‹ De l'organisation des animaux, ou, Principes d'anatomie comparée [electronic resource]Chapitre 38 sur 68 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

De V organe du toucher considéré comme actif, ou de Vap

pareil du tact.

Consiclcralions

générales.

Siège.

Nature.

Soüs ce jioint de vue le sens du toucher ou sens général , commence à f>e spécifier un peu; aussi devient-il plus intéressant en ce que dans son action l’animal n’est plus passif; il n’agit qu’avec volonté , et la connaissance qu’il lui donne du corps est beaucoup plus complète, puisqu’elle lui permet d’en juger la forme.

Son siège principal est toujours la peau, mais avec des modifications particulières dont les unes tiennent à cet organe , et les autres à l’appareil sous-jacent , ou à la partie du corps sur laquelle elle est appliquée.

On peut s’en faire une idée, au moins de cette dernière espèce, en se rappelant que connaître la forme d’un corps.

(i) J’emploie ici le mot tact comme indiquant le degré le plus élevé du sens du contact ou du toucher, celui par lequel nous jugeons la forme des corps.

DANS LES MAMMIFERES. 2 1 9‘

c’est rapporterions les points de sa surface i un ou plusieurs points pris dans sou intérieur, et que par conséquent plus nous toucherons de ces points extérieurs à la fois ou presque à la fois, et plus nous approcherons de connaître celte forme; ainsi donc plus l’organe sur lequel la peau modifiée devra s’appliquer sera divisé, non-seulement dans le sens longitudinal mais encore dans le transversal , plus il approchera de pouvoir s’appliquer sur tous les points d’un corps ; en sorte que l’organe du loucher actif le plus parfait serait celui qui serait entièrement flexible dans tous ses diamètres, et qui pourrait ainsi se mouler exactement sur le corps à juger.

Les modifications qui dépendent de la peau sont : i° une moins grande épaisseur du derme et une plus grande flexibilité de son tissu ; 2° un moins grand développement du réseau vasculaire ; 5" une plus grande abondance de nerfs et de papilles nerveuses qui finissent par être presque apparentes à l’extrémité des saillies du derme; 4° enfin, une diminution dans l’épaisseur de l’épiderme.

Celles qui tiennent au contraire à la partie du corps sur laquelle cette peau est appliquée, constituent l’appareil du sens du tact, ce sont : 1° l’existence d’une sorte de coussinet sub-pulpeux formé par le tissu cellulaire sous-dermien ; 2° la division du substratum de la peau ou de la peau elle-même, en une ou plusieurs lanières susceptibles d’être écartées l’une de l’autre et fracturées en un plus grand nombre possible d’articulations, pouvant être fléchies indépendamment les unes des autres.

Enfin, il faut joindre à cela, comme dans l’action de tout organe des sens produite par réflexion , un organe réfléchissant ou intellectuel en rapport avec son développement , sans quoi il ne serait plus qu’un appareil de pi'éhension.

Les différences que les animaux offrent sous ce rapport sont assez étendues, et l’on peut dire qu’en général cette modification du sens du loucher est d’autant plus parfaite dans

Mncii tien lions (le la peau.

De sou substraluni.

DifleVcncef.

Dans les singes.

Dans l'iionimc.

Ï)E L’APPAnElL DU TACT

son ensemble, qu’on se rapproche davantage des mammifères et surtout des premiers ordres.

Article I. Dans les ostéozoaires.

A. Dans les mammifères.

Dans cette première classe ce ne sont jamais que les extrémités, en comprenant sous ce nom aussi bien celles du corps que celles des appendices libres, qui peuvent offrir celle modification, c’est-à-dire le nez, les lèvres, la queue et surtout les mains et les pieds.

La peau dans ces différens endroits présente pour modification essentielle ^ que les papilles ou les saillies du derme et du système nerveux forment des lignes sinueuses disposées avec beaucoup de régularité, par tourbillons concentriques.

Certaines espèces de singes, les sapajous, sont les mammifères qui offrent à la fois le plus d’organes du toucher actif ; en effet chez eux , non-seulement les mains et les pieds servent à cet usage, mais encore l’extrémité de la queue à sa partie inférieure; il faut cependant remarquer que les doigts des mains ne peuvent être que difficilement opposés au pouce qui quelquefois manque presque tout-à-fait; et qu’en outre, ceux des mains comme ceux des pieds, sont difficilement écartés les uns des autres. Quant à la queue , je dois faire observer que le nombre des vertèbres qui la composent est plus grand dans un espace donné que dans le même espace de celle d’un singe à queue non prenante.

L’homme, qui n’a qu’un rudiment de queue sous-cutanée , et dont les pieds ont reçu une modification particulière propre à la station et à la marche bipède, est, sous le rapport du nombre des parties modifiées pour le tact, moins avantagé que certaines espèces de singes qui ont au moins les mains et les pieds propres à palper ; mais il en est bien récompensé par la perfection des modifications de sa main qui peut tou-

cher un globe presque dans tous ses points, i cause de la longueur du pouce proportionnée avec celle des doigts, et de la possibilité de l’écarter de ceux-ci , et ceux-ci les uns des autres. La modification de la peau est encore plus parfaite ; l’épaisseur du coussinet graisseux sous-dermoïde , la largeur de la partie libre de l’extrémité des doigts produite par la I diminution de celle de l’ongle et le soutien de cette pulpe par la résistance de celui-ci ; la finesse du derme , la grandeur des papilles nerveuses, la minceur de l’épiderme, et enfin la grosseur des nerfs qui se rendent à l’extrémité des doigts, sont des élémens de l’organe du tact le plus délicat.

Quelques mammifères au contraire n’ont de modifications lévidentes sous ce rapport que dans les pieds de derrière tet dans la queue, comme les sarigues et plusieurs phalan- :,gers ; et encore la queue quoique nue est- elle plutôt squamtmeuse que papilleuse.

D’autres n’ont que la queue ainsi modifiée comme cert tains pbalangers , quelques fourmiliers et même parmi les (Carnassiers et les rongeurs , le poto ou kinkajou et le porceépic à queue prenante; mais il y a déjà une grande différrence, en ce que chez ces animaux la queue est seulement ^volubile ou prenante, et que la peau n’y est pas différente de I celle du reste du corps.

Enfin il est un grand nombre de mammifères chez lesquels

I les appendices étant convertis en de véritables piliers avec le

ji moins de divisions latérales possibles, ils n’ont pu avoir les

t modifications du toucher actif que dans les lèvres, comme le

\ cheval , qui les a fort développées , mobiles et très-nerveuses ;

f ou plus singulièrement encore dans le nez, comme dans le

I tapir et surtout dans l’éléphant : en effet chez cet animal le nez

J prolongé outre mesure est terminé par un rebord flexible,

Icharnu , papillaire , sans épiderme, divisé en deux parties,

f l’une le corps à l’extrémité des narines , et l’autre qui se pro-

f longe dans la ligne dorsale ou supérieure en un appendice

Dans las M. à queuo prenante.

Dans

t’éléphant.

222 DE l'appareil DU TACT

digitiformc ; c’est ce qu’on nomme sa trompe; nous la décrirons plus loin.

I.a taupe, le cochon et les animaux fouisseurs en général ont également le nez modifié pour sentir plus aisément les corps , mais non pour juger leur forme, et par conséquent nous n’en parlerons pas ici.

B. Dans les oiseaux.

Dans les perroquels.

Les oiseaux de proie.

Les grimpeurs et les

passereaux.

La classe des oiseaux est beaucoup moins bien favorisée sous ce rapport que celle des mammifères ; en effet chez eux les deux extrémités du corps sont presque dénaturées, l’une pour former le bec, et l’autre pour faire une sorte de rame ou de gouvernail. Les appendices antérieurs sont devenus des organes de pure locomotion ; il ne reste donc que les extrémités des appendices postérieurs, et elles servent presque toujours à une sorte de station bipède ; on trouve cependant que chez ces animaux les doigts offrent plus d’articulations que dans les mammifères, qu’ils sont assez susceptibles de s’écarter les uns des autres et qu’en outre le corps papillaire • du derme est fort développé; le système nerveux qui s’y ■ rend est aussi assez considérable ; il faut donc en conclure que les pieds des oiseaux peuvent être et seraient des organes de tact assez perfectionnés , s’ils n’étaient obligés de s’en servir comme des organes de locomotion. Aussi paraît-il fort bable que moins les oiseaux s’en servent à cet usage et plus le sens du tact est parfait. Ainsi les perroquels prennent et saisissent avec leurs pieds un peu formés en pince ou en main, leur nourriture et la portent ù leur bouche.

Dans les oiseaux de proie on conçoit que le tact puisse encore être assez développé , parce que les pieds servent peu à marcher.

Il l’est et doit l’être moins dans les grimpeurs et les passereaux, du moins en envisageant la chose d’unè manière gé-

nérale ; et plus ils marchent habituellement, plus on doit s’attendre à voir l’épiderme s’épaissir.

Cela est par conséquent plus marqué dans les gallinacés , qui sont pour la plupart toujours à terre, et surtout pour les cursores ou les autruches et les casoars, et pour les premières familles des échassiers : car pour celles que leurs habitudes forcent de vivre sur les bords des fleuves, dans les terrains marécageux , la peau qui revêt la partie inférieure des pieds, redevient assez flexible et moins épidermique , et par conséquent doit permettre un tact plus fin.

Il est probable qu’il en est à peu près de même dans quelques palmipèdes; mais pour la plupart, leurs doigts restent presque toujours au même degré d’écartement, qui est assez considérable, mais qui ne peut être augmenté, en sorte que le pied est modifié pour former une rame plutôt qu’un orçane du tact.

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