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AVERTISSEMENT
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L E plan d’nne partie de Cet ouvrage a été conçu pour l’enseignement de l’École normale, aussitôt que, par un arrêté du conseil royal de l’instruction publique , je fus chargé de donner chaque année aux élèves de troisième classe une idée générale et sommaire de l’ana^ tomie et de la physiologie des animaux, et d’une grande partie de leur distribution méthodique,' c’est dès i^i4 que j’ai commencé à le mettre à exécution. Je l’ai réellement entrepris dans le but d’enseigner et de faire retenir le plus de choses dans le moins de temps possible, à des élèves qui nous arrivent sans savoir que la chair qu’ils mangent est formée par les muscles. J’ai cependant aussi désiré que les élèves en médecine qui me font l’honneur d’assister à mes leçons ne perdissent’pas tout-à-fait leur temps ; en sorte qu’il est résulté de ce double motif un ouvrage dans lequel j’ai eu pour objet principal de montrer qu’on peut faire de l’anatomie comparée, de la physiologie et de la zoologie , sans avoir à sa disposition un très-grand nombre d’animaux , et dans lequel j’établis les principes, pour ainsi dire à priori , d’une manière dogmatique, du moins en apparence, et je viens ensuite les confirmer par des faits choisis dans les animaux les plus communs,
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C’est ainsi que mes principes d’anatomie, de physiologie et de zoologie ont été établis et professés depuis près de dix ans; mais en réfléchissant davantage, j’ai été aisément conduit à voir que dans l’état actuel de la science, l’on pouvait essayer de traiter des animaux en général , en les envisageant successivement sous les rapports de leur structure , de l’action de leurs organes , de leur forme et de la classification de ces formes , et enfin de leur histoire naturelle.
J’entreprends donc de traiter des animaux de la manière à la fois la plus complète et la plus succincte possible, vu l’étendue immense du sujet. La tâche est sans doute difficile, et beaucoup au-dessus de mes forces, je ne me le suis pas caché : mais il y a déjà longtemps que j’étudie la matière , que je l’envisage sous toutes ses faces; aussi toutes les parties de mon ouvrage sont elles bien avancées, les matériaux pour la plupart étant au moins préparés. J’aurais cependant , sans aucun doute , préféré de retarder encore l’exécution définitive de ce traité, et d’attendre plus long -temps pour confirmer par de nouveaux faits les principes auxquels ceux que j’ai observés m’ont conduit ; mais je me vois forcé d’en commencer la publication , d’abord parce que je pense qu’il peut être utile aux élèves et aux personnes qui veulent prendre une idée générale de la science qui traite de la plus belle partie des corps organisés, de celle à laquelle l’homme appartient, et ensuite parce que la plupart de mes idées ayant été successivement exposées
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dans mes cours , il se pourrait réellement qu’au bout d’un certain temps je me trouvasse , en les publiant définitivement, avoir l’air de prendre à d’autres celles qui auraient pu être déjà admises.
D’après ce que je viens de dire sur le but de ce traité , sur le plan que j’ai adopté , il est évident qu’il doit être nécessairement dogmatique, et par conséquent que sa nature même a dû m’empêcher d’entrer dans aucune discussion critique. Je ne prétends cependant pas n’avoir point commis d’erreurs; je ne prétends pas davantage n’avoir pas laissé de lacunes; car je pose en fait, d’une manière générale, que dans les sciences d’observation l’un et l’autre sont également impossibles , et à plus forte raison pour moi dans la position isolée où je me trouve. Je prétends encore moins avoir découvert tous les faits que je rapporte ; je les al observés pour la plupart, peut-être sous un nouveau point de vue, mais souvent après les avoir connus plus ou moins complètement par les travaux de mes prédécesseurs et de mes contemporains. Quant à ceux que je n’ai pas vus , je les rapporte en citant l’auteur dans lequel je les ai puisés. Cette déclaration m’évitera , je l’espère , le reproche de n’avoir que fort rarement cité , et même de n’avoir pas discuté les opinions établies contradictoirement 5 ce que je dis. Dans l’impossibilité presque absolue où je suis de connaître tout ce qui a été fait en anatomie, surtout en Allemagne , où , grâce à l’absence du système tyrannique de centralisation , il n’est presque pas d’université qui
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ne renferme pluaieurs hommes distingués dans la science des animaux , je ne réclame pour moi aucune découverte; c’est à l’historien impartial delà science, si jamais il en existe un , qu’il appartiendra de juger si j’ai eu l’avantage d’en faire de plus ou moins importantes. Que j’aie bien mis en œuvre les faits découverts par les autres, et surtout que j’aie été de quelque utilité à la science à laquelle je consacre avec plaisir tous les mo-« mens de ma vie , et je serai satisfait.'
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INTRODUCTION
Quoiqu'il soit souvent plus facile de mieux faire concevoir l’objet dont traite une science d’observation *, et d’en donner une définition à la fin du traité qu’au commencement , il est cependant d’un usage général , et jusqu’à un certain point rationnel , parce qu’il est fondé sur la logique , de commencer par cette définition^ et je m’y soumets.
Nous nous proposons de traiter des animaux : voyons donc ce qii’on entend et ce qu’on doit entendre sous ce nom collectif ; circonscrivons notre sujet ; nous pourrons alors mieux concevoir la nature de la science qui s'en occupe , son importance , son but , et , par conséquent , les moyens qu’elle doit employer pour y parvenir.
Lorsqu’on cherche à se faire l’idée abstraite de l’animal , cela paraît d'abord extrêmement facile, parce qu’on prend pour modèle , pour type de sa définition , un être élevé dans la série organique , peu éloigné de l’homme , qui jouisse presque des mêmes facultés , et l’on en tire tous les élémens de cette définition. Mais que cela est différent lorsqu’on arrête sa pensée sur un être inférieur! à mesure que l’on descend , les termes de la défini-
INTllODUCTl ON.
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tion se simplifient peu à peu , parce quo les organes et leurs fonctions diminuent en nombre comme en étendue , et l’on arrive enfin à une définition telle , qu’il est aisé de voir qu’elle ne convient plus aux animaux seulement, mais qu’elle renferme, une partie plusou moins considérable des végétaux ; et alors comment les distinguer? Il est cependant de la plus grande importance d’établir cette distinction, dût-elle être artificielle, sans quoi l’on s’expose à l’établissement de principes erronés, ou bien , au contraire , à ne pas pouvoir en établir de véritables, ce qui empêche de constituer la science. Mais , pour parvenir à cette distinction , le seul moyen est la comparaison. Une chose en effet est définie lorsque la définition qu’on en donne ne peut appartenir qu’à cette chose , et comprend toutes les variétés ou aceidens dont elle est susceptible. Pour la faciliter, il faut donc comparer la chose dont on veut avoir la définition avec les espèces du genre auquel elle appartient. Or, un animal étant un corps , et un corps organisé , voyons les caractères qui distinguent cette espèce de corps de tous les autres corps existans dans la nature , qu’ils soient organisés ou non.
Tous les corps, quelle que soit leur nature, peuvent être comparés sous deux points de vue tout-à-fait différens : l’iiii statique et l’autre dynamique.
Sous le point de vue statique , c’est-à-dire celui
INTRODUCTION
OÙ il est question de leur état iixe, sans mouvement , je comprends :
i“. La matière , c’est-à-dire, les élémens chimiques et les principes immédiats qui résultent de leur combinaison ;
2®. La disposition intime de cette matière , ou la structure ;
5°. La forme extérieure que cet assemblage de matière affecte.
Sous le point de vue dynamique , dans lequel la matière est considérée en mouvement , je renferme :
1°. La composition , d’où résulte l’augmentation ou l’accroissement du corps ;
2°. La décomposition , d’où résulte son décroissement ou sa destruction.
Tous les corps existans dans la nature doivent être comparés entre eux sous ces différens rapports, parce que tous sont dans un état statique ou dynamique ; mais il y a une différence énorme entre la durée proportionnelle de ces deux états; c’est, comme nous allons le voir , le principal caractère qui serve à distinguer les corps inorganiques des corps organisés.
Quoique la comparaison de ces deux espèces de corps soit une chose presque rebattue depuis le discours préliminaire de Vicq-d’Az,ir dans l’Encyclopédie méthodique , nous ne pouvons cependant nous dispenser d’y revenir avec tous les détails convenables , d’abord pour le but que nous nous
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proposons en ce moment, la définiJion d’un animal , et, ensuite, parce que le principe de notre physiologie consiste à montrer que les facultés physiques des corps organisés ne sont que des propriétés générales de la matière plus ou moins modifiées.
Dans la comparaison que je vais établir , d’abord entre les corps inorganiques et les corps organisés, puis entre les végétaux et les animaux , je ferai abstraction de l’air et de l’eau , qui appartiennent à toute la nature ^ et qui me semblent être , poulies premiers surtout , ce que le sang est dans les animaux , la sève dans les végétaux, une sorte de fluide universel et récrémentitiel , en même temps qu’un véhicule des autres substances.
Lorsqu’en considérant la composition on vient à comparer le nombre des élémens ou des formes particulières sous lesquelles la matière générale se présente dans les corps inorganiques et dans les corps organisés, on est étonné du petit nombre des élémens qu’on rencontre dans ceux-ci, comparativement avec ce qui existe dans ceux-là. L’oxygène , l’hydrogène, l’azote, le carbone, le soufre, le phosphore , sont en effet presque les seules substances dont la combinaison forme les corps organisés , tandis que dans les corps inorganiques , outre ces élémens qui peuvent y exister aussi , on trouve tous ceux que la chimie a distingués jusqu’ici , et qui sont aujourd’hui au nombre de plus de quarante.
ÏNTllODUCTION.
Quoique j’aie dit tout à l’heure que les élémens des corps organisés se retrouvent tous dans le règne inorganique , il faut cependant faire , à ce qu’ib me semble, quelques observations. Ainsi, l’azote ne me semble jamais y exister autrement que dans un état de combinaison , comme dans l’ammoniaque , ou de mélange, comme dans l’air atmosphérique, que nous regardons comme un fluide universel , plutôt que comme un corps réellement inorganique.
Le carbone ne se trouve guère non plus dans les corps inorganiques, autrement qu’à l’état de combinaison fixe avec l’oxygène, et , par suite, avec d’autres élémens. Nous allons voir qu’il est presque caractéristique des végétaux, comme Tazolc l’est des animaux*
Mais c’est surtout dans les combinaisons que ces élémens peuvent former que se trouve une grande différence entre les deux espèces de corps que nous comparons. Dans les corps inorganiques, qui sont à la surface de la terre, ces combinaisons ne sont presque jamais que binaires ; et encore elles sont, comme le fait justement observer 1\L Chevreul , fixes; c’est-à-dire que les élémens ont satisfait aux affinités les plus énergiques qui les sollicitaient dans les circonstances où ils étaient avant leur combinaison. Le corps est complètement brûlé; d’où résulte une grande résistance à la décomposition , ce qui se trouve aussi en rapport
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