même temps fort courtes, elles ressemblent à du velours; c’est ordinairement à la tête et vers la racine du bec que l’on remarque cette disposition ; d’autres fois, mais beaucoup plus rarement, le mode d’implantation est d’arrière en avant, et alors les plumes sont hérissées.

Le mode d’implantation des pennes alaires est toujours dans la direction du tronc; mais il n’en est pas ainsi des pennes caudales : elle peuvent en effet, outre cette direction normale, en avoir une plus ou moins oblique et même quelquefois verticale.

5° Dans la 4° La quantité générale des plumes qui revêtent le corps de quantité. poiscau Varie également ; nouâ avons déjà parlé de ces diffé-

rences pour le nombre fixe des pennes ; quant aux plumes ordinaires , elles sont d’autant plus nombreuses que l’oiseau vit davantage dans les climats froids, ou, ce qui revient à peu près au même , qu’il vit habituellement plus haut dans les âirs, ou qu’il plonge plus habituellement dans l’eau. Ainsi toutes les espèces de la famille des canards, et la plus grande partie des piseaux de proie ont une grande quantité de plumes et surtout de plumes duvetées à leur base; tandis que les gallinacés, les autruches, les casoars surtout, en ont beaucoup moins et souvent sans duvet.

Mais c’est surtout sous le rapport de la couleur que les

6'J D;>n3 la couleur.

plumes des oiseaux offrent les plus nombreuses et les plus étonnantes variations : celte couleur n’a cependant jamais aucun rapport avec la coloration du derme dans lequel la plume est implantée.

Il y a sous ce point de vue trois choses à considérer :

1® L’espèce de couleur fixe-, c’est celle qui , sous toutes les incidences de la lumière, est toujours la même, rouge , bleue , jaune, blanche ou noire ; I

2® La nature de la couleur, qui est au contraire variable ou changeante suivant l’angle sous lequel tombent les rayons lumineux sur la plume;

3® Enfin la disposition générale des couleurs ou le plumage.

On trouve dans les oiseaux toutes les espèces de couleurs fixes et toutes leurs nuances qui sont réellement innombrables ; l’on remarque que les plus brillantes, qui sont quelquefois comme vernissées, n’existent qu’à l’extrémité des plumes, et que dans ce cas celles-ci sont terminées par des barbes longues, cylindriques, et dont les barbules sont très-courtes, très-fines, et quelquefois tout-à-fait nulles.

Les couleurs changeantes, irisées ou métalliques qui rentrent toutes dans la même catégorie, paraissent dépendre encore plus évidemment de la disposition des parties composantes de la plume, et avoir dans leur production la plus grande analogie avec la formation des anneaux colorés. Ce qu’il y a de certain, c’est que les plumes qui sont ornées de ces couleurs ont toujours leur tige et leur barbe extrêmement fines, tandis que les barbules sont larges, nombreuses, serrées de manière à former en apparence une surface polie et convexe. Je n’ai pu y voir, même à l’aide d’une très-forte loupe, les petits enfoncemens réfléchissans dont parle Audebert ; njais j’ai très-bien vu les intervalles qui séparent les barbules, et dans lesquels se décompose sans doute la lumière.

Quant à la disposition générale des couleurs ou au plu-

L’espèce.

La uature.

La disposition.

DE LA PEAU

mage des oiseaux, quoiqu’elle soit plus variable que datu les mammifères, on trouve cependant à peu près les mômes sortes de coloration, c’est-à-dire,

La couleur uniforme proprement dite;

La couleur uniforme tachetée et avec des taches plus foncées ou plus claires que le fond;

La couleur variée par plaques ou par grandes taches; mais jamais par bandes verticales , ni horizontales.

L’on trouve aussi une sorte de combinaison des deux dernières espèces , c’est-à-dire une couleur uniforme tachetée ou non , avec quelques parties colorées par plaques.

En général les parties supérieures du corps sont plus colorées que les inférieures; mais à cause de la position du cou des oiseaux, il ne faut placer parmi celles-ci que l’abdomen proprement dit, la face interne des ailes , des cuisses et les parties des flancs qu’elles cachent.

L’âge, le sexe, l’époque plus ou moins rapprochée des amours, le climat, ont une influence plus ou moins manifeste sur la coloration des oiseaux, dont l’ensemble a quelque chose de fixe dans chaque famille naturelle.

Dans quelques espèces où la coloration paraît être presque toujours uniforme ou par plaques, l’âge, ni le sexe n’ont presque aucune influence , si ce n’est peut-être dans l’étendue de quelques plaques : les perroquets, la famille des corbeaux, beaucoup d’échassiers et même de palmipèdes sont /

dans ce cas.

Dans d’autres dont le plumage est ordinairement uniforme avec des taches plus foncées et rarement par plaques , il n’y a que peu de différences entre la coloration du mâle et celle de la femelle; mais les jeunes diffèrent beaucoup, et n’arrivent que par nuances au plumage qu’ils doivent*avoir à leur état parfait. (Les oiseaux de proie. )

Dans un bien plus grand nombre on trouve que la femelle diffère du mâle d’une manière tranchée , et alors le jeune

fige a le plumage de la femelle; c’est ce que l’on voit dan» un assez grand nombre de grimpeurs, de passereaux et surtout dans les gallinacés : les faisans sont les oiseaux où il y a le plus de différence entre les deux sexes et entre l’âge adulte et le jeuhe âge. Les véritables canards se rapprochent sous ce rapport (les gallinacés.

Le climat paraît avoir une certaine influence sur la vivaciré et la variété des couleurs dans les oiseaux ; en effet les espèces les plus remarquables sous ce rapport, viennent de la zone torride. Les oiseaux de l’Inde qui ont une couleur métallique , ont cette couleur plus glacée , plus ternie que ceux de l’Afrique, et surtout que ceux d’Amérique.

On trouve cependant quelques espèces de canards dont le plumage est très - brillant, et qui vivent dans les climats froids. Mais presque jamais dans ces climats on ne voit ces couleurs irisées et surtout métalliques qui ornent la robe des oiseaux-mouches, des oiseaux de paradis, etc. Dans le même genre naturel, les espèces les plus riches en couleurs appartiennent toujours aux climats chauds ; c’est ce dont on peut trouver des exemples dans le genre des merles et même parmi les oiseaux de proie. Bien plus, dans la même espèce les individus des parties les plus chaudes de la zone qu’elle habite sont plus vivement colorés que les autres.

On trouve aussi comme résultat de l’action du climat que les oiseaux sont susceptibles de l’albinisme; mais je ne connais pas encore d’exemple de mélanisme.

Les ongles des oiseaux présentent des différences assez évidemment en rapport avec leurs usages, du moins dans le plus grand nombre de cas.

La plupart des oiseaux en manquent complètement aux doigts de la main.

Un petit nombre en ont un au pouce ou au premier doigt seulement, et il est en général assez pointu et recourbé : les martinets sont dans ce cas.

Des (hflércnce, <lans les onglet.

DE LA PEAU

L’aulruclie est peut-être le seul oiseau dont les deux premiers doigts soient armés chacun d’un ongle puissant, fortement recourbé. Leur grand développement ne permet pas de penser qu’ils soient sans usage.

Quant aux ongles des pieds ils ne manquent jamais à aucun doigt, même quand le pouce est excessivement petit; mais ils affectent des formes extrêmement variables.

Plus les oiseaux sont marcheurs et plus les ongles sont droits, épais et obtus; aussi le sont-ils beaucoüp dans les autruches et les casoars , ils le sont m'oins dans les gallinacés ; enfin les espèces qui les ont le plus crochus et pointus, sont celles qui marchent fort mal et qui s’en servent pour déchirer ou retenir leur proie. Les aigles et même les perroquets ont des ongles de cette forme ; ils contribuent à la formation de ce qu’on nomme la serre dans les premiers.

Les ongles des quatre doigts sont rarement tout-à-fait semblables. Le plus long et le plus fort est ordinairement celui du troisiènae doigt ; mais quelquefois c’est celui du premier ou du pouce, comme dans la plupart des passereaux, et surtout dans les alouettes, où il acquiert un développement énorme.

On trouve aussi que dans un trèsrgrand nombre d’espèces, et surtout parmi les gallinacés et les échassiers, l’ongle du doigt médian s’élargit à son bord interne, et quelquefois se denticule, comme dans les hérons. L’engoulevent a aussi cet ongle pectine.

Les cornes et les; .ergots ne se trouvent que dans un petit nombre d’espèces d’oiseaux. Les différences qu’ils présentent sont donc tout-à-fait spécifiques. Les derniers surtout n’existent, au moins dans tout le développement dont ils sont susceptibles que dans les individus mâles de, l’ordre des gallinacés.

Quant au bec, dont nous aurions à considérer la nature plus ou moins cornée, et même quelquefois calcaire, du moins

dans son bord dentaire, sa division en parties nasale, maxil' iaire, præ-maxillaire et niandibulaire, et surtout sa forme qui est extrêmement variable ; comme cette forme dépend essentiellement des os qui composent les mâchoires, et que d’ailleurs le bec des oiseaux est évidemment l’analogue des dents pour sa nature comme pour ses usages, nous ren- Toyons ce que nous avons à en dire à l’endroit où nous traiterons des dents, c’est-â-dire, à l’article de la mastication.

Nous terminerons donc l’examen des différences que peut présenter l’enveloppe extérieure dans la classe des oiseaux en faisant observer que le peaussier est constamment disposé de même dans toutes les especes, et qu’il ne diffère que par un peu plus ou moins de développement.

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